‹ La géologie expérimentaleChapitre 41 sur 132 · Congrès de Washington, en · texte numérisé non relu

Congrès de Washington, en

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LE TRAVAIL VERTICAL DES EAUX D*INFILTRATION 11b

2° Soustraction de matière avec production de cavités plus ou moins durables.

Il convient de les examiner successivement.

L'étude expérimentale des phénomènes de la dénudartion souterraine a conduit M. Stanislas Meunier à la constatation d'un fait dont les conséquences paraissent devoir être dignes de considération pour l'histoire de la période quaternaire.

Il s'agit d'un mode de striage de roches et de galets, donnant des produits tellement comparables à ceux qui résultent du phénomène glaciaire qu'on les a ordinairement confondus avec ces derniers. Cette confusion a eu des conséquences bien plus graves qu'on ne se le serait imaginé, en faisant considérer comme dues à une vaste extension de glaciers maintenant fondus, des formations très épaisses et très répandues, dont l'origine est complètement différente.

Quand un terrain se compose de matériaux élastiques très divers, comme des gros galets calcaires polis et des grains de quartz plus ou moins anguleux, la dénudation souterraine, c'est-à-dire la soustraction lente et progressive de certaines parties dissoutes ou délayées, a pour effet nécessaire uil tassement du résidu, et ce tassement, accompagné de déplacements relatifs des masses en présence, produit à la surface des galets ou des roches sous-jacentes, des paquets de stries dues aux grains quartzeux et qui font de ces pierres rayées comme des fac-similés de certains produits glaciaires.

L'appareil mis en usage par M. Stanislas Meunier au

116 LA DENl'DATIU.N SOL'TERRAINB

Muséum (Bg. 16) consiste en une table C inclinée de 30 à 45 degrés, suivant les besoins, et sur laquelle on a accumulé des graviers diluviens, mélangés ou non de sable, et supportant une dalle de calcaire D polie, sur laquelle un poids P d'une vingtaine de kilogrammes a été assujetti. Un jet d'eau Ë attaquant le tas de gra-

vier par sa partie inférieure en a déterminé l'écroulement et la dalle surchargée a glissé suivant la pente. On a constaté, à sa surface inférieure, des paquets de stries parallèles au déplacement qui y avaient été creusées par le gravier. Dans bien des cas il y a eu rotation de la dalle et production de stries en sensdivers.

Une autre disposition a consisté à établir à poste fixe une dalle calcaire M sur la table inclinée et à la recouvrir de galets supportant une planche convena-

blement surchargée. Cette fois, Fécroulement aqueux a fait glisser les galets sur la dalle qui a été striée.

Enfin, pour borner nos exemples, on a mélangé des galets calcaires, et même des billes à jouer, aux graviers et on a constaté, après l'écroulement sous une charge suffisante, que ces galets ou que ces billes sont striés.

Ces expériences, que Fauteur a variées beaucoup, paraissent susceptibles d'applications à différents phénomènes naturels. Avant tout, elles doivent nous inviter à la prudence, quand il s'agit de décider l'origine d'un terrain à cailloux striés.

A cet égard, il a étudié spécialement les énormes revêtements de semblables terrains qu'on rencontre dans une foule de vallées, le long des Préalpes vaudoises, et dont les analogues se retrouvent en beaucoup d'autres pays. Ainsi, dans la vallée de la Baie de Clarens, vers le Sex que Pliau, au lieu dit En Saumont, et dans la vallée du Chaud,eron, un peu en deçà des Avants, on voit sur des coupes fraîches, des centaines de mètres de ces accumulations qui sont qualifiées partout et sans hésitation de terrain glaciaire.

A première vue, on peut avoir quelques scrupules quant à leur origine, à cause même de l'abondance des stries dont sont recouverts en tous sens les galets calcaires qui les composent, en association avec les matériaux sableux et boueux. Jamais, dans aucune moraine actuelle^ on n'a vu tant de stries : la grande majorité des blocs a été portée sur la glace et n'est pas striée. Les galets striés ne le sont pas non plus d'habitude avec une pareille profusion; ils ont des

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Stries de quelque côté plus que d'autres, dans deux ou trois directions tout au plus. Ici, au contraire, non seulement tous les galets sans exception sont striés, mais ils le sont sur toutes leurs faces avec une égale intensité et dans toutes les directions.

