‹ La geógraphie médicaleChapitre 65 sur 233 · LS · texte numérisé non relu

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disme, qui, avec certains caractères particuliers, rappelle tout à fait le crétinisme goitreux des vallées de montagne. I} y vingt ans, dit Burdel, sur 100 enfants on en voyait 70 languir. Leur mal commence par la fièvre, qui passe inaperçue, par des convulsions, qui tantôt arrêtent le mouvement nutritif général, tantôt n'arrètent que l'intelligence. Hi semble que la matière cérébrale est restée figée dans le moule de l'enfance! La gravure ci-dessus, empruntée au docteur Burdel, donne une certaine idée du facies terne, hébété et spécial de ces crétins paludéens, sans goître. L'individu, dans les pays marématiques, commence par la fièvre

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intermittente, il finit par la cachexie et la race présente la dégénérescence paludéenne.

Nature de la malaria. — Comment agit le marais? Ce que nous avons vu plus haut, au sujet des facteurs animés de la nitrification et de la sulfuration, va nous permettre de comprendre ce qu’on pourrait nommer la paludation. Nous verrons comment des agents semblables à ceux de la nitrification, êtres vivants qui existent dans le marais, produisent, dans l'organisme qui les absorbe, les effets toxiques qui leur sont propres.

Souvent ces êtres perdent leur action par suite de la dessiceation qu'ils ont subie, mais, comme un grand nombre d’organismes inférieurs, ils sont doués du pouvoir de réviviscence et capables de continuer, sous l'influence de l’humidité, une vie que la sécheresse, même prolongée, semblait avoir interrompue; cette propriété nous permettra de comprendre comment il suffit d’ouvrir une tranchée dans le sol, pour redonner la vigueur à des organismes chez qui la vie était latente. C’est ce qui s’est produit à Paris, lorsqu'on creusa les tranchées du canal Saint-Martin ; un grand nombre d'accidents paludéens se produisirent alors.

Elle est d’ailleurs bien ancienne l’idée moderne qui rattache à des organismes vivants la production de la malaria! Vitruve, Varron, Columelle croyaient que les accidents paludéens étaient dus à des insectes, qui habitaient les régions marécageuses. L'idée métaphysique du marais agissant comme une puissance occulte ne vint que beaucoup'plus tard. Il est vrai qu'elle n’est pas encore éteinte, bien que la nature, en quelque sorte parasitaire des accidents paludéens, soit aujourd’hui amplement äémontrée. Rasori, au début de ce siècle, conseillait, pour se garantir de ce qu’il regardait déjà comme des germes, de ne respirer l'air des régions marécageuses qu’à travers une gaze légère; c'était là l’avant-coureur des théories et des applications de Tyndall et de Pasteur. Enfin, depuis longtemps on savait que ce qu’on nommait jadis le miasme (?) était susceptible d'être transporté ou d'être arrêté en route, comme si cette sorte de prétendue dme invisible se revêtait d’un corps palpable et tangible.

Lancisi raconte que 30 personnes de Rome se promenaient, un jour, vers l'embouchure du Tibre. Tout à coup le vent des marais se mit à souffler ; 29 d’entre elles furent prises de la fièvre, Dans d’autres cas, c'est un mouvement de terrain ou une rangée d'arbres, qui, coupant le vent du marais, met à l'abri de ses effets.

Marchal de Calvi donne un autre exemple bien curieux de transport. Des soldats s’'embarquèrent, en emportant avec eux leur provision d’eau puisée dans un marais; les hommes de l'équipage burent, eux, l'eau qu’ils avaient embarquée dans un autre endroit, non marécageux. Or les soldats seuls eurent la fièvre. Ils avaient mis le miasme (?) en bouteille!

Tout portait donc à croire à l'existence d’un véritable parasite : le professeur Bouchardat eut le mérite, généralement méconnu, d'entrer un des premiers dans cette voie : il émit l’idée que la malaria était due à un venin dégagé par les organismes, qui pullulent dans un marais. Il allait même jusqu'à penser que si la Nouvelle-Calédonie ne présentait pas, ainsi que nous l'avons vu plus haut, de phénomènes d’impaludisme, cela tenait à ce que les agents producteursde l’empoisonnementétaient détruits par le Niaouli (Melaleuca leucadendron), qui, avec le Melaleuca cajeputi des Moluques, fournit aux parfumeurs lessence de cajeput. I attribuait la même propriété à l'eucalyptus en Australie. Le professeur Berthelot adopta en partie ces idées, avec une variante : il pensait que les organismes du marais produisaient un ferment particulier, comme l’ergot du seigle produit la diastase.

