PHYSIO-PATHOLOGIE
Nous avons vu, tout au long du chapitre consacré à la physiologie de l'ovaire, que l’on devait s'appuyer, .avant tout, sur les observations faites chez la femme normale et que c'était sur ce terrain de l'étude humaine, bien plutôt que sur les progrès de l'expérimentation sur les animaux, qu'il fallait chercher de nouvelles connaissances et la précision qui manque encore à celles que nous avons.
La clinique humaine fournit d’autres renseignements très importants sur le fonctionnement de la glande ovarique : ce sont ceux que donne l'observation anatomoclinique des cas de maladie. De la connaissance des vices de fonctionnement de la glande peuvent résulter des indications sur son fonctionnement normal.
Pour exposer les différents renseignements qu'a permis de recueillir la pathologie de l'appareil génital, nous
ne suivrons pas un ordre analogue à celui que nous avons
adopté au chapitre précédent, parce que pareil cadre systématique serait très mal rempli par les faits. Nous exposerons successivement les différentes hypothèses, qui ont été mises en avant sur le rôle de l'ovaire dans des troubles divers de l'appareil génital. Nous en critiquerons les données actuelles et tirerons enfin les conclusions,
qu'à notre avis, le problème comporte pour le moment.
1) Hémorragies utérines
La clinique a montré, depuis longtemps, la variabilité des lésions coexistant avec les hémorragies utérrnes.
Il y a des cas, et ce sont les plus fréquents, où l'hémorragie paraît être causée directement par une lésion locale intra-utérine. C'est un myome sous-muqueux ou pédiculé qui, par sa présence, crée une congestion et une irritation de la muqueuse expliquant suffisamment l’hémorragie. C’est un épaississement extrême de la muqueuse utérine, qualifié de métrite fongueuse ou villeuse, qui rend compte de l’exagération de cette fonction normale de l'endomètre, qu'est le suintement sanglant périodique.
Nous ne nous occuperons pas, dans le présent chapitre, de l’hémorragie causée par de telles lésions. Ge n'est pas à dire que nous considérions le rôle de l'ovaire comme nul dans la genèse de ces affections, bien au contraire ; mais nous en traiterons dans un chapitre d'ensemble, avec toutes les questions qui s'y rattachent, y compris le symptôme métrorragie.
Il est des cas, et ce sont ceux que nous voulons étudier, où l'abondance des hémorragies, et même leur existence, reste inexplicable, puisqu'on ne trouve aucune lésion à l'examen de l'utérus, qui paraisse en
être l'origine. Ou bien il y a des myomes sous-périto-
néaux, sans agrandissement de la cavité utérine, ni modification de son revêtement muqueux ; ou bien l'utérus est en apparence normal, sans aucune modification du myomètre ni de la muqueuse,
Ces faits, qui sont en contradiction avec l’'habituelle précision de la méthode anatomo-clinique, ont, depuis longtemps, excité la curiosité des médecins. C’est consacrer l'ignorance que d'employer pour eux le terme « d'hémorragies utérines essentielles ». Mais les théories ne manquent pas, qui ont été édifiées pour les expliquer.
Toutes se basent sur quelques faits anatomiques bien observés, ce qui prouve qu'aucune d'elles n’est une théorie exclusive ; la théorie ovarienne pas plus que les
autres.
1) Dans certains cas, les métrorragies se produisent chez des femmes atteintes d'affection cardiaque, telle que le rétrécissement mitral, ou vasculaire, telle que l’hémogénie. Elles coexistent habituellement, dans ce
cas, avec d’autres hémorragies.
2) Souvent les métrorragies sont l'indice d’une infection génitale ; elles sont un symptôme banal dans la métro-salpingite. La congestion est un symptôme fondamental de l'inflammation et les hémorragies, au niveau des muqueuses cnflammées, se produisent dans tous les organes.
Nous ne croyons pas qu'il faille chercher, pour ces cas,
d'autre explication que celle là, qui est toute naturelle.
Histchmann et Adler (1) ont, il est vrai, soutenu la thèse que le symptôme hémorragie dans les infections génitales indiquait, à coup sùr, l’atteinte de l'ovaire, mais cette opinion ne paraît pas devoir être admise sous cette forme rigoureuse. L'examen des pièces opératoires d'hystérectomies pour salpingite ne démontre pas que les lésions ovariennes soient plus importantes dans les cas où il y avait des métrorragies.
Cependant, dans certains cas de métrorragies, nous avons trouvé une infection génitale associée à une hyperplasie de la glande ovarique. On peut discuter alors, et nous le ferons plus loin, quel rôle a, dans les hémorragies utérines, le désordre de la sécrétion ovarienne,
que, sans doute, l'infection a causé.
à) Il faut séparer complètement des hémorragies survenant au cours des infections génitales, celles que n'accompagne aucun autre signe d'infection. Ce sont des cas où l'hémorragie est le seul symptôme pathologique.
On a donné, et on donne encore à cette affection le nom absolument incorrect, de « métrite hémorragique ».
Le mot métrite signifie infection de l'utérus. Il doit être maintenu rigoureusement dans cette signification.
Or, il s’agit ici de toute autre chose, d'une affection non microbienne, pour laquelle il convient d'employer un autre terme.
Ce sont les travaux de Doléris sur les « fausses métrites »,
qui ont mis en valeur cette distinction fondamentale
QG) Histchmann et Adler. — Zeitsch f. Gib. u. Gyn., 1907, t. LX et Monat f. Geb. u. Gyn. Bd 27, 1998.
entre les lésions causées par les microbes et les lésions dystrophiques et aseptiques, où un autre agent est à découvrir. « Je repousse hors du cadre de la métrite tous les troubles utérins passagers ou durables, dans lesquels je ne trouve pas, à l’origine, l'élément inflammatoire » Doléris, 1886 (1) (2).
Après lui, Richelot (3) a développé les mêmes notions ; Du Bouchet (4) a donné la démonstration de l'absence de microbes dans de telles lésions utérines ; J. Hallé (5) a démontré que les espèces microbiennes saprophytes, vivant dans le vagin et le col, ne pouvaient pas être des agents pathogènes, comme on l'avait supposé gratuitement. |
D'avoir démontré la confusion a été fort utile, parce que ce fut la condamnation des thérapeutiques antiseptiques intra-utérines que l’on appliquait fort inutilement à ces hémorragies, où les microbes n'ont aucune part.
Mais ce n’est pas assez d’avoir ouvert le chapitre des affections aseptiques de l'utérus, il fallait aussi trouver la raison des métrorragies, souvent très abondantes, qui se produisent dans ces cas.
C'est une lésion de l'appareil vasculaire utérin que
certains auteurs ont incriminée (Martineau, Cornil,
(x) Doléris. — Nouvelles Archives d'obst. et de gyn., 1893, voir p* 50:
(2) Doléris cite un passage de Scanzoni écrit en 1866 : « Beaucoup même des engorgements de la matrice qu’on regarde comme inflammatoires, ne possèdent rien d’inflammatoire dans le sens précis du mot. Ce sont des désordres de la nutrition ».
(3) Richelot. — Chirurgie de l'utérus, p. 88.
(4) Du Bouchet. Th. Par's, 1896-97, n° 937.
(5) J. Hallé. — Th. Paris, 1897-98, n° 388.