‹ La geógraphie médicaleChapitre 28 sur 233 · FROID · texte numérisé non relu

FROID

état de congélation. Comme tous les faiseurs de projets, continue notre rêveur, je m'attendais à faire fortune avec celui-là ; mais une expérience me désillusionna complètement. »

Un animal ne saurait sans mourir être congelé, sans doute pour plusieurs raisons, mais au moins pour celle-ci : que l’eau qui passe de l’état liquide à l’état solide augmentant de volume, ses tissus, qui sont gorgés d’eau, éclateraient, comme fait une pierre qui gèle. Mais il se peut précisément que, en vertu de certaines dispositions anatomiques, certains animaux puissent résister à la congélation. Si, en été, par exemple, on met une grenouille dans la glace, elle gèle, car, à ce moment, elle est gorgée de sucs aqueux qui, gelant, font éclater les tissus ; mais plongez dans la glace une grenouille en hibernation, au moment où elle est asséchée, non gorgée de sucs, elle ne périra pas, au moins par ce mode de congélation. C'est pour la même raison que les plantes herbacées résistent moins au froid que les plantes ligneuses, et que les graines ne conservent leur pouvoir germinatif, après avoir été soumises à des températures basses, qu’après avoir été desséchées en partie.

Tout dépend donc ici, comme en tout, du dispositif anatomique qui est plus ou moins approprié à tel ou tel milieu. Etre asséchée, amaigrie, dépourvue de sucs, serait en été, pour la grenouille, une infériorité, absolument comme l’anémie est en hiver, à Paris, une infériorité ; mais en hiver cet état devient pour la grenouille sa sauvegarde ; il lui permet de résister aux gelées, comme l'anémie de l'Européen lui permettrait de résister à la chaleur des régions tropicales. La science de l'acclimatement n’est autre chose que la recherche du déterminisme anatomique,

Mais la mort par le froid ne se réduit pas aux phénomènes rudimentaires qui se passent dans la pierre qui éelate sous l'influence de la gelée : tandis que la température élevée altère l’élément cellulaire des muscles, la température basse altère le globule sanguin ; si la chaleur est toxique pour la fibre musculaire, le froid est toxique du globule sanguin. C’est sans doute à cette altération du sang qu'est due cette envie irrésistible de dormir qui envahit les voyageurs égarés dans les plaines neigeuses des régions polaires. Les expériences de G. Pouchet ont en effet montré que le premier effet produit par le froid est la contraction des vaisseaux capillaires ; le second est l'altération des globules ; ils deviennent crénelés sur leurs bords et foncés en couleur.

Les expériences récentes de Ch. Richet et de P. Rondeau mon-

trent qu'avant d'arriver à ce degré mortel, le froid fait descendre aux animaux à sang chaud l'échelle de la vie et les retient pendant un certain temps dans les conditions d'animaux à sang froid : le séjour prolongé dans un milieu réfrigérant peut faire descendre en deux heures la température intérieure d’un lapin de + 38° à +148, à -15%et même à 132,8.

Lorsque la température de cet animal atteint + 25°, la respiration commence à devenir inefficace ; à + 170 les fonctions du système nerveux sont très diminuées; à + 16° les mouvements réflexes persistent, mais avec une lenteur extrême, qui rappelle ce qu’on observe chez les animaux à sang froid. La secousse musculaire, sous l'influence de l'électricité, devient faible, lente et prolongée à la descente. À + 23° le cœur du lapin bat encore 80 fois par minute ; à + 170 il ne bat plus que 10 à 12 fois. La forme de la contraction, lorsqu'on ouvre le thorax, rappelle celle que présente le cœur de la tortue. Bientôt tout mouvement cesse ; il n’y à plus aucune trace de vie; et cependant, si l’on réchauffe le lapin et si l’on pratique la respiration artificielle, on peut le rappeler à la vie.

Cet état de mort apparente, caractérisé par tous les signes de la mort, sans que la mort soit définitive, peut durer une demiheure (dans une expérience, trente et une minutes; dans une autre, vingt minutes; dans une autre, dix-huit minutes). Au point de vue de la pratique médicale, le fait, ainsi que le font remarquer MM. Richet et Rondeau, est important à noter, car il indique que les individus refroidis, ne donnant plus signe de vie, pourront encore être parfois rappelés à l'existence par le réchauffement de la périphérie cutanée, combiné avec la respiration artificielle.

Dans la trame des tissus, les phénomènes nutritifs de la cellule et, par conséquent, de l'individu polycellulaire, sont ralentis; les végétaux croissent plus lentement ; la croissance des animaux et leur évolution d’âge en âge sont moins précoces ; pour cette raison la cicatrisation des plaies se fait plus lentement (Rochard).

Anémie pernicieuse du Nord, — C’est à l’action du froid, lorsque rien dans l'hygiène ne vient la contrebalancer, qu'il faut attribuer cette anémie pernicieuse, progressive, décrite pour la première fois par Biermer en 1871, observée depuis par Sorensen en Danemarck, par Warfringe à Stockholm, par Wasastjerna à Helsingfors. Dans cette forme pernicieuse d'anémie, on voit les

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