CHAPITRE IV
Le type de l’espèce étant tiré en deux sens contraires, en arrière par l’atavisme, en avant par l’action modificatrice du milieu, les formes seraient dans un équilibre absolument instable et l’on ne verrait jamais le fils ressembler à son père, si une autre force n’était toujours présente : cette force, c’est l’hérédité, en vertu de laquelle, ainsi que le dit judicieusement Sanson, les ascendants transmettent à leurs descendants les propriétés qui leur appartiennent à un titre quelconque et cela aux points de vue physique, intellectuel, moral, physiologique, pathologique, etc.
C'est l’hérédité qui donne aux espèces cet aspect assez immuable en apparence, pour que la théorie, cependant fausse, de la fixité de l’espèce ait pu réunir un si grand nombre de partisans. C’est en vertu de l’hérédité, qu’il est vrai de dire, dans un certain nombre de cas, que le père el la mère se reproduisent dans leur enfant, qui n’est en quelque sorte qu’une nouvelle édition d’une page déjà composée. En somme, quelles que soient les modifications qu’impose le milieu, c’est grâce à l’hérédité que se conservent les types classiques de l'espèce ; c’est grâce à l'hérédité que parler du type anglais, du type français, du type teuton, n’est pas un non-sens, bien que les mélanges ethniques qui ont constitué les Anglais, les Français et les Allemands soient nombreux : les Français ont conservé le caractère des Gaulois, leurs ancêtres ; c’est aux pirates scandinaves, dont ils sont descendus, que les Anglais ont emprunté leur activité; les Allemands du Nord sont encore tels que Tacite nous les a dépeints.
L’hérédité fait que nous reproduisons non seulement la forme de nos ancêtres, mais aussi leur évolution. Nous passons par les mêmes phases qu'eux; c’est ainsi que l’ontogénie de chacun de nous reproduit, par réduction, la phylogénie générale ; la rapidité, la lenteur du développement sont héréditaires et ces dispositions sont l'apanage de certaines races. La longévité et, d’une façon générale, la durée de la vie sont, sous certains rapports, héréditaires. Il y a plus: l’hérédité semble se faire âge par âge; ainsi nous présentons, à un certain âge, les phénomènes que nos ascendants
ont présentés au même âge; les personnes qui s'occupent de l'éducation des vers à soie savent que certaines graines présentent des qualités, qui ne sont héréditaires que pour la graine; que certains vers présentent des taches ou certaines particularités de la mue héréditaires pour le ver seulement; que la chrysalide et son cocon présentent également des phénomènes héréditaires seulement pour la chrysalide et le cocon; cependant, dans toutes ces variétés fixées par hérédité par l'homme, le papillon est toujours le même. De même, chez l’homme il y a tel phénomène que le père a présenté à cinquante ans et que le fils ne présentera qu’à cinquante ans; jusque-là l’'hérédité a été, dit-on, latente; c'est ainsi qu'on voit l'apoplexie survenir chez les enfants au même âge que chez leurs parents; il en est de même du cancer.
Les mêmes causes qui font que nous héritons des conformations anatomiques et des aptitudes intellectuelles de nos ancêtres, font aussi que nous héritons de leurs aptitudes pathologiques ; il n’y a donc pas d’hérédité morbide; il y a de l’hérédité, voilà tout. Il n’y a pas deux sortes d'hérédité, la physiologique et la morbide; on hérite ou on n’hérite pas ; cela ne se prend pas sous bénéfice d’inventaire; cependant l’hérédité a été niée par Louis, qui, poussant le scepticisme dans ses limites extrèmes, déclarait n'avoir entendu « sur ce sujet (l’hérédité), que des allégations vagues, « qu’une tradition reçue aveuglément et transmise de siècle en «siècle, sous l’autorité de quelques faits particuliers, dont les « différentes circonstances paraissent ne pas avoir été exactement « observées ». Il voulait dire par là, par exemple, que si le père et le fils sont goutteux, c’est que le père et le fils ont eu le mème régime qui donne la goutte. Or il n’est pas niable que la goutte se transmette précisément du père au fils plus qu'aux filles dans la proportion de 50 pour 100; sans doute cela légitimerait en apparence ce que disait Louis, le fils étant plus adonné que la fille au régime qui donne la goutte, mais il ne faut pas oublier que le fils ressemble déjà au père par le sexe; pourquoi ne lui ressem blerait-il pas aussi par l’aptitude à la goutte? L’aliénation mentale est absolument héréditaire: en 1844, Baïllarger, sur 600 fous, en a trouvé 453 qui l’étaient par hérédité, soit 75 pour 100; i: en est de même du suicide. Le professeur Ball cite 4 frères dont 1 s’est jeté à l'eau, 1 s'est pendu, 1 s’est coupé la gorge avec un rasoir, 4 s’est jeté par la fenêtre. Un homme de quarante ans se jette un jour à l’eau; on le mène à Bicêtre et voici ce qu’on
trouve chez ses ascendants: son grand-père s’est pendu, sa grand’mère menaçait toujours de se tuer comme sa sœur, qui s’était jetée dans un puits; en outre, ce grand-père avait 3 enfants, dont 2 étaient par conséquent les oncles du malade de M. Ball et 4 son père ; tous trois se sont suicidés. Enfin ses 2 frères, sans motifs plus que lui, se sont tués. Cela fait 9 suicides en 3 générations. A la maison centrale de Gaillon, parmi les jeunes détenus enfermés pour leurs mauvais instincts, le D' Morel a eu souvent des fils et des petitsfils d'anciens condamnés, dont le souvenir s'était conservé dans l'établissement. Le docteur Taguet cite un exemple curieux : 5 sœurs naissent à New-York d’une seule mère; de 1720 à 1770, elles ont, en 6 générations, donné 834 individus; sur ce nombre, 204 furent assistés par l'Etat, pendant une durée totale de 830 années ; 76 furent condamnés pour 115 crimes, vols, incendies, et firent 116 ans de prison ; 128 furent prostituées. Dans un ordre d'idées heureusement opposé, on pourrait citer les Bernouilli, les Cassini comme calculateurs, les Bach comme musiciens, car on compte 22 Bach célèbres; ce qui est vrai des races, l’est donc des familles, où se perpétue ce qu’on nomme un air de famille ; exemples : le nez des Bourbons, l'œil à la Montmorency; sur les bords du Missouri, une tribu de Sioux, les Mandans, est caractérisée par une mèche de cheveux blancs, qui est héréditaire. Il n’est pas jusqu’à l'accent qui ne puisse se transmettre héréditairement en dehors de toute imitation, comme cela aurait lieu, par exemple, chez un Provençal élevé en Picardie, loin de ses parents et qui, sans parler, bien entendu, le provençal, aurait un certain accent; ne sont-ce pas des dispositions anatomiques et par conséquent héréditaires, qui font que les Polynésiens et les nègres remplacent les dentales d, € par les gutturales g, k.
