ÉTAT ET AGE
Journalier. . ,
ans.
Vernisseur. .
Tapissier. . . .
Boulanger. . .
Relieur
Domestique .
Doreur
Laquais
Militaire . . . .
Mécanicien .
Deux fois j’eus l’occasion d’analyser le sang de malades à l’agonie, dont l’un était revenu de l’Inde avec des ahcès du foie, gros comme une noisette et qui avaient détruit une partie du foie, ainsi que le démontra l’autopsie. La proportion de sucre trouvée fut de 0,115 p. 100. Chez une femme atteinte de cancer du foie, je trouvai 0,096 p. 100.
Il est donc bien démontré que le sucre constitue un élément normal du sang ; quiconque éprouverait un doute n’aurait qu’à tirer 10 à 20 centimètres cubes de sang soit sur l’homme, soit sur un animal, et à faire le dosage d’après la méthode que j’ai indiquée. Il est bon de ne pas opérer sur plus de 50 à 60 centimètres cubes de sang, la désalbumination est ainsi plus facile, et l’on n’éprouve pas de difficulté à épuiser entièrement le coagulum. Il n’est pas douteux que quelques expérimentateurs ont trouvé de si faibles quantités de sucre uniquement parce qu’ils opéraient sur de grandes masses de sang et que la plus grande partie du sucre était restée enfermée dans l’énorme coagulum.
11 n’est pas moins certain que le sucre du sang est formé
dans le foie. Les analyses comparatives du sang de la veine porte et de celui des veines sus-hépatiques, faites en si grand grand nombre, nous apprennent que les veines hépatiques amènent constamment du sucre dans la circulation; et, preuve plus convaincante encore, les expériences de Minkowski, de Bock et Hoffmann, et les miennes, pratiqués après isolement du foie au moyen de la ligature, et sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir plus en détail, ces expériences, dis-je, établissent sous une autre forme que le foie est la seule source du sucre contenu dans le sanq.
Mes expériences ont montré que le sang des veines sus-hépatiques renferme presque deux fois plus de sucre que celui de la veine porte, et qu’en moyenne le sang se charge, dans le foie, de 0,1 p. 100 de sucre. Mais ce chiffre ne suffit pas pour nous donner une idée nette de l’importance de ce départ de sucre, en d’autres termes pour nous apprendre combien de sucre sort du foie dans l’unité de temps. C’est un chiffre qu’il est indispensable de connaître si l’on veut se rendre compte clairement du rôle que joue la fonction glycogénique du foie dans l’économie animale.
Mais pour déterminer ce chiffre, il faut savoir combien de sang passe dans le foie dans l’unité de temps. On a cherché par divers moyens à faire cette évaluation. Or deux facteurs entrent ici en ligne de compte : la vitesse du courant sanguin dans le foie et le volume de sang que cet organe peut contenir. Flügge (1) a reconnu expérimentalement que pour partir d’une veine mésentérique, traverser le foie et revenir, le sang met deux fois plus de temps qu’il ne lui en faut pour arriver d’une veine du corps, en passant par le poumon, dans l’artère correspondante. Cet auteur admet que la moitié du temps employé est nécessaire pour le passage du sang dans le foie ; en s’appuyant sur cette donnée et sur la capacité sanguine exacte du foie, il a calculé que chez un chien pesant 20 kilogrammes, par exemple, il passe dans le foie 720 litres de sang dans les vingtquatre heures.
(I) G. Flügge, Veber den Nachweis des Stoffwechsels in der Leber. Zeitschr. f. Biologie , Bd XIII.
SEPTIÈME LEÇON
Yoici comment s’y est pris Heidenhain (1) pour établi un calcul analogue : un chien de 8 kilogrammes possède 615 grammes de sang. La circulation de ce sang exige treize secondes. Le foie constitue la vingt-huitième partie du poids du corps. En admettant que la masse de sang en circulation se répartisse uniformément dans tout le corps, il passera par le foie en treize secondes 615/28 == 22 grammes de sang, soit en vingt-quatre heures 146sr,2. Heidenhain ajoute que, étant donné que le foie est plus riche en sang que tout autre organe, le chiffre calculé est plutôt inférieur que supérieur à la réalité. « Le chiffre de 22 grammes en treize secondes ou de lsr,7 en une seconde est inférieur à celui que von Basch a déterminé directement par des saignées ». Yon Basch n’indique pas le volume des animaux sur lesquels il a calculé la vitesse d’écoulement du sang.
