‹ La géologie expérimentaleChapitre 46 sur 132 · Les AbimeSf de M. Martel, p · texte numérisé non relu

Les AbimeSf de M. Martel, p

progressive dans le phénomène naturel et montrent, par exemple, comment la roche qui fait les parois de la caverne, subit une dissection très délicate qui laisse à chaque lit une saillie intimement liée à son coefficient de solubilité. Des corniches superposées se constituent très aisément avec diverses roches convenablement choisies et reproduisent une particularité signalée, par exemple, dans le couloir de la rivière du sud à Bramabiau (Gard). On a noté aussi, dans la grotte d'Arcy-sur-Cure, des particularités qui démontrent Tallure très progressive du creusement.

Enfin les expériences ont procuré à M. Stanislas Meunier Pimitation de divers faits remarquables sur la variation de sources qui ne sont que les débouchés au jour de rivières souterraines, en certains pays. Il s'agit ici d'une vraie capture verticale des cavernes aquifères comparables, sauf la direction, qui est rectangulaire avec elle, à la capture des cours d'eau. Au fur et à mesure du creusement, de nouveaux conduits peuvent offrir à Feau un dégagement plus facile, et alors les conduits supérieurs sont délaissés.

Cette particularité si fréquente, à laquelle on doit attribuer des disparitions et des apparitions de sources, est liée naturellement à l'influence des cassures des roches sur la production des cavernes. Celle-ci est identique à celle que nous signalions à l'égard des puits naturels. Et pour avoir une idée générale du phénomène de la dénudation, il ne faut pas oublier l'étroite parenté des puits naturels avec les cavernes. Les cours souterrains de Padirac, de Vigne-Close, et

bien d'autres, montreraient à cet égard refficacité des puits. L'exemple déjà rappelé des Baumes-Chaudes est des plqs typiques, pour faire voir la complexité que le phénomène peut présenter.

Enfin il faut rappeler, et Texpérience comme on Ta vu, en a souvent reproduit les détails, la liaison des cavités souterraines du sol avec le réseau superficiel des rivières subaériennes. La disparition et les réapparitions de rivières fournissent à cet égard un grand nombre de modèles, que Texpérimentateur peut se proposer de reproduire et dont plusieurs ont procuré déjà des résultats satisfaisants.

Il est très remaTquable que l'étude expérimentale de la dénudation souterraine ait permis de rattacher à ses contre-coups certains détails de la forme extérieure du sol; et c'est un point qu'il importe de préciser.

Dans une foule de cas, la circulation souterraine de l'eau, en délayant des roches, détermine le glissement des masses superposées. La catastrophe du Rossberg en Suisse, en 1806, celle du Piton des Neiges à l'île de la Réunion, en 1875, sont classiques. Plus récemment, nous avons eu le glissement de la Grand'Gombes près d'Alais, le 18 février 1896.

C'est pour éclairer cette catégorie de phénomènes que CoUin avait fait, il y a déjà cinquante ans, des expériences qu'il nous faut mentionner ^

Il employait un chariot convenablement chargé, glissant sur des argiles sous l'influence d'un poids

1. Expériences sur les glissements des terrains argileux, par Alex. Colltn, ingénieur des Ponts et Chaussées, 1846, in-4, avec Atlas.

connu. Sa conclusion c'est que : « Le rapport du frottement à la pression diminue à mesure que la pression augmente; les surfaces en contact demeurant à peu près dans le même état physique pendant Texpérimentation. » Dans ce mémoire, que nous ne pouvons que mentionner, les glissements de terrain à la suite de certains travaux, soit de déchaussement, soit de surcharge, sont expliqués d'une façon complète. Et Ton en doit faire une application directe aux talus de cheniins de fer ou de canaux, sujets à glisser quand on ne s'est pas suffisamment inspiré des profils naturels.

Un célèbre exemple est celui du remblai de Halton,^ de 16 mètres de haut, sur le chemin de fer de Leeds à Selby, qui, quoique revêtu d'un pavé, se gonfla et prit des ondulations.

M. Stanislas Meunier a employé, pour l'étude des glissements, un appareil consistant en un plan incliné qu'on peut recouvrir de pâtes argileuses surchargées de poids plus ou moins considérables. La pente et la charge, pour chaque nature de roche, sont reliées ensemble de façon à rappeler la liaison indiquée plu& haut entre la vitesse et la charge dans les expériences de striation.

A la suite de ces simples glissements, il convient de mentionner des effondrements verticaux du genre de ceux dont Fournet a enregistré un grand nombre pour la région du Jura, et dont quelques-uns ont déterminé la disparition d'habitations et des accidents de personnes. Sur une échelle plus grande, des lacs ont certainement la même origine, et c'est, par

exemple, le cas pour celui des Tallières, dans le canton de Neuchâtel, au fond duquel on voit encore des sapitis debout et qui, d'après des documents authentiques, a pris naissance en 1487, pour s'augmenter en 1515.

Mais il est deux autres formes de ces mêmes phénomènes que Texpérience permet d'imiter et par conséquent d'expliquer, ainsi que M. Stanislas Meunier a eu l'occasion de le constater. Le premier concerne l'origine de vallées fort singulières, parce qu'elles sont sèches en tout temps, c'est-à-dire dépourvues de tout cours d'eau; — l'autre a trait à des banquettes disposées sur le flanc de maintes vallées et connues en plusieurs régions sous le nom de rideaux.

Comme types bien connus de vallées sèches en pays très perméable, on peut citer les vallons à profil si adouci qui sillonnent, aux environs de Paris, les forêts qui, comme celles de Meudon et de Montmorency, poussent sur les sables de Fontainebleau.

Pour les imiter, voici comment on opère : une dalle de calcaire grossier étant convenablement inclinée, on la recouvre d'une couche de quelques centimètres de sable bien uniforme et qu'on maintient à l'aide d'un cadre en bois prenant exactement la dalle, de façon à constituer comme une caisse dont le calcaire fait le fond. Avec le tube de l'appareil représenté fig. 17, n° 4, on fait arriver un filet d'eau acidulée sous le sable et au contact de la dalle, dont il suit, en s'écoulant, la ligne de plus grande pente. Peu à peu on voit, à mesure que la corrosion se poursuit, le sable s'affais-

ser suivant la rigole produite de façon à la reproduire véritablement à la surface, tout en en adoucissant le profil.. En présence de ce résultat, il est naturel de supposer que les choses se passent de même dans la nature, et que les vallées sans eau ne sont que le contre-coup d'une érosion subie par la roche imperméable qui supporte le, sable dont leur sol est composé.

C'est en répétant et en variant ces expériences et surtout en les prolongeant, qu'on voit souvent le sable se débiter en gradins qui glissent un peu à droite et à gauche du thalweg, les uns par rapport aux autres, de façon à reproduire l'apparence des rideaux. Ils ne sont bien visibles qu'avec des sables un peu gras, qui s'agglutinent de façon à avoir uiie consistance plus ou moins. comparable à celle de la craie, au lieu d'être friables et mobiles comme le sable sec. Si on réfléchit que les rideaux se font volontiers dans la craie blanche perméable superposée à la craie turonienne marneuse, on reconnaîtra que les conditions de la nature sont reproduites dans l'expérience.

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