‹ La geógraphie médicaleChapitre 29 sur 233 · FROID · texte numérisé non relu

FROID

globules rouges, dont Le chiffre normal est de 5 millions par millimètre cube de sang (Hayem), tomber à 1! million et cet état se caractériser par des hémorrhagies surtout rétiniennes. C’est là une des actions que peut avoir le froid ; il en a d’autres.

Congestions viscérales, — Le froid diminuant le calibre des capillaires périphériques, il en résulte un état de congestion des orgares centraux, qui se traduit par des pneumonies souvent, plussouvent encore par des catarrhes et des bronchites. Ces deux dernières maladies augmentent de fréquence de l'équateur au pôle, tandis que la pneumonie augmente avec l'altitude (Hirsch). Cette congestion produit encore une tendance invincible au sommeil. Tous les voyageurs ont relaté ce sommeil, qui devient mortel si on s'y abandonne. Tout le monde connait le récit de Solander : à la Terre de Feu, lui et ses compagnons étaient en proie à ce sommeil « frigore ; en vain leur criait-il : « Quiconque s’assied, s'endort ; quiconque s'endort ne se réveille plus »; le besoin était tellement impérieux, que plusieurs de ses hommes succombèrent de cette facon et que lui-même s’affaissa ; il serait mort, si on ne l’eût pas, à grand’peine, réveillé.

Gelures. — Il arrive même parfois que, localement, dans un pied, une main, la circulation s’arrète ; quelques globules s’altèrent, deviennent crénelés et impropres à la vie. Tant que la circulation est ralentie, ce département gelé reste inoffensif pour l’organisme, et il en serait ainsi mème lorsque la chaleur a ranimé le cœur, si une ligature, appliquée à temps, empêchait le caillot qui s'est forme et les globules altérés de rentrer dans la circulation générale ; malheureusement, on ne prend pas cette précaution, qui pourrait, d'ailleurs, être illusoire ; on réchauffe le malade, et globules altérés, caillots causent des embolies qui donnent lieu aux symptômes les plus graves et amènent parfois la mort. Ces caillots fibrineux produisent des infarctus qui ont été pris pour des foyers purulents, à l'autopsie ; c’est là ce qu'on a décrit sous le nom de suppurations multiples sous l'influence du froid,

La gangrène locale est généralement la conséquence de ces gelures où congélations. Elle s'observe souvent, pendant les hivers rigoureux, Sur les armées en campagne : Xénophon, dans la célèbre retraite des dix mille, en observa de nombreux exemples, au passage des montagnes. Thierry de Héry raconte qu’en 1537, pendant le passage des Alpes, aux environs de Noël, « plusieurs endurèrent telle froidure, qu'à aucuns non seulement le nez et les oreilles,

mais encore le visage se tuméfia tellement, qu'il y eut comme des gangrènes. » En 1552, l’armée de Charles V, devant Metz, eut également beaucoup à souffrir : « Il fut tué plus de 300 de cette humble misère, mais à la plupart il fallait couper les jambes. » Les exemples que je pourrais encore citer ne sont malheureusement pas rares dans l’histoire.

Panaris. — C’est sous l'influence de ces troubles de la circulation périphérique que le panaris se montre fréquemment dans les régions froides : tous les chirurgiens de marine ont noté la grande fréquence de ces maladies sur les côtes d’Islande. Le Dr Geslin, sur 250 hommes d’équipage, a observé 43 panaris ; le Dr Jacolot, à bord de l’Artémise, dans les mêmes parages, à peu près autant. [l en est de même dans les parages de Terre-Neuve la fréquence du panaris est toutefois moins grande dans cette dernière région, parce que la température y est moins basse.

Modifications physiologiques dans les pays froids. —En dehors de ces accidents, qui ne sont, après tout, que des exceptions, il se produit dans l'organisme, sous l'influence du froid, un certain nombre de modifications, et, comme ces modifications donnent lieu à une sélection inévitable, les plus favorables au climat se transmettant seules, il en résulte, ici comme partout, que ces modifications sont en réalité favorables à ceux qui les présentent ; sans cela, ils ne les présenteraient pas. Les plumes, chez les oiseaux, se rapprochent de plus en plus de la fourrure, comme chez le lagopède ; les mammifères prennent un pelage plus chaud ; le tissu cellulaire lui-même se double d’une couche épaisse de graisse. L'alimentation des habitants de ces contrées y contribue d’ailleurs certainement. Les Esquimaux qui sont venus mourir à Paris de la variole étaient très gras; leur foie, énorme, était gras.

Le froid, au point de vue social. — Si les pays chauds réalisent volontiers, pour les hommes primitifs, le paradis mythologique où l’homme n’a qu’à se laisser vivre, il est loin d’en être ainsi dans les climats froids ; la lutte pour l'existence y devient terrible, et la sélection finit, forcément, par éliminer les moins forts, les moins vivaces et les moins industrieux ; à moins, toutefois, que l’absence de toute compétition, dans un pays inhospitalier, ne vienne rendre cette lutte inutile, auquel cas le progrès est nul, comme chez les malheureux habitants de la Terre de Feu.