Il eût coûté bien peu d’aller plus loin, de faire un pas de plus, et, sans aller chercher le venin et la diastase, d’accuser direciement les producteurs supposés de ce venin et de cette diastase.

Cette théorie vraiment parasitaire, inaugurée par Salisbury, est arrivée aujourd’hui à un état de dév eloppement qui semble 'satisfaisant pour l'esprit.

Déjà, en 1829, Meirieu fils avait recueilli la rosée à la surface des plantes d’un marais, et il en avait fait absorber une certaine quantité à des lapins; ceux-ci eurent de la faiblesse, du tremblement, de la stupeur. Son père lui-même, qui lavait aidé dans ses expériences, fut malade après avoir bu cette rosée et dut prendre du quinquina. Van der Corput rapporte de son côté, qu'étant étudiant il eut des fièvres, pour avoir tenu sur sa fenêtre un vase rempli d'algues et de plantes palustres; le docteur Hammon éprouva les mêmes accidents, pour avoir tenu sur sa fenêtre un vase rempli d'algues d’eau douce; les accès se montraient, chez lui, au moment de la fructification de ces plantes; le professeur Morren a vérifié le mème fait; enfin Salisbury a transporté la terre prise dans un marais à une distance de ce marais, de 5 milles en longueur horizontale et de 300 pieds en hauteur; il mit la terre du

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marais dans un vase, qu’il déposa sur la fenêtre de la chambre à coucher de deux jeunes gens, qui s'étaient prêtés à cette expérience ; les deux jeunes gens eurent des accès de fièvre, absolument comme s'ils avaient été chasser dans le marais. Dans cette terre, Salisbury trouva un grand nombre d'organismes du genre palmella, qu’il regarda comme producteurs de la fièvre.

De son côté, Lemaire, en Sologne, dans une région où tout le monde tremble la fièvre et qui, pour cette raison, est connue sous le nom pittoresque de tremble-vif, étudia la vapeur d’eau condensée, qu'il avait recueillie à la surface du marais ; il vit d’abord des cellules, des spores, puis il vit se developper sous ses yeux des algues, des mucédinées, des champignons ; plus tard, ces êtres meurent et cessent de croître ; ils sont remplacés par des monades, des vibrions, des spirillum, des bactéries ; à mesure qu'ont lieu ces transformations, le liquide, qui était d'abord limpide, se trouble, il devient floconneux et dépose une matière organique, formée de tous les éléments que je viens de nommer.

Tout cela est assez vague ; cependant il se pourrait que cette multiplicité des objets observés successivement ait mis sur la trace d’une loi d'évolution ou mieux de transformation. Ainsi Hallier (d'Iéna) croit qu'il s’agit d’un parasite voisin des oscillarinées, organismes vermiformes, doués de mouvements vifs et qui subissent un certain nombre de métamorphoses. Schurtz (de Zwickau) aurait surpris cette métamorphose sur le fait : il cite un savant qui fut pris de fièvre palustre en cultivant des oscillarinées, chaque matin, l'odeur du marécage était répandue dans sa chambre et, chaque matin, on trouvait dans la vapeur d’eau déposée sur les cloches qui recouvraient les oscillarinées, des palmellées, qui, croit-il, sont une des étapes du développemeut des oscillarinées et jouent un grand rôle dans la malaria. Lemaire et Hallier ont même émis l'hypothèse que les oscillarinées correspondaient, comme élément pathogénique, à un groupe unique de maladies : la fièvre intermittente, la fièvre jaune et le typhus, dont chacune résulterait d’une des étapes de cette métamorphose. Pour beaucoup de raisons, cette hypothèse semble insoutenable. Mais de tout ceci il résulte que les botanistes sont loin d’être d'accord sur les formes vraisemblablement multiples, qui pullulent dans la vapeur d’eau dégagée par un marais.

Je n’ai pas, en effet, terminé la liste de tout ce que les observa-

teurs différents ont trouvé en pareil cas : le docteur Corre, à ja côte d'Afrique, affirme la coexistence habituelle des fièvres d’accès et de certains protoorganismes dans l'atmosphère.

