‹ La geógraphie médicaleChapitre 58 sur 233 · S 14. KAWA-KAWA · texte numérisé non relu

S 14. KAWA-KAWA

Géographie. — Dans toute la Polynésie, on demande des jouissances variées au Piper methysticum, qui sert à préparer le kawa, notamment aux îles de la Société, dans larchipel Wallis, aux Samoa, aux Viti, aux Sandwich, aux Marquises, aux Tonga, etc. ; on prend les racines du piper et, comme à Formose, ce sont les femmes qui sont chargées de les mâcher, afin d'en briser les cellules et de les imbiber de la diastase salivaire, qui jouera son rôle dans la fermentation ultérieure. Assises en rond autour d’un grand vase, elles mâchent lentement le piper, qui détermine chez elles une abondante salivation. — Salive et racine bien mâchée sont crachées dans le vase commun; on ajoutera plus tard de l’eau, et cette liqueur, lorsqu'elle aura subi une fermentation spéciale, deviendra le kawa-kawa.

Action physiologique. Composition. — On a longtemps cru que la fermentation était ici alcoolique ; c’est une erreur. Cette racine ne contient pas de sucre, et la transformation de la fécule en glucose, sous l’action de la salive, n’est pas suffisante pour fournir une quantité notable d’alcoo! (Dupouy).

D'ailleurs, les effets du kawa ne sont pas ceux de l'alcool. I] agit par des propriétés inébriantes, qui lui sont propres et qui rappellent, comme direction donnée aux idées, les effets aphrodisiaques de la cantharide. j

Un vieillard de Tahiti disait à Cuzent, pharmacien de la ma- 1ine : «Quand on boit du kawa, on pense beaucoup aux ‘va- « hiné (femmes), mais surtout quand le kava est fait avec l’avini « ulé, » c'est le nom d’une variété de Piper methysticum, qui croît dans les terrains secs. Ainsi que l’a fait remarquer Gubler, d’après les récits de voyageurs, l'excitation génésique déterminée par le kawa paraît avoir son siège non dans les organes sexuels, comme sous l’influence de la cantharide, qui les irrite localement, mais dans les centres nerveux dévolus à l'instinct de la reproduction; il ne détermine pas du priapisme, mais bien de l'érotisme, excitation plus relevée, plus intellectuelle. Le principe actif du kawa paraît être une résine, la kawine. Il est possible que, s’éliminant par la peau, elle l’irrite, comme fait le copahu; d’ailleurs, elle s’élimine aussi, comme lui, par la muqueuse génito-urinaire, et à Tahiti, où, dit le docteur Dupouy, la blennorrhagie est aussi ré-

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pandue que les cocotiers, le kawa-kawa passe pour un remède populaire contre cette maladie. — La providence a poussé le Polynésien à la contracter ; il est juste qu’elle la guérisse ! Un causefinalier verserait ici des larmes d’admiration !

Ce breuvage donne en même temps de l’assurance, de l’énergie, de l’aplomb, du ton; il active l’idéation. — Avec une dose de 300-400 grammes, on observe d’abord de la pâleur de la face, de la petitesse du pouls, une tendance à l’extase, de l’aphrodisie. — Avec une dose de 600-700 grammes, surviennent, au contraire, si on n’est pas habitué, l’anaphrodisie et un sommeil de 12-15 heures. On s’habitue très bien à cette liqueur et certains Européens en prennent chaque jour de 900 à 1 000 grammes. Pour le docteur Messer, c’est un calmant qui produit un état léthargique de la motilité et de la sensibilité.

Avaïsme. — Mais chez les vieux buveurs de kawa, on voit survenir une démarche incertaine, de la titubation habituelle ; on ne parle plus que lentement et à voix basse; le corps est pris d’un tremblement général; la céphalalgie devient continue, mais l’intelligence demeure absolument intacte.

D’après Cuzent, l’abus du kawa donnerait lieu, dans toute la Polynésie, à une maladie de peau particulière, l’Arevarera, caractérisée par une desquamation sèche, écailleuse, par de l'hyperesthésie finissant par donner naissance, aux pieds et aux mains, à des ulcérations.

4 $ 15. DUBoISIA.

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Il faut ajouter à ces stimulants celui que recherche l’Australien pour ses propriétés cérébrales, les feuilles de la Duboisia Hopwoodii ou myriopoides ou duboisine ou pitbury. Les indigènes mâchent ces feuilles pour se donner du courage; à forte dose, la duboisine rend furieux ; elle provoque alors du délire, des hallucinations, une énorme dilatation pupillaire. D’après le Herald Sydney, on ne se borne pas à mâcher jes feuilles, on les fume aussi et on les applique derrière les oreilles.

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