D'ailleurs, même pour ceux qui, plus favorisés, ont trouvé dans le froid une cause stimulante et chez qui la sélection a agi en éle-

vant le niveau moyen, mème pour ceux-là, la limite sur la voie du progrès est fixée assez près du point de départ. Spencer remarque, en effet, avec raison, que non seulement les Esquimaux dépensent en grande partie leurs forces à se défendre contre le froid, mais que toutes leurs forces sont, pour ainsi dire, digestives : & I faut qu’il (l'Esquimau) dévore de grandes quantités de graisse ou d’huile, et son appareil digestif, soumis à la lourdecharge de lui fournir dequoi compenser les pertes excessives que lui cause le rayonnement, fournit moins de matériaux pour les autres fins vitales. » Le lieutenant Payer, par — 36°,6, dans les régions polaires, a remarqué que la volonté était paralysée : & Les hommes, par leur démarche incertaine, leur bégaiement et la lenteur de leurs opérations mentales, ressemblaient, dit-il, à des hommes enivres. »

En somme, si l’on considère, au point de vue de ja température seulement, le milieu où vivent les habitants de la planète, on voit que, pour l’homme au moins, les deux extrèmes de température trop basse ou trop élevée sont défavorables au progrès social et que c’est dans les pays à température intermédiaire, dite plus ou moins tempérée, qu'a le plus de chance de s’accomplir l’évolution indéfinie du seul organe qui mette l’homme au-dessus des autres animaux : le cerveau.

Il. LUMIERE.

Action biologique de la lumiére, — Bien qu'émis simultanément par le soleil, cette source de toute vie à la surface de la planète, les rayons lumineux ne se confondent pas avec les rayons calorifiques ; chacun de ces deux groupes a son action propre. Cela est si vrai, que les serres de la Belgique, de la Hollande ou de l'Angleterre, pourtant tout aussi chaudes que celles de Montpellier, ne peuvent faire fleurir telle plante du Brésil ou de l’Inde, qui fleurit à Montpellier : le Nelumbrium de l’Inde et le Bougainvillæa du Brésil fleurissent chaque année dans les serres du département de l’Hérault et ne donnent que des feuilles dans les $erres de Londres. Les minéraux eux-mêmes affectent, à la lumière, des combinaisons qui n’ont pas lieu sous l'influence de la chaleur seule. Les rayons lumineux ont donc, toutes choseségales d’ailleurs, relativement à la température, uue action qui leur est propre,et cette action, souvent méconnue, s'exerce sur les végétaux . comme sur les animaux, J'ajoute tout de suite que, de cette com-

munauté d'action de la lumière sur le végétal et l'animal, il est logique de conclure à l'identité des tissus, sous ce rapport au moins, du végétal et de l’animal.

Tout le monde sait que, sous l'influence de la luinière, le végétal se colore en vert; autrement dit, la chlorophylle prend naissance. Personne n'ignore que, sous l'influence des rayons Jumineux, cette chlorophylle absorbe l’acide carbonique de l’air, le dédouble en oxygène que la feuille élimine dans latmosphère où les animaux le reprennent, et en carbone que le végétal emmagasine dans ses tissus ; de telle façon qu'on a pu dire, avec raison, que le charbon de terre, qui représente aujourd'hui un élement si important dans notre éconoinie sociale, n’est autre chose que le carbone accumulé dans les végétaux des époques géologiques précédentes par les rayons solaires, Jeunes alors, que recevait notre planète à cette époque rerulée.

Le pouvoir des rayons lumineux sur le dédoublement de l'acide carbonique a été expérimentalement démontré par Boussingault : ce savant à calculé que 1 décimètre carré de feuilles vertes, au s0leil, décomposait par heure un nombre de centimètres cubes d'acide carbonique égal à 7,17, tandis que la mème quantité de feuilles, à l’ombre, ne décomposait plus que 3,1 centimètres cubes d’acide carbonique. En cela le végétal semble donc, au premier abord, différer de l'animal, qui, lui, absorbe dans l'air non de l'acide carbonique, mais de l'oxygène, et rend à l’atmosphère non de l'oxygène, mais de l'acide carbonique qu'il à formé dans ses tissus en brülant son carbone avec l’oxygène absorbé; mais la différence de ces fonctions cesse dans l’obseurité : le végétal devient alors, même par ses parties vertes, analogue à l’animal : il brûle comme lui, il absorbe de l'oxygène et fabrique aussi comme lui, àsesdépens,avecson carbone, del’acide carbonique qu’il émet dans l'atmosphère comme un animal. C’est donc le milieu lumière qui établit la grande différence apparente entre les animaux et les végétaux, et cette différence n'existe plus pendant la nuit; seulement l'intensité de la fonction comburante, pendant la nuit, est moins grande que l'intensité de la fonction réductrice pendant le jour. A l’équinoxe, par exemple, d’après les expériences de Boussingault, si 1 mètrecarré de feuilles, en 12 heures de jour, décompose 6 336 centimètres cubes d'acide carbonique, la même quantité de feuilles en 12 heures de nuit, fonctionnant inversement, ne produit que 396 centimètres cubes d'acide carbonique.

Néanmoins, si l'obscurité régnait à perpétuité sur la terre, que la vie y fût encore possible, et elle le serait par suite de l’accommodation des êtres à leur nouveau milieu, les végétaux, au point de vue de la respiration, deviendraient des animaux; or, ces conditions d’obscurité se trouvent et se sont de tout temps trouvées réalisées au fond des mers, et c’est là que vraisemblablement a commencé la vie à la surface de la terre. On voit donc que la division qu'établissent nos classifications entre le règne animal et le règne végétal n’est qu'arbitraire, ou du moins qu’elle doit se borner à constater une division du travail, introduite plus tard, par voie de sélection, dans ce qu'on eût nommé pompeusement, à une certaine époque, l'atelier de la nature.

