L. BUchner, L'Homme selon la science, Paris, Reinwald
32 DE l'importance ou langage
partie n'a pas pu y parvenir et s'est éteinte tout comme les autres formes ancestrales organiques.
Le langage, d'autre part, dans cette lutte pour l'existence et le progrès, n'est pas arrivé à constituer une faculté de l'homme qu'après une longue série d'essais et de tentatives plus ou moins heureuses, dépendant du milieu, du climat et des conditions physiologiques de différents groupes ou espèces humaines. L'irréductibilité des familles linguistiques est pour nous une preuve évidente de la multiplicité originaire des langues, parmi lesquelles un petit nombre seulement est parvenu à un développement supérieur.
Les rapprochements qu'on peut faire à ce sujet entre l'évolution du langage et l'évolution organique sont nombreux, avec cet avantage cependant en faveur de la glossologie, que les monuments linguistiques de vieilles formes éteintes sont beaucoup mieux conservés que ne l'est le matériel paléontologique de la zoologie.
L'étude comparée des langues nous a permis, en effet, de rétablir scientifiquement des langues éteintes depuis longtemps, et desquelles nous avons pu inférer l'existence des peuples qui les ont parlées, avec beaucoup plus de certitude et de précision que la zoologie ne peut le faire pour les espèces avec les os fossiles des vertébrés.
L'importance du langage est donc d'une évidence incontestable, si nous voulons suivre l'histoire de notre développement en nous appuyant sur des faits certains.
L'examen des formes linguistiques nous apprend encore que toutes les langues ont dû passer nécessairement par diverses périodes évolutives caractérisées par des procédés différents dans la construction mécanique du langage.
En effet, c'est surtout au point de vue morphologique que l'étude du langage a ikit le plus de progrès à notre époque.
Auguste Schlegel a été le premier qui ait divisé toutes les langues en trois groupes différents, division fondée sur leur structure particulière ^.
A. Schleicher et M. Millier Tout acceptée et largement développée après, et la plupart des linguistes contemporains suivent ce même principe dans tout classement méthodique. Ainsi toutes les
* Benfey, Oeschichte, etc. , p. 366-07.
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langues se trouvent ramenées à ces trois groupes morphologiques essentiels : le nionosyllabisTne, Y agglomération ou agglutination et la flexion.
Dans les mots, on distingue généralement deux parties, une radicale et une dite formelle. La première exprime ou représente une idée, la seconde détermine cette idée ; l'une nous donne Tidée d*un objet, l'autre nous représentera la détermination des rapports. « Les êtres et les relations des êtres dans le monde objectif, dit Domenico Pezzi, les concepts et les rapports de ces concepts dans le monde intellectuel, les racines et les rapports dans le monde du langage se correspondent, en tant que le langage est rexpression de l'idée et celle-ci Timage de Fobjet. »
L'étude analytique du langage a permis de pouvoir distinguer rélément radical de l'élément déterminant ; et par les rapports de ces deux éléments entre eux, qu'on peut concevoir de trois manières différentes, on a établi logiquement trois classes de langues. Le monosyllabisme primitif serait la forme la plus simple du langage. Cest la simple cellule, comme disent beaucoup de linguistes, la simple racine invariable et inflexible. L'unité du mot est essentiellement simple, pour ainsi dire anorganique. Les racines viennent se placer les unes à la suite des autres, d'après la formule d'Auguste Schleicher^ R+R+R, etc.
Il n'y a encore dans cet état ni suffixes ni préfixes; point d'éléments de relation ; le sens est vague et indéterminé comme, par exemple, l'infinitif de nos verbes ; pas de grammaire proprement dite, puisqu'il n'y a ni genre, ni nombre, ni propositions, ni conjonctions. Tout se réduit à une simple syntaxe, et c'est par la place que le mot occupe dans la phrase qu'on distingue la valeur et qu'on détermine sa qualité de sujet ou de régime, d'adjectif ou de substantif, de nom ou de verbe.
Tels sont aujourd*hui, par exemple, le chinois, Yannamite, le siamois, le birman, le tibétain, le pegou de la Birmanie anglaise et le kassia au sud de TAssam. Ces langues, classées dans un seul groupe, d'après leur caractère morphologique, sont cependant entièrement différentes entre elles, et on ne saurait pas les réunir ni les réduire à une famille ou à une origine commune.
Dans le second groupe, qu'on appelle souvent d'une manière différente agglomérant ou agglutinant, sont classées les langues dont le besoin de détermination a fait déjà réunir dans le mot