SET. STE EPA ES
LD. A NES JU UE Er, 200 000 000
Ce qui donne, pour chaque habitant et par an, une moyenne de 80 à 100 litres.
L’alcoo! se boit en Europe sous toutes les formes possibles; la seule production de la bière, qui n’est pas la façon la plus anodine de s’alcooliser, car on en boit facilement beaucoup, donnera une idée des facilités croissantes de l'alcoolisme.
Voici, par exemple, d’après le Journal of applied science, quels sont les chiffres approximatifs de la production de 1876 :
Nombre Consomma-
Hectolitres. de tion en litres brasseries. par tête, Grande-Bretagne..... 47009000 26214 143 AE. Lana 40187700 23 9404 94 ÉttéDnis 2e, 14978800 3293 38 AMC 20 2 uses 12176 900 2 448 34 Bétiques 2.6 4 7 942 000 2 500 149 WRAMOE 57. ARRETE 7 370 000 3100 91 nsc 4e 8. or JU 2210 000 460 8 FORMS mA ue 2e eue 1525 000 560 41 D'inemoare es Ua 4 100 000 240 59 De 0 SES CN EE # 900 000 » 23 SAISON UNE Loris 750 000 400 28 Nopweger....: AREA 650 000 » 37 Luxembôürg, 50%, 50 800 26 25
Sur les 23 940 brasseries de l'Allemagne, la Bavière en compte, à elle seule, 6 524, qui, en 1878, ont fabriqué 12 442272 hectolitres, ce qui par tête d’'habitant représente l'énorme consommation de 289 litres; ce pays, d’ailleurs, fait une exportation très importante, qui, en 1876, ne s’est pas élevée à moins de 267651 hectolitres.
La France, qui fabrique deux qualités de bière, la forte et la pelile, a vu également sa production augmenter, puisque de 3 809905 hectolitres qu’elle était en 1842, elle s'est élevée, en
1876, à 7 370 000. C’est l'Allemagne et l'Angleterre qui y importent le plus; le chiffre de cette importation était, en 1864, de #t 141 hectolitres, dont plus de moitié de bière allemande.
L’alcoolisme, cause de dégénérescence sociale, — Les détails dans lesquels je viens d'entrer n’auraient qu’un intérêt secondaire, si lalcoolisme n’était, ainsi que je le montrerai dans une autre partie de ce livre, un puissant facteur de dégénérescence. Il engendre la phthisie (Magnus Huss), cause ellemême, et fort importante, de dégénérescence ; il est, de plus, une des grandes causes de la criminalité et de l’aliénation. Les statistiques de Morel lui ont, en eflet, permis de traduire comme suit la descendance probable des alcooliques :
4° Génération : alcoolisme ;
20 Génération : manie — paralysie générale;
3° Génération : suicide, — épilepsie, — homicide, — criminalité ;
4° Génération : idiotisme, — stupidité, — extinction de la race.
Les prisons et les asiles se disputent les alcooliques et leurs tristes descendants. Les preuves de cette affirmation se montrent de jour en jour plus nombreuses. De 1826 à 1835, on reçut, à Charenton, 1557 aliénés dont 234 alcooliques. More] a calculé qu’à cette époque, sur 4 000 aliénés, il y en avait 200 chez lesqueis la folie était due à l'abus des spiritueux. — Depuis lors la proportion des alcooliques a’ été sans cesse en augmentant, elle était :
HIS SOUS à MAT 13,62 0/0 LR RE SR 14,94 RCE PONTS CE: à M A 20,09 TT MORALE NOR 19,46 LE OMAN io à AVR RS ne . 22,10 Ro RE Eng QT GT eat nan 922,80
Contre un pareil état de choses on n’a pas manqué de chercher à prendre des mesures, mais jusqu'ici cela a été en vain. — Des sociétés philanthropiques, qui, comme tout ce qui dépend en Angleterre de l'initiative privée, disposent de capitaux importants, ont fondé à Londres, sous le nom de Drunkards’ Homes, des maisons destinées à recevoir les buveurs, qui veulent bien consentir à être corrigés de force, en se confiant aux soins d’un
ÉTHÉRISME. 161
médecin ou d’une doctoresse, dont la spécialité est de recevoir et de traiter les buveurs. Pour entrer dans ces maisons de détention volontaire, le buveur doit déclarer, dans une requête écrite, signée de sa main, sa volonté de demeurer en asile pour un temps spécifié par lui-même et qui ne peut excéder douze mois. — Aux Etats-Unis, ces établissements existent depuis plus de vingt ans. À Chicago, d'après une étude de Berthelot sur les maisons pour buveurs habituels, l'établissement connu sous le nom de Washington-House contient 70 pensionnaires. Pendant les quatre dernières années, sur 4 104 buveurs traités, 106 seulement ont récidivé. Sur 273 malades admis en 1878, tous, excepté 18, ont été reconnus comme devenus sobres. À merveille ! mais le difficile, en semblable matière, me semble moins de guérir que de former le dessein de s’enfermer volontairement pour guérir. Le vouloir c’est l'être déjà, en quelque sorte! M. Berthelot se demande s’ilne serait pas opportun de créer en France des maisons analogues ? Pour ma part jen doute un peu. s
S 10. ÉTHÉRISME.