Cette division du travail a dû se faire par suite du changement de milieu, à l’époque où la vie, quittant les fonds obscurs des mers, est devenue aérienne et ensoleillée. L’atmosphère d'alors contenait une quantité considérable d’acide carbonique ; le succès dans la lutte pour la vie était donc assuré à ces immenses appareils verts, capables de le décomposer en carbone assimilable et en oxygène éliminé, les grandes fougères arborescentes, les Cycadées, etc. — C’est de même que plus tard une place se fit dans l'atmosphère et fut forcément remplie, pour et par le premier appareil aérien capable de mettre à profit oxygène que les végétaux précédents avaient déversé dans Patmosphère : les premiers végétaux à fleurs apparurent. La fleur, en effet, se comporte, même pendant le jour, comme un animal ; elle absorbe l'oxygène et exhale de l'acide carbonique, elle brûle. La fleur du lis blanc absorbe en 21 heures 5 fois son volume d'oxygène; la fleur de l’Arum maculatum, environ 30 fois son volume; aussi donne-t-elle souvent au doigt une. sensation très appréciable de chaleur. Les graines brûlent également ; car les végétaux phanérogames, qui dans la série chronologique sont venus après les cryptogames, ne se comportent pas comme les animaux, uniquement par leur fleur ; la graine respire également comme l'animal ; elle brüle. Les recherches récentes de Pauchon lui ont même montré que la lumière accélère d'une manière constante l'absorption de l'oxygène par les semences en germination ; il a remarqué, en outre, que l’action de la lumière sur le phénomène absorption d'oxygène est d'autant plus vive et puissante que la température est plus basse, ce qui est, dit-il, « conforme aux nécessités physiologiques )». C’est, en effet, gràce à cette compensation que

dans les pays où la saison relativement chaude est très courte, la germination d’un grand nombre de végétaux peut néanmoins se faire, leur graine absorbant, à quantité égale de lumière, plus d'oxygène par le froid que par le chaud.

Il existe d’ailleurs des êtres intermédiaires qui, comme les plantes, sont verts et qui, comme les parties vertes de la plante, reçoivent du soleil une excitation telle, que, sous son influence, ils décomposent l’acide carbonique et émettent de l'oxygène autour d’eux. Tels sont beaucoup d’animaux inférieurs (Termo monas) qui vivent dans les mares au soleil. Sous leur influence, l'oxygène dissous dans l’eau peut s'élever à la proportion de 60 0/0 au grand avantage des poissons ; une hydre verte qui renferme de la chlorophylle, décompose également l'acide carbonique.

L’antagonisme entre le végétal et l’animal est donc moins considérable qu'on le pense encore généralement. La transformation de l’un dans l’autre, par le mécanisme de la division du travail, semble au contraire toute naturelle ; on peut même dire que les fonctions du végétal et celles de l'animal diffèrent par la proportion et non par leur nature. En réalité, la plante ne cesse jamais d’absorber de l’oxygène par quelqu’une de ses parties, et ce serait exagérer que d'établir un fossé, qui n'existe pas, entre la plante réductrice et l'animal comburant. CI. Bernard a dit excellemment : « L'identification de l'organisme animal à un fourneau dans lequel vient se brüler le règne végétal, ne répond qu'à l'apparence chimique extérieure, ce n’est pas une vue vraiment philosophique. La physiologie qui descend dans la nature mème des phénomènes vitaux ne saurait s’en contenter. En effet, si le chimiste voit le sucre formé dans la betterave se brûler dans l'animal qui la mange, le physiologiste ne trouve là qu'un accident. 1] démontre au contraire que ce sucre formé et emmagasiné était destiné à être brûlé par la betterave elle-même dans la seconde année de la végétation, lors de sa floraison et de sa fructification. » D'ailleurs, si l'animal fabrique et rejette un produit de combustion qu’on nomme l’urée, le végétal fabrique un produit d’une composition chimique presque identique, l’asparagine. La chlorophylle elle-mème, si sensible à la lumière, présente des affinités complètes, presque des identités, avec la bülirubine (Gautier), par conséquent avec l’hëématine elle-même.

Le mouvement n'est pas, on lesait, plus caractéristique de l’a-

nimal que la respiration d'oxygène ; chez lui comme chez le végétal, c’est à des changements moléculaires souvent fort simples que peuvent se réduire les phénomènes, en apparence les plus compliqués. Le mouvement, chez les végétaux, est dû à la réplétion plus ou moins grande, par les gaz ou par les liquides qui entrent et qui sortent par osmose, de certaines cellules dont la forme est telle, que plus elles sont remplies, plus elles se recourbent en forme d’arc, et que plus elles sont vides, plus elles se redressent. On comprend qu’un mouvement résulte forcément de l'extension ou de la flexion de cet arc. Les phénomènes d’osmose des liquides et des gaz variant d'intensité et même de sens à la lumière ou dans l’ombre, il en résulte que les rayons du soleil portent un certain nombre de ces mouvements à leur maximum : la forme des cellules change alors et le mouvement se produit.

