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QUE LA GLYCOGÉNIE EST INDÉPENDANTE DU GLYCOGÈNE. OBJECTIONS

DE B OHM ET HOFFMANN, ETC. — LA GLYCOGÉNIE DÉMONTRÉE EXPÉ- RIMENTALEMENT DANS LE FOIE MAINTENU VIVANT ET EN POSSESSION DE SON CONTENU INTÉGRAL EN GLYCOGÈNE.

Lorsqu'il eut découvert que le foie fabrique du sucre, Cl. Bernard pensa que ce sucre se formait aux dépens d’éléments sanguins. Après la découverte de l’amidon animal, il fut persuadé que c’était là l’origine du sucre. Il n’a jamais démontré cette transformation. Cette hypothèse présentée par lui comme indiscutable ne se fondait que sur l’analogie de l’amidon animal avec les farines végétales. De même que dans la germination des plantes l’amidon est transformé par la diastase en sucre, en glycose, selon Cl. Bernard, de même la substance amyloïde du foie serait métamorphosée en sucre par un ferment contenu dans cet organe. « La formation physiologique du sucre, conclut-il dans une communication à l’Académie (I), est une fonction constituée par la succession et l’enchaînement de deux actes essentiellement distincts. Le premier acte, entièrement vital, consiste dans la création de la matière glycogène dans le tissu hépatique vivant; le second acte, entièrement chimique et pouvant s’accomplir en dehors de l’influence vitale, consiste dans la transformation de la matière glycogène en sucre à l’aide d’un ferment. »

Des expériences que j’ai exposées dans une de mes leçons précédentes ont prouvé que le sucre obtenu par la transfor-

(1) Compl. rend, de l'Acad. des sciences , t. XLIV, p. 583, 1857.

mation du glycogène à l’aide de ferments n’est pas du sucre de raisin, ou glycose, tandis, que le sucre formé dans le foie est de la glycose. Ainsi le raisonnement par analogie, fait par Cl. Bernard, pour affirmer que le glycogène est la source du sucre hépatique, pèche par la hase. Cette analogie cessa d’exister pour nous lorsqu’il fut bien constaté, grâce à nos recherches, que le foie ne renferme pas de ferment spécifique et qu’il jouit simplement de la très faible faculté diastasique qui est commune à tous les corps albuminoïdes, mais qui 11e suffit de beaucoup pas pour expliquer la formation intense du sucre qui a lieu devant nos yeux dans le foie d’animaux sacrifiés. Mais comme à cette époque la transformation du glycogène en sucre était encore un article de foi pour nous, nous cherchâmes à nous assurer (1) si par hasard les acides contenus dans le foie ou tirés de lui ne seraient pas capables de transformer le glycogène en sucre. Nous trouvâmes dans le foie de l’acide lactique, de l’acide acétique et de l’acide formique, et nous finies bouillir des solutions très étendues de glycogène avec ces acides. Sous l’influence de l’acide lactique, la solution de glycogène perdit en partie son opalescence, mais ne réduisit pas le réactif cuprique. Les autres acides restèrent sans effet. A la suite de ces tâtonnements qui avaient pour but de trouver l’agent de la transformation du glycogène en sucre, l’idée, alors foncièrement hérétique, nous vint de nous demander si c’était une affaire absolument réglée que le sucre du foie dérivât nécessairement de la substance amyloïde de cet organe. Comme nous l’avons dit plus haut, Cl. Bernard admettait ce fait comme évident par lui-même; il invoquait cependant comme preuve, la seule du reste, la transformation si rapide de la matière glycogène en sucre, en dehors du foie, sous l’influence de ferments. Il ne s’agissait pour lui que de trouver le ferment spécial agissant dans le foie. Il pensa d’abord que ce ferment existait dans le*sang; plus tard il crut, en épuisant le foie par la glycérine suivant la méthode de von Wittich, avoir découvert un ferment spécial dans cet organe. Pour tous les physiologistes venus

(1) Seegen 11. Kratschmer, Ueber Zuckerbildung in der Leber, I u. II. Pfliiger's Arcfiiv, Bd. XXII u. XXI Y.

