‹ La geógraphie médicaleChapitre 97 sur 233 · TS LS · texte numérisé non relu

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! PIED DE MADURA. 307

tamoul cette étrange déformation. La peau est rugueuse, dure,

mamelonnée, comme couverte de petits œufs d’oiseau ; aussi, dans

certaines parties de l'Inde, la maladie porte-t-elle le nom de gout-

lau-mahdi (réunion d'œufs); chacun de ces petits œufs s'ouvre à

son centre et un stylet introduit pénètre dans un pertuis, par lequel

il s'enfonce sans résistance jusqu’au milieu des os mêmes, qui sont

friables, fongueux, ramollis. Un pus fétide s'écoule de cette sorte

d’éponge en laquelle s’est en réalité transformé le pied tout entier.

Avec un pareil appendice, à la fois volumineux et douloureux, la

marche devient à peu près impossible; cependant, même à cette

période, la santé générale ne semble pas atteinteet, si l’on pratique

à temps lamputation, qui est le seul remède, la guérison a lieu ;

mais, si l'on attend trop longtemps, la suppuration finit par épuiser Vorganisme et le malade succombe dans le dernier degré de marasme.

Anatomie pathologique, — Lorsqu'on vient à examiner le pus, qui s'écoule de tous ces orifices, on y rencontre de nombreux corpuscules, de forme irrégulière, noirs ou gris; lorsque, après lamputation, on examine le pied, on constate que le couteau en pratique la section facilement, sans aucune résistance, comme il ferait d’un fruit mûr; la coupe offre à l'œil l'aspect d’un tissu homogène, au milieu duquel les masses granuleuses, qu’on avait vues dans la suppuration, sont groupées en conglomérats plus où moins gros, depuis le volume d'une épingle jusqu’à celui d’une balle de fusil. Les muscles sont changés en une masse Spongieuse, homogène, gélatineuse ; les os mêmes sont complètement détruits ; ils n'offrent plus leurs éléments normaux et sont creusés de arges cavités remplies par les granulations.

Nature. — Quelle est la nature de cette maladie? Depuis longemps les Hindous ont été frappés par l'aspect de ces paquets de granulations; ils les prennent pour autant de vers parasites et ils omment encore la maladie kirinagras ou demeure des vers. Le DF Ballingall émit le premier, scientifiquement, l'idée que cette aladie (Maladie de Ballingall) devait être parasitaire, « les formationsnouvelles, dit-il, prennent graduellement la place de la sub- { Stance osseuse normale, qui se détruit probablement par absorp- { tion ». Plus tard, le Dr Biddie et enfin le Dr Van Pyck-Carter de Bombay) constatèrent qu’il s'agissait, en effet, d’un parasite véfétal du genre des Myxosporées, Les Myxosporées (p6xx, mucosité,

mopx, graine) sont des moisissures, qui subissent tellement l'in-

fluence des milieux, que lorsqu'elles se trouvent dans certaines conditions mauvaises, leur mycélium cesse de fournir les organes normaux de fructification ; elles prennent alors la consistance d’une substance aréolaire, ferme, compacte, qu'on nomme sclerotia. La forme de sclérotia se maintient tant que le végétal reste dans le même milieu défavorable ; mais qu'on prenne la sclérotia et qu’on la place dans des conditions plus favorables, alors elle fructifiera normalement et reproduira l’espèce quia servi de point de départ. C’est même là, soit dit en passant, un exemple remarquable du peu de fixité des espèces devant le milieu changeant! C'est ce qui arrive pour le végétal en question : lorsqu'on vient à prendre, dans un pied malade, ces végétations en forme de sclerotia et qu’on les dépose dans un milieu qui leur convienne, dans de la colle de riz humide par exemple, alors on les voitse développer sous la forme féconde d'un mycelium coloré en rouge : Berkeley à donné à cette moisissure à l’état complet le nom de Chioniphe Carterii; elle ressemble d’ailleurs à celle qui constitue la rouille d'un grand nombre de végétaux. Les médecins de l'Inde admettent donc, avec Carter et Berkeley, que le parasite du pied de Madura n’est que la forme transitoire, dans le milieu humain défavorable, du Chioniphe Carterii, qu’ils ont pu cultiver.