11 y a dans les familles des susceptibilités thérapeutiques particulières pour le café, pour l’opium, pour certaines odeurs ; les immunités, les aptitudes pathologiques se transmettent de même. Tous les nègres transmettent à leurs enfants l’immunité pour la fièvre jaune, l’aptitude pour le choléra ; Chauveau a vu que les moutons algériens qui ont une immunité marquée pour le charbon, le transmettent à leurs petits. Il en est de même de l'aptitude: parmi un grand nombre de bêtes inoculées, une seule brebis succomba ; or son petit, inoculé de son côté, faillit mourir. L’immunité est donc héréditaire et héréditairement proportionnelle à celle de la mère.
Il y a des familles où les grossesses gémellaires sont hérédi.
taires: le nom de Besson, qui n’est pas rare et qui signifie jumeau est souvent porté par des familles où les jumeaux abondent. Un homme peut d’ailleurs parfaitement transmettre la gémellité, comme un taureau transmet les qualités laitières à sa mère. C’est précisément parce que la gémellité est héréditaire que le nombre des jumeaux varie avec les populations et qu’il est annuellement toujours le même pour chacune d’elles, Ce nombre est :
EnSuède, des se see. 14 pour 1 000 IL PiMANGO Net ire ne 15 —- EDF PUBEOS OO ses ask ces eue 13 — DUMP MATOS, Ceres sise tenues 9 — En Cochinchine, de.......…...., 1 —
Alors que la gémellité semble rare dans la Cochinchine considérée dans son ensemble, le D' Mondière a remarqué que sur 15 cas de gémellité qu’il a observés en 6 ans, un seul district, celui de Bentré, lui en a à lui seul fourni 9,
D'après Tchouriloff, la gémellité serait surtout fréquente dans les races blondes et grandes.
L’hérédité ne consiste pas toujours à transmettre la même forme morbide ; pour employer le langage consacré, elle n’est pas toujours isomorphe ; elle est aussi hétéromorphe. Cela ne veut pas dire que la scrofule n’engendre pas la scrofule ; mais la forme, la localisation de la scrofule différeront chez les enfants de ce qu’elles étaient chez le père; c’est de même que l’épilepsie, le suicide, la monomanie, l'ignorance, la débauche, le génie même vont parfois en alternant : « Des névroses, des excentricités, des vices, des « crimes, parfois du génie, écrit le professeur Ball, car ainsi que « l’a si bien démontré mon excellent maitre Moreau (de Tours), « rien n’est plus fréquent que de rencontrer dans la famille, des « hommes de génie, des cas d'idiotie, d’imbécillité ou d’aliénation « mentale. » Le représentant de l’école réaliste, M. Zola, dans sa célèbre généalogie des Rougon-Macquart, a donc fait œuvre scientifiquement exacte, prise d’ailleurs dans Prosper Lucas. Il semble même y avoir, dans la série des générations qui dérivent l’une de l’autre, une sorte d'évolution morbide, qui peut aller de la névrose au génie, en passant par l'alcoolisme et le crime. Cet hétéromorphisme aboutit d’ailleurs à un type complexe de déchéance héréditaire admirablement décrit par le D Morel.
Lamartine, lui-même, dans un ordre d’idées bien différent,
n’a-t-il pas écrit : « Le génie semble s'’accumuler lentement, « successivement et presque héréditairement , pendant plusieurs « générations, par des prédispositions ou des manifestations de « talent plus ou moins parfait, jusqu’au degré où il éclôt, enfin, « dans sa perfection, dans un dernier enfant de cette génération « prédestinée au génie. — En sorte qu'un homme illustre n’est « en réalité, ajoute-t-il, qu’une famille accumulée et résumée en « lui; le dernier fruit de cette sève, qui a coulé, de loin, dans ses Livenet AS . Une famille n'arrive pas à la gloire du pre- « mier coup, il y a une croissance dans la famille, comme dans « l’individu. La nature procède par développement successif. Un « génie qui se croit né de lui-même, est né du temps. »
Hérédité des propriétés acquises. — Mais il n’en est pas toujours ainsi et l’hérédité peut transmettre un caractère nouvellement acquis; sans cela, il n’y aurait pas d’ailleurs de modification possible. On transmet à son enfant ce qu’on possède au moment où on le fait et, comme l’a écrit Abdel-Kader : « Le « dernier des Arabes sait que toutes les maladies qui sont inhé- « rentes aux os, aux tendons, aux nerfs, aux veines et qui se « trouvent dans l'étalon, au moment de la monte, se perpétuent « dans son produit. » Ainsi un ménage bien portant aura des enfants sains, mais que le père devienne malade et les enfants qu’il aura alors seront malades.
La tératologie est féconde en exemples d'accidents arrivés pendant la vie utérine et qui sont cependant le plus souvent héréditaires : c’est par accident que la suture des os incisifs ne s’est pas faite, parce que le fœtus de 35 jours a eu une maladie, et pourtant le bec-de-lièvre ainsi produit sera héréditaire! C’est par accident que le fœtus n’a pas, vers 3 mois, pris de pigment et voilà que l’albinisme ainsi produit va devenir héréditaire! C’est par accident que le polydactylisme prend naissance et cependant il devient héréditaire ! C’est par accident que naquit, en 1828, un agneau avec une laine longue et soyeuse, bien que ses parents fussent des mérinos ordinaires ; depuis lors, par sélection cette race est fixée : ce sont les moutons Mauchamp. En 1791 naquit en Angleterre un mouton qui avait le corps très long et les pattes très courtes ; cette disposition, qui l’empêchait de sauter aussi facilement que les autres moutons, par-dessus les haies, fut appréciée des éleveurs, et l’hérédité aidée de la sélection a formé, par la transmission de ces caractères, les moutons Loutres ou Ancon.
Les bœufs sans cornes du Paraguay viennent d’un taureau qui naquit sans cornes en 1770. De même il existe, dans les Pampas de Buenos-Ayres, une race de bœufs camards, dite race Niata; elle remonte à une origine tératologique et son fondateur est un veau qui présentait comme anomalie la mâchoire inférieure en ganache. En manipulant les œufs, Dareste produit parfois une hernie du cerveau, un monstre préencéphale; or c’est un monstre semblable, transmettant sa monstruosité entretenue par sélection, qui a donné naissance aux poules de Padoue ou Polonaises. Naudin, chez les végétaux, a montré que des monstruosités accidentelles peuvent devenir l’origine de races particulières, et Darwin pensait que nos dogues et les chèvres de Nubie, qui présentent la mâchoire en ganache, ont une origine semblable à celle des bœufs Niata.
Dira-t-on que les mutilations accidentelles ne sont héréditaires que lorsqu'elles ont lieu pendant la vie intra-utérine? En effet, nous ne naissons pas avec les oreilles percées comme nos mères; malgré la circoncision, les juifs naissaient avec un prépuce; les chats naissaient avec une queue; le bouledogue, avec une queue et des oreilles; les amputés ne donnent pas naissance à des enfants sans jambes! Les peuples qui avaient l’usage des déformations crâniennes, ont conservé leur type crànien ethnique. Il est vrai que le D' Gosse a prétendu que les Aymaras avaient fini par prendre ce caractère, mais leurs crânes non déformés que nous possédons, prouvent le contraire : Hippocrate croyait de même à tort que la déformation des macrocéphales était héréditaire.