La lumière est, en somme, l’excitant du mouvement végétal, comme elle excite les mouvements de l'iris chez les animaux; c'est elle qui, selon sa quantité, fait ouvrir ou fermer les fleurs, fléchir ou étendre les feuilles, courber ou élever les branches. Ainsi s'expliquent ce qu’on nomme le sommeil et le réveil des plantes, actes qui sont réglés par l'intensité de la lumière. Cette influence est tellement décisive sur leur production, qu’il est aisé de tromper les plantes dont les fleurs s'ouvrent le jour et se ferment la nuit et.de provoquer les phénomènes inverses : il suffit de les couvrir pendant la journée et de les éclairer pendant la nuit (de Candolle). C’est de même que, pendant une éclipse totale, on voit les oiseaux regagner rapidement leur retraite nocturne et les coqs se mettre à chanter.

Il n’est pas jusqu'aux phénomènes de digestion, d’ailleurs, dans plusieurs cas, communs aux végétaux et aux animaux, qui ne soient sous la dépendance du milieu lumière. Tout le monde sait que dans l’fnde et au Brésil certains Drosera sécrètent par la surface de leurs feuilles un suc riche en pepsine, comme le suc gastrique des animaux, et digèrent les insectes qui viennent se poser sur ces feuilles. Ces organes digestifs sont d’ailleurs en mème temps des pièges qui se referment sur l’objet qui vient de les heurter. Cette sécrétion de suc gastrique augmente sous les rayons du soleil, c'est-à-dire au moment même où les insectes viennent en grand nombre s’abattre sur les feuilles.

La façon dont les plantes et Les animaux se comportent en présence du milieu lumière est donc, on vient de le voir, à peu

près la même. Une semblable analogie existe dans la pathologie comparée des deux règnes : les animaux supérieurs et l’homme lui-même ne font pas exception.

Cette lumière qui colore les fleurs des sommets éclairés des Alpes de teintes plus éclatantes que celles du bas des montagnes, agit de la même façon sur les oiseaux. Gould a remarqué que les oiseaux que leurs habitudes tiennent en pleine lumière, sont plus colorés que ceux qui vivent dans les lieux sombres. Forbes a remarqué, de son côté, que les mollusques qui vivent à l'équateur ou dans les régions peu profondes de la mer, où la lumière arrive facilement, ont des couleurs plus brillantes que ceux qui vivent au Nord ou dans les fonds obscurs.

Ces faits sont aussi importants au point de vue et en faveur de la doctrine du transformisme, que ceux que j'ai cités plus haut à l’occasion des modifications individuelles et héréditaires acquises sous l’action de la température. Ainsi W. Edwards a réalisé l'expérience suivante : il a pris des œufs de grenouille; il en a placé une certaine quantité à la lumière et une quantité égale dans l’obscurité; or, il a constaté que les œufs du second lot ne se développaient pas. Il a été plus loin : il à pris des têtards, les a partagés en deux lots, l’un à la lumière, l’autre dans l'obscurité. Or, les têtards placés dans l'obscurité ne se transformèrent pas en grenouilles et ne subirent pas l’évolution normale pour laquelle le milieu lumière est indispensable. W. Edwards n’avait pas méconnu lPimportance de ces expériences au point de vue de l’origine des espèces et il disait : &« En supposant la constance de l'obscurité, on pourrait concevoir des espèces qui subsisteraient toujours sous un type différent de celui que la nature leur avait destiné, et qui vivraient toute leur vie avec le caractère propre au jeune àge.» Il ne se trompait pas : le profée anquiforme qui habite les eaux souterraines, reste toujours à l’état de tètard, une fois qu’il estné, dans ce milieu obscur, de parents quiyont été accidentellement introduits. L'absence de lumière empêche son évolution de s'achever, et, pendant longtemps, il a été pris à tort pour une espèce distincte, alors que ce n’était qu'une espèce arrêtée dans son évolution, une espèce avortée, un fruit sec, victime du milieu. !l peut, sous l'influence de l'obscurité, se produire des modifications organiques plus étonnantes encore et souvent opposées : Grimm a observé que certains crustacés, les «mphipodes du fond presque obscur de la mer Caspienne, parent

à cette obscurité par deux voies différentes : les uns prennent des yeux énormes, c’est le cas du Gammaracanthus Caspius ; chez d’autres, l'œil s’atrophie, il tend à disparaitre et les organes du tact prennent par compensation un développement considérable, comme fait le toucher chez les aveugles; c’est le cas du Niphargus Caspius. Deux procédés bien différents de sortir d’une situation : lutter ou céder. Dans le même ordre d'idées, Delarouzée a découvert, dans certaines cavernes obscures du département de l’Arièce, un petit coléoptère aveugle qu'il nomme Anophthalmus gallicus. D'autres anophthalmes ont été découverts depuis dans la même grotte. Ce sont là des faits sur lesquels j’aime à insister, car, encore une fois, c’est là du transformisme expérimental.

La lumière, chez tous les animaux, augmente l'intensité des fonctions : ainsi, des grenouilles qui, comme tous les animaux, respirent en absorbant de l'oxygène, en comburant le carbone de leurs tissus et en émettant de l'acide carbonique, placées par Moleschott dans l'obscurité, émettent moins d'acide carbonique qu’à la lumière. Cela prouve qu’elles brülent moins, qu’elles s'usent et se consument moins ; aussi, perdent-elles moins de poids que des grenouilles placées à la lumière, les unes et les autres étant, bien entendu, privées de nourriture. Les plantes mêmes absorbent plus d'eau à la lumière qu’à l'obscurité et, privées de nourriture, perdent plus de poids au soleil qu’à l'ombre.

