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VARIÉTÉS DE SUCRE EXISTANT DANS LÉCONOMIE. MÉTHODES POUR

EN FAIRE L’ANALYSE QUALITATIVE ET QUANTITATIVE DANS LES TISSUS ET LES HUMEURS.

Il n’y a pas si longtemps que l’on sait que, abstraction faite de la lactose, du sucre peut prendre naissance dans l’organisme animal. De tout temps, il est vrai, un sucre d’origine animale, le miel, a servi dans l’alimentation, mais personne n’avait songé à en attribuer la fabrication à l’abeille elle-même. Le miel passait pour du sucre végétal, produit dans le nectaire d’un grand nombre de fleurs, sucre que les abeilles venaient récolter, qu’elles concentraient dans leur abdomen, puis déposaient dans les alvéoles comme une provision alimentaire. Tous les sucres connus étaient effectivement fournis par des plantes. Le sucre de canne ainsi que le sucre de raisin proviennent directement de végétaux; le sucre de malt, ou maltose, est le résultat de la fermentation de l’amidon des céréales sous l’influence de la diastase ; les sucres obtenus dans les laboratoires et les fabriques résultent également de la transformation de substances amylacées d’origine végétale, de composition moléculaire voisine de celle du sucre. Dans quelques-uns des phénomènes de Seegen. 1

végétation les plus importants, dans la germination, la maturation des fruits, etc., la transformation de l’amidon en sucre joue un rôle capital. La formation de sucre n’est pas l’apanage exclusif de quelques plantes, c’est une fonction d’une importance vitale considérable pour tout le règne végétal ; c’est grâce à elle que l’amidon se trouve transporté d’un organe à l’autre, aussi l’a-t-on considérée longtemps comme une fonction spéciale, exclusivement propre aux végétaux.

La présence de sucre dans le lait aurait dû déjà faire pressentir que l’organisme animal est capable d’en fabriquer. Par cela même que la formation de la lactose est indépendante de l’alimentation chez les femelles de tous les mammifères, tant herbivores que carnivores, et qu’elle constitue l’une des fonctions normales de l’organisme pendant la lactation, on aurait dû se douter que la lactose ne provient pas d’aliments carbohydratés; mais le fait fut mal interprété et ses conséquences si importantes passèrent inaperçues; la formation du sucré de lait resta un phénomène capable seulement de se produire dans certaines conditions physiologiques, et on ne songea pas à la rapprocher des autres phénomènes d’échanges organiques.

Tiedemann et Gmelin les premiers reconnurent que certains ferments de nature animale jouissent de la faculté de transformer l’amidon en sucre et que ce processus commence déjà dans la bouche après l’introduction de substances amylacées ou féculentes. Mais c’est à Claude Bernard que revient la gloire d’avoir découvert la fonction glycogénique du foie et d’avoir démontré que la glycogénie est une fonction de l’organisme animal.

On verra dans le cours de ces leçons comment les faits observés par Claude Bernard furent interprétés tout différemment par la suite, et considérés comme de simples phénomènes cadavériques, comment cette opinion fut universellement agréée, comment enfin on n’a réussi que tout récemment à fournir à la découverte de Claude Bernard une base ferme et inébranlable, et bien plus, à reconnaître toute l’étendue de la fonction glycogénique et sa haute importance pour l’économie. Nous verrons que la formation du sucre est une fonction tout aussi naturelle de l’organisme animal que de l’organisme végétal, et

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même que la glycogénie est indispensable à la vie et à l’activité fonctionnelle du corps.

Il est dès lors intéressant de savoir quelles sont les variétés de sucre qu’on rencontre dans l’économie.

1° La variété la plus importante, celle qui se rencontre presque exclusivement dans les humeurs et dans les tissus, c’est, abstraction faite de la lactose, le sucre de raisin ou glycose. Le sucre que renferment l’estomac et l’intestin grêle après ingestion de matières amylacées n’est autre chose que du sucre de raisin. Il en est de même du sucre du sang et de celui formé dans le foie; de même aussi du sucre engendré dans les muscles par la transformation du glycogène. Enfin le sucre contenu dans l’urine dans certaines conditions pathologiques n’est pas autre chose que du sucre de raisin. Exceptionnellement on trouve encore dans l’organisme animal les variétés suivantes de sucre :

2° Maltose. — La maltose résulte de l’action de ferments tels que la salive et le suc pancréatique sur des solutions de glycogène. C’est du moins le résultat obtenu dans le laboratoire en faisant agir ces ferments sur des solutions glycogéniques ou sur de" l’amidon. Dans l’économie la maltose ne paraît se rencontrer qu’exceptionnellement comme produit intermédiaire entre l’amidon et la glycose.