Yon Mering (2) recueillit 240 centimètres cubes de sang de la veine splénique en une minute, ce qui donne pour les vingt-quatre heures 245*,6 de sang; partant de là, il évalua la quantité de sucre que le sang de la veine porte aurait pu entraîner de l’intestin. Le poids du chien n’est pas indiqué ; on lit simplement : « Chien un peu au-dessus de la taille moyenne. »
Réciproquement Bleile (3) déduit de la quantité de sucre introduite par l’alimentation et disparue de l’intestin en un temps déterminé, qu’en une minute plus de 380 centimètres cubes de sang ont dû passer de l’intestin dans le foie, ce qui fait 547!,2 dans les vingt-quatre heures. « Quoique nous ne puissions affirmer d’une manière certaine qu’une quantité de sang si considérable circule dans les parois de l’intestin d’un chien de 10k,5, nous ne pouvons douter de l’énergie du courant sanguin dans le système de la veine porte. »
J’ai cherché expérimentalement à établir la quantité de sang qui passe par le foie dans l’unité de temps, en m’efforçant tout d’abord de déterminer la quantité de sang qui passe de la veine porte dans le foie dans l’unité de temps. Ces expériences furent
(1) Heidenhain, Physiologie der Absonderungsorgane. Hermann* s Physiologie, Bd V.
(2) Loc. cit.
(3) Loc. cit.
faites en commun avec von Basch sur trois animaux préalablement curarisés pour éviter qu’ils ne se débattent et gênent ainsi l’écoulement uniforme du sang. L’abdomen était ouvert largement, le tronc de la veine porte cherché, puis un fil passé en dessous pour la lier, et la plaie suturée de manière à ne laisser passer que l’aiguille à ligature ; on y poussait ensuite une canule engagée dans la veine splénique exactement comme dans le procédé décrit plus haut pour recueillir le sang de la veine porte, enfin on liait la veine splénique. Le sang était recueilli dans des cylindres d’une capacité de 50 centimètres cubes, et on évaluait au moyen d’un métronome le nombre de secondes qu’il fallait pour remplir chaque cylindre. Le sang coulait en un jet rapide, qui ne perdit que peu de sa puissance dans la première minute. Graduellement et en proportion de l’épuisement de l’animal par la perte de sang, le jet se ralentit et il fallut plus de temps pour remplir un cylindre. Je pris la moyenne des espaces de temps nécessaires pour remplir les trois premiers cylindres, espaces peu différents du reste et seuls à peu près en conformité avec les conditions physiologiques, et je calculai ainsi la quantité de sang écoulée dans l’unité de temps.
Comme il était à prévoir que la vitesse d’écoulement différerait d’après la taille de l’animal, je me servis pour mes expériences d’animaux de poids différents.
Expérience I.
L’animal, du poids de 7 kilogrammes, est nourri de viande. Dernier repas trois heures avant le début de l’expérience. Le temps nécessaire pour remplir quatre cylindres d’une capacité de 50 centimètres cubes chacun fut :
а) De 22 secondes.
La moyenne des trois premiers nombres donne pour la vitesse d’écoulement 2CC,08, ce qui fait 124cc,8 par minute = 7l,488 par heure ou 179l,7 par vingt-quatre heures.
SEPTIÈME LEÇON
Expérience II.
Animal pesant 10 kilogrammes, traité comme le précédent : temps trouvés :
a) 35 second.es.
Pendant l’intervalle a) le tube d’écoulement en caoutchouc était probablement quelque peu ployé. Je prends la moyenne des deux intervalles suivants, ce qui donne pour la vitesse d’écoulement 4C0,7 = 162- centimètres cubes par minute = 9l,7 par heure = 233 litres par vingt-quatre heures.
Le foie de cet animal pesait 360 grammes.
Expérience III.
Animal pesant 41 kilogrammes. Soumis au même traitement que les précédents. Seulement on emploie cette fois des cylindres plus volumineux pour recueillir les premières portions de sang. Gomme le jet de sang est très rapide et qu’on ne peut s’arrêter juste aux divisions 100 et 50, on mesure après coup les volumes de sang. Malheureusement nous avions oublié, en recueillant les trois premiers échantillons, de serrer la ligature appliquée sur la veine porte de sorte que l’écoulement s’est effectué avec la veine porte ouverte. Les deux dernières portions ont été recueillies après avoir tiré sur le fil de ligature. En prenant la moyenne des deux derniers intervalles de temps, on trouve certainement un nombre inférieur à la réalité, la vitesse d’écoulement s’étant vraisemblablement ralentie par suite de la perte de sang déjà subie :
a) 110 centim. cubes.
Veine porte ( ouverte. j
Veine porte f oblitérée. \
30 secondes.
Donc en 23 secondes il s’écoule 113 centimètres cubes de sang-, soit 4CC,9 par seconde = 294 centimètres cubes par minute — 17^6 par heure =433l,3 par vingt-quatre heures.
Le foie pesait 1000 grammes.
