VIII PRÉFACE
l'homme ayant conquis par la sélection et l'éducation de plusieurs siècles avec des sens supérieurs la conscience et la science des rythmes supérieurs. L'animal, ou le sauvage, resté voisin de l'animal, ne perçoit pas certaines harmonies de couleurs ou de sons, certains accords parfaits, producteurs d'une beauté parfaite. L'homme moderne (je l'oppose à l'homme^ primitif) en possession d'un cerveau dont les sens Ont été perfectionnés, affinés par une sélection et une éducation si longues, saisit, doit saisir ces harmonies, ces accords; et l'insolente définition de de Maistre a donc sa justesse; j'en sais peu de meilleures.
Cet homme moderne, physiologiquement supérieur, doit également aimer le bien, c'est-à-dire conformer ses actes à des règles nécessaires, créatrices dans la vie individuelle, comme dans la vie sociale, d'harmonie, d'ordre, de beauté. Donc a vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà », veut dire le plus souvent ceci : vérité pour les hommes parvenus à ce développement supérieur, erreur pour les autres : si bien que la notion de justice, par exemple, serait moins relative que quelques esprits le voudraient prétendre, puisqu'elle s'impose, et presque absolue, à toute intelligence un peu haute. Des sceptiques ont dit : « Après tout, la frivolité, le vice ou le crime parés d'élégance . valent peut-être autant ou mieux que la vertu. » Ces sceptiques n'oseraient dire : « Il est bien d'être un homme, mais peut-être aussi bien et peut-être mieux d'être une brute. » Or c'est en réalité ce qu'ils déclarent; car la distance de l'homme à la brute est justement celle de la conscience à l'inconscience, d'un cerveau moderne au cerveau rudimentaire du primate.