Quoi qu'il en soit, le pouvoir héréditaire peut aller jusqu'à transmettre une organisation que le procréateur vient d'acquérir. En voici quelques exemples empruntés à Darwin : une vache, ayant perdu une corne par accident, donna ensuite naissance à 3 veaux auxquels la corne du même côté de la tète manquait. Il n’est pas douteux pour Darwin que, chez le cheval, les exostoses des jambes causées par un excès de travail, soient héréditaires. Blumenbach cite un homme dont le petit doigt était tordu et à demi coupé; ses enfants naquirent ainsi. Enfin Daubenton parle d'un cheval dont le père avait recu un coup de lance sur la croupe et qui portait une marque en ce point. Mais le phénomène le plus curieux est l’épilepsie héréditaire donnée par Brown-Séquard à des cochons d’Inde, lorsqu'il pratique à leurs parents l’hémi-sec-
tion de la moelle ; plus récemment le savant expérimentateur faisant à des cobayes des lésions de bulbe, les a vus donner naissance à des enfants qui avaient des lésions de la cornée, ou des altérations profondes de l’œil ; enfin dernièrement, à la Société de biologie, il était question d’animaux dératés et guéris, qui engendraient des animaux à rate petite. Les chevaux qu’on accoutume à marcher l’amble donnent des poulains qui ont cette allure.
Un organe s’accoutume d’ailleurs peu à peu à l’état dans lequel il est le plus souvent placé. La nutrition, sans cesse agissante, le façonne peu à peu, de manière à le mettre en harmonie avec les impressions les plus fréquentes, à les lui rendre moins vives et, au contraire, à le rendre plus apte aux réactions le plus fréquemment sollicitées. C’est ainsi que se transmettent par hérédité, certaines aptitudes manuelles; les manouvriers dont les pieds, les mains surtout sont déformés par le travail, ont des enfants aux attaches moins fines. C’est ainsi également, que l’état anatomique de notre cerveau en rapport avec notre civilisation, se transmet par hérédité. « Pour le médecin, dit encore le professeur Ball, la « civilisation est une disposition particulière, du système nerveux « acquise par de longs et laborieux efforts et dont les effets sont « accumulés par la transmission héréditaire. » Le D' Ball en cite même une preuve, en faisant allusion à ces Australiens qu’on habille tout à coup en civilisation et qui fuient dans les bois. Au lieu de voir avec J.-J, Rousseau la supériorité de l’état de nature, il ajoute : « que ces changements anatomiques n’ont pas le temps « de se faire et que la courte durée de la vie humaine ne suffit « pas. » De tout cela, il résulte qu’en certains points, pour un certain milieu social, l’hérédité des fonctions a sa raison d’être : en Afrique, il y a des sorciers, médecins, pêcheurs, chasseurs, héréditaires ; on pourrait mème défendre la noblesse, si à son début, elle avait eu pour origine des qualités intellectuelles, les seules qui comptent aujourd’hui. Il en a au contraire été souvent tout autrement.
Mécanisme de l’hérédité.— Pour bien saisir ce qu’on nomme le mécanisme de l’hérédité, il suffit de considérer que la tendance à la réalisation d’une forme déterminée se retrouve non-seulement chez les végétaux et chez les animaux, mais aussi dans le monde inorganique. Ainsi dans une dissolution saline, les molécules d’un sel déterminé s’agrègent suivant un plan déterminé, de manière à toujours reproduire un cristal de la même forme.
Dans les êtres vivants, pour comprendre le mécanisme de l’hérédité, il faut étudier la reproduction, dans ses degrés inférieurs, là où elle ne nécessite que l'intervention d’un seul individu.
Lorsqu'un être inférieur se reproduit par simple dédoublement, par scissiparité, l’hérédité se comprend ; c’est toujours le même individu. Il en est de même de l’hérédité par bourgeon; c’est toujours en queiïque sorte le même individu, qui se prolonge luimême. Dans tous ces cas, le nouvel individu résulte d’un individu unique ; il n’a pas à choisir pour hériter, puisque c’est le même individu qui se continue avec ses habitudes physiologiques et pathologiques. Tous d’ailleurs tant que nous sommes nous débutons ainsi : une cellule ovulaire unique qui se divise.
Dans un type plus élevé, le nouvel individu résulte de la rencontre plus ou moins intime de deux autres individus. La greffe est le premier de ces modes de reproduction d’un individu nouveau par deux autres individus préexistants; l'unification est là tellement intime, que le pied sur lequel on greffe produit parfois des feuilles modifiées par l'individu qui a été greffé ; parfois même, chez le châtaignier notamment, on a vu, ce qui est plus naturel, l'être qui a été greffé prendre les aptitudes morbides, même parasitaires de la souche sur laquelle on l’a greffé. Il en est peut-être de même pour les greffes dermiques, chez les animaux. Les expériences de P. Bert ont montré que la greffe réussissait entre rat et chat, animaux d’ailleurs plus voisins qu’ils en ont l’air ; la greffe du périoste a été faite avec succès par Patterson, du chien à l’homme ; mais tout cela n’a pas encore montré si une propriété pathologique, une aptitude du tissu greffé pouvaient persister, tandis que, dans le cas de greffe végétale, il s’agit bien d’une véritable transfusion de la sève de la souche dans le rameau greffé ; l’hérédité apparait alors bien nettement, comme un simple cas particulier de la contagion. L’hérédité est de même très bien schématisée dans la pébrine, dont les corpuscules, siégeant d’abord dans les organes génitaux du papillon, passent dans l'œuf, de là dans le ver, de là dans la chrysalide. C’est en réalité de l’inoculation, autant que de l’hérédité. Il est probable qu'il en est de même pour les animaux élevés : nous ne savons pas si, par la transfusion, lorsqu'elle est possible, on ne modifierait pas l’aptitude morbide d’une espèce ; cela à été conseillé pour la fièvre jaune et l’on a dit : Le nègre ne prenant pas la fièvre jaune, peut-être que le sang de nègre transfusé donnerait au blanc l’immunité du nègre. Jolyet a vu
MÉTISSAGE. HYBRIDITÉ, à. 605
qu’en transfusant le sang d’un mouton atteint de variole à un autre mouton, on lui donnait la variole. Il est probable qu’en transfusant le sang d’un animal, qui aurait acquis l'immunité, on ferait partager à cet animal la même immunité. Il y a là toute une série d’expériences à faire. Ce serait un premier schéma du mécanisme de l’hérédité, que la greffe du milieu intérieur. Toute autre apparaît l’hérédité dans les conditions de reproduction par fécondation sexuelle, où s'opère la fusion d’un élément cellulaire vibratile mâle avec un élément cellulaire pavimenteux femelle ; alors, comme l’a dit excellemment Marc Lorin dans une thèse excellente sur l’hérédité, en :875, les attributs des êtres procréés sont commandés par les attributs des deux êtres procréateurs. Métissage, hybridité. — Le produit apparait alors comme une résultante entre deux forces; encore faut-il que résultante il y ait, autrement dit, que l’accouplement soit fécond. Or, or squ’il s’agit de croisement de deux êtres voisins, mais cependant dissemblables, on fait de la fécondité ou de l’infécondité de leur union, une caractéristique propre à décider si ces deux ètres appartiennent ou non à la même espèce. Deux êtres donnent-ils le plus souvent naissance à un produit, on déclare ce produit métis, et les parents sont regardés comme d’une même espèce ; deux êtres donnaient-ils rarement naissance à un produit, ce produit rare est, quand il existe, nommé hybride, et les deux progéniteurs sont placés dans deux espèces différentes. Il semblait jadis et il semble encore à ceux qui croient à ce criterium infaillible, qu'il y ait là quelque chose de mystique, alors que tout se réduit, en somme, à une question de volume. Le tube pollinique peut-il pénétrer dans le pistil, chez les végétaux ? le spermatozoïde, chez les animaux, peut-il pénétrer dans l’ovule ? Tout est là. Que deux végétaux de même espèce soient faits de telle sorte que cette pénétration soit impossible, et ils seront inféconds ; que chez deux végétaux d'espèce différente, cette pénétration soit possible, et ils seront féconds. C’est ce qu'avait parfaitement compris CI. Bernard lorsqu'il disait : « Les espèces animales et végétales sont séparées par « des conditions spéciales, qui les empêchent de se mélanger par « fécondation, par greffe, par transfusion. Ce sont là des pro- « blèmes que je crois abordables et susceptibles d’être réduits à « des différences de propriétés physiques, chimiques du milieu. » Et plus loin : « Si la fécondation est empèchée entre espèces dif- « férentes, c'est par des raisons physico-chimiques. » Telle est,
ainsi que je le disais tout à l'heure, la condition de volume que doit présenter le spermatozoïde, pour pénétrer dans l’ovule, en traversant le chorion par le micropyle.
