‹ La glossologie: essai sur la science expérimentale du langageChapitre 5 sur 30 · DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LEÇON

De rimportance du langage pour rhistoire

naturelle de l'homme.

Le tndt caractéristique de Thomme est la faculté du langage. — L^ethnographie contemporaine donne la priorité au langage pour une classification scientifique des races humaines. — Application de la doctrine gtfn^ogique et de la thëorie de révolution à la vie des langues. — N^oessit^ de Tëtude des langues pour la classification des races humaines et Thistoire de leur développement. — La psycologie considéra comme une branche de la biologie. — Confirmation de la théorie de révolution par la glossologie. — L'étude morphologique des langiies. — Importance du langage dans Tétude des phénomènes historiques.

Messieurs, pour Justifier saffisamment le titre de cette leçon, il nous suffira de constater que le trait distinctif de l'humanité, le caractère particulier à l'homme , est l'usage de la parole : rhomme n'est homme qu'à condition de parler.

Il serait trop long d'énumérer le grand nombre de savants qui ont émis cet axiome ; il est aujourd'hui partout accepté ; et, chose plus importante encore pour nous, il est unirersellement admis en biologie. Les anthropologistes, en France, n'ont point agréé le nom de homo primigenius pour rendre le terme iiAlalus ^ ou Pitîiecanthropus *, et ils se bornent à l'appeler le Précurseur de rhomme.

Que le langage articulé soit le trait caractéristique de l'homme, il n'est nul besoin de le démontrer, et, dans notre prochaine séance, J'aurai souvent l'occasion de revenir sur ce point, en étudiant plus particulièrement cette importante faculté.

* A/o/ia. Homme privé de la parole.

* Piihecanthrapuit Homme simien .

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Mais, cette thâorte une fois admise, nous sommes forcément conduits à la regarder comme la plus importante et la plus propre & na classement rationnel, dans l'étade de l'bistoire naturelle.

En effet, tonte autre méthode pour la distinction des diversee races et espèces humaines présente des difficultés et des inconvénients pareils à ceux que rencontrent les zoologistes et les botanistes, pour les espèces animales ou végétales. Si, pour ceuxci, les types les pins dissemblables en apparence sont reliés entre eux par une série de formes intermédiaires, de même, avec les moyens employés généralement pour le classement des races humaines, il est impossible de distinguer parfaitement l'espèce de la race.

On se base ordinairement pour classer les races, soit sur la nar ture des cheveux, soit sur la forme du cr&ne, soit sur la couleur de la peau. D'après Blumenbach, dont la théorie est généralement admise, le genre humain se partagerait en cinq grandes familles, qui sont : 1° la race nègre ou éthiopique ; 2° la race brune ou malaisienne; 3°laracejauneoumongolique; 4° les races rouges, indigènes de l'Amérique', et &* les races blanches caucasiques ou méditerranéennes. Ici encore, les différences sont asses tranchées; mais où la confusion arrive, c'est lorsqu'on rentre dans la subdivision et le classement d'après la nature descheveux et la conformation du crâne. On a beaucoup travaillé, ces dernières années, pour établir une classification d'après ces principes; mais on n'est pas arrivé, que Je sache, à des résultats concluants.

Il n'en est pas de même pour ce qui concerne le langage ; par l'étude des langues, on peut non-seulement trouver une classification facile, en espèces et sous-espèces (tout comme pour les végétaux et les animaux), en langues dialectes et sons-dialectes ; mais, ce qui est de la plus grande importance encore, il est possible de chercher à établir sur des bases plus solides la place du phylum humain dans l'histoire générale des êtres oi^nisés. Car A, dans la période historique des peuples, les langues peuvent ne plus correspondre aux races, ce phénomène n'a dû, vrai-

■ On donne gtfn^nlement nus indigène* de l'Amérique le nom d'Iuilien», ft cftiue de l'erreur commise par Chrittophe Colomb qui, lorsqu'il découvrit le Nouveau Monde, se croyait dans les ladei (Aaie), dont il cherchait la roule directe.

