III. — Dislocations
Si vous réfléchissez aux mouvements que nous venons de décrire et au grand nombre de fois que l'écorce terrestre les a subis, vous ne serez pas surpris de découvrir que les roches se sont bouleversées et brisées. La croûte terrestre, au lieu d'être faite de couches régulières superposées comme les tuniques d'un oignon, a été tellement disloquée et rompue que dans beaucoup de cas les roches les plus anciennes ont été soulevées au-dessus des nouvelles. Pour mieux éclaircir le fait, nous commencerons comme toujours par le cas le plus simple.
Reportez un instant les yeux sur la vue et la coupe de la plage émergée (fig. 33 et 34). Les lits anciens de sable et de gravier ont été évidemment soulevés au-dessus de leur niveau pri-
mitif, mais sans être autrement dérangés. Ils sont toujours disposés horizontalement. En estil de même cependant sur toute la terrasse ? Rappelez-vous que nous avons constaté que cette terrasse ne s'étendait pas sur tout le pays. Elle disparaît dans certaines directions, et par conséquent le soulèvement qui lui donna naissance fut local et non universel. Il est évident que, malgré l'uniformité de ce soulèvement, qui laissa subsister sur plusieurs milles le niveau de la plage émergée, il doit exister entre les couches horizontales qui furent soulevées et celles qui restèrent en dehors de ce mouvement un espace plus ou moins court où les couches sont inclinées pour se raccorder.
Pour mieux comprendre la chose, plaçons sur une table un certain nombre de morceaux d'étoffe, représentant les différentes assises dont nous parlons. Les morceaux de drap sont dis- . posés horizontalement, comme les strates. Si nous les soulevons d'un côté, ils s'inclineront pour rejoindre la partie restée en place. Placez par exemple au-dessous de vos étoffes une assiette plate, de façon à soulever une surfacs considérable. Au-dessus de l'assiette, les étoffée
sont horizontales comme les assises de notre plage émergée; mais, de ce plateau élevé jusqu'aux parties demeurées en place, elles sont inclinées. Vous voyez donc comment un soulèvement local, quoiqu'il puisse affecter les strates sur une vaste étendue sans troubler leur horizontalité, doit cependant donner naissance à une inclinaison des bancs aux endroits où s'arrête le mouvement.
Toutes les fois par conséquent que des strates sont soulevées ou abaissées en un point plus qu'en d'autres, sans être tout à fait brisées, elles doivent prendre une position inclinée. Ce genre de mouvement inégal et irrégulier s'est produit très souvent sur tous les points du globe. Dans notre pays comme partout, les roches stratifiées sont rarement horizontales ; elles s'inclinent d'ordinaire parfois doucement, parfois brusquement , montrant qu'elles furent soulevées hors de la mer d'une manière irrégulière et inégale.
Dans la carrière que nous avons visitée (p. 73), les strates étaient horizontales, mais le plus souvent elles sont disposées comme dans la figure 39 ; la partie de droite s'est soulevée, ou la partie de gauche s'est abaissée plus que les autres.
En quelques endroits., les roches sont tellement
Fig. 39. — Strates inclinées.
relevées qu'elles occupent une position verticale, comme des livres sur un ravon.
Fig. 40. — Strates verticales*
Somme elles ont été formées par un sédiment
sur un terrain plat ou très peu incliné, vous voyez aussitôt qu'elles n'ont pu prendre leur position actuelle qu'à la suite de changements souterrains.
Mais ce n'est pas tout. Si vous aviez comprimé
Fig. 41. — Expérience montrant le plissement des strates.
par les deux bouts les morceaux d'étoffe dont nous parlions tout à l'heure, vous auriez vu des ondulations s'y produire (fig. 41).
On retrouve ces ondulations en grand nombre dans les strates soulevées. Dans la figure 42, p?,r exemple, on voit que les roches dures sont repliées et plissées comme de simples étoffes,
Quelle énorme pression n'a-t-il pas fallu pour leur faire prendre cette forme!
Il y a cependant une différence à constater entre les étoffes et les strates. Les premières
Fig. 42. — Plissement des strates
sont molles et flexibles, les autres sont dures et rigides. Nous pouvons cependant courber un peu les roches les plus résistantes, et, si nous atteignons ce résultat avec la force relativement fai-
ble dont nous pouvons disposer, il nous est facile de voir comment, sous l'énorme pression qu'elles subirent dans les profondeurs de la terre avant d'être soulevées , les roches ont été repliées comme de simples pièces d'étoffe.
Il arrivait cependant quelquefois un point où elles se brisaient plutôt que de se courber davantage. Des fissures se formaient alors, et les strates se relevaient ou s'enfonçaient.
Une de ces fentes ou failles est représentée en f dans la figure 37. Les couches de houille et les strates interposées se sont brisées, et celles qui se trouvent d'un côté de la fente sont à un niveau plus bas que les autres. Les dislocations de ce genre se présentent si fréquemment que toute la surface de la terre peut être regardée comme un réseau de fissures. Elles contrarient beaucoup le travail des mines, comme on peut s'en assurer dans la figure 37, où les galeries chassées dans les veines à la gauche du puits doivent changer de direction en arrivant sur la faille.
Il est souvent arrivé que des masses de roches fondues ou ignées de l'intérieur ont été refoulées dans les fissures ainsi formées, en soulevant et en écartant les autres roches.
Dans la coupe de la figure 43, deux dislocations de ce genre se sont produites avec une série de roches stratifiées, en déplaçant trois groupes différents A, B et C. Une masse de roche ignée I
Fig. 4.3. — Roche igDéo refoulée dans les fissures
s'est frayé un chemin jusqu'à une certaine distance dans l'une de ces fissures. Dans l'autre, celle de droite, une quantilé beaucoup plus considérable de roche fondue sépara complètement en s'élevant les roches stratifiées B et C, divisa en deux le groupe B et finit par s'élever jusqu'à la surface actuelle de la terre.
Geikie. — LUI.