Wood, Balestra, Lanzi et Terrigi (1866-1875) avaient cherché à rattacher la fièvre paludéenne à un élément figuré. Les deux derniers disent avoir trouvé une végétation comparable aux z00glea, à laquelle ils ont donné le nom de Bacteridium brunneum. Eklund a trouvé, dans la vapeur d’eau condensée d'un marais, un parasite, qu’il nomme Limnophysalis hyalina, déjà observé par Lemaire et par Gratiolet. C’est un petit champignon; ses sporanges sont parfois bleues et cela concorde avec ce que nous savons de la fréquence des vomissements bleus, observés à la Havane et signalés par Sullivan dans la fièvre intermittente pernicieuse. IL pense que ces sporanges sont identiques au coagulum hyualin, signalé par Frerichs dans le sang des malades morts de la fièvre intermittente. D'après Eklund, le Limnophysalis hyalina entre dans le sang, soit par la muqueuse bronchique, soit par la muqueuse digestive, avec l’eau ingérée; 1l a toujours constaté ce parasite dans le sang des malades atteints de fièvre intermittente ; il l’a même retrouvé dans l'urine. Ce parasite croîtrait dans les glandes intestinales et pénétrerait petit à petit dans la circulation; on le trouve toujours dans le sang pendant le stade fiévreux proprement dit.

De leur côté, Tomassi Crudeli (de Rome) et Klebs (de Prague) ont étudié l'impaludisme dans la campagne romaine; dans les couches inférieures de l'atmosphère, ainsi que dans le sol marécageux et dans les eaux stagnantes, ils ont découvert un fungus microscopique, formé de nombreuses spores mobiles, brillantes, de 95 micromillimètres ; ces organismes injectés sous la peau de plusieurs chiens ont donné à ces animaux de la fièvre, avec des intermittences parfois de 60 heures, avec une élévation de température allant jusqu'à + 42° et gonflement de la rate, qui triplait de volume, Dans le sang de la rate ainsi que dans les vaisseaux lymphatiques, ces spores deviennent de longs filaments, d’abord homogènes, mais qui se suhdivisent ensuite et dans l’intérieur desquels se forment des spores nouvelles. Ils ont nommé ce fungus Bacillus malarie.

Dans un second mémoire, Tomassi Crudeli et Klebs confirment leurs premiers résultats et ajoutent les conclusions suivantes :

1° Dans le sol de toutes les localités palustres de la campagne

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romaine, le Bacillus malariæ a été trouvé à l’état de développement complet, ou bien on l’obtenait en grandes quantités à l’aide de cultures artificielles. Dans Les districts sains, on n’a pu obtenir ce parasite, soit directement, soit par les cultures ;

20 Pendant les chaleurs de l’été, ce bacillus s'élève dans l'atmosphère en si grande profusion, qu'il n'y à pas besoin d'appareils spéciaux pour le recueillir dans l'air ; on le trouve en abondance dans la sueur des mains et du visage ;

3° On trouve constamment ces spores pendant la période d'acmé de l'accès, dans le sang des lapins infectés par la malaria, dans le sang retiré de la rate des malades au moyen d’une méthode inventée par le docteur Sciamanna. La culture artificielle de ce sang à toujours amené {le développement du Bacillus malariæ parfois en très grande quantité. Au contraire, la culture du sang splénique de personnes atteintes d’autres maladies n’a donné que des résultats négatifs ;

4° En injectant sous la peau de chiens le sang retiré des veines de personnes affectées de fièvres palustres, on reproduit cette maladie chez les animaux en expérience ;

5° Dans tous les cas où le sang a été extrait de malades palustres pendant la période d’invasion de la fièvre, il contenait une grande quantité de bacillus complètement développés. Au contraire, dans la période d’acmé de Ja fièvre, les bacillus disparaissent ; on ne trouve plus que les spores.

C’est la rate et le voisinage des os qui constituent les nids principaux du parasite; c'est de là qu’il arrive dans le sang et ce passage signale le début de l'accès ; la fin de l'accès ou crise coïncide avec la destruction ou l'élimination du parasite ; cette élimination se fait surtout par le rein. Antonio Ceci est arrivé à des résultats semblables. Il a trouvé dans la terre des marais des schistomycètes qu'il a cultivés et qui, injectés à des lapins, leur donnaient des accès de fièvre palustre, avec gonflement de la rate.