J’avais à me reprocher de n’avoir pas obtenu un chiffre en rapport avec les conditions physiologiques, parce que dans une partie de mes essais le sang pouvait s’écouler librement au dehors, sans rencontrer d’obstacle, tandis que, à son entrée dans le foie, il devait éprouver un ralentissement occasionné par son passage dans un système capillaire compliqué; aussi entrepris-je une seconde série d’expériences en soumettant le sang, pendant son écoulement, à une pression de 8mm,2 de mercure, qui correspond à peu près à la tension que subit ce liquide au moment de son entrée dans le foie.
Il résulte de ces essais que chez un chien de 10 kilogrammes, il passe dans le foie, en 30 secondes, 59 centimètres cubes de sang; ce qui donne pour les vingt-quatre heures une masse de sang de 144 litres. N’oublions pas que, dans ces expériences, la veine splénique était liée et qu’ainsi le sang de la rate ne pouvait pénétrer dans la veine porte, d’où gonflement rapide de la rate, que d’autre part le sang qui est amené au foie par l’artère hépatique et en sort par les veines sus-hépatiques n’entre pas en ligne de compte ; il n’est pas douteux, dès lors, que le volume de sang qui traverse le foie est beaucoup plus considérable que celui que j’ai calculé d’après mes expériences. Le sang, dans son passage à travers le foie, entraîne en moyenne 0gr,l de sucre. Donc chez un animal de 10 kilogrammes la foie cède à la circulation environ 144 grammes de sucre dans les vingt-quatre heures. Même en adoptant le plus petit chiffre trouvé par moi, et cela très exceptionnellement, pour l’accroissement du sucre dans le sang des veines sus-hépatiques, c’est-à-dire le chiffre 0,05, le calcul me donnerait toujours encore 70 à 80 grammes pour la quantité de sucre prise par le sang dans le foie dans les vingt-quatre heures chez un animal de 10 kilogrammes. La masse de sang d’un animal est en rapport avec le poids du corps; elle constitue environ 1/13 de ce poids. Donc chez un homme pesant 70 à 80 kilogrammes,
SEPTIÈME LEÇON
.efoie forme journellement 500 à 600 grammes de sucre qui passent dans la circulation, en admettant que l’activité de la fonction glycogénique du foie soit la même chez l’homme que chez le chien. Naturellement on ne réussira jamais à démontrer ce fait expérimentalement, mais il n’y a guère de raison de le révoquer en doute. Du reste l’expérience m’a prouvé que chez l’homme la teneur du sang en sucre n’est pas moindre et plutôt un peu plus élevée que chez les autres animaux (chien, veau, bœuf, etc.) qui ont servi à mes expériences; il est donc bien vraisemblable que la glycogénie n’est pas moins active chez l’homme que chez les animaux dont l’activité glycogénique a été déterminée directement.
La quantité de sucre formée dans le foie et celle qui dans une unité de temps donnée, vingt-quatre heures par exemple, passe dans la circulation, est faite pour surprendre. Ceux même des physiologistes qui sont le plus convaincus de la présence normale du sucre dans le sang et qui, tenant compte de mes recherches, reconnaissent que c’est bien dans le foie que ce sucre se forme, ont de la peine à se figurer que la quantité de sucre charriée hors du foie soit si considérable. Cependant il faut avoir apprécié à sa vraie valeur l’importance de la glycogénie pour se rendre compte du rôle qu’elle joue dans l’économie animale. Naturellement il ne sera jamais possible de soumettre la glycogénie hépatique et le passage du sucre dans la circulation à une observation prolongée comme d’autres produits de sécrétion.