D'ailleurs, l’hybridation, c’est-à-dire la copulation féconde de deux êtres réputés d’espèce différente, a des degrés : c’est déjà un premier acheminement, que la seule tentative heureuse ou non de coiït : or en fait de tentative, que les moralistes nommeraient contre nature, la captivité, la continence forcée, amènent des résultats bien inattendus! N’a-t-on pas vu l’accouplement du chien et de la truie, du taureau et de la jument, du cerf et de la vache, du coq et de la cane! on a même parlé de je ne sais quelles amours entre un lapin et une poule (?) entre un chien et une oie (?) Les grands singes entrent certainement en érection devant la femme, enfin la mythologie et les arts ont enregistré des amours, aussi hybrides, où l'humanité tantôt mâle, tantôt femelle, prenait sa part.
Broca, dans son remarquable mémoire sur l’hybridité, a justement distingué l’hybridité abortive, qui n’aboutit jamais à un produit viable de l’hybridité homogénésique, c’est-à-dire féconde. Celle-ci peut être unilatérale ou bilatérale; dans ce dernier cas, en exprimant l’accouplement sous une forme qui parle aux yeux,
Vel Il À est aussi fécond que? ; tel est l’accouplement er — bardeau, B À ânesse
à RE ee A s — "© — mulet. Dans l’'hybridation unilatérale, = est fécond, jument B mé DRE 0: pouce MH + DEEP. 0 UT TR brebis 1 EE éhèvre à
En dehors de ces considérations sur les sens unilatéral et bilatéral de l’homogénésie, Broca a justement divisé l’homogénésie en agénésique, dysgénésique, paragénésique et eugénésique.
Quelques formules suivant la méthode que j’adopte au tableau, dans mon cours, feront comprendre ma pensée plus facilement que de iongues périphrases.
19 Homogénésie agénésique.
i— C (le produit de la conception),
mais
B = Autrement dit, les produits sont inféconds entre eux et avec leurs parents.
2° Homogénésie dysgénésique.
A Ft ro n Mais = C' (produit de 2° génération.) C ; Bee
Autrement dit, les produits sont inféconds entre eux, mais féconds avec leurs parents.
3° Homogénésie paragénésique.
= C’ mais , 0 Autrement dit, les produits ne sont pas indéfiniment féconds entre eux.
Mais — et ls C”
Les produits non indéfiniment féconds entre eux sont donc avec leurs parents indéfiniment féconds.
4° Homogénésie cugénésique.
QC &tl>
RR bre e a
Les produits sont donc indéfiniment féconds et entre eux et avec leurs parents.
Nous allons voir maintenant que des animaux très différents peuvent fournir des exemples d’eugénésie, et qu’au contraire des animaux très rapprochés peuvent fournir des exemples d'agénésie. Comme exemples d’eugénésie, je citerai les formules suivantes :
chien de renard, chameau à 1 bosse vigogne, chien d’arrêt chameau à 2 bosses lama fringille. oie commune fringille, oie de Chine
lou ; F " ne es croisement poussé par Buffon jusqu’à la 4° génération;
taureau
PR résultat digne d’être étudié, car le taureau a 26 côtes
taureau
et le bison 30, et d'autant plus remarquable que bufile
a K ; bouc :
, AUS 4 PE . . ‘1217 j'ai déjà cité brebis — chabin ou ovicapre ou pellion (Chili);
7. ne TR al ; ie j'ajoute le léporide, aussi bien a (abbé Gagliari, 1773) que lièvre lapine
En revanche le cheval et l’âne sont agénésiques.
(Roux, 1847. Broca).
cheval A ———— ou — — C bardeau anesse B
âne B — qu —— C mulet.
jument ra
Le bardeau et le mulet sont inféconds.
Re * C C Autrement dit, ne 0, et souvent même x 5 =
C’est que le plus souvent le mulet mâle manque de spermatozoïdes et que la femelle présente souvent des corps jaunes avortés; elle est du reste plus souvent fécondée par le cheval que par l’âne.
Les faits qui précèdent montrent le peu de valeur de ce prétendu critérium de l’espèce, puisque, d’après lui, le taureau et le! bison, le bouc et la brebis, le lièvre et le lapin seraient de même espèce, tandis que l'âne et le cheval seraient d’espèce différente.
Il y a mieux : dans une même espèce se trouvent des races quil
ne sont pas fécondes entre elles; le prétendu critérium les placerait dans des espèces différentes, ainsi :
cochon d'Inde civilisé cochon d’Inde sauvage chat du Paraguay marron 7 chat domestique LS
A l’île de Porto-Santo, des lapins jadis déposés, en 1419, par quelques navires sont devenus sauvages; ils ont pris des caractères particuliers, sont devenus une espèce, le Lepus Huæleyii. Or
lepus Huxleyii à lapin NAS
Qu'est-ce à dire? sinon que les espèces ne sont que des variétés fivées et que les variétées sont les espèces de l’avenir. Cela n’empèche qu’il y a quelque vingt ans, la question de la modification des espèces végétales, par l'hybridation artificielle, ayant été portée devant la Société morphologique d’horticulture de Londres, la majorité des membres décida qu'il fallait écarter cette question, comme impie et attentatoire à l’œuvre du créateur nécessairement parfaite. Du reste il ne faut pas s’illusionner au point de croire que c'était l’hybridation des choux qui soulevait si fort la bonne âme de ces pieux horticulteurs; c'était l’homme qu’on visait et le prétendu critérium de Pespèce devait se traduire ainsi : tous les individus de même espèce sont eugénésiques ; or tous les hommes sont eugénésiques ; donc tous les hommes sont de même espèce, quod erat demonstrandum.