POUR L*HTSTOIRE NATURBLLE DE L*HOMMB 21

semblablement^ se produire que lorsqu'on est entré dans cette période de révolution, que la plus grande partie des groupes humains n'a pas atteint, et qui est infiniment plus courte, jusqu'à nos jours, que les périodes précédentes de notre développement.

Le célèbre linguiste viennois, Friedrich Millier, est un des premiers qui aient compris cette importance du langage ^

Ernest HsBckel, dans son Histoire de la création des êtres organisés diaprés les lois naturelles^ accepte aussi cette manière de voir, et pense que c'est à bon droit que Millier donne la priorité au langage ; il place en seconde ligne la nature des cheveux, caractère morphologique, dit-il, rigoureusement transmissible par hérédité K

Il réunit en cinq grandes familles ou tribus, Lophocomes, Eriocomes, EuthycQmeSy Euplocames et métis, les douze espèces et trente-six races humaines de son tableau taxonomique.

Parmi ces douze espèces, les Ulotriques représentent les quatre inférieures, les Lissotriques les huit supérieures. Les Ulotriques se subdivisent encore en Locophomi et Eriocomi ; les premiers ont la chevelure en touffes, les seconds en toison. Ces deux types sont caractérisés par une chevelure laineuse; chaque cheveu considéré isolément est aplati et a une section transversale elliptique. Les Lapons et les Hottentots sont lophocomes; ils ont les cheveux distribués irrégulièrement en touffes. Les Eriocomes, comprenant les Nègres et les Caffres, ont, au contraire, la chevelure laineuse, distribuée régulièrement sur tout le cuir chevelu. Les Lissotriques, qui comprennent les huit races supérieures, n'ont jamais la chevelure vraiment laineuse, même chez les individus qui, par exception, l'ont crépue. Chaque cheveu, pris isolément, est cylindrique et a, par conséquent, une section transversale circulaire. Les huit espèces de Lissotriques se partagent aussi en deux groupes distincts : l'un qui a les cheveux droits, l'autre qui les a bouclés. Au premier groupe, dont la chevelure est tout à fait lisse et droite, apprtiennent : les Mongols, les Malais, les Australiens, les Esquimaux et les Américains. Les

• Friedrich Mûller. Ethnographie (Reise der œsterreichischen Fregaite Novara. Anthropologischer Theil, III Abtheilung). In-quarto, Vienne,

' Ernest Hœckel, Histoire de la création des êtres organisés d'après les lois naturelles. Traduction du docteur Charles Letourneau. Paris, Reinwald, 1874.

22 DB l'importance du lanoaob

hommes à cheveux bouclés, chez qui la barbe est aussi plus touffue, comprennent les Dravidiens, les Nubiens et les Méditerranéens.

Mais, entre les uns et les autres, les différences sont parfois imperceptibles et, en conséquence, n'offrent pas une base solide pour un classement rigoureusement scientifique. Ainsi, Hœckel est le premier à reconnaître que nulle donnée n*offï*e autant de facilité ni n*est plus typique que le langage pour une classification rationnelle.

Darwin dit aussi que le langage articulé est le caractère dîstinctif et spécial de l'homme, bien qu'il puisse, comme les autres animaux, exprimer ses émotions par des gestes et des cris inarticulés ^.

Quant aux données crAnologiques, elles ne nous offrent point non plus la certitude ni l'évidence nécessaires pour établir une différence assez nette dans un classement méthodique des races humaines.

Sous le rapport crânien, on peut fiEu^ilement reconnaître deux types opposés : les tètes longues et les tètes courtes. Chez les hommes à tète longue (Dolichocepfialf)^ dont les Australiens et les Nègres nous représentent les types les plus accusés, le crâne est allongé, étroit, comprimé latéralement. Chez les hommes à tête courte (Bachicep?uili), au contraire, le crâne est large et court, comprimé d'avant en arrière, comme on le voit du premier coup d'œil chez les Mongols. Entre ces deux extrêmes se placent les tètes moyennes (Mesocephalf) ; c'est surtout le type crânien des Américains. Dans chacun de ces trois groupes, il y a des Prognates (Prognathi), chez qui les maxillaires font saillie en avant, rappelant le museau des animaux ; alors les incisives sont dirigées obliquement en avant. Il y a aussi les Orthognates (Orthognathi)^ chez qui les maxillaires sont peu saillants et les dents incisives perpendiculaires.