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après Cl. Bernard, pour ceux qui regardaient la glycogénie hépatique comme une fonction physiologique, aussi bien que pour ceux qui n y voyaient qu’un phénomène cadavérique, c’était le glycogène qui fournissait le sucre, et tout le débat se bornait à la question de savoir si le ferment existait déjà pendant la vie, ou s’il ne manifestait son activité qu’après la mort, quelle en était la nature, quel en était le siège. Personne n'a pu démontrer directement que la substance amyloïde du foie engendre du sucre soit pendant la vie , soit après la mort. Si l’on avait pu démontrer que le glycogène du foie diminue dans la même proportion que le sucre augmente, la preuve directe eût été faite. Du moment que cette relation n’est pas établie, rien n’est prouvé. En revanche, si l’on démontre que, lorsque le sucre s’accroît, le glycogène ne varie pas, il en découle naturellement que la formation de sucre est indépendante. du glycogène et qu’il faut lui chercher une autre origine. Notre tâche était ainsi clairement indiquée ; il fallait prouver ou bien que la formation de sucre marche de pair avec la décomposition du glycogène, ou qu’elle en est indépendante.

Un grand nombre d’expérimentateurs, en particulier Schiff, savaient que la proportion de sucre augmente sans interruption dans le foie à partir de la mort de l’animal. Nos expériences nous avaient appris que la plus grande augmentation revenait aux vingt-quatre premières heures après la mort. Voici quel fut dès lors le plan de nos recherches : on déterminait la teneur en sucre et en glycogène d’un morceau de foie de poids connu extrait de l’animal immédiatement après la mort ou pendant la vie. Le reste du foie était aussitôt divisé en plusieurs fragments qu’on pesait et dans lesquels on dosait également le sucre et le glycogène après des intervalles de temps déterminés. On opérait sur le deuxième fragment au bout d’une heure, sur le troisième au bout de vingt-quatre heures, sur le quatrième au bout de quarante-huit heures, et on obtenait ainsi des chiffres permettant d’établir les proportions relatives de sucre et de glycogène. La condition fondamentale de ces expériences, c’était de déterminer exactement la quantité totale de sucre et de glycogène dans chaque frag-

Seegen. 8

ment de tissu hépatique; de là leur extrême difficulté, car c’est un travail aussi pénible que fastidieux d’épuiser totalement le foie. J’ai indiqué dans une de mes précédentes leçons la méthode qui permet d’arriver à ce résultat. J’ai de plus montré par quel moyen nous sommes parvenu à doser le sucre et les hydrates de carbone dans chaque fragment de foie. Je reviendrai en quelques mots sur le procédé. Le foie pesé était rapidement immergé dans de l’eau bouillante, soumis à l’ébullition pendant dix à quinze minutes, finement broyé dans le mortier ; puis la bouillie était remise dans de l’eau bouillante, et au bout de quelques minutes filtrée sur une toile, exprimée, le résidu raclé avec la cuiller tranchante, broyé de nouveau dans le mortier avec un peu d’eau; enfin la bouillie replacée derechef dans de l’eau bouillante, soumise à l’ébullition, filtrée, et ainsi de suite jusqu’à ce que le produit de la filtration présentât à peu près la limpidité de l’eau. Ensuite on lavait la toile, on réunissait l’eau de lavage avec les décoctés, on filtrait la dernière décoction sur la toile séchée, et l’on exprimait celleci d’abord avec la main, puis vigoureusement à la presse. La dernière petite portion de liquide, obtenue par compression, était essayée par le réactif de Fehling quant au sucre et par l’alcool quant au glycogène. Lorsque la liqueur de Fehling ne fournissait plus de trace de réaction et que l’alcool ne produisait plus de nuage blanc, le foie était épuisé ; dans le cas contraire, il fallait continuer l’opération. On réduisait par évaporation à un volume de 300 centimètres cubes les décoctés réunis ensemble. Sur cette quantité, on prenait : a) 50 centimètres cubes qu’on additionnait avec 500 centimètres cubes d’alcool à 93 p. 100, abandonnait pendant vingt-quatre heures, filtrait ; la liqueur alcoolique filtrée était évaporée à siccité, le résidu dissous dans l’eau, la solution mesurée et filtrée, puis traitée par la liqueur titrée de Fehling. b) Dans une deuxième portion on dosait le glycogène, a) indirectement, en additionnant 10 à 20 centimètres cubes de la solution de 2 à 4 centimètres cubes d’acide chlorhydrique à 10 p. 100, puis chauffant au bain-marie pendant dix à douze heures dans un tube fermé à la lampe. Au bout de ce temps on enlevait la

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solution du tube, on la neutralisait, la mesurait et la filtrait, enfin on y dosait le sucre. La différence entre la totalité du sucre ainsi déterminée et la quantité de sucre du foie obtenue dans l’essai précédent permettait d’évaluer la proportion d’hydrates de carbone contenus dans le foie. 3) Les hydrates de carbone étaient déterminés directement par la méthode de Brücke, avec cette modification qu’on se servait d’alcool très fort, de sorte que la dextrine se trouvait précipitée en même temps.