A ces données, qui paraissaient fort simples, voici que le docteur Laveran en ajoute d’autres, si bien qu'on peut dire en réalité que le seul argument qui reste encore au service des partisans du dogme murématique, aux adversaires du parasitisme, c’est le grand nombre et la diversité des parasites incriminés ; le docteur Laveran a trouvé dans le sang des malades (26 fois sur 44) des corps sphériques, transparents, à contours très fins, de 6 millièmes de millimètre de diamètre ; dans l’intérieur de ces corps se trouvent

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des granulations pigmentaires arrondies ; parfois autour d’eux apparaissent des filaments très transparents, animés de mouvementsrapidesetqui ont l'aspect d’anguillules, dont une des extrémités serait fixée dans l’intérieur de l'élément sphérique. Ces éléments, nombreux dans le sang des malades qui ont la fièvre depuis quelque temps et qui ne sont pas traités d’une façon régulière, disparaissent chez ceux qui ont pris pendant longtemps du sulfate de quirine et qui peuvent être considérés comme guéris. Le doc-. teur Laveran a donné à ce parasite, qui appartiendrait au règne animal, le nom d'Oscillaria mulariæ.

Les recherches du docteur Laveran ont été complétées par celles du docteur Richard, médecin de l'hôpital de Philippeville. D’après ce dernier observateur, les éléments que Laveran a décrits comme corps sphériques, remplis de granulations et de l’intérieur desquels s'échappent des filaments, comme autant d’anguillules, sont les globules sanguins, dont le microbe fait son habitat spécial, comme un charançon d'une lentille et d’où il sort une fois qu’il est arrivé à l’état parfait. Les granulations sont, d’après lui, le premier état du parasite encore inclus dans le globule ; les filaments représenteraient le parasite sortant de sa coque globulaire.

De cette longue énumération il ressort clairement que la malaria est parasitaire et inoculable. Quel est au juste le parasite ? C'est sur ce point que les observateurs diffèrent. Y a-t-il plusieurs parasites ? Y en a-t-il un seul qui présente plusieurs formes, plusieurs états? C’est ce qu'on ne saurait dire encore. L'essentiel, après tout, est de savoir qu’un parasite vit dans le sol, dans l'eau du marais, dans l'air qui le lèche et que ce parasite peut s’introduire dans le sang. On comprend maintenant comment le vent d’un marais peut donner la fièvre ; on s'explique ce fait signalé par le docteur Lecadre (du Havre) du transport du miasme (?) paludéen sur les hauteurs, par du foin coupé dans des plaines où règne la fièvre intermittente. On comprend l'action de l’eucalyptus, qui non seulement répand dans l'air une essence peut-être toxique pour les micro-organismes, mais par ses racines pratique dans le sol et dans le sous-sol un véritable drainage, défavorable à la vie, dans le sol, des nombreux parasites dont nous avons vu plus haut la liste évidemment trop longue.

Action favorable du desséchement des marais, — Cela est si bien le résultat du marais, que, partout où on dessèche les marais, on voit petit à petit la population augmenter et s’amé-

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liorer. Ainsi c’est en 1857 qu’on a commencé les travaux de desséchement des étangs du Forez ; à l’heure actuelle, on n’a encore exécuté que le quart des travaux et déjà la fièvre paludéenne a diminué des 3/4; il est vrai que la dépense s’est élevée à 940 000 francs, mais la plus-value des terres est déjà de 4 500 000, et lorsque tout sera terminé, on aura dépensé 7 millions de francs, mais la plus-value des terres sera de 24 millions de francs.

Depuis longtemps déjà on a commencé à assainir les Dombes, au sud de Bourg-en-Bresse : les étangs y couvraient une superficie de 19215 hectares; la mortalité dépassait la natalité de 19 0/0 ; aujourd'hui, la densité de la population s’est accrue : elle a passé de 21 habitants à 31 par ikilomètre carré; la durée moyenne de la vie, qui était de 25 ans, est devenue de 35 ans; la proportion des réformés, qui était de 52 0/0, s’est abaissée à 9 0/0.

On connait les résultats qui ont été déjà obtenus en Australie et en Algérie. Dans la campagne romaine, dont on connaît l’insalubrité proverbiale, au monastère des Trois-Fontaines, habité par des trappistes, grâce à l’eucalyptus, une véritable oasis a été créée. Les moines, qui pouvaient à peine y rester pendant la journée, ne sont plus obligés de rentrer à Rome chaque soir pour éviter la fièvre.