Mais, je le répète, ni la forme du crâne ni la nature des cheveux ne sont des signes suffisamment précis pour un ordre rigoureux de classification ; les formes intermédiaires sont fréquentes, et même ces différents caractères se confondent souvent entre eux, de sorte qu'il est impossible de distinguer parfois l'espèce de la sous^spèce, la sous-espèce de la race, et ainsi de suite.

< Charles Darwin, La Descendance de l'homme et la sélection seomelle.

POUR l'histoirb naturelle de l'homme 23

Par contre, le système des langues parait être, à bon droite le système naturel, car la plus haate activité de l'homme, l'activité intellectuelle, se trouve intimement liée au développement du langage.

n est évident que si le langage articulé a été, comme je le démontrerai plus tard, le principal agent du haut développement que nous avons atteint, et qui nous a séparés d'une manière si radicale de nos ancêtres discoplacentaUens, si le langage articulé est le trait distinctif et caractéristique de l'humanité, parce que c'est là la seule différence qu'on puisse établir entre les hommes moins doués et les anthropoïdes, la classification linguistique s'impose d'elle-même au premier chef. Tous les autres caractères disUnctifs des races ne peuvent venir qu'après.

Pour ne citer qu'un exemple qui nous est bien connu, les Basques et les Magyars, qui, au point de vue physique, présentent les mêmes caractères de race que les Indo-Européens, sont, en ce qui concerne leurs langues, absolument en dehors de la grande famille aryenne. Les langues parlées par ces deux peuples se trouvent à un degré inférieur de développement, tandis que la Cetmille linguistique indo^uropéenne est arrivée à une organisation de beaucoup supérieure.

Mais, comme dit très-bien A. Schleicher, « le langage n'est pas seulement important pour la construction d'un système naturel scientifique de l'humanité, telle qu'elle se montre maintenant à l'observation, mais encore pour l'histoire de son développement ^ »

Pour le linguiste, aujourd'hui, l'évidence saute aux yeux lorsqu'il étudie ce qu*on est convenu d'appeler la vie des langues. Les langues les plus élevées en organisation n'ont pu atteindre d'un seul coup le degré de développement qu'elles ont à notre époque, et quelques-unes d'entre elles seulement, dans la lutte générale pour l'existence, sont parvenues à l'obtenir.

D'autre part, l'étude morphologique des différentes langues ou familles de langues nous montre encore comment elles se sont développées du sein d'organismes très-simples, rudimentaires, je pourrais dire amorphes. Car il est facile de constater, même dans notre langage à nous, dans les langues indo-européennes arrivées à un degré très-analytique, les restes d'un autre état

* Aogustd Schleicher, De l'importance du langage pour l'histoire natu^ relie de l'homme»

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antérieur, primitif, rudimentaire, et dont elles n'ont pu ou su se défaire, faute de moyens de substitution. Ce processifs linguistique, ce devenir perpétuel et permanent de la vie du langage humain, nous le traiterons particulièrement aussi en son lieu et place, et nous nous bornerons pour le moment à établir comment il est nécessaire pour l'histoire naturelle de l'humanité.

Pour revenir à l'idée esquissée par le grand maître de la glottique allemande, Schleicher, je dirai que l'étude de la science du langage est non-seulement de la première importance pour une classification rationnelle du genre homme, mais aussi pour l'histoire de son développement.

On s'est aperçu, ces derniers temps, que le développement du langage coïncidait souvent avec le développement intellectuel des peuples, et que l'histoire du langage pourrait très-bien être considérée comme le principal phénomène de la vie historique.