Malheureusement le critérium se retourne ici contre les monogénistes, à qui nous serions en droit de dire : Tous les hommes ne sont pas de la même espèce, car ils ne sont pas eugénésiques. Qu'ils se rassurent. Je ne leur retournerai pas cet argument, attendu qu’il ne vaut absolument rien ; mais il faut bien reconnaître cependant que tous les hommes ne sont pas eugénésiques. Les métis de noir et blanche ou de blanc et de noire, quand ils: existent, sont le plus souvent peu féconds, et le mot mulâtre rappelle la comparaison avec le mulet stérile. Les Hollandais et les Malais ont produit des métis, les lipplapen. Or les métis du 1°' sang sont assez féconds entre eux, ceux de la 2%e génération sont peu féconds, ceux de la 3m° ne produisent plus que des filles. Ces lipplapen sont inintelligents. Dans la Caroline du Sud, qui a été colonisée par la race anglo-sax0nne, les métis de nègres sont rares,
chétifs, peu féconds; à la Jamaïque, les mulâtres ne se reproduisent jamais entre eux. Au contraire, sur le golfe du Mexique là où domine la race espagnole, les mulâtres sont plus nombreux, plus robustes, plus féconds. Les métis d’'Indien et de nègre sont nombreux au Brésil et sont généralement assez vigoureux, mais ces Zambos constituent les 4/5 de la population des prisons. A Pondichéry, la mortalité des métis de blanc et d’Indoue ou Topas est considérable. Le métis de Papou et de Polynésien semble réussir.
A la vérité, il y a des individus qui, dans la reproduction, marquent plus que d’autres leur empreinte; cette influence de la personnalité varie avec l’âge chez l'individu; mais elle est aussi une affaire de race; il y en a, comme disent les vétérinaires, qui racent davantage. Le D' Nott cite un exemple de l'inégaiité des deux forces dans l’accouplement : il possédait des lévriers rapides à la course et des terriers à l’odorat fin. Il rêva une race mixte, qui joindrait à la célérité du lévrier, le nez du terrier. Il n’y arriva pas par le premier croisement, comme cela eût eu lieu s’il avait croisé deux forces égales ; il dut aller jusqu'au métis qui avait 1/8 du sang du lévrier et 7/8 du sang de terrier. Donc le terrier, race moins, donne moins facilement son empreinte, puisqu'il a fallu 7 fois plus de terrier que de lévrier. C'est ainsi que dans les métis où figure le Chinois, le type du Chinois a une tendance à dominer chez le produit. De même dans le croisement du Slave et du Bouriate (race jaune), le métis a invariablement les yeux obliques, les cheveux noirs, gros, droits du Bouriate.
Dans les croisements, tantôt 11 y a transaction entre les types (Quatrefages), apparition de caractères intermédiaires, exemple : noir et blanc donnant un produit gris; tantôt il y a juxtaposition des caractères du père et de la mère, exemple : noir et blanc donnant un produit pie. Du reste, dans cette résultante entre deux forces que représente l’hérédité, tous les caractères re se transmettent pas également : les cheveux du nègre sont ce qui persiste le plus chez le métis ; ce que le blanc transmet le plus volontiers, ce sont ses qualités cérébrales. Ainsi, au siècle dernier, vécut à l’île Maurice, alors colonie française, un mathématicien distingué, correspondant de l’Académie des sciences, Lislet-Geoffroy; il était, par sa mère, négresse vulgaire, aussi nègre que possible et n'avait pas même l'air d’un mulâtre. De son père, qui était blanc, il tenait. uniquement l'intelligence. Les Pouls, en Afrique, nous montrent: une juxtaposition de caractères supérieurs et de caractères infé-!
rieurs ; plus ils sont mélangés de noir, plus le goût de l’agriculture domine (Faidherbe).
Ce que je viens de dire des caractères anatomiques des cheveux, de la peau, des caractères anatomiques du cerveau (intelligence), s'applique aux caractères des tissus, des liquides et des solides, d’où dépendent l'aptitude et Pimmunité morbides. Ainsi les mulàtres tiennent du nègre une immunité pour la fièvre jaune, proportionnelle à la quantité de sang noir qu’ils possèdent. Livingston dit que la syphilis guérit seule chez le nègre ; il ajoute que chez les Griquas et les Coronas, qui ne sont pas des nègres purs, la syphilis fait autant de ravages qu’en Europe. J'ai eu déjà l’occasion de dire que les moutons algériens présentaient une remarquable immunité pour le charbon, or les métis de ces moutons algériens ont cette même immunité. Le Dr Nott a dit que 1/4 de sang nègre vaut mieux pour braver la fièvre jaune, que la vaccine pour braver la variole. Nous savons que l’odeur de noir persiste chéz le quarteron, qui possède 7/8 de sang blanc.
De ce que je viens de dire, il résulte que le croisement de deux races peut être plein d'avantages : ainsi par le croisement du nègre et du blanc, dans les pays chauds, le blane donnera au produit une plus grande intelligence, le noir lui donnera l’immunité contre les maladies des pays chauds; et voilà une race mixte qui, plus intelligente que l’autochtone, plus résistante que la race conquérante, aura pour elle l'avenir de la colonisation; c’est de même qu’on a conseillé l’hybridation de la vigne pour la mettre à l'abri du phylloxéra,
Cette question des croisements est, du reste, loin d’être jugée de la même façon par les meilleurs esprits. Les adversaires des croisements les regardent comme absolument pernicieux ipso facto. Gobineau n’attribue pas à autre chose qu’aux croisements, entre individus de race différente, la chute de l’empire romain ; les civilisations européennes périront, d’après lui, pour la même cause. Périer, dans une série de travaux remarquables, s’est également inscrit contre les croisements; pour lui, un peuple qui dégénère est un peuple qui n’a plus dans ses veines le sang de ses ancêtres. Enfin cette thèse a été soutenue dernièrement, non sans talent, par mon collègue et ami le D' Dally. Il est partisan de la division du travail et, trouvant que les choses sont pour le mieux, il demande à rester blanc, mais il désire que le noir reste noir. Chacun son métier, chacun sa couleur ! Soyez nègre si c’est
votre métier, mais pas de croisement ! Appliquant ce culte du pur sang aux races qui se coudoient et coudoient les nôtres en Algérie, il s'élève contre la tendance qui rendrait pratique dans notre colonie le mélange des sangs.
Aux raisons de sentiment, les arguments de fait ne manquent d’ailleurs pas de s'ajouter. De même qu’en chimie, en combinant deux substances toxiques on obtient un composé inoffensif ou réciproquement, de même, il se pourrait que la fécondation, l’un par l’autre, de deux individus non pathologiques, donne un individu voué à la pathologie. Le cheik arabe Mohamed Elr-Omarel-Tourny, dans un ouvrage remarquable, dont nous devons la traduction à Pevron, dit : La durée de la vie diffère d’une façon considérable, dans les enfants nés au Darfour; ceux qui naissent de père forien et de mère forienne, sont vivaces et bien constitués. On trouve beaucoup de familles de dix ou douze enfants. Il en est de même dans les tribus arabes de sang pur ; là encore on meurt vieux. Mais, ajoute-t-il, lorsque le Forien prend une Arabe pour femme ou lorsque l’Arabe épouse la Forienne, il arrive toujours que les enfants vivent peu. Le D' Nott assure que les mulâtres sont sujets aux maladies chroniques et qu’on rencontre parmi eux un grand nombre d’infirmes.
