‹ La geógraphie médicaleChapitre 34 sur 233 · VAPEUR D'EAU · texte numérisé non relu

VAPEUR D'EAU

Q il pleuvait abondamment; la lumière de la lune permettait de « voir l’eau ruisseler de leurs branches supérieures. »

La présence de la vapeur d’eau dans l'air, utile à tous les êtres vivants, possède pour quelques-uns une importance spéciale : certains végétaux effectuent les mouvements qui sont nécessaires à leur fécondation, non plus comme ceux dont j'ai parié plus haut, sous l’influence des rayons solaires, mais bien sous l’action de la vapeur d’eau. Le mécanisme de ces mouvements est, dans ce second cas, très analogue à ce qu'il était dans le premier; ce ne sont plus les gaz produits en plus ou moins grande abondance par la plante, sous l’influence de la lumière, qui distendént plus ou moins des cellules à forme courbée et tendent plus ou moins à les redresser, produisant ainsi le mouvement; un mécanisme analogue est mis, cette fois-ci, en jeu, non plus par des gaz, mais par la vapeur d’eau, qui gonfle plus ou moins des cellules disposées en arc d’une façon analogue aux premières. Ce phénomène est tellement mécanique, qu’il persiste parfois après la mort; les plantes chez lesquelles cette persistance du mouvement se montre ont même été prises par l’homme coinme symbole de limmortalité idéale après laquelle il soupire et ont reçu le nom d’immortelles. Chez ces fleurs le calice est coriace et persistant ; lorsque l’air est chargé d’'humidité, les cellules du calice se gonflent; or, leur situation et leur conformation sont telles, qu’en se gonflant elles se recourbent, que le calice s’infléchit vers le centre de la fleur, qu'en un mot, la fleur se ferme ; lorsque, au contraire, l’air est sec, les cellules se redressent dans un sens opposé; le calice s’infléchit vers la circonférence ; la fleur s’ouvre. :

La vapeur d’eau est encore plus nécessaire à une foule d’êtres inférieurs que la sécheresse détruit. Il est vrai qu’elle ne les détruit que momentanément ou, pour mieux dire, qu’en apparence ; mais la mort était, en effet, si vraisemblable, qu’on leur a donné le nom d'êtres réviviscents. Les Rotifères, les Tardigrades et autres infusoires sont célèbres par leur faculté de réviviscence apparente, bien entendu. On peut les dessécher pendant cinquantecinq jours dans une étuve dont la température est maintenue à + 100° ; une goutte d’eau rallume toutes les manifestations organiques qu'on croyait éteintes. Les Rotifères ne jouissent pas seuls de ce privilège; on le trouve au-dessus et au-dessous d’eux dans la série. Une fougère, gardée par Vilmorin dans un herbier où elle avait séché, a, sous l'influence de l'humidité, repris sa forme ;

elle a vécu et a continué à se développer régulièrement. Des cryptogames desséchés par un séjour d’une semaine dans l'air raréfié, et d’une autre semaine dans une étuve à + 70°, ont pu, sous l'influence de l'humidité, reprendre leur aspect ordinaire. C'est surtout par son existence chez les êtres inférieurs, connus aujourd’hui sous le nom général de microbes, que la reviviscence nous intéresse. Tous ces êtres que les travaux de Pasteur nous font pressentir ou connaître comme les producteurs de la fièvre jaune, du choléra, de la fièvre tellurique, du charbon, etc., perdent, par la sécheresse, un pouvoir que leur rend l’humidité ; ainsis’explique comment le retour de la pluie, après une longue sécheresse, rallume une épidémie que l’on croyait éteinte. Les prétendues épidémies spontanées ne sont pas autre chose que les manifestations d’un microbe reviviscent qu’on avait oublié.

L’absence ou la présence de la vapeur d’eau dans l’air modifie à la longue les organismes ; c’est ainsi que, dans les pays secs, les végétaux emmagasinent l’eau ‘dans leurs feuilles, qui deviennent charnues, succulentes comme celles des plantes grasses; c’est là une action de milieu analogue à celle qui, par voie de sélection, a placé dans la bosse du chameau une réserve alimentaire, dont, diraient les causes-finaliers, la Nature l’a doté (?) pour lui permettre de traverser le désert. |

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