Quand nous voyons des races très-bien douées physiquement ne pas se montrer susceptibles d'atteindre certains degrés de développement, et, par conséquent, incapables d'entrer dans le concert général de la civilisation ; quand nous voyons toute tentative, de la part des autres plus heureuses et plus favorisées, pour les perfectionner, rester toujours sans résultat ; quand nous considérons les longs espaces de temps pendant lesquels les peuples sans culture sont restés dans un état stationnaire, ou, ce qui est pire encore, sont entrés dans la période de métamorphose régressive; quand l'étude morphologique et synthétique nous montre que leurs langues ne peuvent atteindre un degré plus élevé en organisation, et qu'elles se sont arrêtées dans leur développement, on est conduit à considérer le langage comme le premier agent de l'élévation dans nos facultés intellectuelles, et à penser que les peuples les moins doués sous ce rapport, dans la lutte et le combat général, ont dû infailliblement périr et disparaître de la scène du monde.

L'histoire du langage doit donc nous apprendre et nous déterminer les lois qui ont présidé aux phénomènes historiques, et les causes principales de notre évolution sociale , dans ce flux et reflux de l'apparition et de la disparition des peuples.

Et c'est là le grand avenir et le grand rôle qui sont destinés à notre science. La vie des langues étant le monument vivant de la vie des peuples, il sera très-facile de suivre l'ensemble des phé-

POUR L^HISTOIRB NATURELLE DE L*HOMMB 2&

nomènes qui doivent relier la zoologie à rethnographie et la biologie à Thistoire.

4t Rien n*a dû ennoblir et transformer les facultés et le cerveau de l'homme autant que l'acquisition du langage. La différenciation plus complète du cerveau, son perfectionnement et celui de ses plus nobles fonctions, c'est-à-dire des facultés intellectuelles, marchèrent de pair et en s'influençant réciproquement avec leur manifestation parlée. C'est donc à bon droit que les représentants les plus distingués de la philologie comparée considèrent le langage humain comme le pas le plus décisif qu'ait fait l'homme pour se séparer de ses ancêtres animaux. Là se trouve le traitd'union de la zoologie comparée et de la philologie comparée ; la doctrine de l'évolution met la dernière de ces sciences en état de suivre pas à pas l'origine du langage.

« Cet intéressant problème de l'évolution du langage a été attaqué récemment de divers côtés et avec bonheur. Wilhelm Bleck , qui étudie depuis dix-sept ans , dans l'Afrique méridionale, les idiomes des races humaines les plus inférieures, a particulièrement contribué à résoudre la question. De son côté, A. Schleicher a montré, conformément à la théorie de la sélection, comment, sous l'influence de la sélection naturelle, les diverses formes du langage se sont subdivisées en nombreuses espèces et sous-espèces, tout comme les autres formes et fonctions organiques ^ »

Ce n'est pas tout : le langage articulé n'a pas été seulement le principal ressort et le plus grand agent de notre développement intellectuel, il en est devenu ensuite la manifestation la plus puissante et la plus expressive ; et, l'effet réagissant ici comme toujours sur la cause, notre élévation intellectuelle a perfectionné le langage, comme le langage perfectionne et développe continuellement notre cerveau et ses facultés.

Si, dans l'état actuel de nos connaissances, il nous était possible de déterminer et de constater les lois fondamentales qui président aux phénomènes de notre vie sociale, nous apercevrions sûrement, comme cela arrivera bien un jour, le rôle important que joue le langage dans nos progrès incessants et continus.

Les grandes idées, les systèmes philosophiques, les théories de tout genre ont eu besoin d'une langue expressive et qui leur soit

> Ernest H»ckel. Op. cit.

28 DE l'importance du langage

C*est déjà une très-grande chose, et pour laquelle nous pouvons louer notre siècle, que d*ayoir accepté généralement une méthode sûre et positive d'exploration et d'investigation scientiflques, la méthode expérimentale, la méthode de rigoureuse observation et de détermination des phénomènes biologiques ; mais il nous fout encore, pour écarter tous les obstacles et pour marcher plus vite, si c'est possible, laisser derrière nous tout ce qui est inutile et tout ce qui, en embarrassant l'esprit, peut augmenter la difficulté de la tâche.

