‹ La glycogénie animaleChapitre 3 sur 53 · BACTÉRIES · texte numérisé non relu

BACTÉRIES

On savait depuis longtemps cpie quelques ferments étaient capables, hors de l’organisme, de transformer l’amidon et le glycogène en sucre. La diastase d’origine végétale détermine cette transformation qu’accomplissent aussi certains ferments animaux, parmi lesquels la salive et l’extrait pancréatiquesont les plus importants. Ce fut le point de départ des idées qui eurent cours sur la glycogénie dans l’organisme ; on la rapporta universellement à une fermentation. La production de sucre dans le foie était attribuée à l’action d’un ferment hépatique spécial sur le glycogène accumulé, et les opinions ne différèrent que sur un point, celui de savoir si ce ferment existe déjà et exerce son action pendant la vie ou s’il n’agit qu’après la mort. De même on attribuait la transformation du glycogène musculaire en sucre à l’action d’un ferment musculaire. Mes recherches, qui seront exposées plus loin, ont montré clairement que plusieurs de ces ferments sont des quantités imaginaires et que la glycogénie dépend d’autres facteurs. Cependant, pour faire la lumière sur cette question embrouillée qui occupe les physiologistes depuis une cinquantaine d’années, et pour en apprécier toute la portée, nous ne pouvons nous dispenser de passer en revue tous ces ferments et d’exposer tous les faits connus sur les ferments diastasiques.

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Ferment de la salive et du pancréas.

La salive mixte, celle qui résulte du mélange des sécrétions des glandes sous-maxillaires et sublinguales et de la parotide, ainsi que l’extrait obtenu du pancréas en l’épuisant par l’eau ou la glycérine, possèdent la faculté de transformer l’amidon et le glycogène en sucre. On croyait jadis que cette transformation en sucre de raisin était complète pondéralement et rapide, et de plus que le glycogène et l’amidon passaient par un état intermédiaire, la dextrine , enfin que la formation du sucre n’avait lieu qu’après clarification complète du liquide, c’est-à-dire après transformation totale en dextrine. Dans des expériences personnelles (1) avec la salive mixte et l’extrait pancréatique je- constatai que les choses se passent tout différemment. La formation de sucre commence immédiatement , dès que la salive ou l’extrait pancréatique sont mis en contact avec le glycogène, et bien avant que la solution glycogénique soit entièrement clarifiée une portion de celle-ci se trouve changée en sucre. La clarification des solutions renfermant jusqu’à 1 p. 100 de glycogène est complète au bout de 20 à 40 minutes. A ce moment la solution renferme déjà une proportion très notable de sucre; mais le processus glycogénique persiste encore pendant des heures et n’arrive souvent à son terme qu’en vingt-quatre heures, parfois même en quarantehuit, heures. Cependant la plus grande masse de sucre se forme pendant les premières 20 à 40 minutes. Le résultat le plus important de mes recherches, c’est que le sucre ainsi formé n’est pas du sucre de raisin, mais un sucre qui fait dévier le plan de polarisation bien plus que celui-ci et possède un pouvoir réducteur bien moindre.

Le pouvoir rotatoire spécifique du sucre en question varie dans des limites assez étendues ; il oscille entre 120 et 140°. Le pouvoir réducteur est environ les 68 p. 100 de celui du sucre

(1) Seegen, Ueber die Umwandlung von Glycogen durch Spei&hel und Pan- Jireas fer ment. Centralbl. f. d.med. Wissensch., 1876, n. 48, u. Pflüger’s Archiv,

Bd. XIX.

de raisin ou glycose. O. Nasse (1), qui confirma les résultats obtenus par moi et examina avec soin le sucre obtenu par fermentation, lui donna le nom às pty alose.

