S 2. FROID
Action biologique du froid, — Le voyageur qui, d'un pays tempéré, se dirige non plus vers les régions tropicales, mais vers les latitndes plus septentrionales que la sienne, doit supporter des modifications physiologiques non moins importantes que celles que nous venons d'étudier. Des phénomènes inverses à ceux que je viens de décrire doivent être maintenant signalés ; il ne faudrait pas croire cependant que la symétrie soit complète de chaque côté de la température moyenne de Paris, par exemple, prise comme 0 moyen. Il semble que l’homme résiste mieux à ce degré très inférieur à la température moyenne de notre pays, que nous nommons froid eæcessif, qu’à ce degré très supérieur à la température à laquelle nous sommes habitués et que nous nommons chaleur extrême. |
Le froid et le chaud sont relatifs ; cependant, de nième que la limite extrême de la chaleur supportable pour les protoorganismes cellulañes est le degré qui correspond à la coagulation de l’albumine, de même la limite du froid supportable devrait être le degré de congélation de l’eau. Or, il n’en est rien ; d’abord parce
que même les animaux à sang froid dégagent de la chaleur propre ; en outre, parce que les liquides aqueux de l'organisme tiennent en dissolution des substances qui retardent leur congélation et qu’ils sont animés d’un mouvement qui a le même effet.
D'une manière générale, Rumford a établi que les liquides sont d'autant plus mauvais conducteurs de la chaleur qu'ils sont plus visqueux ; il en résulte, dit de Candolle, que la disposition des végétaux à résister au froid, est en raison directe de la viscosité de ieurs sucs.
Les draguages du capitaine Nordenskiold, dans les mers polaires, ont d’ailleurs démontré que, dans les régions sous-marines de ces contrées, malgré une température constamment inférieure à 0°, les êtres vivants pullulent.
Dans le courant de la même expédition, les navigateurs furent étonnés de la quantité prodigieuse d'êtres animés qui vivaient à l'air libre, par une température moyenne de — 10°, Déjà le lieutenant Bellot avait constaté, sur la neige des rivages polaires, des quantités considérables d'animaux phosphorescents ; Kjellmann, à bord du Polhem, le navire de Nordenskiold, fut également surpris de trouver des algues en pleine vigueur à une température presque constante de — 20,
Ces faits n’ont rien d'étonnant pour ceux qui croient, sans commentaires, aux expériences faites par Gaimard en 1828 et 1829, sur la congélation des animaux : pendant un voyage en Islande, cet observateur, ayant exposé en plein air une boite remplie de terre, au milieu de laquelle se trouvaient des crapauds, fut tout surpris, au bout de plusieurs jours, de trouver les crapauds durs, cassants, roides, gelés ; il les rappela à la vie en les plaçant dans l’eau chaude. Ces faits étaient déjà connus, et John Hunter lui-même avait échafaudé, sur ces signes d’oublimomentané de la vie, qui rappellentun peu ce qui se passe pour les animaux reviviscents, unrève d'utopiste et de savant : « Je m'étais imaginé, dit-il, qu’il serait possible de prolonger la vie indéfiniment, en plaçant un homme dans un climat très froid. Je m'appuyais sur cette considération que toute action et, par conséquent, toute déperdition de substancesseraientsuspendues jusqu’à ce que le corps fût dégelé. Je pensais même que, si un homme voulait consacrer les dix dernières années de sa vie à cette espèce d’alternative de repos et d’action, on pourrait prolonger sa vie jusqu’à un millier d'années, et qu’en se faisant dégeler tous les cent ans, il pourrait connaître tout ce qui aurait été fait pendant son