Bien près de l'alcoolisme, quoique au-dessous, comme fréquence, il faut placer l'abus de l’éther. Les ministres du culte catholique, tout-puissants en Irlande, ont fait une campagne contre l'alcool et je ne saurais les désapprouver ; mais ils n’avaient pas parlé de l’éther ! La casuistique alcoolique à donc remplacé l'alcool par l’éther; le respect de la religion était sauvé et la raison s’égare aussi bien qu’avec l'alcool. C'est notamment, parait-il, après la mission de tempérance du P. Mathews que le whisky, le ginn furent remplacés par léther. Aujourd’hui même les paysans boivent de l’éther et un journal racontait récemment que, les jours de marché, la petite ville de Drapen-town exhalait une forte odeur d’éther. Les dames élégantes se mettent elles-mêmes à l’éther et il n’est pas rare, sur les promenades publiques, notamment sur le gazon de Hyde-Park, de voir une main finement gantée jeter furtivement, par la portière d’un élégant landau, le flacon d’éther, que vient de vider l’anémique et névropathique promeneuse, mollement couchée au fond de la voiture.
GÉOGR. MÉD. | Al
$S 11. COCA, COCAÏSME.
La passion que la plupart des hommes ont pour l'alcool, quelques-uns l’ont pour les feuilles de l’Erythroxylum coca ou cocaier, vulgairement la coca.
Histoire et géographie de la coca. — Lorsque Pizarre détruisit l'empire des Incas, les cocales, où était cultivée la coca, étaient le privilège des grands et des prêtres, qui seuls avaient le droit d'exploiter la précieuse plante. Parmi tous les débris des ruines qu'ils avaient faites et au milieu desquels ils cherchaient la richesse, les Espagnols n'’oublièrent pas la coca. C’est sous forme de ses feuilles qu’une partie de l’impôt fut pendant longtemps payée aux.vainqueurs. D’après un métis de la première génération (Garcillasso de la Vega), les revenus de l’évêque et des chanoines de la cathédrale de Cusco provenaient de la dime de ces feuilles. Il ajoute que plusieurs Espagnols faisaient de son temps, à ce commerce, des fortunes considérables. La renommée de la plante fit du reste de rapides progrès, il ne lui manqua même pas le sceau de la persécution religieuse. En dépit des obstacles de tout genre, le commerce des feuilles de coca est encore considérable et la récolte est évaluée aujourd'hui à 25 millions par an. En 1850, le gouvernement de Bolivie n’a pas retiré des droits sur la coca moins de 900 000 francs ; en 1859, ce chiffre atteignait 4 500 000 francs. C'était plus que pour le quinquina, qui ne rapportait à la même époque, au même pays, que 710 000 francs et que pour le sucre et l’eau-de-vie, qui ne rapportaient que 1 370 000 francs.
Quelle était donc l'importance de cette plante presque sacrée ? Il en était de la coca comme chez nous aujourd’hui du tabac. C'était une habitude invétérée, source lucrative de revenus pour les Incas et, à l’inverse du tabac, c'était une habitude utile.
