‹ La Gloire du verbe, 1885-1890Chapitre 24 sur 34 · L'AME SEULE · texte numérisé non relu

L'AME SEULE

A Ferdinand Hérold.

La bienfaisante nuit couvre la ville immense

Uoîl montaient vers le ciel des sanglots et des chants

Et la grande cité semble un lac de silence

Frôlé par la rumeur pacifique des champs.

Mer des vivants, mer furieuse qui te rues Emportant dans tes plis les deuils et les baisers, Tu roules tout le jour le pavé des rues, Mais le soir calme endort tes râles apaisés.

Et les rêveurs amis des nécropoles saintes, Délivrés de la joie y affranchis du remords, Errent par les soirs clairs et fleuris d'hyacinthes Comme des immortels dans la maison des morts.

U4 La Gloire du Verbe

Hommes i laisse^ passer dans la nuit solitaire Ceux qui foulent toujours des chemins non frayés Les exilés divins ont repeuplé la terre Et je me sens plus seul quand vous vous réveille^.

Quels démons ont pétri de leurs mains ironiques Vos faces de mensonge et de stupidité, Je ne sais, mais le mal suinte de vos tuniques Et votre rire immonde attente à la beauté.

Le matin revenu, soye% tels que vous Mes. Moi cuirassé d ^ orgueil et de mépris serein Entre mon cœur farouche et vos clameurs de bêtes Je laisserai tomber une herse d'airain.

Je m'en irai là-bas vers la forêt clémente : Les arbres fraternels ni appellent doucement ; V herbe bruit , l'eau des fontaines se lamente Et rit comme une nymphe avec son jeune amant.

La forêt a gardé pour mon oreille seule

Les chants anciens et les fleurs nobles d'autrefois

Ma va

Parfument à jamais sa mémoire d'aïeule

Et tous les rhythmes morts revivent dans sa voix.

Les chênes musculeux portent de verts portiques Où pareils à des rois mes rêves passeront Et près des dieux nouveaux, fils des taillis antiques Je plierai les genoux et courberai le Jront.

Mais retrouveras-tu la jeunesse première, O parleur orgueilleux, ivre d'un vin mauvais ? Et si dans la splendeur de la pure lumière Ton rêve était moins beau que tu ne le rêvais ?

Ainsi qu'un porteur las délivre ses épaules Tu voudrais rejeter les souvenirs humains Et suivre le ruisseau qui court entre les saules Et marcher tout le jour au hasard des chemins.

Va ! tu n'entendrais plus les voix surnaturelles Qui t'invitent la nuit, vers les magiques bois ; Dans les halliers sanglants de mûres et d'airelles Tu serais poursuivi par le: mauvaises voix.

lia La Gloire du Verbe

Reste jusqu'à la mort baigné de crépuscule

A vec Vâpre regret des astres radieux :

Tu n'es pas assé^ grand pour le manteau d'Hercule

Et pour te revêtir de la pourpre des dieux.

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