SCORBUT
démies de scorbut, que c'était, pour les habitants de ces pays, la maladie par excellence, le Morbus, le Scorb (maladie). De ce mot scorb est venu scorbut.
En 1#86, le scorbut, succédant à de grands froids, sévit dans tout le nord de l'Europe ; en 1556 et 1562, il règne en Flandre, en Hollande.
Pendant longtemps la culture maraïchère fut très négligée des Anglais, peuple essentiellement carnivore; on prend une idée de cet abandon, quand on apprend que la reine d'Angleterre, Catherine d'Aragon, femme de Henri VIII, était obligée de faire venir de Hoilande les légumes nécessaires à sa table. Aussi, à cette époque, le scorbut était-il en permanence à Londres : de 1676 à 1686, il mourut, chaque année, 1 000 individus de cette maladie; puis, à mesure que la culture maraichère se développa, le scorbut diminua : de 1686 à 1701, il ne causa plus que 100 décès par an; il n’en causa plus que 15 de 1701 à 1716. Aujourd'hui il a disparu.
En 1848, la Russie, à la suite d'une mauvaise récolte, eut le scorbut ; où l’observa également, à la même époque, en Angleterre, en Belgiqu:? et en France.
En Californie, on a vu le scorbut succéder à une extrême sécheresse, qui avait détruit tous les végétaux.
En dehors de ces grandes endémies frappant des populations entières, on le voit apparaître sur les navires privés, dans une longue traversée, de végétaux frais, sur les armées mal ravitaillées en végétaux, sur les populations assiégées, qui peuvent encore manger des chevaux, des chiens et des rats, mais qui manquent de légumes et de fruits.
Pline raconte que l’armée romaine commandée par César Germanicus, campée en Allemagne, au-delà du Rhin, fut prise d’un mal qui faisait tomber les dents et qui rendait les jambes paralysées. L'armée guérit, dit-il, lorsqu'elle put manger une plante, qu’il croit être un remède spécifique, l’herba britannica.
Il semble probable qu’il est ici question du scorbut; mais la première atteinte bien authentique est celle qui, en Egypte, frappa les soldats de la cinquième croisade en 1228. En 1449, nouvelle atteinte; Louis IX, lui-même, est au nombre des malades et le sire de Joinville nous fait à sa manière le récit de cette épidémie : « La maladie commença par engregier en l’ost, de telle manière, « qu'il venait tant de chair morte, ès gencives, à notre gent, queil
« convenait que barbiers ostassent chair morte, pour ce qu'ils pus- « sent mascher et avaler aval. Grande pitié estait d’oir brire la « gent, parmi l’ost, auxquels on coupait la chair morte, car ils « bréaient, comme femmes qui travaillent d'enfant. »
Plus tard, les grandes expéditions nautiques ne firent que développer le scorbut : en 1498, l’équipage de Vasco de Gama souffre de cette maladie, entre Mozambique et Sofala ; il perd 55 hommes.
En 1535, Jacques Cartier, au Canada, lutte contre ce terrible ennemi : sur 110 hommes, il ne lui restait plus que 10 valides et 60 malades ; les reste était mort ! Un matelot fit heureusement cesser l'épidémie : il découvrit que le suc des feuilles d'un certain arbre guérissait sûrement la maladie, qui, de fait, s'arrêta. Peu importe le nom de l'arbre ; c'était un végétal, cela suffisait !
En 1552, l’armée de Charles V, qui faisait le siège de Metz, est décimée par le scorbut.
Pendant la guerre de Crimée, notre armée perdait beaucoup de monde de cette maladie; enfin, en 1871, à la fin du siège de Paris, quelques cas, déjà assez nombreux, de scorbut commençaient à se montrer.
Il ne faudrait pas croire que nos flottes modernes soient complètement à l'abri et qu’on ne puisse plus voir, comme au siècle dernier, un navire, l’Oriflamme, appartenant à l'Espagne, désert, monté par des morts, tués par le scorbut, et errant seul au gré des flots! En effet, le 1° septembre 1874 un navire anglais rencontra le Socrate, qui paraissait abandonné; en laccostant on reconnut qu'il était monté par 7 hommes à moitié morts du scorbut, qui gisaient, étendus, dans un coin. Le 17 aoûl 1875, le Brenner, venant de Liverpool, était remorqué dans le port de San Francisco. il avait perdu en route 16 hommes du scorbut et ceux qui restaient étaient trop malades pour pouvoir faire la manœuvre.
Étiologie. — Toutes conditions égales d’ailleurs, le froid humide favorise le développement du scorbut : c’est ainsi que les navires qui venaient de l’Inde avant le percement de l’isthme de Suez, étaient surtout atteints dans les parages du cap de Bonne- Espérance ; le cap Horn est également célèbre dans les annales du scorbut ; aussi la marine anglaise a-t-elle soin de prendre les plus grandes précautions pour l’habillement des matelots dans ces parages,
Au froid il convient d'ajouter, comme cause prédisposante,