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L ÉVOLUTION DANS LE LANGAGE

retrouvoQS les mêmes procédés.^ L'insuffisance de la parole est partout remplacée par des moyens analogues.^ Ton émotionnel, emphase, accent, gestes, expression des traits.

Le dialecte 0-Tyi-herero, dit Max MuUer d'après Sir G. Grey n'a ni l ni /*, ni les sifflantes r, s, z. La prononciation de ce dialecte ressemble à un bégayement d'enfant, par suite de la coutume qu'ont les Va-herero de faire limer en partie les dents de devant de leur mâchoire supérieure, et de se faire sauter les quatre dents correspondantes de la mâchoire inférieure.

Les con&onnes dentales^existent dans presque toutes les langues ; pourtant ni le chinois, ni le mexicain, ni quelques autres dialectes n'emploient jamais le d. Les Hurons et autres tribus américaines n'ont pas le n. Le s manque aux dialectes australiens.

Il n'en est pas de même des labiales, comme je vous le disais tout à l'heure. Le Euron et autres dialectes de l'Amérique, en manquent absolument; Xçi^Mohawhs^ \es8en€cas,\esOnandaffos, les OneidaSf les Cayugas et les Tuscaroras n'en possèdent pas non plus.

11 est regrettable qu'une anatomie comparée des organes, à la structure particulière desquels tiennent évidemment en premier lieu ces phénomènes de l'articulation, n'ait pas été faite jusqu'à présent avec des données suffisantes. Mais nous pouvons déjà, par ce que nous savons, inférer ici comme ailleurs les lignes principales de l'évolution. Les rauques gutturales, les glottales, les aspirées rudes, ont été nécessairement antérieures aux consonnes déjà plus nettement articulables, comme les palatales, les dentales et les labiales.

Les dialectes de l'Amérique septentrionale abondent encore de ces consonnes ou bruits gazouillants qu'il nous est impossible de reproduire par nos symboles alphabétiques; et le langage des Hottentots et des Bochismans possède aussi ces sortes de claquements ou bruits pneumatiques dont je vous ai parlé ; consonnes palatales et dentales dont nous ne trouvons pas l'équivalent dans nos langues, et que nos organes se refuseraient absolument à reproduire aujourd'hui.

Nous pouvons donc nous reporter encore à cette étape où l'articulation flottait indécise entre les sons plus ou moins musicaux

^ Bonwick, J.*L. Wilson, GraDz.

* BortoDy Bowen, J.-L. Wihon, Tylor op, et/.

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et les bruits plus ou moins articulables que pouvait produire un organe semi-liumain.

De cet état du langage nous conservons aussi toujours des traces évidentes dans nos langues, qui s'eiOTacent de plus en jrius à mesure que nous avançons dans révolution.

L*indistinction de certaines consonnes à certaines époques, l'impossibilité qu'éprouvent les organes des races inférieures à la prononciation et à Farticulation des quelques phonèmes et des quelques lettres appartenant à nos langues, Tindécision même dalns celles-ci» d'autre part, dans l'emploi de l'une ou de l'autre de ces consonnes, selon les peuples et leur développement historique et linguistique, sont des cas, il me semble, qui rentrent absolument dans cet ordre de (aits.

Les consonnes k et /, palatale et dentale, si distinctes pour nous, par exemple, sont confondues dans la langue des Iles Sandwich. Tel voyageur écrit avec un k le même mot que tel autre représente avec un t. Les Hawaïens ne peuvent pas parvenir à saisir la différence phonologique que nous trouvons entre h et <, entre ç et d, ou entre / et r. Le même mot varie dans les dialectes des lies Hawat et peut être représenté par koki ou hoi, kela ou tea.

Aucun dialecte polynésien ne fait une distinction entre les consonnes beip, d et /, geXk^l et r, ni entre v et «?. En outre, l est souvent prononcé comme d^ et t comme k. En finnois la distinction entre k^t^p^ et entre ç, d, b, est relativement moderne et due à l'influence étrangère.