C’est à Museulus et à Mering que revient l’honneur d’avoir préparé ce sucre à l’état de pureté et d’en avoir démontré l’identité avec la maltose. Ce sucre de fermentation ne se transforme entièrement en glycose qu’après avoir été chauffé avec de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique dans un tube fermé à la lampe. Un produit de transformation qui apparaît en même temps que le sucre, c’est la dextrine, ou plutôt V érythro dextrine f mais ce principe disparaît dès que le liquide cesse d’être opalescent. Aussitôt qu’il est devenu limpide, on ne trouve plus, à côté du sucre, que Yachroodextrine. A ce même instant la solution de glycogène n’est plus colorée en rouge par la solution d’iodurè de potassium ioduré, et des quantités minimes d’alcool donnent en revanche un précipité blanc. L’achroodextrine se transforme graduellement en sucre jusqu’à ce que la fermentation soit entièrement terminée ; la quantité de sucre va en augmentant constamment, tandis que celle de l’achroodextrine diminue dans la même proportion.

Museulus a exprimé l’avis que, par l’action du ferment, l’amidon ainsi que le glycogène se dédoublent, avec absorption d’eau, en deux molécules de dextrine et une molécule de sucre de raisin, et que, ce dédoublement une fois terminé, toute action ultérieure de la diastase cesse, celle-ci ne possédant pas la faculté de transformer la dextrine en sucre.

Les faits viennent démentir cette vue théorique. Au moment où la solution de glycogène s’éclaircit, on n’y trouve plus ni glycogène ni érythrodextrine, mais du sucre et de 1 achroodextrine. Dans cette solution limpide la proportion de sucre va constamment en augmentant, tandis que celle de dextrine diminue ; il n’est donc pas douteux qu’il y a transformation de la dextrine en sucre.

Lorsque la fermentation est terminée, l’addition de nouveau ferment n’entraîne plus de production de sucre, quoique la

(1) Nasse, Bemerkungen zur Physiologie der Kohlenhydrcite. Pflüger's Archiv , Bd. XIV.

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solution contienne encore une petite quantité de dextrine; celle-ci n’est précipitée que par de ’alcool très fort et ne peut être transformée en glycose que si on la chauffe avec un acide dans un tube fermé à la lampe. Nous avons donné à cette variété de dextrine le nom de dystropodextrine, en raison de sa grande stabilité.

La proportion de sucre engendrée par le ferment salivaire ou pancréatique est variable. D’après mes recherches, il s’en forme environ 38 à 42 p. 100 à la température ordinaire. A une température plus élevée, par exemple dans unesolution de glycogène abandonnée pendant deux jours sur le couvercle d’un poêle chauffé à 40-45°, la proportion monte à 47 p. 100. Au bain-marie, à une température de 50°, il se forme au bout de vingt-quatre heures 49 p. 100 de sucre, et cette proportion ne se modifie pas en prolongeant l’expérience de vingtquatre heures. Une partie du liquide renfermée dans un tube fermé et chauffée au bain-marie fut maintenue pendant trente six heures à une température de 50 à 60°. La proportion du sucre formé n’augmenta pas.

L’extrait pancréatique agit en général avec un peu plus d’énergie, mais jamais la proportion de sucre ne dépasse 50 p. 100.

Les chiffres ci-dessus indiquent la proportion de sucre évaluée en glycose. En évaluant la glycose en maltose, ils augmenteraient d’environ un tiers. Dès lors le chiffre le plus élevé atteindrait environ 70 p. 100. IL T. Brown et J. Héron (1), en faisant digérer de l’amidon avec de l’extrait pancréatique, trouvèrent après 40 à 50 minutes dans la liqueur environ 80 p. 100 de maltose et 20 p. 100 de dextrine.

Nous venons d’examiner l’action du ferment salivaire et pancréatique sur le glycogène hors de l’économie. Il est douteux qu’elle soit la même dans l’organisme animal. Dans celuici on ne rencontre que de la glycose, jamais de maltose, et nous aurons l’occasion de constater que, dans l’estomac et l’intestin grêle d’animaux nourris exclusivement de farine

(1) Liebig's Anncilen , Bd GCIY.

Seegen.

de fécule, il ne se rencontre que de la glycose et point de maltose. D’autres facteurs que les ferments en question paraissent encore intervenir. Il est permis du reste de supposer que les ferments eux-mêmes, par une action prolongée, seraient capables de produire de la glycose. Du moins H. -T. Brown et Héron (1) ont fait voir que par une digestion prolongée avec l’extrait pancréatique la maltose produite se transforme graduellement en glycose. Même la digestion de maltose pure avec une infusion de pancréas détermine une transformation lente de ce sucre en glycose.