La manière d'employer la feuille était et est encore, chez les Indiens, de la chiquer (aculicar). L'Indien porte dans sa chuspa, sorte de sac, un certain nombre de feuilles séchées au soleil ; après avoir enlevé la nervure médiane de ces feuilles, il en prend un certain nombre, qu'il roule en forme de boulette, au centre de laquelle il a déposé une autre substance, la {ipta ; il insinue le tout entre la joue et les dents, par un geste chez nous familier aux gens qui chiquent le tabac. Cette Ilipta, qui s’unit à la coca
COCA, COCAÏSME. 163
pour constituer la chique, n’est autre qu’un composé alcalin, quelquefois de la chaux; on y trouve parfois du carbonate de calcium, de magnésium, du bicarbonate de potassium, des sulfates et des chlorures alcalins, des phosphates alcalino-terreux. C'est, en un mot, la cendre de certaines plantes, qu’on fait brüler {à cet effet, le Chenopodium chinoa, dont on brûle la tige, et le bananier, dont on brûle les feuilles. Cela rappelle donc un peu le bétel. {Tout en chiquant l’Indien avale sa salive ; quand la boulette a perdu ce qu'on regarde comme ses qualités, on en fait une autre et ainsi de suite. En somme, jour et nuit, l'Indien a de la coca dans sa bouche et il en consomme ainsi de 28 à 42 grammes par jour (Gosse). 11 ne s'embarque pas pour la montagne ou pour une longue marche sans sa coca, pas plus que le paysan de Styrie sans un peu d’arsenic, et il marche ainsi sans nourriture et sans fatigue, Sans la précieuse feuille qui ne le quitte pas, il ne pourrait pas, dit-il, affronter le soroche. Les voyageurs Contemporains ont constaté que leurs guides, dans les Andes, faisaient de prodigieuses courses presque sans manger, mais en ne cessant de mâcher la coca. L’Indien fait 180 kilomètres par jour en mâchant la COCA, sans aliment ; 14 grammes de feuilles par jour lui permettent de rester ÿ jours sans manger. Il en résulte que l'achat de la feuille est la grande dépense de l’Indien. Dès l’âge de dix ans, il commence à s’en procurer; il en dérobe à son père ; plus tard, il en achète et ne cesse plus désormais de aculicar. Les femmes pe se mettent à la coca que lorsqu'elles sont vieilles. On voit que le coquero, c’est lé nom du consommateur de coca, à pius d’un rapport avec l’amateur européen de tabac. Une exception cependant relative à la vertu des feuilles déja mâchées : on assure que ce que nous nommerions chez nous les vieilles chiques passe pour un précieux talisman. et qu’il est commun de rencontrer un véritable amas de chiques, dans les lieux où lon désire, comme dans les mines qu’on commence à explorer, attirer l’attention de la Divinité,
Telles furent presque jusqu'à notre époque les seules données qu'on possédât sur l'Erythroæylum coca. Cela passait pour un moyen populaire dans l'Amérique tropicale de calmer la faim et de vivre plusieurs jours sans manger. On chique la coca dans tout le Pérou, en Bolivie, à la Nouvelle-Grenade, à l’Equateur et dans quelques provinces du Brésil.
Composition de la coca. — Il nous reste à entendre la déposition de la science moderne.
En 1853, le docteur Weddel crut trouver, dans la coca, un principe analogue à la théine ; en 1857, un chimiste irlandais, établi à Salta (Confédération Argentine), avait cru y reconnaître un principe analogue à la caféine. C'est en 1859 que Niemann,de Vienne, à qui Wôbhler, de Gôttingen,avait remis un échantillon de coca envoyé par le docteur Scherzer, isola la cocuine. Deux autres alcaloïdes ont été trouvés, l’ecgonine et l’hygrine.