« Cette confusion de deux consonnes dans un même dialecte, dit Max Muller, me semble être un caractère propre des plus humbles catégories de langues, et rappelle l'absence d'articulation aux degrés inférieurs du règne animal. »

La comparaison même des différents groupes linguistiques entr' eux de la famille indo-européenne, nous permet de remonter à un temps où les trois consonnes A, ^ p, étaient encore confondues dans le langage Aryen.

Je vous ai déjà aussi parlé de cette confusion si fréquente de / et de r, même de nos jours, et que nous pouvons constamment observer aussi dans le babil enfantin.

Le groupement de deux consonnes ou plus est tout i fait incompatible dans certaines langues, tout comme pour les organes encore peu exercés de jeunes enfants.

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Aussi dans tous les dialectes polynésiens, dit M. Haie, chaque syllabe doit se terminer par une voyelle, et on n'y entend jamais deux consonnes sans qu'elles soient séparées par une voyelle. Cette règle ne souffre aucune exception, quelle qu'elle soit, et c'est principalement à cette particuliarité qu'il faut attribuer la douceur de ces langues. Les plus longues syllabes n'ont que trois lettres, savoir : une consonne et une diphthongue, et beaucoup de syllabes sont formées d'une voyelle seule K

Dans toutes les langues de l'Afrique méridionale, les syllabes ne peuvent jamais se terminer par une consonne, mais par une voyelle, soit pure, soit nasale. Les exceptions, comme le fait remarquer Max MuUer d'après Bleek et Hahn, ne servent qu'à confirmer la règle, car elles sont limitées à des cas où la chute de la voyelle finale, qui est en général extrêmement brève et presque indistincte, a laissé des consonnes à la fin des mots. Nous trouvons un phénomène analogue dans la phonétique des dialectes néo-latins ainsi que dans beaucoup d'autres.

c La principale particularité de la syllabisation dravidienne, dit M. Caldwell, c'est son extrême simplicité et son éloignement pour les consonnes composées ou juxtaposées ; et ce caractère distingue le tamoul, le plus anciennement cultivé de tous les membres de la Camille, à un degré plus marqué qu'aucune autre langue dravidienne.

c En telinga, en canara et en malayalam, la grande majorité des mots dravidiens, c'est4-dire des mots qui ne sont ni dérivés du sanscrit ni altérés par suite d'influences sanscrites, et en tamoul tous les mots sans aucune exception, y compris même les dérivés sanscrits, sont divisés en syllabes d'après le système suivant. Les consonnes doubles ou b*iples au commencement des syllabes, comme str dans stretiçth (force), sont entièrement inadmissibles. Une consonne simple peut seul être mise au commencement, non seulement de la première syllable, mais encore de toutes les syllabes suivantes. Si, au milieu d'un mot, composé de plusieures syllabes, une syllabe finit par une consonne et que la syllabe suivante commence par une autre consonne, il faut que ces deux consonnes contiguës soient assimilées euphoniquement, ou sinon qu*il y ait insertion d'une voyelle. A la fin d'un mot, des consonnes doubles ou triples, comme çth dans strengiht sont

* Bâle, Po/ytieiiam Qrammar, M. Ilollerop. ciï.

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aussi inadmissibles qu*au commencement. En telinga et en canara il faut que chaque mot finisse par une voyelle ; en tamoul les mots peuvent être terminés soit par une voyelle, soit par une semi-voyelle, comme l ou r, soit par une seule nasale, comme n ou m. On voit tout de suite combien cette manière de former les syllabes, diffère de celle qui est suivie en sanscrit.

« I est la voyelle généralement insérée entre les consonnes qui, autrement, se trouveraient contiguës, comme on peut le voir par les mots sanscrits, adoptés en tamoul. Quelquefois u prend la place de Yi. Ainsi, la préposition sanscrite pra est changée en pira dans les dérivés composés qui ont passé en tamoul; tandis que Krishna devient Kiruttina-n (tt au lieu de sh)^ ou même Kittîna-^i. Même des réunions aussi douces de consonnes que les mots sanscrits dya, dva^ çya, etc., sont séparées en tamoul, où nous trouvons cHya^ diva et giya ». ^ Du reste, ces phénomènes sont très communs dans le développement linguistique d*une manière générale, et ne sauraient s'expliquer autrement que par des raisons physiologiques.