Il faut cependant se rappeler que pour être strié, un bloc entraîné par un glacier doit occuper une situation très exceptionnelle : il faut, de toute nécessité, qu'il soit sous la glace ^ au contact du fond rocheux qui supporte le fleuve solide. Evidemment cela ne peut être le cas que pour une faible minorité des fragments transportés. Dans les accumulations naturelles des cailloux des préalpes, c'est, disons-nous, tout le contraire : tous les galets y sont striés.

Aussi, à la suite d'études continuées pendant plusieurs années, l'auteur n'hésite-t-il plus à attribuer au terrain caillouteux, faussement dit glaciaire, des Préalpes vaudoises et des pays analogues, l'origine suivante : des épanchements boueux, du genre de ceux que nous étudierons prochainement et qui peuvent être consécutifs à la disparition des glaciers datant de l'époque où le relief du sol était plus considérable qu'aujourd'hui,. ont constitué, sur le flanc des montagnes, d'épais revêtements, contrastant par l'absence de triage de leurs éléments constituants avec les dépôts aqueux et ressemblant d'autant au contraire à une formation morainique.

Une fois constitués, ces placages boueux ont subi les effets de la dénudation aqueuse, et, avant tout, la dissection intime que déterminent dans les roches la

pénétration et la circulation des eaux sauvages. Il en est résulté des suppressions progressives de matériaux solubles ou entraînables et, comme conséquence, des tassements intéressant successivement toutes les parties de la formation. A ces tassements correspondaient nécessairement des glissements relatifs des parties, juxtaposées, et la surface très délicate des galets calcaires en a reçu dé vrais stéréogrammes, consistant dans des stries représentant le sens et la durée de chaque mouvement. Des rotations lentes, dues à des attaques inégales, ont ajouté, en sens divers, de nouveaux paquets de stries à ceux déjà existants et, de proche en proche, les choses ont pris l'aspect que nous leur voyons aujourd'hui.

Il est intéressant de faire remarquer que, même dans du terrain incontestablement glaciaire, les stries de certains galets peuvent avoir encore l'origine qui dépend du phénomène de dénudation souterraine : c'est même nécessaire d'y insister, parce que la découverte de ces stries dans de vraies moraines est de nature, plus que toute autre chose, à tromper sur leur nature réelle.

Ces moraines, telles que celles qui barrent tant de vallées dans les Vosges, où elles datent des temps quaternaires, ont justement la constitution du terrain caillouteux préalpin. Ce sont des blocs de toutes tailles jetés sans ordre dans du sable et dans de la boue. Or le phénomène de soustraction de particules par les eaux d'infiltration s'y est exercé aussi activement que dans les placages vaudois; les effets ont

donc dû être les mêmes et ces stries ramassées en pleine moraine ne sont pas pour cela des stries glaciaires.

Ajoutons qu'on a retrouvé des galets striés dans bien d'autres formations, telles que le diluvium parisien. Dans la séance du 7 mars 1870, MM. Roujou et Julien, annonçant à l'Académie des sciences qu'ils avaient trouvé des blocs de roches striées dans le diluvium de Paris et environs et, par exemple, des grès, des meulières, des calcaires, Route de la Révolte, Avenue de Glichy, Porte de Montreuil, à Choisyle-Roi, à Villeneuve-Saint-Georges et ailleurs, ils ajoutaient : « Nous ne serions pas éloignés d'attribuer à ces stries une origine glaciaire *. »

C'est même à propos de cette communication qu'Elie de Beaumont fit alors cette remarque très spirituelle ^ : « Qu'il serait heureux de voir qu'on ait fini par observer des sillons et des stries sur les roches des environs de Paris. De leur présence bien constatée, il aurait cru pouvoir déduire un moyen de réduction à Fabsurde^ applicable à la supposition que les sillons et les stries seraient toujours l'ouvrage des glaciers et un témoignage de leur ancienne existence. »

Ajoutons que si, dans le terrain boueux du canton de Vaud, les faits qui viennent de nous occuper se présentent avec beaucoup plus de netteté et d'intensité que dans le diluvium parisien, cela vient avant tout

1, Comptes rendus de V Académie des sciences, t. LXX^ p. 539, 1870.

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