‹ La glossologie: essai sur la science expérimentale du langageChapitre 8 sur 30 · POUR L*HISTOTRB NATURELLE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

POUR L*HISTOTRB NATURELLE DE L'HOMME

Steinthal divise toutes les langues en deux groupes : langues munies d'une forme et langues privées de formel. Il subdiyise aussi chacun de ces groupes en deux classes : langues isolantes et langues déclinantes et conjugantes; ces dernières se subdivisent encore en trois ordres morphologiques.

Mais, je le répète» on ne doit pas accepter aujourd'hui, d'une manière absolue, ces classifications ; nous espérons, au contraire, que la connaissance plus parfaite d'un plus grand nombre de phénomènes, ainsi que la découverte des lois et des principes que nous recherchons, nous procureront des moyens plus sûrs d'investigation, et nous donneront des bases encore plus selides.

Du reste, je ne saurais empiéter davantage sur la deuxième partie de ce travail, la morphologie du langage, qui ne rentre pas dans le cadre de ce cours. Dans cette seconde partie, nous étudierons, aussi attentivement que possible, les différents systèmes en présence, et nous tâcherons alors d'établir, d'après les bases que nous aura fournies V étude physiologique du langage^ Tordre de classification le plus conforme à l'état actuel de la science.

Mais, quelque genre de classement que nous suivions, le fait essentiel qui ressort suffisamment de ce que nous venons de dire, c'est que, pour l'histoire naturelle de l'homme, rien n'a plus d'importance que l'étude du langage.

Sans doute, l'anthropologie a besoin du secours des autres sciences naturelles. Ce n'est pas à dire que nous prétendions trouver par le langage une solution à tous les problèmes ni une explication de toutes les choses inexplicables ou inexpliquées; notre enthousiasme a ses bornes; mais on ne saurait nier le rôle important que la . glossologie doit avoir dans la science de l'homme.

La marche progressive de notre culture et de notre civilisation, en nous isolant de plus en plus du milieu cosmique et en nous rendant plus libres, à mesure que notre organisme se perfectionne et se développe, nous ouvre aussi des voies nouvelles d'investigations scientifiques, par lesquelles nous parviendrons certainement un jour à mieux connaître la loi des phénomènes et à transformer en forces domestiques les énergies de la nature dont nous avons pendant si longtemps subi l'influence fatale et presque

^ Steinthal, Der Ursprung der Sprache^ p. 130.

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absolue. Mais, pour cela, il nous faut connaître notre place dans la nature ; il nous faut avoir conscience de ce que nous sommes et ne pas rougir de nos modestes origines. Comme le dit Cari Vogt, il vaut encore mieux 6tre le descendant d'un singe perfectionné et perfectible que d'un Adam tombé par le péché et cour damné par le yice à une décadence honteuse.

Nous préférons à cette dernière théorie l'idée que le jeu de nos facultés supérieures n'est autre chose que le résultat d'un lent et progressif devenir du perfectionnement de nos organes»

La morale et la science ne peuvent qu'y gagner. Par là, notre éducation se dé£ût des préjugés naïfs, qui sont à coup sûr le plus grand obstacle au progrès de notre développement intellectuel.

Quant à nous, nous allons demander à l'anatomie et à la physiologie nos premières informations. Combien n'est-il pas plus noble pour nos facultés de concevoir modestement lé langage humain comme le résultat des efforts successifs des générations, et des succès remportés dans la lutte pour l'existence et le progrès, dans le perfectionnement graduel de notre espèce, que de supposer qu*il nous a été accordé comme un don céleste.

Qu'il me soit permis de terminer cette leçon par des considérations d'un autre ordre I

Les phénomènes historiques, eux aussi, sont soumis aux lois générales de la biologie, et il est évident que l'anthropologie et la zoologie comparées doivent un Jour modifier nos vues sur ce qu'on est convenu d'appeler, bien à tort, Vhistoire universelle. L'encadrement des faits plus ou moins réels, plus ou moins prouvés, ne pourra plus être considéré comme la science de l'activité sociale de l'homme, et il faudra nécessairement étudier l'évolution humaine d'une manière plus scientifique, en rattsr chant les faits à des causes et des principes rationnels.

Or, la science du langage, comme nous l'avons vu au commencement, doit nous éclaircir bien des points de la marche progressive, du stationnement ou de la décadence des peuples.

c De même, dit Auguste Schleicher, que nous pouvons voir certains peuples (les races indiennes du nord de l'Amérique, par exemple), rendus impropres à la vie historique, rien que par la complexité infinie de leurs langues, dont les formes sont véritablement pullulantes et condamnées, par conséquent, à la décadence et même à la destruction; de même aussi, il est liautement vraisemblable que des organismes en voie d'arriver à Thumanité

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