3° Sucre de canne et sucre interverti. — Après alimentation exclusive au sucre de canne, j’ai trouvé (1) dans l’intestin grêle du sucre interverti et dans l’urine en quantité assez notable du sucre de canne et du sucre interverti. J’ai rencontré ces deux espèces de sucre dans l’estomac de chiens nourris avec de grandes quantités de sucre de canne.

4° Lévulose. — Ce sucre se rencontre dans des cas extrêmement rares dans l’urine des diabétiques. Dans une observation de ce genre (2) j’ai pu établir que l’augmentation des amylacés

(1) Seegen, Zucker im Harnbei Rohrzuckerfütterung und Beitrcig zur Kenntniss der Umwandlung der Kohlenhydrate im Mcigen und Dcirrnhanal. Studien über Stoffwechsel , 1887.

(2) Seegen, Ein Fall von Lévulose im diabetischen Harn. Studien überStoffwechsel, 1887.

dans l'alimentation entraîne un accroissement de la quantité de lévulose, et par suite que la lévulose, aussi bien que la glycose dextrogyre, provient de l’amidon ou du sucre de canne dans le diabète léger.

5° Inosite. — On en a trouvé des traces dans un grand nombre d’organes, par exemple dans le myocarde, le foie, le poumon, la rate, etc. L’urine en renferme en outre assez souvent dans diverses maladies, spécialement dans le diabète.

Les trois dernières espèces de sucre dont il vient d’être question ne nous occuperont plus guère dans le cours de ces leçons. Quant à la glycose, nous aurons à l’étudier dans ses lieux de production, le canal intestinal, les muscles et le foie, et à la suivre dans ses migrations à travers le courant sanguin. Or, dans toutes les expériences que nous aurons à exposer, il s’agissait de faire le dosage exact de ce sucre dans les tissus ainsi que dans le sang. Quelles sont donc les méthodes les plus précises de dosage, celles qui permettent d’évaluer le plus exactement la proportion totale de glycose contenue dans les organes et dans le sang? Comme dans nos recherches nous aurons fréquemment à déterminer comparativement la quantité de sucre contenue dans des humeurs et dans des tissus qui ne le renferment qu’en faible proportion, il est indispensable avant tout de posséder des procédés qui permettent de doser la totalité du sucre sans perte aucune.

On ne peut s’empêcher parfois d’être étonné que le sucre normal du sang ait si longtemps échappé à l’analyse, que des chimistes éminents, tels que Lehmann, à qui revient une part essentielle dans la découverte de Claude Bernard, n’aient point rencontré de sucre dans le contenu de la veine porte, que des physiologistes comme Pavy et autres ne purent découvrir de sucre dans le sang extrait du cœur, ou n’en constatèrent que des traces dans ce liquide. La seule explication de ce fait remarquable, c’est qu’il n’existait point alors de procédé exact de dosage du sucre. Il ne nous est guère plus facile de comprendra aujourd’hui comment les physiologistes les plus autorisés ne purent trouver dans le foie, extrait de l’animal vivant, même des traces de sucre ; or il n’est pas douteux que cet organe en

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renferme 0,4 à 0,5 p. 100. C’était encore un défaut de procédé, l’impossibilité de doser la totalité du sucre de l’organe, c’està-dire d’en isoler le sucre de telle manière qu’il fût facile d’en déterminer exactement la proportion.

Dans un grand nombre d’analyses il est important de reconnaître si, à côté du sucre, existent d’autres hydrates de carbone (glycogène, dextrine) et en quelle proportion; ajoutons que, pour doser exactement les hydrates de carbone, il est indispensable d’en recueillir jusqu’aux dernières traces. C’est le seul moyen qui permette de mettre bien en évidence la transformation de ces composés ternaires en sucre dans certains organes, et de démontrer pour le foie et d’autres organes que la formation du sucre est indépendante des proportions de glycogène qu’ils renferment, et ainsi de suite. Les méthodes d’analyse que nous allons exposer et que j’ai peu à peu développées dans le cours de mes travaux ont pour objet d’extraire la quantité totale de sucre et d’hydrates de carbone d’un tissu ou d’une humeur, pour en permettre le dosage rigoureux.