Mais, avant d’entreprendre nos recherches, il fallait s’assurer préalablement si la proportion de glygogène était la même dans toutes les parties du foie et si la glycogénie présente une activité uniforme dans tout l’organe. Le plus ou le moins de sucre et de glycogène contenu dans les fragments de foie examinés à différents intervalles ne permet de conclure à une augmentation du sucre ou à une diminution du glycogène dans toute l’étendue du foie, que si l’on a reconnu tout d’abord que la composition du foie à cet égard est quantitativement uniforme. Von Wittich (1) a exprimé des doutes sur l’uniformité de la fonction glycogénique du foie dans toute son étendue, en se fondant sur des considérations toutes théoriques. Pour élucider la question, il a, dans trois expériences sur des lapins, déterminé la proportion de glycogène d’un morceau de foie extrait immédiatement après l’ouverture de l’abdomen, puis, environ dix minutes après , dosé le glycogène dans le reste. du foie. Il trouva que la proportion p. 100 de glycogène était moindre dans la dernière portion de foie que dans la première. La différence, chez les trois lapins, atteignit respectivement 0,7 ; 0,4, et 0,9 p. 100. Von Wittich en conclut que le glycogène est inégalement réparti dans le foie. Cette conclusion est absolument illégitime, attendu que, d’après la théorie de Cl. Bernard, la diminution du glycogène signifierait simplement que du sucre s’est formé aux dépens du glycogène. L’intervalle « d’environ dix minutes » qui a séparé les deux essais suffirait pour provoquer chez les lapins soumis à l’expérience une formation de sucre en rapport avec la diminution

(I) Yon Wittich, Zur Slatistik des Leberglycogens. Centralbl. f. d. med. Wissensch., 1875, n° 5.

de glycogène. De notre côté, nous nous sommes assuré que, précisément chez les lapins, la proportion de glycogène diminue rapidement ; dès lors toute recherche relative à l’uniforme distribution du glycogène dans le foie n’est possible qu’à la condition d’opérer simultanément sur tous les fragments, ou du moins de les immerger simultanément dans l’eau bouillante pour arrêter toute transformation ultérieure. Cette diminution du glycogène constatée chez les trois lapins dans les portions de foie restantes, comparativement aux morceaux enlevés tout d’abord, aurait du. faire naître dans l’esprit de von Wittich l’idée que cette diminution ne pouvait s’interpréter uniquement comme résultant d’une distribution inégale du glycogène, car, une fois ou l’autre, il aurait fallu s’attendre à trouver un excès de glycogène dans la seconde portion de foie examinée. Yon Wittich pensa bien qu’il pouvait s’agir d’une « sorte de diminution physiologique du glycogène », en d’autres termes, il ne fut pas loin d’admettre que la diminution de glycogène pouvait correspondre à une augmentation de sucre; il fut ainsi amené à faire une expérience sur un pigeon qui avait jeûné pendant vingt-quatre heures; le premier morceau de foie lui fournit 0gr,0l8 de glycogène =0,45 p. 100 ; le reste 0sr,034 = 0,21 p. 100. « Le foie ne renfermait presque pas de sucre. » Il faut avouer que cette unique expérience ne saurait trancher la question. Les teneurs en glycogène sont trop faibles en général pour que les différences constatées autorisent à formuler des conclusions d’une certaine étendue.

La question de la distribution du glycogène dans le foie restait entière et il fallait songera en trouver la solution, en s’entourant de toutes les garanties et surtout en opérant simultanément sur tous les fragments de foie. Nous employâmes pour notre expérience un foie de veau tout entier , acheté à la halle, et vieux de quelques jours; il fut divisé en quatre fragments, 1° le lobe gauche, 2° le morceau le plus rapproché du lobe gauche, 3° le lobe droit, 4° la portion la plus extérieure du lobe droit avec le lobe de Spiegel. Les quatre morceaux furent pesés, puis coupés finement et introduits simultanément dans quatre vases tenus tout prêts et contenant de l’eau bouillante,

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enfin traités exactement d’après le procédé décrit plus haut. Le tableau suivant donne les résuttats de l’expérience :

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