Les partisans de l’excellence du croisement ipso facto ne sont pas, de leur côté, en peine d'arguments : Gerdy avait commencé une brillante campagne ; de Quatrefages la continue. On cite facilement la beauté de beaucoup de mulâtresses. On cite au Brésil une race croisée excellente, les Paulistes, métis de Portugais et d’indiens ; les Cafres, les Malais, les Japonais ne sont-ils pas des métis, produits remarquables du mélange de plusieurs races ?
Il ne faut donc pas se dissimuler que des deux côtés, adversaires et partisans, donnent d'excellentes raisons. La vérité, c’est qu’il en est du mélange ou de la combinaison des sangs comme de tous les mélanges et comme des combinaisons que nous présente la chimie. Il y en a de bons, il y en a de mauvais; il y a des combinaisons fixes, il y en a d’instables. Il faut en outre, dans cette étude, tenir compte des conditions mêmes où s’est faite l’expérimentation, sur laquelle s'appuie le raisonnement. Les conditions sont toutes différentes, quand il s’agit des croisements humains, de ce qu’elles sont dans les croisements entre nos animaux. Veut-on savoir si le loup et le chien, le lièvre et le lapin donnent des métis ou hybrides, comme on voudra les nommer,
viables ? On entoure les produits obtenus, de toutes les précautions, de tous les soins, de tous les égards; tandis que pour beaucoup de métis humains, notamment pour ceux du blanc et de la négresse, qui sont les mulâtres les plus fréquents, c’est le contraire qui à lieu. En général les sangs mélés sont méprisés par chacun des pur sang composants!
Imprégnation,— Le croisement, l’hybridation peuvent avoir, dans certains cas, une conséquence bien singulière : le croisement a été fécond, mais il a rendu la mère désormais stérile. Ainsi, dit le D° Strzelecki, une femme australienne, qui est devenue grosse des œuvres d’un blanc, est désormais stérile avec tout Australien, comme si la première fécondation par le blanc avait imprimé à la femme australienne un cachet, une marque indélébiles, comme si elle avait été imprégnée pour toujours au contact du blanc. On a dit la même chose des Hurons, des Séminols, des Araucans, des Polynésiens et des Mélanésiens. Ces faits d’imprégnation ne sont pas isolés : on a, de tout temps, vu une femme veuve se remarier et avoir de son deuxième mari un enfant qui ressemblait au premier. D’autres faits, plus suspects il est vrai, avaient été remarqués : on avait vu un enfant incontestablement adultérin, ressembler au père par la loi, de là cet axiome : filium ex adultera excusare matrem a culpa. Mais la question est trop difficile, trop compliquée lorsqu'il s’agit de l'espèce humaine. Tout le monde au contraire connait le fait de cette jument, couverte par un zèbre, qui eut un poulain zébré, puis qui, couverte par un étalon, eut un poulain qui ressemblait au zèbre. On ne peut plus ici donner, comme tout à l'heure, cette explication, qui consistait à prétendre que la femme avait pensé, mal à propos, à son premier mari. La même influence d’un premier accouplement sur les portées futures est bien commune sur les chiennes et les amateurs, craignant à ce point de vue, la mésalliance, ne laissent jamais couvrir une belle chienne par un mâle de basse extraction.
On comprendrait difficilement ces phénomènes, si nous n’avions à mettre à côté d'eux quelques autres faits capables de faire la lumière. Il y a des femelles qui, après avoir été fécondées une première fois, restent fécondées pour toujours, sans accouplement nouveau, comme si le mâle, dans son premier accouplement, avait imprimé à la femelle une fécondation indélébile, comme s’il l'avait imprégnée pour toujours. Ce phénomène, normal chez les pucerons, chez les abeilles, porte le nom de parthénogénèse, et, quoique
en apparence absolument opposé à celui de tout à l'heure, prouve, comme lui, l’action durable, imprégnante d'un premier accouplement fécond, sur la femelle.
Cette modification par un premier mari du milieu intérieur de la femme est tout à fait comparable aux modifications d’aptitude et d'immunité, que confère une première atteinte, par une maladie virulente, qui semble avoir pour toujours imprégné l'organisme. Elle pourrait même, d’après Gubler, créer une aptitude morbide nouvelie, Le cancer est rare dans la race noire, or le cancer du sein a été observé par Gubler, chez une négresse, qui avait un mari blanc, dont elle avait un enfant. Il se demandait si cette imprégnation, en vertu de laquelle il eût pu se faire que volontiers cette négresse imprégnée par un blanc, comme la jument par le zèbre, eût eu elle-même d’un nègre un enfant mulâtre, si cette imprégnation, dis-je, qui avait blanchi son milieu intérieur, ne lui a fait perdre l'immunité naturelle au nègre.
Consanguinité, — Les partisans du croisement à outrance, convaincus de la nécessité de ce qu’ils nomment rafraichir le sang, voient naturellement, dans la méthode contraire, la consanguinité, la cause d’une foule de maux : de même que tout à l'heure nous avons vu deux camps, ceux qui croient le croisement bon ipso facto, en principe et ceux qui, aussi radicalement, le croient mauvais; de même nous trouvons ici les partisans de la consanguinité quand mème, comme bonne ipso facto et ses ennemis par principe ! Or, de même que les croisements peuvent être bons, peuvent être mauvais, selon ce qu'on croise ; de même la consanguinité peut être bonne, peut être mauvaise, selon ce que vaut le sang, qu’on accumule ainsi sur lui-même, in and in. Pour juger ce que vaut ou ne vaut pas la consanguinité, jetons un coup d’æil sur la reproduction en général.
Au bas de la série, c'est la consanguinité qui nous apparait comme mode unique de reproduction : un protiste existe; il se divise en deux par scissiparité et voilà deux protistes ; au bout de quelque temps, par le même mécanisme, nous trouvons 4-8-16 protistes, qui sont consanguins; c'est bien en effet le même sang, si sang il y avait, puisque c’est le mème être! plus haut dans l'échelle, sur l'animal ou le végétal polycellulaire se forme un petit groupe de cellules ; c'est un bourgeon. Ce bourgeon se détache, devient un être semblable à celui qui l’a produit; c'est en somme un morceau du même être; encore de la consanguinité! plus haut, une
cellule unique se détache de l'être producteur ; c’est une spore (fougères, cryptogames, certaines hydres inférieures); dans la gastrula (éponge) apparaissent deux spores ou cellules identiques, chargées de la reproduction ; ces deux cellules identiques, chargées de la reproduction dans la gastrula, nous conduisent à un point capital dans la sériation : supposons en effet qu’à ce moment une légère différence apparaisse entre l’une et l’autre de ces deux cellules, cette différence se fixera par sélection naturelle et bientôt la présence de deux cellules de reproduction différentes constituera deux sexes réunis sur le même individu. Les animaux hermapürodites et les fleurs monoïques auront ainsi pris naissance.