A. Dosage du sucre et des hydrates dé carbone dans le foie. — On prend un morceau de foie qui pour la facilité des manipulations ne doit pas peser plus de 50 grammes; on le coupe finement avec des ciseaux, ou on le hache menu, puis on introduit le tout dans un vase métallique, dans lequel on verse de l’eau en abondance, et l’on fait bouillir. On maintient l’ébullition 10 à 15 minutes et plus, selon le degré de résistance du tissu. On extrait ensuite les fragments de foie et on les réduit dans un mortier à l’étal de bouillie fine. On reverse cette bouillie dans l’eau et on la soumet à l’ébullition pendant quelques minutes, après quoi on fait passer le tout avec expression par de la toile épaisse, proprement lavée. On racle avec une cuiller tranchante en fer-blanc le résidu de la filtration, et on le replace dans le mortier ; on broie de nouveau jusqu’à consistance de bouillie fine et on introduit celle-ci dans de l’eau bouillante. Pour un fragment de foie d’environ 50 grammes, il faut répéter au moins six à huit fois cette opération ; on lave ensuite la toile et l’on réunit l’eau de lavage obtenue avec les liquides filtrés. Enfin, on fait bouillir une dernière

fois la bouillie hépatique dans de l’eau et l’on fait passer le liquide à travers la toile lavée et séchée, en l’exprimant d’abord avec la main, puis au moyen d’une presse. La petite quantité de liquide ainsi obtenue, recueillie dans un verre cylindrique, est soumise à des essais pour reconnaître le sucre et le glycogène. Si l’on n’en découvre pas de trace, on peut être sûr d’avoir complètement épuisé le foie. Dans le cas contraire, il faut râcler une fois de plus l’enduit resté sur la toile, réduire ce résidu en bouillie et le jeter dans de l’eau bouillante; enfin, procéder à de nouveaux essais jusqu’à ce qu’il soit bien démontré que le résidu ne renferme plus ni sucre ni glycogène.

Gomme réactif du sucre on emploie la liqueur de Fehling. Des traces de sucre déterminent le dépôt d’oxydule de cuivre sur les parois du tube d’essai; ce dépôt se reconnaît infailliblement si l’on tient le tube contenant la liqueur bleue sur un fond foncé, par exemple sur la manche de la redingote. Il est préférable d’abandonner le tube d’essai pendant quelque temps; l’oxydule de cuivre, en quantité si minime qu’il soit, ira se déposer au fond.

Pour reconnaître le glycogène, on emploie de préférence de l’alcool à 93-95 p. 100. Les moindres traces de glycogène sont encore reconnaissables à l’anneau blanc qui se forme au niveau de séparation de la liqueur soumise à l’essai et de l’alcool qui surnage. J’ai vu réussir l’expérience même dans les cas où la solution d’iodure de potassium ioduré ne déterminait pas de changement appréciable de coloration. Les liquides réunis après les filtrations successives forment le plus souvent un volume de 10 à 15 litres; on les réduit au bain-marie à environ 200 centimètres cubes. C’est cette liqueur, mesurée et filtrée, qui sert au dosage du sucre et des hydrates de carbone. Voici comment on procède :

1° On mélange un volume donné de décoction de foie, environ 50 centimètres cubes, avec une quantité dix fois plus grande d’alcool à 93-95 p. 100, et après avoir bien agité, on abandonne le mélange pendant 24 heures, puis on filtre, on lave le résidu à l’alcool ou mieux on le détache du filtre en

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dirigeant sur lui une ou deux fois le jet d’une fiole à jet et on recueille le tout dans un verre cylindrique; enfin, on fait évaporer jusqu’à disparition complète de l’odeur d’alcool. J’ai remarqué qu’il est avantageux d’ajouter pendant l’évaporation à plusieurs reprises de l'eau distillée, parce que le produit est alors plus facile à filtrer. Le résidu, placé dans un verre cylindrique, est ensuite délayé dans l’eau de lavage du mortier, de manière à ramener le volume à environ 50 centimètres cubes; on filtre, puis on fait le dosage du sucre. On se sert de la liqueur titrée de Fehling, et le dosage se fait avec la même précision que dans toute autre solution aqueuse de sucre.

