VENTS
La quantité des organismes microscopiques charriés par l'air varie d’ailleurs avec les saisons : Miquel, à l'observatoire de Montsouris, a constaté que leur maximum était en juin; chaque litre d’air, à Montsouris, en contient environ #41; — le minimum est en novembre, où chaque litre d’air n’en contient plus que 10; cela tient à ce que la prolifération de ces éléments végétaux est plus considérable en été qu’en hiver, dans les pays chauds que dans les pays froids.
Les pluies qui lavent en quelque sorte l'atmosphère ont pour effet immédiat d'augmenter le nombre des organismes qu’on peut recevoir sur une plaque glycérinée, par conséquent, de diminuer le nombre de ceux qui sont en suspension dans l’air. Les eaux de pluie, entrainant une grande quantité de ces organismes, prennent ainsi, chez ceux qui les boivent, une valeur particulière, comme agents producteurs de maladies.
L’océan aérien a donc ses alluvions, qu'il charrie avant de les déposer, comme l'océan liquide lui-même; les chiffres de G. Tissandier donnent une idée de l'importance de ce véritable dépôt alluvionnaire fait par l'atmosphère : il a calculé qu'à Paris 1 mètre cube d’air contient de 6 à 23 milligrammes de poussière ; en prenant le minimum de 6 milligrammes, on arrive à cette conclusion : qu'une couche d’air de 5 mètres d'épaisseur, considérée sur la surface du Champ àe Mars, lequel mesure 500000 mètres carrés, ne renferme pas moins de 15 kilogrammes de poussière atmosphérique ; Tissandier a calculé, d’un autre côté, que 1 litre de neige à la campagne, avant d’avoir touché le sol, bien entendu, contient 212 milligrammes de matière organique.
vents, — Le danger des poussières atmosphériques réside surtout dans leur transport avec l’air en mouvement, le long de ces grands courants périodiques ou non, réguliers où accidentels, auxquels nous donnons le nom de vents : le vent du Sahara est célèbre par ses poussières et par l’ophthalmie qu’il provoque; à Buenos-Ayres, des trombes de poussière, en 1805 et en 1866, furent assez puissantes pour rendre l’atmosphère aussi noire que pendant la nuitet pour étouffer littéralement les passants dans la rue ; après le passage de cette trombe, la pluie versait en réalité de la boue sur le sol. Ces courants aériens, qui charrient souvent des germes morbides, ont au moins l'avantage de pouvoir être assez facilement coupés : ainsi, alors qu'il suffit de se trouver sous le vent d’un marais, pour prendre la fièvre intermittente,
par compensation, un rideau de peupliers, interposé sur le passage du v2nt, suffit souvent à garantir de ses effets.
Le vent n’est pas toujours assembleur de poussières et de germes morbides; il les disperse aussi, et ce, au grand avantage de certaines contrées : toutes conditions égales d’ailleurs, une contrée balayée par les vents est plus saine qu’une contrée qui, garantie par des montagnes, laisse les germes s’accumuler, pour ainsi dire, dans son atmosphère. Pauly a beaucoup insisté, et, avec raison, sur la salubrité relative des grandes plaines de l'Amérique du Sud, où rien ne fait obstacle au balayage de l'atmosphère par les vents.
Le vent est peut-être un des modificateurs les plus puissants de l'individu comme de l’espèce que présente l’étude du milieu atmosphérique : outre que, suivant qu'ils viennent d’un pays froid ou d'un pays chaud, les vents abaissent ou élèvent la température, ils absorbent, en outre, la vapeur d’eau et activent ainsi l'évaporation, chez les végétaux comme chez les animaux.
Les végétaux ne vivent donc, là où règne un grand vent, qu’à la condition de s’entourer d’une atmosphère immobile, retenue dans de nombreux poils, à la surface de chaque feuille, ou bien de pouvoir emmagasiner l’eau et les sues aqueux dans leurs propres tissus, ainsi que Je l'ai dit plus haut, au suiet de la vapeur d’eau. Les végétaux qui veulent vivre au bord de la mer doivent, en outre, réduire leurs formes, pour offrir le moins de prise au vent; il est bien entendu que sous cet artifice de langage « Les végétaux qui veulent », je désigne la sélection implacable qui détruit tous ceux qui ne remplissent pas les conditions favorables à la résistance au vent. Les espèces maritimes sont naines, parce qu’elles seules sont de taille assez réduite pour résister au vent. — C’est pour Jes mêmes raisons qu’elles sont villeuses et charnues.
L'action du vent ne se fait pas moins sentir sur les animaux ; la sélection n'a eu d'autre ressource pour eux que d'agrandir les ailes de certains oiseaux de mer, ou bien, au contraire, de les réduire, de les annuler même, comme chez certains insectes des côtes, où ceux-là seuls ont persisté qui n’avaient que peu ou point d’ailes, les autres, mieux dotés en apparence, n'étant pas suffisamment armés contre le vent et ayant trouvé la mort dans une conformation qui, dans toute autre circonstance, eût été une supériorité.
Les effets d'évaporation produits par le vent sont parfois très