‹ La glossologie: essai sur la science expérimentale du langageChapitre 7 sur 30 · DE L'IMPORTANCE DU LANOAGE · texte numérisé non relu

DE L'IMPORTANCE DU LANOAGE

les éléments de relation qui prennent place avant ou après la rar cine principale, qui porte la signification et qui reste invariable. Cette racine est la substance du mot qui n*a point été attaquée par la corruption phonique, tandis que les autres racines décomposées viendront se joindre à elles pour déterminer des modes d'être ou d'action de cette racine primordiale.

Si rélément de relation se trouve placé devant la racine restée invariable, il est appelé préfixe; s'il se trouve après, stiffixe; si au milieu, in/ixe, et on leur donne le nom général d'affixes.

Pour plus de clarté, nous dirons que, dans l'évolution linguistique, certains mots-racines ou racines-mots seuls survivent dans la lutte pour l'existence, et que les autres, moins doués, viennent se joindre à eux, conservant toujours un sens propre, mais de relation, maintenant envers l'élément essentiel qui porte la signification.

On ne peut dire que dans cette période les langues aient encore de véritable grammaire. Le mot est un composé d'éléments divers sans unité réelle, et cet état ne démontre que les efforts du langage pour arriver à une organisation supérieure.

Cependant, de toutes les langues connues, les langues agglutinantes, qui forment pour ainsi dire la seconde couche du langage articulé, le second groupe du classement morphologique, sont les plus nombreuses et les plus variées; elles sont parlées par des peuples très-différents, monoglottiques ou polyglottiques, sans qu'on puisse donner non plus aux différentes familles une origine commune.

Ce sont les langues des Hottentois^ des Nègres africains^ des Boschimans, des Cafres^ des Pouls, des Nubiens, des Attstraliens, des Negritos, des Papous (Homo PapuaJ. Le système des langues Maléo-Polynésien, le Japonais et le Coréen. Dans le sud de l'Inde, il y a les langues dravidiennes (objet de recherches nombreuses dans ce moment), le groupe oijcralo-altaïque, en Asie, et le basque, en Europe, dans les Pyrénées-Orientales. Il y a encore d'autres langues appartenant au système agglutinant et qui ne sont pas classées. Ce sont : Vélou, le m^unda, le brahoui, ainsi que la prétendue langue scythique et la langue de la seconde colonne des inscriptions cunéiformes ^.

Les langues qu'on appelle polysynthétiques , olophrastiques

« Abel Hovelacque, La Linguistique» Paris, Reinwald* 1877.

POUR L mSTOIRB NATURELLE DE L*HOMBiB 35

et incorporantes sont encore nne variété des langues agglutinantes, parlées par la plupart des peuplades de rAmérique.

La troisième forme ou troisième groupe morphologique est celui des langues dites organiques^ amalgamantes ou inflectives; langues i fleooion.

Dans la période première, c'est-à-dire dans le monosyllabisme, la racine et le mot ne font qu*un corps ; la phrase n'est autre chose qu'une succession de racines monosyllabiques isolées, ne donnant le sens que d'après l'ordre sjmtaxique.

Dans la seconde période, ou soit l'agglutination, certaines racines, décomposées par la corruption phonique, viennent prendre le rAle d*une détermination comme simples afâxes, et ne servent plus qu'à exprimer les relations actives ou passives des racines qui sont restées invariables.

Dans la troisième période, les langues dites inflectives sont caractérisées par ce fait que la racine primordiale elle-même peut, en se modifiant aussi, exprimer les rapports qu'elle a avec les autres racines ou éléments phoniques dont le mot se compose. La corruption phonétique s'étend ici aussi bien sur la partie substantielle du mot que sur sa partie formelle.

Les langues o& les relations et les rapports peuvent être exprimés par la modification des racines elles-mêmes sont - les langues à flexion.

D'après Schleicher, nous aurions pour les trois formes la formule suivante :

Monosyllabisme : R-hR+R> ou bien R-hR+R-

Agglutination : R+s; p-hR> ou p+R+s, etc., etc.

Flexion : R*+8; P+R* ou p+R*+s, etc., etc.

Par R\ nous désignons une racine quelconque, susceptible de transformations régulières et capable dégradations iK>ur l'expression des rapports.

Mais, dans les langues à flexion, la partie formelle et la partie substantielle sont tellement confondues dans la synthèse du mot, qu'il est bien difficile de pouvoir les distinguer ni les reconnaître ; et il faut toute la sagacité et l'expérience du linguiste pour les découvrir.

Deux systèmes ou familles de langues sont arrivés à ce degré organique. Le système des langues sémitiques et celui des langues indo-européennes ; mais chacun est arrivé séparément et indépendamment, sans qu'on puisse leur attribuer une origine

36 DE l'importance du langage

commune. La flexion indo-européenne et la flexion sémitique sont radicalement différentes et forment, en conséquence, deux systèmes indépendants.

Ces trois formes différentes de langues monosyllabique, agglutinante et à flexion sont, d'après les plus grands linguistes de notre époque, les trois périodes de formation par lesquelles toutes les langues doivent passer avant d'atteindre le degré analytique qu'elles ont de nos jours.

On nomme la première période le stade de la racine ; la seconde, stade de la désinence ; la troisième, stade de la flexion. Toutes les langues ont dû passer par ces trois périodes, et un petit nombre d'entre elles seulement sont parvenues i atteindre la dernière.

Gela est prouvé par la tendance marquée des langues monosyllabiques à devenir agglutinantes, comme de cellesHsi aussi i passer à la flexion. Il est très-facile, d'autre part, de surprendre, comme le dit M. Mûller, dans les langues les plus parfaites en organisation, des restes de ces formes passées. Toutes les fois, ditril, que la flexion et l'agglutination ont été soumises à l'examen scientifique, il a été reconnu que la première dérivait d'une ancienne structure agglutinante et que la seconde avait pour origine une ibrme radicale antérieure. N'est-il pas démontré, en outre, que les afflxes étaient, eux aussi, des racines avant de devenir de simples éléments formels ? Peuton supposer une racine sans une signification qui lui soit propre, et cela ne nous conduitil pas à la forme isolante ^ ?

Le classement morphologique des langues a donné lieu, ces derniers temps, à bien des systèmes opposés de la part des linguistes et des philologues. Pott, Renan, Steinthal et d'autres encore n'ont point admis la classification que nous venons de passer sommairement en revue ; mais la plupart n'ont pu la remplacer par une autre qui soit meilleure.

Du reste, toutes les classifications, aussi bien dans les sciences naturelles que dans la glossologie, ne sauraient être que provisoires, car les progrès constants de chacune de ces sciences et la découverte de phénomènes nouveaux amènent forcément le besoin de nouvelles classifications pour simplifier et faciliter l'étude de la science.

* M. Muller, cit^par Pezii.

Page 1