Ferments de l’intestin grêle.

Les sécrétions de l’intestin grêle possèdent une action diastasique, très modérée, il est vrai, lorsqu’on les expérimente hors de l’organisme. Des essais furent faits avec le liquide intestinal obtenu par le procédé des fistules de Thiry ou en épuisant l’intestin par la glycérine ; lès résultats, quant à l’action diastasique, furent toujours de médiocre importance. Paschutina montré que l’action diastasique ainsi produite n’est pas supérieure à celle que donnent des infusions d’autres muqueuses. L’action est bien plus énergique, en revanche, lorsque la paroi intestinale est mise elle-même en contact avec la colle d’amidon. Dans les expériences de Bidder et Schmidt et dans celles d’autres physiologistes, de la colle épaisse d’amidon, renfermée dans des anses intestinales, était transformée déjà au bout de trois heures en une masse fluide renfermant du sucre en abondance. Les recherches de Brown et de Héron (2) sont également d’une grande importance à cet égard. Ces auteurs ont constaté de leur côté que l’infusion d’intestin n’exerce qu’une faible action diastasique sur l’amidon, tandis que le tissu luimême la liquéfie rapidement. Ils se servirent pour leurs expériences du duodénum, des glandes de Brunner, du jéjunum, de l’iléon et des plaques de Payer. Ils constatèrent que ces tissus possèdent la faculté : 1° d’intervertir le sucre de canne;

(1) Loc. cit.

(2) Loc. cit.

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2" de transformer l’amidon en maltose et en glycose. L’inversion du sucre de canne était relativement peu considérable et ne se produisait qu’à de hautes températures et le mieux dans le jéjunum et l’iléon. L’action sur l’amidon dissous était beaucoup plus énergique, et surtout intense sur la maltose. Ainsi en faisant digérer 100 centimètres cubes d’une solution de maltose avec 5 grammes d’intestin desséché renfermant les plaques de Payer, à une température de 40°, toute la maltose se trouva transformée en glycose au bout de 16 heures. D’après Brown et Héron, l’intestin doit principalement sa faculté diastasique aux plaques de Payer, car les portions du jéjunum et de l’iléon qui renferment les plaques de Payer sont précisément les plus actives, et leur principale activité consiste à transformer la maltose en glycose.

Ferment du foie.

La faculté glycogénique du foie est due, d’après Cl. Bernard, à un ferment spécial contenu dans cet organe. De même que dans la plante qui germe la diastase transforme l’amidon en sucre, de même le ferment du foie métamorphose le glycogène en glycose. Cl. Bernard place le ferment hépatique dans des cellules spéciales ou bien dans les espaces intercellulaires du foie, et assure avoir extrait ce ferment en épuisant le foie soit par l’eau, soit par la glycérine, et l’avoir isolé en le précipitant par l’alcool. Hensen (1) et von Wittich (2) affirment également avoir isolé le ferment hépatique. J’ai entrepris avec Kratschmer (3) de nombreuses expériences, d’après la méthode de von Wittich, pour préparer le ferment hépatique. Je me servis d’abord de foie de veau acheté chez le boucher. Il fut râpé, puis lavé pendant plusieurs heures, exprimé et additionné d’alcool absolu. L’alcool prit une grande quantité de sucre. L’opération fut répétée en changeant l’alcool après dix-huit à vingt-quatre

(1) Virchow' s Archiv, Bd. XI.

(2) Ueber dcis Leberferment. Pflüger’s Archiv, Bd VII.