L’obscurité met donc les animaux dans un état voisin de l’hiberpation, et les animaux hibernants réalisent pendant tout un hiver, dans leur retraite obscure, les mêmes conditions que les grenouilles de Moleschott : brülant moins, ils perdent moins de leur poids qu'ils ne feraient en pleine lumière, même dans des conditions identiques d'immobilité et de privation de nourriture ; c’est ainsi qu'un hérisson, qui consomme, pour un temps donné, { litre d'oxygène, lorsqu'il est éveillé, ne consomme plus, dans le même temps, que 0!,04° et mème 0!1,02° pendant son sommeil hibernal.

Comment agit la lumière? Son action porte d’abord sur la peau : elle y détermine des modifications dans le calihre des vaisseaux Capillares et dans la situation des cellules du pigment, absolument comme elle le fait pour les cellules de chlorophylle des végétaux ; ainsi, il est aisé d'empêcher le changement de couleur de la peau du caméléon , dans une région choisie d’avance: il suffit de mettre cette région à l'abri de la lumière.

La facon dont la lumière agit sur la peau varie, d'ailleurs, avec

la couleur de celle-ci : elle produit, par exemple, plus volontiers des inflammations érysipélateuses sur la peau peu pigmentée ou blanche que sur la peau noire : Roll a constaté que l’érysipèle bulleux des moutons se montrait, chez les animaux pies, plus souvent sur les parties blanches que sur les parties noires. Cela permet de comprendre l’aisance avec laquelle le nègre supporte les rayons du soleil.

Gardons-nous, j'ai hâte de le dire, quelque convaincu que je sois de la puissance du milieu, de tirer de ces faits la conclusion que la peau du nègre n’a noirci que sous l'influence du climat et pour s’accommoder au milieu ! je préférerais dire qu’il habite les pays chauds parce que sa peau (pour ne pas parler des autres organes en ce moment) lui permet de les supporter.

Admettons, j'y consens, que la formation du pigment est plus abondante, même chez le nègre, en pleine lumière, absolument comme chez l'Esquimau dont la peau est brune ; on pourrait peutêtre dire que l'intensité de la lumière réfléchie par la neige favorise ici la genèse du pigment ; mais je ne consens pas à aller au-delà. La lumière ne change pas la forme du squelette ; elle ne change pas la forme des cheveux, comme le croyait Camper, sans toute fois partager, je l'espère, l'opinion de Pline : « qu’il est, en Thessalie, un fleuve dont les eaux teignent la peau en noir et font crèper les cheveux.» On ne devient pas nègre parce qu’on habite la Nigritie, et Meckel avait raison d’écrire (1757) que les nègres sont une tout autre race d'hommes, parce que leur cerveau est plus noir que le nôtre.

Aussi bien, puisque j’ai suivi cette idée et que je me suis laissé entrainer par cette question également brûlante pour les monogénistes et les polygénistes, les Finnois et les Lapons ne nous offrent-ils pas, dans les mêmes conditions de milieu, deux types absolument différents : le blond et le brun ? Dans tout le midi de l'Europe, n’observe-t-on pas des populations blondes à côté de populations brunes ? et en Afrique, dans les montagnes de l’Aurès, les Kabyles blonds ont-ils été modifiés par le climat depuis que leurs pères sont venus du continent européen, apportant l’usage des dolmens, à travers le détroit de Gibraltar? Les Hollandais établis au cap de Bonne-Espérance depuis trois siècles sont encore les mêmes qu'à Rotterdam ; les Bohémiens, qui parcourent l'Europe, sont aussi bruns en Alsace qu’en Espagne ou en Valachie. Le type juif est partout sémitique, en Allemagne aussi bien qu’en

Espagne ; qu’à cette uniformité du type israélite on n’oppose pas les juifs blonds ou roux du nord de l'Allemagne, car tout le monde sait que ces juifs ne sont pas des Israélites, ce sont des habitants du pays, qui, au sixième siècle, ont embrassé le judaïsme.

Il ne résulte pas moins, de ce que j'ai dit plus haut de la lumière, que, bien qu'elle ne puisse changer le blanc en nègre, elle modifie puissamment l'organisme des êtres vivants. Comment s'exerce cette action ? Elle s'exerce par ce qu'on nomme une action réflexe, qui, partie de la peau, se propage à tout l’organisme. Ce n’était pas sans raison que les anciens recommandaient d'exposer les enfants malingres, tout nus, dans un bain de lumière ; Humboldt, à son tour, attribue certains avantages pour la santé à la coutume d’aller tout nu. ;

Mais cette action réflexe stimulante, qui peut partir de la peau, part aussi d’ailleurs. Elle part même surtout de la rétine, qui est plus sensible que la peau à l’action de la lumière et qui, aussi bien qu’elle, est le point de départ d’une action réflexe, laquelle se répand dans tout l'organisme. Les expériences de James Dewar ont montré que le choc de la lumière sur la rétine augmente l'intensité du courant électrique normal dans le système nerveux; selon les espèces, il varie de 3 à 10 0/0 du courant normal. Bien des gens connaissent, par expérience personnelle, cette migraine que donne l’action prolongée d’une lumière vive sur la rétine. Dans le tétanos, la lumière,*qui agit sur la rétine, détermine des contractions dans tous les muscles, et les tétaniques sont sensiblement calmés par le séjour dans l’obscurité. Ces notions n'étaient malheureusement pas étrangères à Denys le Tyran, qui avait trouvé l’art de les accommoder à des supplices de plus en plus ingénieux : c’est ce misérable qui avait imaginé de faire attacher ses victimes, préalablement tenues dans l'obscurité, devant un mur blanc, éclairé par le soleil, les yeux maintenus ouverts. Or, les malheureux mouraient de ce supplice, L'action réflexe se propageait, sans doute, jusqu’au cœur.

