‹ La geógraphie médicaleChapitre 224 sur 233 · SÉLECTION SOCIALE · texte numérisé non relu

SÉLECTION SOCIALE

effort, sans lutte, on vit passivement, n'ayant qu’à recevoir ses appointements fixes. Un grand nombre de non-valeurs que la société protège, nourrit et entretient, la fournissent ainsi pour l’avenir d'autant de non-valeurs feites à leur image. Que de maladies qui, grâce aux soins dont l'enfance est entourée, se perpétuent assez longtemps, non pour guérir, mais pour donner, à celui qu’elles atteignent, la faculté d’engendrer des enfants maladifs comme lui. La serre chaude sociale mènera encore assez loin cet avorton pour lui permettre de se reproduire dans un avorton semblable à son père. Ainsi se perpétuent et demeurent dans nos sociétés un grand nombre d'états morbides. Dans la vie sauvage, tout être qui n’est pas armé suffisamment soit par ses muscles, soit par son intelligence, pour la lutte pour la vie, succombe ; dans la vie civilisée, au contraire, on secourt et on élève ceux qui, par eux-mêmes, seraient trop débiles et trop impuissants pour lutter. Les anciens avaient trouvé un moyen simple, ils tuaient les enfants débiles; Aristote et Sénèque se sont même faits les défenseurs de cette terrible doctrine. Cela se passe encore ainsi chez les Bechuanas, et cela pour le prétexte le plus futile: un enfant dont les incisives supérieures poussent les premières, est déclaré Tlolo et mis à mort. Les Albinos, adorés ailleurs, sont ici Tlolos et mis à mort.

Cette conservation des faibles par la société civilisée mène à une conséquence inattendue : bien que le Parisien moderne soit intellectuellement supérieur aux hommes de l’époque préhistorique, en notre pays, et bien que le cerveau soit, d’une manière générale, proportionnel à l'intelligence, cependant, alors que la capacité moyenne du crâne à l’époque préhistorique est de 1 606 centimètres cubes pour les hommes, elle est chez le Parisien moderne de 1558. Différence de 48 ! Cela tient évidemment à ce que dans la moyenne des Parisiens actuels, figurent une foule de cerveaux faibles, qui suffisent tellement quellement à leurs peu enviables possesseurs, tandis que la moyenne des hommes adultes de lépoque préhistorique dont le crâne nous reste, était depuis longtemps débarrassée par la sélection des cerveaux faibles. Ce résultat paradoxal au premier abord, peut être comparé à celui qu'à donné pour les nègres cette demi-civilisation qu'ils achetaient malgré eux en échange de la liberté, auprès de leurs maitres américains. Tandis que le crâne du nègre libre, en Afrique, cube 1 371 centimètres cubes, le crâne du nègre esclave, à certains points de vue

plus élevé, cubait 1 323,50 ; différence 47,58, presque 48, comme tout à l'heure ; cela prouve au moins que la liberté est encore la condition de développement le plus favorable.

Page 1