2° Le dosage des hydrates de carbone se fait de deux façons différentes :

a) D’après la méthode de Brücke, avec cette modification que l’on emploie de l’alcool fort ou mieux de l’alcool absolu, qui précipite non seulement le glycogène, mais encore tous les autres hydrates de carbone. Si l’on ne se préoccupe que du glycogène, on se contente d’employer de l’alcool à 60 degrés d’après les indications de Brücke. Le précipité obtenu est lavé et desséché, puis pesé.

b) Pour opérer la détermination quantitative de petites quantités d’hydrates de carbone, il faut s’adresser à la méthode indirecte, qui consiste à transformer les substances préalablement en sucre; c’est la plus exacte et la plus rapide. Dans ce but on traite 10 à 20 centimètres cubes du décocté, dans un tube de verre, par 2 à 4 centimètres cubes d’acide chlorhydrique à 10 p. 100, puis on ferme le tube à la lampe, on le place dans de l’eau bouillante et l’on maintient l’ébullition pendant dix heures. Je sais par expérience que dix heures suffisent pour la transformation complète des hydrates de carbone en sucre. Kratschmer, par des expériences faites directement avec des solutions de glycogène bien dosées, a démontré que le glycogène se transforme totalement en glycose au bout de huit heures, à la condition que sa proportion dans le liquide ne dépasse pas 1 p. 100. Au bout de ce temps, on retire le tube de verre de l’eau, on en verse le contenu dans un verre cylindrique, on lave à plusieurs reprises le tube de verre,

et on réunit les eaux de lavage ; on neutralise ensuite le liquide, on le réduit par évaporation à 50-100 centimètres cubes; on filtre et on dose le sucre dans le liquide filtré. Ici encore la liqueur titrée de Fehling donne des résultats absolument exacts. De la quantité totale de sucre dosé on déduit la proportion déterminée primitivement ; la différence représente la quantité de sucre résultant de la transformation des hydrates de carbone.

B. Dosage du sucre et des hydrates de carbone dans les muscles. — Le muscle à analyser est finement haché, pesé, puis soumis à l’ébullition avec une grande quantité d’eau dans la marmite de Papin. S’il s’agit d’une petite portion musculaire prise sur un animal vivant ou immédiatement après sa mort, on pèse le fragment, on le divise finement et on le jette dans de l’eau bouillante, puis au bout de quelques instants on le déverse dans la marmite de Papin et on l’y fait encore bouillir 5 à 6 heures. On filtre ensuite le liquide sur une toile ; on écrase le résidu de la filtration dans un mortier et on le fait bouillir dans une capsule de porcelaine avec une assez grande quantité d’eau. Le décocté est filtré, la bouillie qui reste exprimée, raclée avec la cuiller tranchante, écrasée dans le mortier, puis replacée dans de l’eau bouillante. Cette opération doit être pratiquée à plusieurs reprises, au moins six à huit fois. La bouillie musculaire restée sur la toile doit être chaque fois exprimée avec force au moyen de la main et, après décoction répétée cinq ou six fois, au moyen de la presse. On recherche le sucre et le glycogène dans les portions de liquide obtenues par expression, exactement comme on le fait dans le cas du foie. Si l’essai donne un résultat négatif, une nouvelle ébullition est inutile. Dans le cas contraire la masse presque feutrée qui reste sur le filtre doit être raclée de rechef avec la cuiller tranchante, broyée dans de l’eau en abondance, soumise à l’ébullition, en répétant cette opération jusqu’à ce que par un nouvel essai on ait acquis la certitude que la totalité des hydrates de carbone contenus dans le muscle se trouve réunis. Les divers décoctés réunis aux liquides précédemment obtenus sont réduits au bain-marie à un petit

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volume; on mesure ce volume et on filtre. Une portion déterminée de la liqueur filtrée est employée au dosage du sucre, une autre à celle des hydrates de carbone.