(3) Seegen u. Kratschmer, Beitrag zur Kenntniss der saccharificirenden Fermente. Pflüger's Archiv, Bd XIV.

heures, mais le troisième et le quatrième bains d’alcool renfermaient également du sucre. Le tissu hépatique, desséché ensuite, fut finement broyé avec de la glycérine. L’extrait glycérique, filtré au bout de deux jours, renfermait encore du sucre. Aussi, pour les autres expériences, fîmes-nous usage de foies de lapin, qui furent rapidement lavés immédiatement après la mort des animaux, broyés et immergés dans de l’alcool absolu. Le premier bain d’alcool fut très chargé de sucre, mais le troisième et le quatrième bains n’en contenaient plus que des quantités minimes. Le tissu desséché fut ensuite broyé avec la glycérine ; celle-ci, après filtration, ne réduisait plus la liqueur cuprique. Mais cette même glycérine filtrée, mélangée avec une solution de glycogène, puis traitée par la liqueur de Fehling au bout de quelque temps, donnait le plus beau précipité d’oxydule de cuivre. On obtenait la même réaction en étendant d’eau la glycérine filtrée, qu’on traitait ensuite par la solution cuprique. Ces expériences mirent hors de doute que F extrait glycérique renfermait les deux éléments de la glycogénie, le ferment et le glycogène.

La présence de ces deux éléments se manifeste encore par la formation de sucre dans l’extrait, après qu’il a été exposé à l’air et a absorbé de l’eau, tandis que, récent et privé d’eau, il ne réduit pas le réactif cuprique; c’est que la présence de l’eau est indispensable pour la transformation du glycogène en sucre. C’est pourquoi la liqueur glycérique filtrée, maintenue à l’abri de l’air, ne possède pas le pouvoir réducteur, et ainsi s’explique qu’on ne se soit pas aperçu qu’à côté du ferment l’extrait renfermait encore en bien plus grande quantité du glycogène. Deux expériences très simples suffirent pour démontrer que le glycogène est entièrement soluble dans la glycérine, mais que la présence de l’eau est nécessaire pour permettre au ferment d’agir sur le glycogène dissout et le transformer en sucre. Nous broyâmes du glycogène desséché avec de la glycérine, et filtrâmes en présence d’acide sulfurique ; la liqueur prit une teinte très opalescente et fut additionnée de salive. Le mélange était entièrement dénué du pouvoir réducteur après un temps que l’expérience a montré suffisant pour

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obtenir la transformation d’une grande quantité de glycogène en sucre à l’aide de la salive. Mais la transformation commença aussitôt que le mélange fut additionné d’eau. Dans une deuxième expérience, on mélangea de la salive séchée sur l’acide sulfurique avec du glycogène sec. Puis sur le mélange on versa de la glycérine et on filtra dans l’appareil à dessiccation. Le liquide filtré ne réduisait pas le réactif cuprique ; mais il acquit rapidement le pouvoir réducteur après avoir été abandonné pendant quelque temps au contact de l’eau.

Il en est exactement de même du procédé de von Wittich appliqué au foie.

Dans le foie entièrement privé d’eau par le traitement à l’alcool absolu le glycogène et le ferment sont réunis. La glycérine broyée avec le foie desséché s’empare des deux principes, du glycogène et du ferment. Le ferment ne saurait agir sur le glycogène tant que la glycérine est privée d’eau. Si l’opération d’extraction est suffisamment prolongée, l’eau absorbée au contact de l’air suffit pour permettre la transformation du glycogène en sucre.

Nous voulions savoir s’il était possible d’isoler le ferment en le précipitant par l’alcool. L’addition d’alcool à l’extrait obtenu par la glycérine détermina la formation d’un dépôt blanc abondant. Sur le filtre ce dépôt se réduisit à une masse jaune et sèche. Ce dépôt desséché fut repris par l’eau, et une partie a de la solution additionnée de salive, une autre partie b abandonnée à elle-même. La partie a se transforma rapidement en un liquide très réducteur, tandis que la portion b n’acquit la même propriété que lentement, au bout de deux à trois heures. Le précipité alcoolique renfermait donc une forte proportion de glyco gène, associée à une petite quantité de substance saccharifiante.

Ces expériences démontrent :

1 0 Qu’il est impossible d’isoler le ferment du foie ;

2° Que le ferment extrait en même temps que le glycogène n’est doué que d’une activité minime, bien inférieure à celle du ferment salivaire.