Sans emprunter nos exemples à la pénalité ingénieuse des inquisiteurs de toutes les époques, nous savons que les longs jours des régions polaires, jours qui succèdent à des nuits non moins longues, sont pour les voyageurs un véritable supplice ; en vain cherchent-ils le sommeil; en proie à une sorte d’égarement, d’énervement particulier, ils ne l’obtiennent que difficilement et pour peu de temps.

Rien ne démontre mieux le retentissement de l’impression rétinienne sur tout l’organisme que lexpérience de Rubini: cet expérimentateur place des grenouilles dans l’eau ; les unes sont aveugles, les autres ne le sont pas, et toutes sont privées de nourriture; or, dans ces conditions, les aveugles perdent moins de leur poids que les autres. Les éleveurs qui se livrent à l'élevage des volailles avaient depuis longtemps observé que lobscurité favorisait l’engraissement des oies et des poulardes, auxquelles ils ont même la cruauté de crever les yeux.

Mimétisine.— Un des résultats les plus curieux de l’action de la lumière sur l'organisme, lorsque la sélection exerce ensuite son pouvoir puissant dans la série des générations, consiste dans les phénomènes du mimétisme, qui ont été étudiés expérimentalement par G. Pouchet.

Un grand nombre d’animaux sont de la même couleur que les objets au milieu desquels ils ont coutume de vivre : un insecte qui habite sur le gazon vert sera vert ; celui qui passe sa vie sur les troncs d'arbres, plus ou moins brun. Darwin a fait brillamment valoir ces phénomènes si curieux ; 1l a montré que cette adaptation de la couleur rendait l'animal moins visible à l’œil de ses nombreux ennemis et qu’elle était pour lui la meilleure des garanties de sécurité. Ceux qui croient encore à des causes finales ne manqueront pas cette occasion d'admirer une fois de plus la divine Providence, qui a eu l’ingénieuse idée de peindre la cigale en vert, comme le gazon, ou bien peut-être de faire le gazon vert comme la cigale. J'avoue que cette malice excite moins mon enthousiasme que la conception plus simple qui voit partout des résultats fatalement liés à des causes et nulle part des buts artificieusement atteints par un scenario fécond en procédés. La réalité est plus grande que ces tonceptions enfantines ne la supposent : l'herbe est verte ; or, l'animal qui aura été placé sur cette herbe, aura d'autant plus de chances de ne pas être vu et dérangé par ses ennemis, qu'il sera lui-même plus vert; plus cette couleur sera la sienne, plus ii aura de chances de faire souche semblable à lui. Des avantages de la couleur verte ses enfants ne profiteront pas moins ; le vert ira même ainsi, de génération en génération, en s’accentuant davantage dans lespèce, et, au bout d’un certain temps, ceux-là seuls vivront et feront souche, qui seront verts.

Jl en sera de même de la couleur blanche, pour les animaux

qui vivent dans la neige : ours blanc, lièvre blanc, etc.; la sélection assure ici le succès.

Le turbot, qui habite dans le sable, au milieu duquel, à moitié caché, il disparait complètement aux regards, tant sa couleur se confond avec celle du milieu, n’a pas la même couleur sur tous les fonds : quand le sable est gris, l'animal devient gris ; quand le sable est jaune, 1l devient jaune. La sélection expliquerait, comme tout à l'heure, que les turbots de la Manche aient, par exemple, pris une couleur différente de celle des turbots de l'Océan, les uns et les autres s'étant, dès longtemps, adaptés à leur milieu ; mais il est plus difficile de comprendre comment le mème turbot, placé successivement sur des sables de couleur différente, prendra des couleurs variées. Pour le coup, les causes-finaliers se sont sentis pénétrés de reconnaissance envers la Providence des turbots, qui avait doué ces excellents poissons d’un talent aussi remarquable dans l’art de mimer ou mimétisme !

Les expériences de G. Pouchet ont pourtant montré que le phénomène est involontaire; personne, pas même le turbot, n’a droit de ce fait à la moindre reconnaissance, pas plus qu'ilne faut en vouloir à la pierre qui tombe. Il suffit, en effet, d’aveugler un turbot, pour qu’il perde immédiatement le pouvoir de changer de couleur. Mais voilà, dira-t-on, une preuve irréfutable du rôle de sa volonté dans ce travestissement ! Il ne choisit la couleur qu'après l'avoir vue et appréciée, puisque quand il cesse de la voir, il ne la prend plus! La thèse n’est pas soutenable pour celui qui connait les faits que je viens de signaler. Qu'on se souvienne de ce que j'ai dit plus haut de l’action réflexe, qui partie de la rétine impressionnée par la lumière, arrive tantôt sur les vaisseaux de la peau qu'elle fait contracter ou dilater, tantôt paralyse le pneumo-gastrique, comme dans la juridique expérience de Denys de Syracuse, tantôt excite :l'organisme, comme dans les longs jours polaires, ct l’on comprendra comment, suivant la quantité variable de lumière qui arrive sur sa peau, le turbot prend une teinte plus ou moins foncée, par suite de l'excitation qui, partie de sa rétine, se réfléchit sur les vaisseaux capillaires de sa peau. On comprend que la lumière, renvoyée par le sable sur la rétine du turbot, est d'autant plus abondante que la couleur de ce sable est plus claire, d’autant moins qu’elle est plus foncée. Il en résulte que, sur un sable foncé, le turbot, mal éclairé, présentera une couleur sombre, et

que, sur un sable de couleur claire, il prendra une teinte plus colorée. Dans beaucoup de cas, les deux couleurs pourront paraitre plus ou moins semblables.

