‹ La geógraphie médicaleChapitre 221 sur 233 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Nous avons vu, dans les chapitres précédents, survenir chez certains individus, soit par le fait du milieu extérieur , soit par le fait ‘du milieu intérieur, des modifications souvent peu considérables, caractérisées par certaines conformations, certaines aptitudes, certaines immunités pathologiques ou non, car on a pu voir, dans le courant de ce livre, que la pathologie et la physiologie étaient, à dessein, intimement confondues. Nous avons vu que ces variations sont héréditaires et perpétuent, sous une même forme, ce qu'on nomme, par suite d’une convention, l'espèce. Les croisements tendent à modifier ce que l'hérédité avait fixé, et à créer des espèces nouvelles, tandis que la consanguinité, ou hérédité renforcée, agit en sens contraire.

Ce sera la gloire de Lamarck d’avoir formulé cette théorie de l'instabilité de l'espèce et de la lente et graduelle évolution des types suivant le milieu ; il est cependant juste de reconnaître que cette théorie, qu’on pourrait nommer lamarckisme, avait été déjà entrevue par Démocrite, et transmise vaguement de l'antiquité au moyen âge, par les Arabes. « Quand le peuple ignorant, écrivait AI-Khazim, entend dire aux savants que l'or est un corps qui s’est formé par voie de perfectionnement, il comprend qu'il a passé par la forme des autres corps métalliques, c'est-à-dire qu’il était d’abord plomb, puis étain, puis bronze, puis argent, puis qu’il est devenu finalement or. Il ne sait pas que les philosophes veulent dire, ce qu’ils veulent dire aussi de l’homme, quand ils avancent qu'il est arrivé à l’état où il se trouve aujourd’hui progressivement et non point par des transformations totales, comme s'il avait passé par la figure du bœuf, puis par celle de l'âne, puis du cheval, puis du singe, et finalement était devenu « homme. » Cette théorie, Gœthe en 1790, en 1796 et en 1807, Oker en 1809, l'avaient comprise. Il n’en est pas moins vrai que Lamarck eut le mérite de la formuler complètement dans sa Philosophie zoologique de 1801-1809. Lyell, qui a montré toute l’importance trop méconnue jusqu’à lui de l’élément temps dans les

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