‹ La gloire du néantChapitre 6 sur 10 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

OU du sauvage, celle du droit à la force, de Tëgoïsme à l'esprit de dévouement et de sacrifice.

Ainsi l'idéal aujourd'hui s* impose; et celui qui adore son moi, qui ne vit qu'en son moi et pour lui, représente dans l'humanité moderne l'homme de jadis, l'animalité inférieure, et est un malfaiteur, même quand il ne vole ni ne tue, ce qu'il fait quelquefois du reste, sans qu'il le croie ou s'en doute.

Noblesse oblige. Cette devise est celle du pessimisme, tel que nous le comprenons, de cette doctrine qui a constitué sa noblesse par le seul regard de dédain, de mépris transcendant ou d'horreur qu'elle a jeté un jour sur l'humanité et le monde. Par sa vue si nette de l'univers et de l'homme, le pessimisme, en reconnaissant le mal et en se distinguant de lui, a créé la religion du bien; en reconnaissant l'infamie de la force, a créé la religion du droit; en s'émouvant de la douleur des êtres, a créé la religion sublime, d'où sortira la justice de l'avenir, la religion de la pitié.

Ce pessimisme fait dès lors appel à tous ceux qui travaillent et luttent pour la conquête d'une vie supérieure : il fait appel aux savants, qui poursuivent le vrai et, appliquant la science, triomphent des fatalités physiques, domptent la Nature, créent comme elle, vaincront bientôt la Mort, mettront fin du moins à ce qu'il est permis de nommer les assassinats de la Mort; il fait appel aux artistes et aux poètes, qui, parmi la laideur et la vulgarité commune, ordonnent un univers de visions et de formes pures, sont la voix, la parole consciente d'un océan d'âmes inconscientes et muettes, traduisent magnifiquement notre angoisse en face de l'énigme du monde; enfin et surtout il fait appel aux

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