D’autres expériences prouvèrent qu’on peut extraire du foie cuit, en même temps que le glycogène, un ferment dont

l’activité saccharifiante est exactement la même que celle du ferment qu’on extrait du foie non cuit. Abeles (1) le premier a observé que dans du bouillon de foie absolument exempt de sucre on en retrouve après une nuit de séjour. Il en a conclu que le ferment du foie prend naissance après la mort. J’ai répété ces expériences. Je fis cuire des foies de lapins récemment sacrifiés, puis pratiquer un nombre de lavages suffisant pour que le bouillon n’offrît plus la moindre réaction de glycose. Ce même bouillon fut ensuite additionné d’eau salicylée. Déjà au bout de douze heures l’eau donna la réaction nette de la glycose, et celleci ne fit qu’augmenter en prolongeant le contact du liquide avec le foie. L’eau décantée fut filtrée, et le produit de la filtration additionné d’alcool. Il se produisit un précipité d’un blanc éclatant; on le lava jusqu’à disparition de toute réaction glycosique. Le précipité desséché fut dissous dans l’eau, qui prit une teinte opaline. Une partie de cette solution, additionnée de salive, ne tarda pas à réduire le réactif cuprique; une autre partie, abandonnée à elle-même, ne présenta une réaction faible qu’au bout de deux jours. Enfin, une troisième partie de ce liquide, additionnée d’une solution de glycose, ne donna également de réaction nette qu’après vingt-quatre heures. Les résultats obtenus avec le liquide extrait du foie cuit sont donc les mêmes qu’avec celui extrait du foie non cuit. Il renfermait une grande quantité de glycogène associée à une quantité minime de substance saccharifiante. Il n’y avait pas à songer à la possibilité d’isoler cette substance.

Dans une nouvelle expérience on précipita une décoction de foie par de l’alcool. Le beau, précipité blanc fut lavé jusqu’à ce qu’il ne contînt plus de sucre. Après filtration, le résidu se dessécha en une masse gommeuse qui forma avec l’eau une solution opalescente offrant toutes les réactions du glycogène. Cette solution abandonnée à elle-même présentait déjà, au bout de trois à quatre jours, la réaction nette du sucre, et celle-ci n’alla qu’en augmentant par un contact prolongé de la solution avec l’air. Il n’y avait donc pas à penser ici à un ferment hépatique

(1) Abeles, Beitrcig zur Lehre von den sacchcirificirenden Fermenten. Med. Jahr bûcher, 1876.

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développé après la mort, attendu que la décoction n’était plus en contact avec le foie. On ne pouvait admettre davantage que le ferment hépatique primitif, même s’il s’est trouvé dans l’extrait obtenu par l’eau bouillante, fût encore doué d’activité, attendu que tout ferment perd, comme on le sait, ses propriétés par l’ébullition. La glycogénie dans le foie cuit ne saurait donc être attribuée à un ferment hépatique spécial. Mais comme le ferment extrait du foie non cuit se comporte exactement comme celui extrait du foie cuit et présente la même action diastasique, il est permis de douter que le foie renferme un ferment diastasique spécial.

Ferment musculaire.

Meissner et O. Nasse attribuent la transformation du glycogène musculaire en sucre à un ferment musculaire propre. Je me suis efforcé de préparer ce ferment d’après les indications de von Wittich. Delà viande finement hachée fut soumise à des lavages répétés à l’eau, puis épuisée par l’alcool absolu jusqu’à disparition totale de toute réaction glycosique. On la broya ensuite, après dessiccation à l’air, avec de la glycérine, et on filtra au bout de trois jours. On versa le liquide obtenu dans une solution glycogénique légèrement opalescente, et au bout d’une à deux heures, le mélange réduisait la liqueur de Fehling, mais l’opalescence ne disparut même pas au bout de 24 heures. Dans une expérience de contrôle avec le ferment pancréatique et la salive, l’opalescence disparut en moins de 30 minutes et la réduction du réactif cuprique fut beaucoup plus énergique. Une portion de la viande fut cuite, puis traitée comme la viande crue par la méthode de von Wittich ; l’extrait par la glycérine se comporta exactement comme celui obtenu avec la viande crue à tous les points de vue. Si cette action dépandait d’un ferment musculaire, celui-ci serait nécessairement devenu inactif par la cuisson. V existence d'un ferment diastasique spécial aux muscles n’est donc pas plus certaine que celle d’un ferment hépatique .