a) Le dosage du sucre peut se faire immédiatement dans le liquide filtré au moyen de la liqueur titrée de Fehling, ou bien on peut procéder comme dans le cas de l’analyse du foie, ajou ter dix volumes d’alcool, filtrer au bout de vingt-quatre heures, faire évaporer la liqueur alcoolique, dissoudre le résidu dans l’eau et doser le sucre dans la solution. Dans l’un et l’autre cas, le réactif de Fehling se trouve simplement décoloré, sans précipitation d’oxydule de cuivre ou de cet oxydule hydraté. C’est ce qu’ont aussi observé Meissner et C. Nasse. Evidemment la décoction musculaire renferme des principes qui empêchent la précipitation de l’oxydule hydraté ; c’est probablement la créatine qui doit être incriminée. Or la créatine se dissout dans l’alcool, et la difficulté reste entière si l’on veut faire le dosage du sucre dans l’extrait alcoolique. La fin de l’opération est indiquée par la décoloration complète de la liqueur de Fehling. Mon expérience personnelle m’a appris que le moment précis où la réduction est terminée ne se reconnaît pas aussi exactement que dans le cas où la réduction se manifeste par un dépôt d’oxydule de cuivre; il est donc indispensable de répéter les dosages, et l’on adoptera comme exactes celles de ces opérations dont les résultats concordent à peu de chose près.

J’ai tenté à plusieurs reprises de doser le sucre par la fermentation, et j’ai constaté, d’accord avec les observations de Meissner, que la fermentation se fait bien et en général très rapidement. D’après le volume du gaz obtenu je déterminais par le calcul la proportion de sucre qui représente en général les 90 p. 100 de la quantité trouvée par les liqueurs titrées. Les dernières portions de sucre paraissent résister à la fermentation ; 4 même en prolongeant l’expérience pendant plusieurs jours et après cessation complète du dégagement gazeux, le liquide réduisait encore le réactif de Fehling.

b) Il s’agit de doser non seulement le glycogène, mais encore tous les hydrates de carbone que renferme le muscle. On ne saurait ici appliquer la méthode employée pour le foie et

qui consiste à transformer ces composés en sucre en chauffant une portion de la liqueur filtrée avec 2 p. 100 d’acide chlorhydrique dans un tube fermé à la lampe; car le liquide extrait du tube et neutralisé est incapable de précipiter la liqueur de Fehling. Les principes qui s’opposent à cette précipitation sont restés dans le liquide chauffé. Je me suis dès lors adressé au procédé de Briicke, avec cette simple modification, comme il s’agit de précipiter tous les hydrates de carbone, d’employer pour cette précipitation de l’alcool absolu. Après vingt-quatre heures, on filtre et on lave à l’alcool le précipité resté sur le filtre. Comme ce résidu est faible en général, j’ai préféré nepas doser ces hydrates comme tels, mais seulement après leur transformation en sucre. Après évaporation de l’alcool, le précipité resté sur le filtre est recueilli dans un verre cylindrique, puis dissous dans de l’eau et transformé en glycose, soit en totalité, soit en partie bien déterminée ; pour cela on l’additionne d’acide chlorhydrique à 2 p. 100 et on le chauffe dans un tube fermé à la lampe pendant dix heures; le liquide extrait du tube et neutralisé est dosé par titrage. L’opération est aussi aisée que s’il s’agissait d’une simple dissolution de sucre dans l’eau.

Pour extraire du muscle la totalité du glycogène, Külz a proposé de le faire bouillir avec de la potasse (3-4 grammes de potasse avec 100 grammes de muscle en chauffant six à huit heures). Des masses musculaires volumineuses ne seraient vraisemblablement pas épuisées en entier par de l’eau seule. Mais pour de petites quantités, 60 à 80 grammes, cette méthode est bien suffisante. Je me suis assuré à plusieurs reprises que le résidu filtré ne renferme plus que des traces de glycogène. Comme dans mes essais il s’agissait de doser et le sucre et le glycogène, il ne fallait pas songer à chauffer avec de la potasse, pratique qui entraîne fatalement une modification de la proportion de sucre.

C. Dosage du sucre dans le sang. — La méthode ancienne pour débarrasser le sang des matières albuminoïdes consistait : 1° à traiter le sang par un poids égal de sulfate de soude ; 2° à le verser dans de l’alcool. Le premier procédé fournit, il est

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vrai, après filtration, une liqueur incolore, mais il présente deux inconvénients : d’abord une partie du sucre est retenue par le sulfate de soude après cristallisation; puis, pour permettre le dosage par titrage, il faut maintenir une température élevée afin d’empêcher la cristallisation du sulfate de soude dans la burette. Le second procédé ne permet pas de précipiter toute l’albumine, et de plus le résidu de l’évaporation renferme Encore un grand nombre de principes qui entravent la filtration et prolongent l’opération outre mesure. C’est à ces imperfections des procédés qu’il .faut attribuer les résultats négatifs ou presque négatifs obtenus par les anciens physiologistes.

