‹ La glossologie: essai sur la science expérimentale du langageChapitre 16 sur 30 · ANATOMIE DE L*OROANB VOCAL · texte numérisé non relu

ANATOMIE DE L*OROANB VOCAL

inventés par le Créateur et destinés à montrer une fois de plus la richesse infinie de ses ressources ».

11 est vrai, fort heureusement, que nous ne sommes pas aujourd'hui à ce degr^, dans nos connaissances anatomiques ; mais il serait vraiment à souhaiter que beaucoup de nos linguistes contemporains missent aussi de côté, une fois pour toutes, leurs préoccupations philosophiques : ils n'auraient pas à s'en repentir par la suite, et la science en tirerait aussi un meilleur compte.

L'étude anatomique de l'organe vocal nous donne certainement des idées moins poétiques que celles qu'on est en droit de déduire des théories orthodoxes ; mais elles ne sont pas pour cela moins réelles, et les seules qu'on puisse logiquement accepter dans une étude sérieuse.

Comme je vous ai dit en commençant, ce merveilleux appa^ reil, préposé aujourd'hui dans notre organisme à des fonctions différentes, n'est arrivé au degré de perfectionnement que nous constatons dans notre espèce que par des différenciations successives et graduelles. Cela ressort évidemment de notre examen comparatif et de notre étude ontogénétique et phylogénétique.

Il en est de même pour la perfection acquise dans son rôle de la phonation, que nous ne pouvons considérer généralement que comme secondaire et comme résultant des diversifications évolutives.

Nous avons vu, en effet, que depuis l'appareil respiratoire, très-rudimentaire en quelque sorte, des dipneustes et des amphibiens, cet organe présente dans la série zoologique des différenciations graduelles, dont on peut suivre l'évolution ascendante jusqu'à notre espèce.

Ces données de la phylogénie, nous les trouvons encore confirmées d'une manière évidente dans l'étude ontogénétique, dans le développement embryonnaire , où nous pouvons constater des transformations analogues, correspondant aux différents degrés de développement dans la série animale.

L'oi^ane de la voix humaine a été donc et est encore chez nous un organe dont les principales fonctions physiologiques sont la déglutition et la respiration ; la phonation a été, je le répète, une résultante de sa diversification fonctionnelle, répondant à la complexité de son développement progressif. Et je vous dirai encore ici ce que je vous ai déjà dit dans d'autres leçons antérieures : la fonction elle-même a été en cela pour beaucoup dans le déve-

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loppement de Torgane, en le perfectionnant de plus en plus dans la voie de ses différenciations évolutives.

Si, d'une manière générale, nous considérons la part considérable qu'aux fonctions nutritives revient encore dans cet organe d'après sa construction anatomique, nous serons un peu moins fiers de notre supériorité tant vantée, et qui n'est encore que bien relative.

Et cela non-seulement sur le sujet spécial qui nous occupe, mais aussi pour toutes nos facultés supérieures, pour tous nos prétendus privilèges organiques.

Un coup d'œil sur n'importe quelle mâchoire humaine vous suffirait pour constater au point de vue anatomique, l'importance capitale, le rôle prépondérant que joue encore dans notre organisme cet appareil et les fonctions qui s*y rattachent.

La cràniométrie nous démontre que, quoique beaucoup plus petit relativement que dans toutes les espèces inférieures, l'appareil masticateur occupe encore chez nous une très-forte place ; que, malgré l'exubérance considérable de notre boite cérébrale, il lui est encore de beaucoup supérieur, et qu'il l'emporte encore bien sur tous les autres indices céphaliques; enfin, que les maxillaires sont, pour ainsi dire, ceux qui impriment principalement le caractère morphologique de la face, depuis le museau le plus prononcé jusqu'au type humain le plus esthétique.

Je suis donc de l'avis de M. Topinard, lorsqu'en parlant du prognatisme, il nie l'existence de Vorthognathisme et encore bien plus de Vopistognathisme. « Toutes les races, dit-il, tous les individus, sont prognates; leurs différences ne portent que sur le degré. Les races de l'Europe le sont peu; les races jaunes et polynésiennes le sont beaucoup plus, et les races nègres encore davantage ^ > Il fait la curieuse remarque < qu'à l'époque mérovingienne, le prognatisme s'est accru dans la classe aristocratique ^ et qu'il a diminué ensuite ». Je pense que ce phénomène a dû se produire toujours dans toutes les époques et chez tous les individus, là où la sélection ne s'opérait qu'entre un petit nombre de variétés de l'espèce.

Quoi qu'il en soit, il est un fait certain que l'angle du prognatisme n'atteint jamais l'angle absolument droit ; la ligne sousnasale est plus ou moins inclinée sur le plan naturel de la base du crâne.

* Topinard, Op. cit.

▲KÂTOlflE DE L*ORQANE VOCAL 121

D*iine manière générale, il est évident que, dans la figure humaine, la partie inférieure domine encore passablement la partie supérieure, malgré le grand développement de celle-ci.

Cependant, les différenciations évolutives sont considérables dans le degré supérieur de Téchelle zoologique, et je recommande bien à votre attention ces données particulières, qui doivent nous expliquer les perfectionnements ultérieurs accomplis par notre espèce dans la lutte pour l'existence.

Je vous ai dit aussi que tous ces perfectionnements qui nous séparent d'une manière notable de nos ancêtres animaux, ainsi que des anthropoïdes, en s'influençant réciproquement, ont collaboré ensemble au grand développement de nos facultés supérieures. Parmi ces perfectionnements, il faut, sans nul doute, mettre en première ligne la tendance à la station droite, à l'attitude bipède.

En effet, ce changement seul dut produire des modifications considérables ; depuis l'attitude horizontale des quadrupèdes jusqu'à la position parfaitement verticale de l'homme, des transformations très-grandes ont été nécessaires et se sont accomplies vraisemblablement dans des espaces de temps dont nous ne pouvons pas apprécier la durée. Les anthropoïdes ont une marche oblique, à demi-inclinée; et ce qu'on appelle en France le précurseur de l'homme, et que nous appelons Valaltts^ devait avoir aussi, comme le dit très-bien M. Hovelacque, une station à peu près droite, mais un peu oblique encore, telle qu'il y a lieu de l'inférer de plusieurs données anatomiques.

Dans cette évolution, une des premières conséquences fut le changement de projection de la face tout entière, l'horizontalité du regard, l'axe des orbites se portant de plus en plus directement en avant, et le fond de la rétine s'adaptant anatomiquement en conséquence. La situation et direction du trou occipital par lequel )a moelle sort du crâne établissait aussi l'équilibre de la tète sur la colonne vertébrale et modifiait l'architecture de la face en la conformant de plus en plus à l'attitude bipède.

Le trou occipital et les condilles qui articulent la tète à la colonne vertébrale sont situés, chez les quadrupèdes, très en arrière; même, chez certains, ils ne se trouvent plus à la base du crâne, mais à sa face postérieure, en donnant ainsi au museau un aspect plus ou moins horizontal. De là l'existence, chez les quadrupèdes, du ligament cervical postérieur si développé chez les ruminants.

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