Deux facteurs peuvent être utilisés pour déterminer l’étendue du passage du sucre dans la circulation ; c’est : 1° la masse du sang qui traverse le foie ; 2° la quantité de sucre que le foie cède à ce sang; en d’autres termes la vitesse du courant sanguin et la teneur du sang en sucre à sa sortie du foie La vitesse du courant sanguin peut être déterminée, comme nous l’avons vu plus haut, par diverses méthodes et même par mensuration directe. J’ai calculé la vitesse du courant sanguin dans le foie en me basant sur la vitesse établie expérimentalement du courant sanguin venant de l’intestin; si le chiffre obtenu par moi ne répond pas à la réalité, il lui est certaine-
ment de beaucoup inférieur plutôt que supérieur ; de toutes manières il est inférieur au chiffre admis par tous les autres physiologistes. Pour évaluer la quantité de sucre cédée au sang par le foie, on a pris pour base le plus petit excès de sucre trouvé dans les veines sus-hépatiques dans soixante expériences sur soixante animaux. Rien, pourra-t-on objecter, ne vient nous garantir que les excès constatés par nous sans exception aucune soient l’expression d’un passage continu du sucre du foie dans le sang. Car il est permis de supposer que l’activité de la fonction glycogénique, de même que l’activité fonctionnelle de toute autre glande, puisse, sous l’influence d’excitations physiologiques variées, présenter des variations et même parfois s’arrêter, en d’autres termes, que la glycogénie ne soit ni continue ni uniforme. Il est évidemment impossible de lever ces doutes par des expériences directes, car nous n’aurons jamais les moyens d’observer le fonctionnement du foie pendant un laps de temps suffisant; et nous sommes obligés de nous contenter d’observations faites au hasard. Cependant, en bien nous orientant, nous acquerrons des preuves en nombre suffisant de la continuité absolue de la glycogénie. Première preuve, c’est que dans aucune de nos nombreuses expériences sur les animaux nous n’avons trouvé égalité entre la teneur en sucre du sang des veines sus-hépatiques et de celui de la veine porte ; le sang hépatique se montra toujours plus riche en sucre, quel que fût le mode d’alimentation ; c’étaient des animaux ramassés dans la rue et mourant presque de faim; d’autres que nous avions nourris grassement pendant plusieurs jours, et que nous mettions en expérience soit immédiatement après avoir mangé, soit quinze à dix-huit heures après le dernier repas; d’autres enfin qui avaient jeûné huit à dix jours et étaient sur le point de mourir d’inanition.
Etant donné le nombre considérable d’animaux sur lesquels on a opéré, on aurait dû tomber au moins une fois sur la période de non-activité de la glycogénie, si celle-ci existait.
Une seconde preuve, c’est que la proportion de sucre contenue dans le sang oscille dans des limites extrêmement étroites, quel que soit l’état de la nutrition. Chez les animaux qui ont
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jeûné, chez ceux qui ont été nourris avec des féculents ou avec de la viande, la teneur du sang artériel oscille entre 0,150 et 0,160. Dans les expériences sur le sang humain la teneur variait entre 0,160 et 0,190. Il en résulte que le sang doit renfermer une proportion donnée de sucre. Si nous songeons, comme l’expérience nous l’apprendra par la suite, que le sucre subit une décomposition ininterrompue, il est bien certain que l’économie doit veiller à ce que le sucre détruit soit continuellement remplacé, en d’autres termes à ce que de nouvelles quantités de sucre arrivent continuellement dans le sang.
Enfin un troisième fait me paraît bien démonstratif de la continuité de la glycogénie, c’est le rapide accroissement du sucre dans le foie des animaux récemment mis à mort. Or je crois avoir mis hors de conteste par mes expériences que la glycogénie n’est pas un phénomène cadavérique, mais dépend tout simplement de la persistance de l’activité de la cellule vivante . Mais comme cet accroissement rapide du sucre a lieu dans tout foie sans aucune exception, comme d’autre part près de la moitié de cet accroissement a lieu en général dans la première heure qui suit la mort de l’animal, c’est-à-dire pendant la période dans laquelle la cellule hépatique a le mieux conservé son activité fonctionnelle, nous pouvons en conclure que celle-ci est intimement liée à la vie de la cellule et dure autant qu’elle.
Quoiqu’il ne soit pas douteux que la glycogénie est une fonction continue, ininterrompue, il n’en paraît pas moins vraisemblable que l’intensité de la fonction varie et que de nombreux facteurs influent sur elle. Comme il ne nous est pas possible de soumettre la sécrétion elle-même à une observation prolongée, il serait à désirer qu’on dosât le sucre dans le sang artériel d’un même animal dans les conditions les plus variées de repos, d’activité, de température ambiante, etc. Les différences assez notables entre les résultats obtenus pour le dosage du sucre dans le sang des veines sus-hépatiques constituent peutêtre l’expression des variations d’intensité de la glycogénie. Je ne me suis pas préoccupé de ces différences et j’ai pris le plus petit chiffre obtenu pour l’accroissement du sucre dans les veines sus-hépatiques, c’est-à-dire 0,05, pour représenter
la quantité de sucre que le foie cède au sang; je suis resté certainement au-dessous de la réalité.
La calcul qui nous a servi à constater que le sang d’un homme adulte charrie plusieurs centaines de grammes de sucre dans les vingt-quatre heures repose sur des chiffres établis d’après des faits bien observés, et s’il y a une erreur dans ce calcul, elle ne peut tenir qu’à une évaluation trop faible de la vitesse du courant sanguin dans le foie et de la quantité du sucre que le sang prend dans cet organe. Il est donc bien établi, selon nous1 que la fonction glycogénique du foie offre une grande extension , et si nous avons égard à la quantité de matériaux alimentaires quelle utilise ‘pour la formation du sucre , nous pouvons ajouter dès maintenant que la glycogénie hépatique joue un rôle très important dans ! économie animale.
HUITIÈME LEÇON