Pour priver le sang des matières albuminoïdes, j’ai adopté le procédé imaginé par Schmidt-Mühlheim et Hofmeister pour le traitement des liquides renfermant des peptones, c’est-àdire le traitement par le perchlorure de fer et l’acétate de soude.

Le sang, renfermé dans une capsule de porcelaine, est additionné de 8 à 10 volumes d’eau et chauffé graduellement. Lorsque la température du mélange commence à s’élever, j’ajoute d’abord une solution de perchlorure de fer, puis de l’acétate de soude, j’agite et je porte à l’ébullition. Si l’acidité est trop grande, j’ajoute une quantité suffisante d’une solution de carbonate de soude pour que la liqueur n’offre plus qu’une réaction acide faible. Si l’on a employé les deux solutions en proportion convenable, ce qui arrive toujours avec un peu de pratique, on obtient un coagulum dense, et le liquide qui surnage est limpide comme de l’eau. Un excès de perchlorure de fer ne nuit pas, car en élevant la température du liquide filtré, if s’élimine sous forme d’acétate de fer. La liqueur, soumise à l’ébullition, est filtrée à travers une chausse de toile et lavée à plusieurs reprises, puis la chausse est soumise à la presse, et tous les liquides sont réunis. Si le mélange présentait encore une légère coloration rouge, on y ajouterait quelques gouttes de perchlorure de fer, on chaufferait encore une fois et on filtrerait sur du papier. Le produit de la filtration est évaporé au bain-marie; on évalue le volume du résidu, on

filtre et on dose le sucre dans le liquide filtré par les liqueurs titrées. Ce dosage est aussi aisé qu’avec une simple solution de sucre. J’ai à plusieurs reprises fait le dosage du sucre dans une très petite portion du liquide par la fermentation, et j’ai obtenu de 80 à 90 p. 100 de la proportion donnée par les liqueurs titrées.

Pour obtenir de bons résultats, c’est-à-dire un dosage exact du sucre, il est indispensable de n’opérer que sur de faibles quantités de sang. Si l’on traite une quantité trop grande de sang, il est difficile de débarrasser le coagulum totalement de sucre. Ceci n’est plus à craindre avec 40 à 50 centimètres cubes de sang; je me suis bien assuré que le résidu du coagulum soumis à la presse ne renferme plus de sucre.

Très souvent je n’ai opéré que sur 15 à 20 centimètres cubes de sang ; cette quantité suffit pour faire deux ou trois bonnes analyses.

Dans quelques cas, j’ai employé, pour débarrasser le sang des albuminoïdes, un autre procédé, qui consiste à étendre le sang de 6 à 8 fois son volume d’une solution de chlorure de sodium à 2 p. 100, puis de chauffer le mélange après addition d’un peu d’acide acétique. Le liquide filtré est limpide comme de l’eau, mais le coagulum n’est pas aussi dense que par le procédé à l’acétate de fer et plus difficile à exprimer à la presse. Lorsqu’il s’agit de doser le sucre d’un mélange de foie et de sang, il est encore préférable d’employer le procédé à l’acétate de fer.

Si dans ce mélange il est nécessaire en outre de doser les autres hydrates de carbone, il ne faut pas employer l’acétate de fer pour précipiter l’albumine, car une partie du glycogène est englobée dans le coagulum, comme l’a observé Landwehr et comme je l’ai constaté moi-même.

Il est facile, dans ces conditions, de se débarrasser de l’albumine en chauffant le mélange avec de l’acide acétique qu’on ajoute par petites portions. La décoction renferme encore un peu d’albumine, mais ce principe n’entrave pas le dosage du sucre et du glycogène par les procédés décrits ci-dessus.

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Un autre cas, dans lequel l’emploi de l’acétate de fer doit être proscrit, c’est quand il s’agit de doser l’acide lactique du sang,, car la plus grande partie de cet acide disparaît, comme j’ai pu le constater par des expériences instituées ad hoc , dans lesquelles j’ajoutais moi-même de l’acide lactique au sang. Pour doser l’acide lactique, il suffit de débarrasser préalablement le sang de ses albuminoïdes en le chauffant avec quelques gouttes d’acide acétique; ce procédé donne de meilleurs résultats que le traitement à l’alcool.

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