Action physiologique. — Lorsqu'on mäche la feuille de l'Erythroxylum, la salive devient jaune, abondante; on ressent d’abord quelque chose d’analogue à l’arome du thé, puis un goût sui generis, bientôt suivi d’une saveur huileuse, amère et astringente. Au bout de quelques minutes, l’astringence domine et la salive devient moins abondante. Lorsqu'on à mâché la feuille depuis quinze, vingt minutes, elle a perdu son goût : on éprouve dans toute la bouche et dans l’estomac, si on à avalé la salive, une censation de chaleur. La muqueuse buccale est devenue insensible et ne perçoit plus le contact de la pointe de la langue (Gazeau; le pharynx est rouge. La cocaïne cristallisée, déposée sur la lanque, rend également insensible le point de cette muqueuse, qu’elle a touché (Gazeau). ;
Il était intéressant de rechercher l’origine de cet usage, qui consiste à associer à la coca la Uipta alcaline. Demarle a mélangé avec la coca les diverses substances alcalines que l'analyse a fait reconnaître dans la llipta et il s’est assuré sur lui-même que les sensations perçues par la langue sont alors portées à l’extrème, surtout avec la potasse, la soude et la chaux. Gazeau à constaté qu’en ajoutant à la feuille une petite quantité de soude, le besoin de cracher était beaucoup moins violent et l’odeur de la salive : recueillie beaucoup plus prononcé. Le rouleau de feuilles, qu'il avait mâché depuis un certain temps, n’offrait plus aucune odeur de coca, contrairement à ce qu'on observe lorsqu'on mâche, pen-: dant le mème temps, une mème quantité de feuilles sans Ilipta, , ce qui ferait penser que la soude à servi ici à mieux épuiser la 1 feuille. Cet ohservateur pense done que l'usage de la Ilipta pour- = rait s'expliquer ainsi : la salive dissout les principes de la coca, parmi lesquels un sel de cocaïne, qui, se trouvant en présence) d'un alcali, se décomposerait, en abandonnant la cocaïne ainsi! mise en liberté. Les sujets de Huanco-Capac faisaient donc, sans le savoir, de la chimie expérimentale. En ajoutant à la feuille unt acide, on ne perçoit plus aucun goût,
COCA, COCAÏSME. 165
L'insensibilité observée sur la muqueuse buccale gagnerait, d’après Gazeau, la muqueuse de l'estomac et expliquerait la diminution ou l'abolition du sentiment de la faim, sous l'influence de la coca. Cette suppression de la faim aurait, en outre, pour cause, la chute dans l'estomac d'une grande quantité de salive, qui y favoriserait du reste l'absorption rapide de toute substance alimentaire, qui pourrait y être introduite. Or à ce dernier titre doit figurer, il est vrai comme très faible appoint, le déficit entre le poids de la feuille avant la mastication et celui qu’elle présente en sortant de la bouche : Gazeau mâche pendant vingt minutes un poids de feuilles égal à 18,66. Lorsque cette quantité fut sortie de la bouche et réduite, dans l’étuve, au même état hygrométrique qu'avant l’expérience, elle ne pesait plus que que 06,80. Le poids de la salive recueillie, mais que d'habitude on déglutit, était de 37 grammes. Avec une Illipta, le poids de la salive, pour la même quantité de feuilles, n’est plus que de 27 grammes.
Quoi qu'il en soit, il était intéressant de faire porter l’expérimentation sur les propriétés nutritives dont cette plante a paru douée dès le début à la plupart des observateurs : l'apparence au moins de ces propriétés a été constatée à toutes les époques et par tout le monde. En 1781, ainsi que je l'ai dit plus haut à propos du mal des montagnes, au siège de ia Paz, où les Péruviens révoltés tinrent pendant plusieurs mois leurs dominateurs bloqués, la mortalité, qui fut terrible, n’épargna, dit Unanue, que ceux des assiégés qui avaient des provisions de coca. Les corps d’armée ne résistaient à leurs longues et pénibles marches dans les Andes, qu’à proportion de la quantité de coca dont étaient approvisionnés les soldats. Scherzer cite un Indien qui faisait trente lieues par jour en ne mangeant que quelques grains de maïs rôtis; ii chiquait 4 grammes de coca par jour. Unanue, qui cite ces faits, s’'empresse donc de regarder la coca comme le tonique par excellence (architonico) du système nerveux; Montegazza la regarde comme un aliment nerveux, à action puissante sur le cœur. Bolognesi dit qu’elle provoque des congestions terribles avec vomissements. Enfin Pæppig la compare à l’opium, Tschudy au datura, et Montegazza au hachisch.