De lanalogie entre cette moisissure et la rouille parasite des végétaux ils induisent, que l'habitat normal de cette moisissure se trouve dans certains végétaux de l’Inde, peut-être dans le cotonnier. :

Le pied de Madura serait donc un nouvel exemple de ces galles animales dont je parlais à propos du bouton de Biskra.

Maladies similaires, — L'exemple d’un parasite végétal, pas sant, comme le font beaucoup de parasites animaux, par une série de métamorphoses, n’est pas unique. Ainsi, 1l existe, en Suisse, sur les poiriers, un champignon parasite, une rouille, qui les fait mou-

rir. Or ce parasite n'habite pas toujours le poirier; il subitdes méta-.

morphoses et, à l’une d'elles, il habite le Juniperus sabina. Si bien qu'il suffit, dans une contrée, d’arracher les Juniperus pour guérir les poiriers. Il y a de mème une rouille de céréales, un champignon qui, à l’une de ses métamorphoses, habite lépine-vinette; si bien qu'il suffit d’arracher l'épine-vinette dans un endroit, pour détruire cette sorte de rouille céréale.

De nème autour d'Edimbourg, dans le cours même et dans les affluents de la Solway, une maladie grave, récemment étudiée,

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règne sur les saumons; elle est due à une algue rameuse, Saprolegnia feroæ, qui envahit les parties dépourvues d’écailles (nez, front) ; de là, elle s'étend rapidement aux parties voisines et le poisson finit par succomber, farci de la production végétale et couvert d’ulcérations.

Etiologie. — Quand on songe maintenant que le Chioniphe Curterii n'envahit généralement que le pied, qu’il n’atteint que les Hindous, les seuls qui marchent généralement pieds nus, il est permis de penser que leurs courses pieds nus, au milieu des fourrés, sont l'occasion d'une véritable inoculation ; soit que le parasite entre, comme le pense Hirz, par les glandes sudoripares ; soit que les blessures, les piqüres, notamment celles qui sont produites par une épine de Âimosa, fréquemment accusée, leur euvrent la porte d'entrée.

$ 9. ACTINOMYCOSE.

Anatomie pathologique, — Au pied de Madura doit être rattachée une maladie plus générale, étudiée récemment par Ponfick (de Breslau), par Bollinger (de Munich), par Vanlair et que le professeur Cornil a le premier fait connaitre en France, l’actinomycose.

Cette maladie a été décrite chez le bœuf, en 1877, par Boilinger : elle consiste dans la production dans la màchoire ou dans la langue d'ure tumeur blanchâtre qui, prenant naissance dans les alvéoles des molaires ou dans la substance spongieuse de los, amène un gonflement considérable et finit le plus souvent par se faire jour au dehors, après avoir déterminé la chute des dents et détruit les uns après les autres tous les tissus interposés.

La surface de cette tumeur, dit Cornil, est ordinairement lobulée et ses dimensions peuvent atteindre et même dépasser celles d’une tête d'enfant. La substance qui la compose est molle, succulente et montre, à la coupe, une grande quantité de foyers jaunâtres, puriformes. Le stroma est formé d'un tissu de granulations, tantôt fibreux, tantôt cellulaire et les foyers sont constitués par des dépôts de pus, dont on peut extraire, par le raclage, de petits grumeaux du volume d'un grain de chenevis, d'une nuancejaune-soufre, donnant au toucher l'impression d’une substance graisseuse. Ces grainseux-Mmêmes, SOUMIS à UN examen, MmiCrosCOpique approfondi, apparaissent comme des masses opaques, arbo- | risées, glanduliformes, rappelant assez bien l'aspect d'une môle

hydatique minuscule. Une légère pression suffit pour dissocier la masse et la résoudre en ses éléments; on voit alors nettement que ces derniers sont constitués par des filaments ténus, à structure homogène, que leur mode de division (bifurcation, ramification collatérale, verticilles) et le renflement pyriforme qui les termine, identifient manifestement avec certaines végétations cryptogamiques.