Les langues inférieures sont encore aussi pauvres dans le nombre des idées, que dans le nombre des mots. On peut observer que la plupart des langues rudimentaircs n'ont à leur service qu'un nombre fort restreint de vocables, puisqu'elles sont forcées de recourir aux gestes et à l'intonation musicale pour exprimer les idées, confuses et pauvres eu même temps. Des observateurs affirment que la plupart de nos paysans en Europe, ne connaissent, d'ailleurs, pas plus de 300 mots. Les peuples plus inférieurs n'en ont certes pas autant à leur service.

Les Botocudos du Brésil, se servent du même mot (lour désigner une série d'objets de nature différente. Ils appellent, par exemple, tschohn^ un arbre, une solive, une branche, un éclat de bois; le mot pOy leur sert, à la fois, pour dire : pied, main, doigt, orteil, ongle, talon, etc. Le langage des Australiens compte à peine quelques centaines de mots. D'autre part, il manque absolument des termes exprimant des idées générales; ils ont, par exemple, un mot pour désigner chaque arbre en particulier ; ils n'en ont pas pour dire arbre en gi-néral. La'plupart des langues des peuples sauvages se trouvent dans les mêmes cas : elles manquent de ces termes qui servent à exprimer les propriétés communes que les choses ont entre elles.

' Caldwell, Dravldian Comparative Grammar, Max. Maller, op, cU,

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Le langage des Yeddhas (Ceyian), est très pauvre. A peine s*U possède les mots strictement nécessaires pour nommer les objets et les choses qui entrent dans les besoins de la vie ordinaire : ils communiquent entre eux plus particulièrement par des signes et des grimaces.

Selon Spix et Martius, les tribus Brésiliennes ont des mots pour indiquer les différentes parties du corps et les animaux et les plantes qu^ils connaissent bien; mais les termes tels que : «couleur, ton, sexe, genre, esprit, » leur font absolument défaut.

Si nous rapprochons tous ces différents faits, concernant l'état plus ou moins rudimentaire des langues inférieures d'aujourd*hui^ des différentes phases par lesquelles passe tous les jours sous nos yeux le langage de nos enfants, nous pouvons certainement, je le répète, inférer les lois générales du développement et établir les lignes principales de révolution.

En effet, toutes ces particularités phonologiques et phonétiques; ces différent degrés de perfectionnement de Tart de la parole dans les différentes langues rudimentaires, nous les avons trouvés complètement dans les étapes évolutives du babil enfantin. Les procédés et les moyens par lesquels le langage s'est élevé du simple au complexe, sont identiquement les mêmes dans l'évolution phylogénique et révolution ontogénique.

Homogénéité et inarticulation des premiers cris ; emploi de plus en plus conscient et volontaire des gestes et des mouvements expressifs pour extérioriser les sensations; caractère musical des premiers phonèmes ; lien étiologique entre le ton émotionnel et le geste; entre le ton émotionnel, le geste et la signification, c'est-àdire ridée.

Puis, par le principe d'association, principe étroitement uni au développement cérébral, les sons plus ou moins articulés, plus ou moins musicaux, les gestes et les mouvements expressifs, répétés plusieurs fois, finissent par se fixer, par s'attacher aux différentes sensations éprouvées et se reproduisent toujours après, chaque fois que la même sensation se présente ou se représente de nouveau.

€ Les actes de conscience, dit Herbert Spencer, en connexion avec les actes nervo-musculaires, passent naturellement par des pliases parallèles; le progrès accompli de l'enfance à la maturité, fournit chaque jour la preuve que les changements qui, au point de vue physique, sont des opérations nerveuses, et au point de

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