Il est nécessaire, au milieu de tant d'opinions disparates, de tenir compte des doses. Dans tous les cas, il est bon de remarquer, avant de conclure au pouvoir alimentaire de la coca, que, de l'avis de tous les voyageurs, les Indiens qui n’ont fait pendant une ex-
pédition que chiquer la coca, n’en mangent pas moins avec voracité, sitôt que la possibilité de le faire se présente.
Avec une petite dose de poudre, Gazeau a observé sur luimême un accroissement de vigueur physique et morale; son sommeil était, dit-il, peut-étre moins facile qu’à l'ordinaire ; la plupart des observateurs, Weddel entre autres, ont du reste noté linsomnie; on a quelquefois observé de la diarrhée; avec une dose plus forte (20 grammes. de poudre par jour), Gazeau a ressenti de la faiblesse générale au bout de deux jours. Se soumettant, alors qu’il prenait de la coca, à une alimentation insuffisante, il dit n’avoir pas éprouvé le sentiment de la défaillance, qui se fait sentir en pareil cas.
” D’après les recherches de cet observateur sur l’urée, l'élimination de ce dernier corps serait augmentée. En comparant deux périodes de dix jours chacune, où la coca était prise chaque jour dans l’une et supprimée dans l’autre, il est arrivé à ce résultat : que la moyenne d'urine par jour {sans coca) étant de 1 3618,75, la moyenne {avec coca) est de 1 7488,75. La coca est donc un diurétique; d’après Morino y Maïz, elle s’élimine par l'urine. Gazeau, dosant l’urée, est arrivé à ce résultat : que la moyenne totale de l’urée éliminée pendant dix jours (sans coca) a été de 21,43 et de 23,80 (avec coca). La coca active donc l'élimination de l’urée. Il est bon, cependant, de se mettre en garde contre ce fait : que la quantité moyenne d’urée, non pas d’une manière absolue, mais pour 1000 grammes d'urine, est plus faible avec la coca que sans la coca : 15,935 pour 1 000 (sans coca) et 13,89 pour 1 000 ‘avec coca). C’est là un fait qui appelle de nouvelles expériences. Quoi qu’il en soit, l’urée, absolument parlant, a augmenté sous l'influence de la coca. Le poids du corps a éga- ‘lement diminué (GaZeau). Morino y Maïz, Gazeau et plusieurs autres expérimentateurs ont soumis des animaux à l’inanition avec ou sans coca. Dans toutes les expériences (rats, oiseaux}, l'animal qui était soumis à la coca, mourait avant celui qui n'avait pas eu de coca ; pesés avant l’expérience et après leur mort, les animaux soumis à la coca avaient perdu plus de leur poids que les autres (Morino y Maïz, Gazeau). Il semble donc difficile d’admettre que la coca soit un aliment : les théologiens avaient raison. Car cette question de pure biologie expérimentale avait été sinon étudiée, au moins résolue par eux au xvrre siècle. Il s'agissait de savoir si la coca est un aliment ; mais ce n’était pas au point de vue
COCA, COCAÏSME. 167
et dans l'intérêt des mineurs des Andes, qui s’en servent, comme les mineurs de Charleroi prennent le café; le but de cette curiosité scientifique était de permettre ou de prohiber la coca avant la communion. Le P. don Alonzo de la Pina Montenegro avait pris le bon parti : il avait déclaré que la coca ne contient aucun principe alimentaire.