Un végétal ou un animal hermaphrodite peut, à coup sùr, se féconder lui-même, et c’est encore là de la consanguinité, c’est même ce qu’on pourrait nommer le comble de la consanguinité ! Une orchidée, l'Ophris apifera, la tomate, aubergine, le piment, le pois de senteur (Lathyrus odoratus) ne se fécondent pas autrement ; parmi les animaux je citerai les vers, les hydres, les ascidies, les ascarides, les colimaçons, les sangsues. Mais cette autofécondation présente évidemment des chances d’insuccës : la fonction mâle et la fonction femelle étant remplies par le même individu, toute faiblesse, toute altération de cet individu unique est aussitôt fonctionnellement doublée ; cette absence de division du travail est évidemment contraire à sa bonne exécution, en vertu de ce principe vulgaire, qu’il est mauvais de n’avoir qu'une corde à son arc, ou de mettre tous ses œufs dans un même pauier. Ii est si vrai que l’autofécondation est mauvaise, que dans un grand nombre de cas, chez les végétaux monoïques, elle donne des graines qui ne germent pas, ou peu de graines, ou même pas de graines du tout. Il y a plus : Fritz Muller a constaté que le poilen d'une fleur est parfois toxique pour le pistil de la même fleur. Tandis qu'il se rencontre tant d'occasions diverses qui peuvent faire manquer l’autofécondation ou ultra-consanguinité; au contraire, lies insectes, butinant de fleur en fleur, transportent le pollen d’une fleur sur le pistil d’une autre fleur très éloignée ; ailleurs ce transport est effectué par le vent, par les oiseaux, par l’eau, pour certains animaux; de sorte que même chez un être hermaphrodite, qui pourrait se féconder lui-même, la division du travail tend forcément à être établie. Cette division qui fait, chez tel animal d’abord hermaphrodite fonctionner uniquement l'organe mâle, et chez tel autre également hermaphrodite, fonctionner exclusi-
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vement l'organe femelle, amène bientôt chez l'un et chez l’autre l’atrophie de l’organe qui n’a rien à faire, et au bout d’un certain temps les deux hermaphrodites deviennent deux unisexués, l'un mâle, l’autre femelle.
1 y a donc dans la nature une véritable sériation évolutive, qui va de l’ultra-consanguinité au croisement, de l’asexué au sexué, de l’hermaphrodisme à l’unisexualité. L'homme et tous les vertébrés, dans leur ontogénie, commencent même par l’hermaphrodisme, absolument comme dans la série phylogénique la reproduction part de la consanguinité pour arriver. au croisement.
Ce qui est vrai de l’évolution organique, ne l’est pas moins de l'évolution sociale : nous trouvons encore là, la consanguinité à la base, le croisement au sommet. Prenons pour exemples des peuples à divers degrés d’évolution sociale : nous voyons les Chippeouayens, d’après Hearne, épouser leur mère, leur sœur, leur fille ; le même usage existe chez les Kadiaks (Bancroft), chez les Karens du Tenasserin (Heler). Les rois du Gabon, afin de ne pas altérer la pureté du sang royal, épousent leurs filles et les reines leurs fils. Torquemada rapporte qu’en Amérique, chez les Incas, les mariages entre frère et sœur étaient fréquents. Il en est de même actuellement aux iles Sandwich, dans la classe noble; chez les Malgaches et à Ceylan, on épouse sa sœur cadette ; chez les Coroados actuels du Brésil, il n’est pas rare qu’un homme soit le frère de son fils. L’infortuné Crevaux avait constaté le même fait chez les Roucouyennes. Jadis, chez les Tartares, les Scythes, les Mèdes et les Perses, le père épousait sa fille, le fils sa mère, le frère sa sœur. Sisymithrés, satrape de Sogdiane, avait épousé sa mère et en avait deux filles ; mater, dit Quinte-Curce, eademque conjux. Saint Jérôme dit que : Persa, Medi, cum matribus et magis cum fiiabus et nepotibus copulantur. Cambyse épousa sa sœur. Cette coutume exista chez les juifs et Joseph, le père de Jésus, était l'oncle au troisième degré de Marie. Les unions consanguines furent cependant rapidement regardées comme criminelles, et la peste de Thèbes fut attribuée par le peuple au mariage incestueux d’OEdipe avec sa mère Jocaste, dont il avait quatre fils. Mais si elles furent défendues, c'est moins au point de vue médical que dans l'intérêt des bonnes mœurs, par respect pour le toit de la famille. Au reste, tous les peuples qui défendent ces unions, les défendent entre parents par alliance aussi bien qu'entre parents
par le sang. La loi francaise les défend dans toute la ligne directe et, en ligne collatérale, entre parents du deuxième degré (frères et sœurs), et du troisième (oncle et nièce), sauf permission.
La question des unions consanguines fut posée, ou mieux indiquée, pour la première fois en 1815, par Fodéré, qui regardait les unions au troisième degré, entre oncle et nièce, comme tendant à abâtardir l'espèce; mais elle ne devint médicale qu’en 1856, époque où le D° Menière annonça que les unions entre parents donnaient naissance à des enfants sourds-muets. Rilliet (de Genève) soutint à son tour que la stérilité, l'avortement, les monstruosités, l’épilepsie, l’idiotie et la surdi-mutité résultaient souvent des unions consanguines. Enfin Devay (de Lyon), réunissant artificiellement, ainsi qu’il le reconnut lui-même, en déclarant qu'il iles avait choisis, 121 mariages consanguins, trouva parmi eux : 16 fois la stérilité, 6 fois l'avortement au début de la grossesse, 11 fois à la fin, 2 fois le bec-de-lièvre et le pied-bot, 17 fois la polydactylie ; en tout 52 accidents. Boudin, de son côté, fit le raisonnement suivant : il y a en France 2/100 mariages consanguins ; si les sourds-muets n’ont rien à voir dans la question et qu'ils soient également répartis, il y aurait 2/100 consanguins sourdsmuets. Or, sur 100 sourds-muets, il y a 25 consanguins à Lyon, 28 à Paris, 29 à Nogent-le-Rotrou, 30 à Bordeaux ; il formula donc: si le danger d’avoir un enfant sourd-muet dans un mariage croisé est de 1, il est de 18 entre cousins germains (4° degré), de 37 entre oncles et nièces, de 70 entre neveux et tantes (3° degré). Il donnait comme exemple la fréquence relative des sourds-muets chez les catholiques, les protestants et les israélites, fréquence qu’il regardait comme proportionnelle à celle des mariages consanguins dans chacune de ces religions; sur 10000 mariages de chacune de ces trois religions, il trouve en effet : chez les catholiques 3,1 sourds-muets; chez les protestants, 6; chez les Israélites, 27. Morris a établi, de son côté, la proportion suivante : les mariages entre parents au 8° degré et entre cousins, fils d’issus de germains (3° degré de cousinage), donnent une proportion de 40 infirmes
pour 100; entre issus de germains, ou parents au 6e degré {2e de cousinage), la proportion est de 42,5 pour 100 ; entre germains (4° degré), de 67,2 pour 100; entre oncle et nièce (3° degré), de 81 pour 100 ; dans les unions incestueuses (1° degré direct et 2e collatéral), de 96 pour 100.