Action sociale de Ia lumière. — L'action réflexe partie de la rétine ne se rend pas seulement à la peau ou au poumon; elle excite le cerveau. Nos idées, notre caractère se modifient de mille manières suivant l'éclat de la lumière du jour, et le spleen est forcément plus attaché aux rives brumeuses de la Tamise qu’aux bords ensoleillés de la Garonne. Spencer classe parmi ce qu'il nomme « les facteurs originels externes » du mouvement social les effets variés que produisent le degré et le mode de distribution de la lumière, il oppose la vie et les usages casaniers des Islandais, par suite de la longueur de la nuit arctique, à la vie en plein soleil des habitants des tropiques, et insiste sur les effets que produisent sur les idées ces deux conditions si opposées. Un matelot échappé au naufrage de la Jeannette dans les mers polaires (1881), s'exprime d’ailleurs ainsi : « La nuit, une « nuit éternelle, succède à un jour énervant. Les ténèbres s’éten- « dent, au milieu desquelles on distingue des fantômes immenses « qui, lentement, se meuvent dans l'ombre (les blocs de glace). « Dans cet isolement profond que toute nuit porte avec elle, l’é- « nergie du voyageur polaire, sa raison mème, ont à subir d’é- « tranges assauts. Le jour, il comprend le choc de deux glaçons et « le fracas qui en résulte. Le soleil est là, c’est encore la vie. Mais « la nuit, ces mornes déserts lui apparaissent comme ces espaces « incréés et chaotiques que Milton a placés entre l'empire de la « vie et celui de la mort. »

La vie en plein air, au contraire, possible uniquement dans les pays chauds, élargit le cercle des idées, qui se rétrécit autour de la lampe et du foyer des Esquimaux. On comprend que, suivani ces conditions opposées, le milieu social devient absolument différent.

Maladies produites par la lumière. — La lumière excessive produit sur la peau des érythèmes, parfois des inflammations bulleuses. Sans doute, dans les pays chauds, il est assez difficile de distinguer, dans l’étiologie de ces accidents, ce qui revient à la lumière et ce qui doit être attribué aux rayons du calorique ; mais il n'en est pas de même dans les pays froids, où un tapis de neige, par un ciel serein, recouvre la terre pendant une partie de l’année.

A ce titre doit trouver place ici l’ophthalmie des neiges, due à l'intensité de la lumière réfléchie par la neige éblouissante. C’est pour éviter ou modérer cette réflexion de la lumière blanche que les Esquimaux portent des lunettes. L’ophthalmie est cependant fréquente chez eux, mais la neige n’est peut-être pas la cause unique, car lesours blancs ne paraissent pas souffrir des yeux. Cette maladie a, sans doute, une cause adjuvante dans la fumée qui emplit ordinairement l’étroit réduit où s’entasse la famille autour de la flamme d'huile de phoque.

bu spectre solaire. — Nous avons parlé jusqu'ici de la lumière totale, mais chacun des rayons qui la composent (violet, indigo, bleu, vert, orangé, rouge), peut devenir un milieu secondaire. Lorsque, par exemple, nous sommes au milieu d’un paysage absolument vert, sous bois, nous sommes entourés de végétaux qui, recevant la lumière totale du soleil, absorbent la plus grande partie de ses rayons et nous renvoient les rayons verts. Lorsque, en automne, ce paysage est devenu jaune, parfois rouge, les feuilles ont subi une modificatien structurale telle, que continuant encore à recevoir toute la lumière, elles nous renvoient les rayons jaunes ou rouges ; nous sommes alors dans un milieu de lumière jaune ou rouge, comme au printemps nous étions dans un milieu de lumière verte. Il est donc utile de connaître l’action spéciale de chacun des rayons du spectre solaire.

Quelques-uns passent pour être trophiques ; ils semblent hâter le développement des tissus: ce sont les rayons violets et bleus. Poez aconstaté que des pieds de vigne, aussi bien que des taureaux ou des porcs, lorsqu'on les fait vivre dans une serre ou dans une écurie, où on ne laisse pénétrer que les rayons violets, prennent, sous l'influence de cette lumière, un développement plus considérable que ne le font des individus comparables, laissés dans la lumière blanche.