Le drainage, voilà, en résumé, le grand moyen de combattre la malaria! Un des mérites des récentes recherches de Tomassi Crudeli est d'avoir montré l'importance du drainage, non de la surface du sol, mais du sous-sol profond. Il a montré avec raison combien on avait tort, jusqu'à présent, de faire consister l’assaiuissement des terres malariques dans l'écoulement des eaux stagnantes à la surface du sol; on ne fait alors que suspendre lPévolution du ferment, mais on ne l'empêche pas complètement. En effet, le ferment malarique se développe avec énergie dans certaines couches géologiques profondes et imprégnées d’une faible humidité; c’est ce qui a lieu dans l’ager romanus.

Les eaux pluviales traversent rapidement les couches poreuses superficielles et s'accumulent dans les dépressions ou dans les cuvettes des lits argileux, sous forme de mares souterraines; de plus les lacs formés dans les cratères des volcans éteints et situés sur les crètes qui dominent la campagne romaine, alimentent ces mares par leurs infiltrations et maintiennent le sous-sol dans un état permanent d'humidité. Enfin les couches superficielles, desséchées et fendillées par l’ardeur du soleil, sont facilement traversées

par l’air atmosphérique; ainsi donc toutes les conditions favorables au développement du ferment malarique se rencontrent dans la structure géologique des collines de l’ager romanus.

Le docteur Tomassi Crudeli, en faisant connaître ces faits, à provoqué quelques travaux d'assainissement, au moyen de fossés parallèles à la base des collines, fossés permettant le desséchement du sous-sol des vallées, leur préservation contre les infiltrations et aussi évacuation plus rapide des eaux. Ces travaux ont été suivis de la disparition de la malaria dans les localités sur le territoire desquelles ils ont été entrepris.

Les anciens Romains n'avaient pas d’ailleurs méconnu les bienfaits du drainage profond et, de leur temps, la campagne romaine n’était pas le pays malsain par excellence qu’elle constitue à l'heure actuelle. Ils avaient creusé profondément de petits tunnels /canaliculi) de 1,50 de haut sur 0®,50 de large, qui aboutissaient soit à des puits, soit à des canaux collecteurs de grande dimension. Ces canaliculi n'existent que dans les endroits où le sol argileux est imperméable et font défaut là où le sol permet la pénétration profonde des eaux. Quelquefois plusieurs étages de canaliculi sont superposés. Au Quirinal, on a trouvé deux étages, quatre à l'Aventin. — L’eucalyptus, par la grande quantité d'eau qu'il pompe dans le sol, n’agissant que comme agent de drainage, la théorie moderne ne fait donc que confirmer ce que les anciens, par une sorte d’intuition, avaient senti nécessaire !,

Le quinquina. — C’est de même que le traitement empirique des fièvres de marais par le quinquina trouve aujourd'hui son explication dans la théorie du parasitisme. Les travaux de Buchanam ont, en effet, montré que la quinine avait une action mortelle sur les vibrioniens. Dans les expériences in vitro, la solution de quinine, pour avoir sur eux un pouvoir suffisamment toxique, doit être au moins au 1/250. De son côté, Antonio Ceci s’est assuré que les schistomycètes périssaient dans un liquide de culture additionné de 1/900 de quinine et que les injections de ce liquide ne donnaient pas la fièvre aux lapins. Il est d’ailleurs fort curieux de constater que les divers alcaloïdes du quinquina, classés d’après l’intensité de leur action toxique sur les vibrioniens, se trouvent alors précisément dans l’ordre où les a mis la commission de Madras, en prenant pour base leur action sur la fièvre tellurique : quinine, quinidine, cinchonidine, cinchonie.

Bien qu’il ne soit pas d'usage de rapprocher l'endémie goitreuse de l’endémie paludéenne, il me semble logique, pour plusieurs raisons que je vais exposer chemin faisant, de rapprocher ces deux maladies, voisines dans leurs effets, dans leurs conséquences et, sans doute aussi, dans leurs causes.

L'endémie goitreuse ne se caractérise pas par le gonflement de la rate, mais par le sonflement d’une glande bien analogue à la rate, quant à la structure et aux fonctions, le corps thyroïde. — Elle se caractérise, en outre, par une cachexie spéciale, la cachexie soitreuse, comparable, sous plus d’un rapport, à la cachexie paludéenne, enfin par une dégénérescence de la race, le crétinisme goitreux, très voisin du crétinisme paludéen dont j'ai parlé plus haut.

On ne saurait donc méconnaitre les rapports qui unissent les deux affections ; il est vrai qu’elles sont séparées par un certain nombre de différences.