On a également accusé la consanguinité de produire la réti-
nile pigmentaire. Elle fournirait, d’après Liebreich, 1/2 des cas; de cette maladie ; 1/6 d’après Hering; 1/9 d’après Mooren. Mais les. faits de Liebreich ont été pris dans un établissement de sourdsmuets, où les causes pathologiques sont extrèmement complexes. De leur côté, Galezowski et Maurice Perrin se refusent à voir aucun rapport entre la rétinite pigmentaire et la consanguinité. Fieuzal, sur 21 cas de rétinite, a trouvé 8 consanguins et 13 nou consanguins.
On a prétendu aussi que les sourds-muets étaient plus nombreux en Amérique chez les noirs que chez les blancs : on à dit que cela tenait à une plus grande fréquence, chez les premiers, de mariages consanguins ; on a cité jusqu’à des frères qui, nés de frères et sœurs, auraient été idiots et sourds-muets.
On a également cité la stérilité chez le porc (Auburtin, Allier), sans songer, comme l'a fait avec raison remarquer Sanson, qu’il s'agissait de porcs en dégénérescence graisseuse.
Tous ces faits présentent un défaut capital : ils sont choisis. Beaucoup de prétendus exemples, propres à montrer les dangers de la consanguinité, ont en outre été pris en Suisse, où l’idiotie reconnait le plus souvent une cause toute différente. On a enfin comparé des populations très diverses, en supputant le nombre des infirmes dans chacune, sans tenir compte de l'influence que pouvaient avoir la race et l’état social. Il est un autre fait auquel on n’a pas, à mon avis, assez songé : la plupart des mariages entre cousins ont lieu entre gens très jeunes; quand un homme épouse sa cousine, à laquelle il est souvent fiancé dès l'enfance, c’est généralement de 20 à 25 ans. Or toutes les statistiques montrent que, lorsque les deux époux, le mari surtout, sont très jeunes, l'excès même de lardeur conjugale est une cause fréquente de fausses couches ou de troubles éprouvés par l’embryon. Cela seul suffirait à expliquer, si elle était démontrée, la plus grande fréquence des fausses couches et des accidents tératologiques dans les mariages entre consanguins.
On cherche toujours des exemples de surdi-mutité dans la consanguinité ; mais rien ne prouve que l’une soit la cause de l’autre. Le Dr Dally à, dans une discussion célèbre, dit avec raison : Si, dans une île isolée, vous placez un ménage consanguin et qu’au bout d’un certain nombre d'années, il n'y ait pas un seul infirme, on peut affirmer que, dans ce cas, la consanguinité n’a eu aucun inconvénient. Tandis que si, dans cette même île, on voyait apparaître
des sourds-muets, il faudrait prouver que c’est bien le fait même de la consanguinité qui en est la cause. Or les exemples de consanguinité sans infirmité ne manquent pas : à tous les peuples de antiquité, on pourrait ajouter les Esquimaux. Il faut encore citer le bourg de Batz, où tous les habitants se marient entre eux et où il n'y a pas d’infirmes; Voisin a étudié cette population. Gubler a étudié dans les Pyrénées la population de Gaust, qui est superbe ; les jeunes gens ne s’y marient ordinairement qu'entre eux; i! en est de même à Pauillac (D' Ferrié). Il existe enfin, dans le royaume du Dahomey, 100 individus qui descendent d’un traitant portugais et de ses 400 négresses; ils se marient uniquement entre eux, ils sont déjà à la troisième génération; il n'y a parmi eux, dit le D' Thibault, ni un sourd-muet, ni un crétin, ni un aveugle. On cite toujours, à la Réunion, un groupe d'Européens qui ne se recrutent qu'entre eux, les petits blancs, qui sont très florissants.
Le D' Bourgeois, qui était fils de consanguins et se disposait, je crois, à épouser sa cousine, a fait une enquête sur $a propre famille, dont il est d’ailleurs un brillant représentant : en 160 ans, elle a compté 416 membres issus d’un couple consaguin au 3° degré. Il y a eu 16 unions sur-consanguines ; en tout il y a eu 91 alliances fécondes et pas un infirme! La famille illustre des Séguin a présenté, avec la famille non moins illustre des Montgolfier, 10 unions consanguines ; on ne trouve pas un infirme dans lune ui dans l’autre.
Quant à la fécondation entre frère et sœur et même entre parents directs, elle est fréquente chez les pigeons, elle a été la règle dans beaucoup de sociétés humaines. La race bovine de Salers vit, dans les pâturages de l'Auvergne, à l’état de semi-liberté; le taureau ne s’accouple qu'avec sa mère, ses tantes, ses sœurs, ses filles ; la race est superbe. La race célèbre de Durham est issue d’unions consanguines ; elle fut créée par Ch. Colling avec un taureau (Hubbach) qui avait une remarquable faculté d’assimilation. Favourit, un de ses fils, couvrit, pendant six générations, ses filles et ses petites-filles ; de sa mère Phénix, Favourit eut Cornet, qui fut vendu 26250 francs; les produits consanguins de Favourit et de Cornet, en tout #7 bêtes, furent vendues 177 000 francs. Notons qu’il eût bien pu arriver que le taureau Favourit, en vieillissant, donnât naissance à des enfants infirmes ou débiles, ce qu’on n’eût pas manqué de mettre sur le compte de la consanguinité.
Les moutons de Mauchamp sont également un produit de la consanguinité, tiré depuis 1828, par Graux, de la descendance d'une brebis, par le croisement consanguin, breeding in and in. Tout le monde sait que les vainqueurs du turf sont issus d’accouplements entre consanguins.
Il n’est pas jusqu'aux végétaux eux-mèmes, pour lesquels on ne recherche parfois la consanguinité, en évitant avec soin les croisements. Dans certaines provinces d'Angleterre, les cultivateurs de choux disent qu'il faut empêcher les choux « de s'amouracher ies uns des autres ».
De tout cela il ressort que la consanguinité, par elle-même, ne crée aucune condition favorable à la production de la surdimutité ni des autres infirmités. Des recherches de Benjengue, faites en Russie, 1l ressort que la surdi-mutité semble héréditaire, que presque tous les sourds-muets ont des maladies de l'oreille, que plus de la moitié ont des maladies cérébrales héréditaires. On n’a donc pas assez vu en somme que tous ces gens, qui sont parents, ont une parenté morbide; c’est donc de l’hérédité. Les éleveurs anglais, qui ont adopté la méthode in and in, savent qu’elle est la meilleure méthode de sélection pour élever l’hérédité à sa plus haute puissance. Aussi le regretté Bertillon me semble avoir admirablemert résumé les choses, lorsqu'il a dit : «Si une famille « est entachée d’affections héréditaires et que les membres se « marient entre eux, le vice héréditaire doit aller s'aggravant et « peut-être plus rapidement encore qu'il n’arriverait par le fait « d'un mariage entre deux familles étrangères l’une à l’autre, « mais entachées l’une et l’autre du même vice. » Si au contraire les familles sont saines, dit-il : « La consanguinité apparaît alors « comme un moyen de sélection pour faire vite évoluer le fond et « le tréfond organique (pathologique ou sain) des familles. C’est « une pierre de touche, signalant tout de suite certaines impuretés « d’un sang. Les familles indemnes de vice retrempent, doublent, « au contraire, dans la consanguinité, leur résistance et leur vertu, « et en sortent plus fécondes, plus saines que jamais ! »