De son côté, Serrano Fatigati, d’aprèsune communication faite par lui à l'Académie des sciences, a constaté que la lumière vio- lette active le développement des infusoires et que la lumière verte leur est moins favorable que la lumière blanche, inférieure elle-même à la lumière violette. Dans les expériences de Béclard, des œufs de mouche, placés sous des cloches de couleur diffférente, présentèrent des différences considérables : ceux des cloches violettes et ceux des cloches bleues devinrent trois fois plus gros que ceux qui furent exposés à la lumière blanche; le verf sembla

la couleur la moins favorable. Tessier a constaté, de son côté, que les feuilles verdissent facilement sous la lumière bleue ou verte, qu’elles restent pâles sous la lumière jaune, et que la germination s'effectue plus vite dans la lumière violette que dans toute autre. À l'inverse de ce qu’on observe chez Les animaux, les fonctions des feuilles ne se trouvent pas bien de l’influence de la lumière violette (P. Bert, Dehérain). D’après d’autres observateurs le vert et le jaune sont les couleurs qui activent le plus, chez les végétaux, le dédoublement de lacide carbonique ; or, chaque feuille, sur un arbre, au milieu de ses voisines, est en réalité baignée de lumière verte.

Toutes ces expériences sont fort intéressantes à coup sür, mais elles sont souvent contradictoires. On aurait tort d’en conclure qu’elles sont mal faites, car il ne faut pas oublier que l’action de chaque faisceau du prisme varie avec chaque espèce ; ainsi la lumière rouge a plus d'action sur la germination de l'Iberis amara que la lumière violette ; c’est le contraire pour l'Echinocactus Oltomi. L'Oxalis multiflora dépérit dans la lumière violette. Il est vraisemblable qu’en dehors de la composition d’un terrain, sa couieur influe, sur la végétation de chaque espèce ; ainsi Lortet, dans les plaines de Nazareth, à remarqué combien le sol argileux, rougeûtre, renvoie ia chaleur. Darwin, aux îles Galapagos, sous l'équateur, observa pendant deux jours consécutifs, une température de + 48°,8 sous la tente! La température en plein air était de + 420,4, et sur le sable brun de + 85°; le sable noir était plus chaud encore. Lortet pense qu’il se fait à la surface du so}, une décomposition de la fumière solaire, qui permet aux rayons chimiques et calorifiques d’agir avec une grande intensité. Il explique ainsi la fréquence des coups de soleil que l’on recoit en Syrie, de bas en haut, la tète étant cependant parfaitement couverte. Aussi les habitants se couvrent-ils le bas du visage et les joues; il est permis de supposer que, toutes choses supposées égales, la végétation à la surface de la rouge planète, Mars , doit, par cela seul, différer de celle de la terre.

Les progrès croissants de l’industrie de l'éclairage électrique donnent une importance assez grande à l'étude de la lumière électrique, comme milieu. Elle a l'inconvénient de contenir un trop grand nombre de rayons ultra violets ; cependant lorsqu'on s'arrange de manière à les supprimer en interposant un

verre transparent (Siemens) et à augmenter la quantité des rayons jaunes, la lumière électrique, ainsi que Dehérain l’a expérimenté au palais de l’exposition des Champs-Élysées, et que Siemens l’a fait à Londres, donne d'excellents effets sur la végétation, qu’elle active.

Les rayons du spectre ont sur la peau des animaux une action sensiblement différente. Ainsi, dans une série d'expériences exécutées sur un même individu, il a fallu 12 secondes aux rayons violets pour produire une phlyctène, tandis que, dans le même temps, les rayons rouges n’avaient fait que rubéfier la peau.

Action des rayons du spectre sur la rétine, — Hugo Magnus à récemment émis l’hypothèse que l'impression ressentie par la rétine humaine n’était plus la même que du temps d’Homère, époque cependant peu éloignée de nous. Il se fonde sur ce que beaucoup de teintes ne seraient pas indiquées dans l'Hiade ou dans l'Odyssée. Cette doctrine a été amplement réfutée, en France, par Geoffroy.

Mais tous les animaux voient-ils de mème? Ici encore, il pourrait bien y avoir des différences suivant les espèces et suivant leur habitat ordinaire. — Les expériences de P. Bert sur les daphnées-puces lui ont montré que pour ces crustacés, le spectre a les mêmes limites que pour nous, car les rayons infra-rouges et les rayons ultra-violets semblent invisibles pour eux comme pour nous; tout cela se constate lorsqu'on projette un spectre solaire dans l’eau où sont des daphnées ; on voit ces animaux se grouper dans le spectre visible pour nous et pas au delà. Ils se répandent dans tout le spectre, mais surtout dans le jaune. Pour eux, comme pour nous, le jaune est donc la couleur la plus éclairante (Fraühnhôffer).

Au contraire, d’après C. de Merejkowsky, les Crustacés inférieurs ont la perception de toute onde lumineuse et de toutes les différences, même très légères, de son intensité, mais ils ne sont point capables de distinguer la nature des ondes de différentes couleurs. Ils distinguent, en un mot, très bien l'intensité des vibrations éthérées, leur amplitude, mais point leur nombre. Il y a donc, dans le mode de perception de la lumière, une grande différence entre les Crustacés inférieurs et l'Homme, et même entre eux et les Fourmis, qui, d’après Lubbock, apprécient les couleurs ; tandis que nous voyons les différentes couleurs et leurs différentes intensités, les Crustacés inférieurs ne verraient qu’une seule

couleur, dans différentes variations d'intensité. Nous percevons les couleurs comme couleurs, ajoute Merejkowsky; ils ne les perçoivent que comme lumière.

Action du spectre sur le cerveau. — Les rayons du spectre semblent avoir sur le travail cérébral et la formation des idées, une action variable que Ponza (d'Alexandrie) à proposé d'exploiter dans le traitement de l’aliénation mentale.

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