Afin d'expliquer cependant comment on peut supporter quelque temps la privation de nourriture avec le secours de la coca, Schultz et Bæker ont imaginé la théorie des agents d'épargne, qui depuis a fait fortune. À en croire les résultats de Gazeau, l'organisme serait cependant loin de faire des épargnes : il y aurait au contraire accroissement des métamorphoses des matières azotées ; il y aurait suractivité de la combustion ; le coquero produirait de la force, mais en somme à ses dépens. Montegazza disait, se bornant à décrire ce qu’il avait vu, au moyen d’une image : ( Il semble qu’une nouvelle force s’introduise directement dans notre organisme et dans tous les pores, comme l’eau dans une éponge. » Gazeau, avec une assez forte dose de coca, à éprouvé une légère excitation cardiaque et une petite élévation de la température. Pour Montegazza, l'excitation cardiaque, sous l'influence de la coca, est très marquée. Représentant en chiffres l'excitation déterminée par l’ingestion d'eau chaude et de divers stimulants, il exprime’sa pensée par le tableau suivant :
Hat. chaude... re AT pee PRO en de ci pilou qe sy SEL 1 À:
Chen PRIENSD DR EL Mig 0 Cacao". ru s AAE AE SRE ee s00787,0 ME AUS he ... 106,2 Courir. sharp, hs sta air 5020
On voit que la coca serait, pour lui, de beaucoup à la tête des excitants. D’après Morino y Maïz, le café augmenterait davantage la tension artérielle. Cette stimulation générale se traduit, d’après lui, chez les animaux qu’il a observés (cobayes), par des convulsions tétaniques spontanées, de la dilatation pupillaire, phénomènes de strychnisme, qui seraient assez en rapport avec une surcharge de force médullaire. Jolyet a observé chez les grenouilles une diminution de la motilité ainsi que la perte du pouvoir coordinateur et de la sensibilité.
Montegazza est à peu près le seul observateur qui ait insisté
sur les phénomènes d’excitation cérébrale consécutifs à une forte dose. Il a éprouvé, après avoir mâché 60 grammes de feuilles en quelques heures, des hallucinations diverses et un bien-être très grand : il me semblait, dit-d, que « porté sur les ailes de deux « feuilles de coca je volais dans les espaces de 77 438 mondes, les «uns plus splendides que les autres. » Sans être forcément agréable, cette idée est, à coup sûr, étrange; il traduit du moins, pendant son délire, le bonheur qu’il éprouvait, d’une façon qui dénote assez l'excitation imprimée au cerveau par la coca, lorsqu'il écrit, sous le charme de son rêve : « Je préfère une vie de dix ans «avec la coca, à une de cent mille (puis une série de zéros) sans la «coca. » Il est à peine besoin d’ajouter que, pendant qu'il écrivait ces ligues, son pouls était à 134.
Gosse élève du reste la coca à la hauteur d’une question sociale, lorsqu'il dit que c’est grâce à cet arbre ou du moins à ses feuilles, que les Indiens doivent de ne pas avoir disparu complètement dans les colonies hispano-américaines.
On a beaucoup parlé de ses vertus aphrodisiaques, ce qui revient à dire qu’on ies a sans doute beaucoup exagérées. Toujours est-il que la Vénus des habitants primitifs du Pérou était représentée avec une feuille de coca dans la main et même sous la joue, ce qui, pour être, je le veux bien, une allégorie, n’en était pas moins une façon assez peu poétique de représenter cette divinité. Il parait même que la coca joue encore un rôle dans les nombreuses cérémonies qui accompagnent le mariage chez les Indiens. ll se pourrait bien que cela ne dénotât pas des vertus aphrodisiaques plus grandes que celles que peut rappeler pour le vin la rôlie au vin encore traditionnelle dans nos campagnes. Unanue parle cependant de vieux coqueros de quatre-vingts ans «capables «de prouesses que ne renieraient pas les Jeunes gens dans la « fleur de l’âge ». C’est à peu près tout ce que nous savons sur ce sujet : les auto-expérimentateurs se montrent peu d'accord, mais surtout sobres, sur ce sujet.
Cocaisme, — La coca a ses victimes. Nous avons parlé, d’après Montegazza, del'ivresse cocalienne, qui suit généralement Ja dose de 49-60 grammes de feuilles. Pœppig a décrit le cocaisme chronique, qui ne serait pas rare, paraît-il, chez les Indiens : « Les «malades maigrissent, leur teint devient bilieux, plombé ; il sur- «vient une insomnie incurable, de l’anoxerie, de l’ascite et un «Marasme général. » Tschudy nous a montré également leur dé-