‹ La geógraphie médicaleChapitre 35 sur 233 · V. POUSSIÈRES ATMOSPHÉRIQUES. — VENTS · texte numérisé non relu

V. POUSSIÈRES ATMOSPHÉRIQUES. — VENTS

L’enveloppe gazeuse qui entoure notre planète n’agit pas sur les êtres vivants, uniquement par la quantité de chaleur, de lumière, d'électricité ou de vapeur d’eau qu'elle leur fournit. L’océan aérien, au fond duquel nous vivons, présente, lui aussi, ses alluvions, les poussières atmosphériques ; il a ses marées et ses grands mouvements, qui sont les vents.

Poussières atmosphériques. — Lorsqu'on fait passer un courant d'air à travers la ouate, ou lorsqu'on le projette sur une surface enduite de glycérine, on recueille dansles mailles minuscules de cette sorte de filet constitué par la ouate, ou sur la surface gluante représentée par la glycérine, un nombre considérable de corps étrangers, qui ont, parfois, une origine très éloignée de celle qu'on pourrait supposer.

Les uns sont des minéraux : Gaston Tissandier a rencontré des fragments de nickel, substance qui est, comme on le sait, un des

éléments caractéristiques des météorites; des corpuscules ferrugineux magnétiques, attirables à l’aimant, dont les grains se trouvent souvent dans l’eau de pluie : une pluie de sable tombée à Lœbau (Saxe), le 13 janvier 1835, en contenait un grand nombre. On trouve en outre dans l'atmosphère du sable en grande quantité. Thorburn a vu, dans la plaine de Marwat, lac desséché dans l'Inde, s'élever des masses de sable, puissante et terrible muraille qui, épaisse de 1000 pieds et longue de 30 milles (48 kilom.), obscurcit momentanément la lumière du soleil et s’avance avec fracas, précédée d’une nuée d’oiseaux, milans, aigles et vautours qui fuient devant elle.

Les ophthalmies, si fréquentes dans le Sahara, ne reconnaissent pas d’autre cause que la présence de grandes quantités de lamelles siliceuses dans Pair, et la coutume des Touaregs de se voiler la face a pour but de se mettre à l'abri des meurtrissures de ces nuages de sable.

On rencontre parfois dans Pair des poussières volcaniques. En 1815, un volcan de l'ile Sumbavo, le Timbora, recouvrit de cendres une surface de terre et de mer supérieure à celle de l'Allemagne. L'effet produit sur l'imagination fut tellement violent, que dans lile de Bornéo, à 1 400 kilomètres au sud du volcan, on compte les années à dater « de la grande chute de cendres ».

Dans la nuit du 23 au 30 mars 1875, une poussière fine tomba en Suède et en Norwège. Daubrée reconnut plus tard, sur- les échantillons qui lui furent envoyés, une grande ressemblance avec les pierres ponceuses de l'Islande; or, on apprit que, le 29 mars 1875, dans la journée qui précéda cette pluie de poussière, le jækuldal avait vomi une quantité énorme de cendres qui, sur une couche de 15 centimètres d’épaisse r, avai obscurci les rayons du soleil.

De ce fait il convient de rapprocher un brouillard sec, qui, en 1783, couvrit pendant trois mois presque toute l’Europe, après avoir paru d’abord à Copenhague, où il persista pendant 1426 jours. Il avait pour cause une éruption en Islande. |

J’insiste sur ces faits parce qu'ils donnent l’explication de certaines ophthalmies épidémiques qui règnent parfois, à la suite du passage de ces nuages de poussières. Ces alluvions ne sont pas dangereuses pour l’homme seul; elles oblitèrent les stomates des feuilles et gènent ainsi leur respiration : c’est pour une

LG L'ATMOSPHÈRE.

raison analogue que s’étiolent et dépérissent les plantes au voisinage des fabriques. |

Les autres corps étrangers charriés par l'atmosphère, plus importants au point de vue de la géographie biologique, sont des végétaux ou des débris végétaux divers, — on trouve de ces débris jusque dans la neige (Yung, Tissandier), qui les a engiobés dans sa chute à travers l'atmosphère, comme le réseau d’albumine qu’on emploie pour coller le vin englobe les matières qui le troublaient ;— les prétendues pluies de sang, dont il est fait mention à plusieurs époques, ne sont autre chose que des spores colorées qui viennent souvent de régions éloignées. Au Maroc J.Brun (de Genève) a observé une de ces pluies formée par des taches rouges qui, sur les rochers, imitaient à merveille des taches de sang. Elles étaient constituées par le Profococcus fluviavilis, d’un rouge vif, fort abondant dans la vase qui borde les chotts sahariens.

On trouve enfin dans ces poussières des produits animaux divers et des œufs, des germes. On comprend l'importance de ces faits pour expliquer la dispersion d’un grand nombre de maladies.

‘ La proportion de ces substances étrangères varie d’ailleurs suivant les points du globe : l'atmosphère des villes contient beaucoup de charbon, beaucoup de débris animaux. L'air d’une salle d'hôpital, examiné par Chalvet, contenait jusqu'à 36 pour 100 de matières organiques : globules de sang, globules de pus, etc., la contagion de certaines ophthalmies purulentes à distance ne reconnaît pas d'autre cause.

C'est par un mécanisme semblable que beaucoup de maladies contagieuses deviennent largement épidémiques. Les croûtes échappées de la peau d’un varioleux peuvent ainsi semer très loin la variole; c’est ainsi que la dispersion géographique de certaines maladies prend une grande étendue. Il en est de ces maladies largement épidémiques, comme de ces plantes qu'on pourrait nommer de même épitelluriques, dont les graines, facilement dispersées, envahissent la terre, comme celles de l’Erigeron canadense, par exemple. Les progrès de la chirurgie moderne tendent surtout à mettre les opérés à l'abri de ces pluies, plus ou moins visibles, de germes malfaisants : il suffit de citer ici le pansement de Lister, qui les tue, ou le pansement ouaté de J. Guérin, qui les arrète, comme au filet, dans les mailles de la ouate.

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