‹ La geógraphie médicaleChapitre 225 sur 233 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nous venons de voir, dans les chapitres précédents, que l’hérédité fixait les caractères; que la sélection assurait la prépondérance aux caractères utiles et avantageux; nous en avons conclu que le progrès est fatal. Cela est vrai, d’une manière générale, pour l'humanité tout entière : elle est aujourd’hui plus instruite, plus morale, mieux nourrie, mieux portante, plus longtemps vivante, meilleure à tous les points de vue, qu'aux temps passés. Mais si cela est vrai pour l'humanité dans son ensemble, cela n’est pas toujours vrai des peuples considérés individuellement. Sans doute le flambeau de la civilisation brille toujours, et d'un éclat de plus en plus grand, mais ce n’est pas toujours la même main qui le tient : les peuples, eux aussi, quasi cursores vitai lampada tradunt. Que sont devenues les civilisations de Palanqué, du Mexique, du lac de Titicaca? Et celles du Cambodge, de Java? Des ruines muettes sont tout ce qui demeure debout pour attester la grandeur de la civilisation qui les a élevées, et les animaux sauvages ont remplacé les hommes qui avaient élevé ces monuments! Nous-mêmes, si fiers de nos monuments, de nos arts, de nos chemins de fer, de nos usines, sommes-nous sûrs de ne pas disparaître un jour? Sommes-nous certains de ne pas dégénérer, ce qui est l’acheminement vers la disparition ? Cela dépend de nous ; cela dépend de l'hygiène sociale, qui seule peut préserver les peuples, comme l'hygiène individuelle préserve les individus.

Qu'est-ce que dégénérer ? D'après Morel, c'est s'éloigner du type primitif. Mais le type primitif de l'homme n’a rien qui doive exciter notre ambition ; le mieux que l’homme ait à faire, c’est même de s'en éloigner le plus possible. Nous n'admettons plus avec J.-J. Rousseau un âge d'or originel, ni avec les catholiques

une déchéance de l’humanité, depuis sa création (?). Nous savons, comme Lucrèce l'avait déjà dit, que les dents, les pierres et les bâtons furent les premières armes de nos pères et Homère ne se dissimulait pas que « les premiers hommes n’avaient pas « d’assemblées, pour délibérer; chacun donnait la loi à ses fem- « mes et à ses enfants et ne s’inquiétait pas des autres. » Dégénérer, ce n’est donc pas s'éloigner du type primitif. Dégénérer, c'est prendre des caractères, qui amènent par les maladies la mort de lindividu et par stérilité celle de la race.

Ces causes sont nombreuses, et, sans prétendre les nommer toutes, on peut tenter de les résumer, dans le tableau suivant :

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