‹ La glycogénie animaleChapitre 14 sur 53 · DANS LA CIRCULATION · texte numérisé non relu

DANS LA CIRCULATION

De nombreuses expériences ont démontré que le sucre contenu dans le sang1 possède le pouvoir réducteur, qu’il est susceptible de fermenter et qu’il dévie le plan de polarisation à droite. Pour les expériences physiologiques, de petites quantités de sang sont suffisantes : il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit de déterminer la nature du sucre qu’il contient. Sur mon instigation des expériences furent instituées à cet égard dans le laboratoire du professeur E. Ludwig, à Vienne. On fit usâge de quantités considérables de sang de bœuf recueilli à l’abattoir; ce sang défibriné était versé dans de l’eau chaude, additionné d’un peu d’acide acétique et amené à se coaguler par une ébullition prolongée. La liqueur était filtrée sur de la laine et les coagulums exprimés ; le liquide obtenu en dernier lieu, mélangé avec la liqueur filtrée, était traité par l’ammoniaque. Le précipité obtenu était décomposé par de l’acide sulfhydrique, et après filtration réduit par évaporation dans le vide à 158 centimètres cubes. On dosait le sucre d’une portion du résidu successivement par réduction au moyen de la liqueur de Fehling titrée pour la glycose, puis par la fermentation, enfin au moyen du saccharimètre Soleil- Wentzke construit pour le dosage de la glycose. On trouva :

Par la fermentation de 20 cent. cub. de liqueur 39cc, 15 de gaz = 0,79 % de sucre

Par la réduction de la liqueur de Fehling — 0,81 —

Par l’appareil de polarisation comme raoyenn de trois séries d’observations — 0,75 —

Le liquide enlevé de l’eudiomètre et filtré réduisait faiblement encore la liqueur de Fehling. Les chiffres obtenus par les trois procédés concordent bien et ne permettent pas de douter que le sucre du sang est identique avec le sucre de raisin ou glycose.

Depuis longtemps les médecins et les physiologistes se demandaient si le sang renfermait du sucre. Les premières recherches à cet égard portèrent sur le sang des diabétiques ; quelques-uns y trouvèrent du sucre, d’autres en plus grand nombre refusèrent d’y croire. Plus tard on rechercha le sucre dans le sang d’animaux qui avaient été nourris avec des hydrates de carbone ; R. T. Thomson et Magendie trouvèrent vers la même époque (1845-1846) de sucre dans le sang d’animaux qui pendant plusieurs jours avaient été nourris exclusivement avec des féculents. Après la découverte de la glycogénie hépatique par Cl. Bernard, la recherche du sucre dans le sang fit l’objet de travaux de plus en plus nombreux. Mais, chose remarquable, les résultats obtenus ont été contradictoires jusqu’à une époque toute récente ; tandis que les uns trouvaient du sucre en quantité assez grande pour en faire un élément normal du sang, les autres n’en découvraient que des traces, et certains rejetaient d’une façon absolue la possibilité même de la présence du sucre dans le sang à l’état normal. Je disais que cette différence de résultats obtenus est chose remarquable; elle l’est en effet lorsqu’on songe qu’il est aujourd’hui aussi facile de démontrer la présence du sucre dans le sang que dans de l’eau sucrée ; cette divergence d’opinions fait vraiment l’effet d’une énigme. Maintenant que la question a reçu une solution satisfaisante, je ne ferai pas l’historique de toutes ces divagations; je me bornerai à indiquer le résultat de quelques-unes des recherches qu’elle a provoquées.

De même que ses recherches sur le sucre du foie, Cl. Bernard fit ses premières recherches sur le sucre du sang en se servant d’animaux sacrifiés. Plus tard seulement il a dosé le sucre dans le sang de chiens vivants, et comme résultat de ses nombreuses expériences, il a trouvé que la proportion de sucre du sang artériel oscille entre 0, 1 et 0, 25 p. 100. Toute teneur supérieure

SEPTIÈME LEÇON

est, selon lui, anormale et entraîne l’apparition de sucre dans l’urine. Cl. Bernard a fait ses dosages dans des conditions variées d’alimentation et a trouvé celles-ci sans aucune influence. La richesse sucrée, d’après ses recherches, n’est pas la même dans le système artériel et le système veineux. Yoici les résul-

tats qu’il a obtenus sur divers

animaux :

Artère axillaire.

Veine axillaire.

Artère fémorale.

Veine crurale.

Carotide.

Jugulaire.

Chauveau (1) a trouvé des différences analogues, quoique bien moindres, entre le sang artériel et le sang veineux de chevaux ; voici les chiffres obtenus par ce physiologiste :

Sucre p. 100 dans le sérum de la carotide.

Sucre p. 100 dans le sérum de la jugulaire.

Pavy, qui à l’origine ne trouvait dans le sang que des traces de sucre, fut plus heureux dans les expériences qu’il entreprit vingt ans plus tard. Comme moyenne de cinq analyses sur chiens, brebis et bœufs, il trouva (2) :

Page 1