Enraison de la disposition radiairedes filaments jointe à d’autres caractères, Harz a fait de ce produit un champignon rayonné, un actinomycète. — La maladie que sa présence occasionne chez fe bœuf a reçu de Bollinger le nom d’actinomycose.

Les grains caractéristiques ne se rencontrent d’ailleurs pas seulement dans la masse néoplasique du maxillaire ; mais on les trouve encore dans les productions secondaires du pharynx, du larynx, de la muqueuse stomacale et dans les glandes Iymphatiques en relation avec ces organes.

En 1878, Israël rencontra la même maladie chez homme ; Ponfick, en 1879, trouva les mêmes parasites dans un phlegmon prévertébral. On possède actuellement la relation de 17 cas d’actinomycosis kominis :

« L’affection débute, dit Cornil, le plus souvent par la région faciale, la partie supérieure du cou, notamment par les dents et les alvéoles dentaires. De là, la lésion descend insensiblement vers la poitrine, Pabdomen et le bassin, en donnäænt lieu à des péri et à des parapleurites, à des caries des vertèbres et des côtes, à des psoites, à des péritonites,

« Elle détermine la formation de foyers métastatiques dans différents viscères, notamment dans le cœur, le foie et le poumon.

« Elle se caractérise localement par l'existence de véritables clapiers avec trajets fistuleux, qui diffèrent par plusieurs points des abcès froids ordinaires. Ainsi, les orifices des fistules sont nombreux, de forme irrégulière et entourés d'une peau excessivement mince, ilasque, bleuâtre, à dentelures aiguës, sans inflammation des tissus interposés. Si l’on introduit le stylet, on tombe dans un labyrinthe de fistules, dont les parois sont couvertes de granulations fongueuses et tremblotantes. En dépit de leur apparence anémique, ces granulations sont parsemées detaches blanc jaunâtre, qui représentent les vestiges d'anciennes extravasations. La sécrétion est séreuse et l’on ne peut l’amener au dehors que

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par des pressions réitérées. C’est dans cette sécrétion que l’on rencontre les grains caractéristiques.

« La marche est ordinairement lente. La durée moyenne est d’un an. |

« Quelques malades guérissent, mais la plupart succombent dans un état de marasme compliqué de dégénérescence amyloïde ; d’autres sont emportés par des accidents pyohémiques; d’autres encore par des complications cardiaques, hépatiques ou pulmonaires.

Inoculation. — Si les données précédentes ne permettaient point encore de reconnaitre, dans un cas donné, l’actinomycose de l’homme, on pourrait recourir à l'noculation. Ponfick a démontré, en effet, quele bœuf — ainsi qu’on devait le supposer à priori — était susceptible de contracter l’actinomycose par voie expérimentale. L'introduction du champignon, soit dans le tissu sous-cutané ou intermusculaire, soit dans la cavité péritonéale, a donné ‘lieu chez le veau au développement de nombreuses tumeurs actinomycétiques, qui se sont formées d’abord aux alentours du point inoculéet se sont ensuite propagées au loin. L’injection dans le sang a produit des foyers pulmonaires. Il ne faut pas plus d’un mois pour que les accidents deviennent manifestes. L’absorption par la voie gastrique intacte n’a produit aucun effet. Le lapin et le chien paraissent inaccessibles à l'infection. »

Nature.— En somme, 1! s’agit d'un organisme parasitaire visible à l'œil nu; cette maladie ne procède pas par voie inflammatoire, mais par voie néoplasique; l’actinomycose établit ainsi avec le pied de Madura une transition entre les maladies par fer mentation et les maladies plus simplement parasitaires. Elle a sa place à côté de la lèpre.

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