Distribution géographique. — Leur extension à la surface du sol est d’abord différente ; la nature des terrains où on les observe n’est pas la même: tandis que l’impaludisme sévit surtout dans les régions basses, humides, chaudes, l’endémie goitreuse s'observe surtout dans les montagnes et dans les pays froids aussi bien que dans les pays chauds. L’endémie goïtreuse se rencontre, en effet, dans tous les pays et frappe toutes les races ; la condition qui semble dominante, c’est le séjour dans les montagnes.

L’endémie crétino-goitreuse existe en Europe : dans les montagnes de la Scandinavie; dans les Highlands d'Ecosse; en Angleterre, dans le Sussex, le Hampshire, Northumberland, le Yorkshire, le Westmoreland ; en France, dans les Alpes, les Pvrénées, les Vosges ; en Allemagne dans le: Wurtemberg, la Prusse rhénane, les Carpathes ; en Russie, dans l’Oural!, dans le gouvernement de Perm, aux environs du lac Ladoga; en Italie, dans tout le sudouest du Piémont, dans le pays d’Aoste, dans les vallées de Cunéo, Saluzzo; en Suisse, surtout dans le Valais; en Espagne, dans les Asturies, l'Estramadure et la Nouvelle-Castille; en Grèce. L'Allemagne, l'Italie et la France semblent occuper un des premiers rangs au point de vue de la fréquence de la maladie; il est

vrai que c’est relativement à ces trois pays, que nos renseignements sont le plus complets.

Ainsi, dans certains points de l'Italie, notamment dans le Tarentaise, on compte 14,5 crétins sur 1 000 habitants; dans la vallée d'Aoste, 27,9 sur 1 000; dans la Maurienne, on compte 4 329 goitreux et 1 418 crétins, d’après la dernière enquête officielle. Dans toute l’armée italienne, le crétinisme est une cause de réforme dans Ja proportion de 2 pour 14 000, le goître dans celle de 20,9 pour 1000 conscrits; dansla vallée d’Aoste, les réformés crétins s'élèvent à 1 pour 100 (Sormani).

En France, Baillarger, dans l’enquête qu’il a été chargé de faire et qui a été exécutée d’une manière si remarquable, estime le nombre des goitreux à 500 000 et le nombre des crétins à 120 000. L’exemption du service militaire, pour cause de goître ou de crétinisme, a éliminé, pour la France entière, de 1831 à 1853, sur 100 000 conscrits, un chiffre qui varie entre 542 et 860, soit 5 ou 8 pour 1 000, mais ce n’est là, bien entendu, qu’une moyenne ; — il existe, il est vrai, un bon nombre de départements dans lesquels on ne rencontre aucune exemption pour ce motif; il en est d’autres, au contraire, dans lesquels ces sortes d’exemptions sont très fréquentes. Ainsi, de 1837 à 1849, le département des Hautes- Alpes a eu, chaque année, en moyenne 88,32 exemptés pour 1 000; celui des Hautes-Pyrénées, 38,54 pour 1 000 ; celui de l'Isère, 33,85 pour 1 000.

Relativement à la fréquence du goiître. on peut diviser la France, telle qu’elle était avant 1870, de la manière suivante, dont la carte ci jointe donne une idée. Dans 10 départements, le nombre des goitreux oscille entre 133 et 50 pour 1 000, en moyenne 73 pour 1000 habitants; ce sont : l'Aisne, les Vosges, le Jura, la Haute-Savoie, la Savoie, les Hautes-Alpes, les Basses-Alpes, les Alpes-Maritimes, l’Ariège, les Hautes-Pyrénées. — 23 départements en ont de 49-20 pour 1 000, en moyenne 32 pour 1 000; ce sont : Oise, Meuse, Moselle, Meurthe, Haute- Marne, Haut-Rhin, Haute-Saône, Doubs, Saône-et-Loire, Rhône, Isère, Drôme, Ardèche, Lozère, Haute-Loire, Loire, Puy-de- Dôme, Cantal, Corrèze, Dordogne, Basses-Pyrénées, Haute-Garonne, Pyrénées-Orientales. — 13 départements ont de 17 à 10 goitreux pour 1 000, en moyenne 13 pour 1 000; ce sont : ancien Bas-Rhin, Marne, Aube, Côte-d'Or, Nièvre, Allier, Creuse, Ain, Vaucluse, Lot, Aveyron, Aude.— 34 ont de 9-1 pour 1 000.

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