C'est là le point délicat et le plus difficile pour ceux qui, sincèrement, se vouent au sacerdoce des idées nouvelles, car il faut savoir tenir compte de ce qui est digne d'attention et d'étude, et ne pas se laisser éblouir par des systèmes imaginaires, de même qu'il ne faut pas repousser a priori aucune abstraction, quelque absolue qu'elle soit.

L'étude physiologique du langage nous réserve peut-être, je ne dis pas aujourd'hui, mais dans un avenir prochain sûrement, quelques surprises heureuses.

Pour les partisans surtout de la doctrine généalogique et de la théorie de l'évolution, elle sera, comme je l'ai dit tout à l'heure, un renfort puissant et un collaborateur sérieux, car elle viendra fournir un grand nombre de preuves nouvelles et accumuler une nouvelle série de faits chorologiques de très-facile constatation.

En effet, si par l'anatomie comparée et par la physiologie nous pouvions reconstituer cette embryologie de la parole et nous rendre un compte exact de sa constitution et de sa formation mécanique, cette importante partie de l'histoire naturelle de l'homme viendrait confirmer pleinement l'heureuse hypothèse de la théorie darwinienne.

Nous verrons, dans le cours de ce travail, que le langage humain ne doit pas être considéré comme une création spontuiée et d'un seul coup, mais bien comme le résultat d'une longue série de perfectionnements successifs de l'organisme.

Donc, c'est à l'organe lui-même qu'il serait prudent de demander, en premier lieu, le secret des causes déterminantes (cavtsœ efficientes)^ de l'apparition et du développement du langage.

Tout le monde sait aujourd'hui que la fonction de n'impori;e quel organe, cerveau, muscles, appareil digestif, etc., dépend absolument de la constitution particulière de cet organe. Or, le langage, pour nous, n'est autre chose que l'activité physiologique

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résultant de certaines conditions particulières à la conformation du cerveau et des organes de la parole.

Toute autre manière de concevoir la faculté du langage, quelque ingénieuse qu'elle soit, doit être écartée comme anti-scientifique; et il est regrettable que des spéculations pour le moins naïves, et des conceptions vieillies et dépassées dans l'état actuel de la science, dirigent encore nos études dans une voie absolument fausse.

La doctrine généalogique ne pourrait recevoir de confirmation plus éclatante, quant à. la descendance de l'homme et à sa consanguinité simienne, que celle qui pourrait provenir de la démonstration, par l'embryologie du langage, de l'existence de ce type intermédiaire chez lequel la parole n'a dû être que le cri inarticulé. L'embryologie du langage viendra certainement nous démontrer l'exactitude de cette hypothèse, fondée sur l'ensemble des déductions logiques que nous présentent les travaux des savants naturalistes dont j'ai déjà parlé ^

L'importance de cette science est donc évidente pour l'histoire naturelle de l'homme : l"" parce que le langage répond beaucoup mieux que tout autre signe caractéristique à une classification rationnelle des diverses races et espèces humaines ; 2? parce que l'histoire du développement du langage peut être considérée comme l'histoire même du développement de l'homme ; 3"* parce que cette science est appelée, je ne dirai pas à résoudre le problème des origines» — la chose est jugée, — mais à démontrer, en ce qui la concerne, l'hypothèse avancée par les sciences naturelles de notre époque ; 4? parce que le langage étant la manifestation intime de nos fonctions organiques supérieures, il doit nécessairement nous montrer la marche de notre activité intellectuelle, et nous expliquer les principaux phénomènes de notre développement historique.

' Voir principalement :

Lamark, Philosophie zoologique, Paris, 1873.

Cari Yogt, Leçons sur l'homme,

Ernest Hœckel, Histoire de la créeUion des êtres organisés, Paris, Reinwald, 1874.

Th. Huxley, Evidence de la place de V?iomme dans la nature. Londres,

Gh. Darwin, La Descendance de V homme et la sélection sexuelle, Paris, Reinwald, 1874.

Ch. GegenbBiur, Principes d'anatomie comparée, Paris, Reinwald, 1874.

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