Action diastasique des substances albuminoïdes.

Comme, d’après nos expériences, les extraits du foie et des muscles cuits ou non cuits présentent la' même action diastasique, très minime du reste, il y a lieu de penser que la saccharification ne dépend pas d’un ferment spécial au foie ou aux muscles.

Or, plusieurs auteurs, et avant tous von Wittich et Lépine, ont montré qu’un grand nombre de tissus renferment une substance saccharifiante. Von Wittich (1) assure avoir réussi à extraire, en petite quantité, il est vrai, un ferment diastasique du sang, du sérum sanguin, du tissu rénal, du cerveau et de la muqueuse de l’estomac ; il en conclut que ce ferment si répandu « n’est pas un produit de l’activité cellulaire du parenchyme de glandes, ou du moins n’a pas cette origine unique, que c’est bien plutôt un principe engendré dans les échanges organiques en général. »

Lépine (2) a trouvé dans tous les organes, excepté dans le cristallin, une substance diastasique, et il en a prouvé l’existence en portant des fragments des organes les plus variés, finement broyés, dans de l’amidon cuit additionné de beaucoup d’eau, qu’il laissait alors séjourner à une température de 8°. Il constata chaque fois la présence de sucre, quoique en proportions variables. Dans la première partie de son travail, Lépine paraît prendre ce corps diastasique pour un ferment, le même que von Wittich envisage comme le résultat des échanges organiques et comme pénétrant par diffusion dans les divers organes.

Cette vue ne cadre pas avec l’absence de substance diastasique dans le cristallin. Rappelons ici un fait observé par Cl. Bernard (3) : si l’on immerge de la fibrine du sang fraî-

(1) Weitere Mittheilungen liber Ver dauun g s-Fer mente. Pflüger's Archiv.

Bd. III.

(2) Lépine, Entstehung und Verbreitung des thierischen Zucker ferments. Bericht der k. sàchs. Gesellsch. d. Wissensch., October 1870. *

(3) Cl. Bernard, Leçons de 'physiologie expérimentale, t. II, 1856.

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chement lavée dans de l’eau et qu’on expose le tout pendant quelques jours à la température ordinaire de l’été , le liquide filtré présente une action diastasique. Lépine a fait une expérience analogue avec le cristallin qui à l’état frais est dénué de propriétés diastasiques. Il le conserva pendant quatre jours pendant les chaleurs de l’été, puis y ajouta de l’eau renfermant de l’amidon ; au bout de deux jours le liquide contenait une quantité notable de sucre. Cette expérience et d’autres analogues lui ont fait admettre comme très vraisemblable que le ferment ne préexiste pas dans les organes , mais s'y développe seulement pendant les expériences.

Nous avons également fait des expériences avec des fragments pris sur les organes les plus variés, particulièrement avec de la substance des muscles, des reins et du cerveau. Mais, et c’est là ce qui distingue nos essais de ceux de Lépine et de von Wittich, nous avons d’abord fait cuire ces fragments et, après les avoir bien lavés, et vérifié, spécialement pour la substance musçulaire, qu’ils ne renfermaient pas de sucre, nous les avons hachés menus et plongés dans une solution de glycogène. Dans tous les cas le liquide renfermait du sucre au bout d’un temps plus ou moins long, parfois même après quelques heures. Le cerveau cuit agit avec le plus d’énergie ; la solution glycogénique donna également la réaction du sucre d’une manière éclatante au bout de quelques heures. Impossible de songer à un ferment préexistant, la température de l’ébullition l’aurait détruite.

Tous les organes dont il a été question, quelque différentes que fussent leur structure et leur composition, avaient cela de commun qu’ils étaient de nature albuminoïde. L’idée devait donc venir naturellement de rechercher quelle serait l’action de l’albumine pure sur les solutions de glycogène.

Dans la première expérience que nous fîmes à cet égard, nous nous servîmes d’albumine pure du sérum. L’action de celle-ci sur le glycogène fut éclatante. Une solution aqueuse d’albumine mélangée avec une solution de glycogène détermina déjà après une heure sa transformation en sucre; plus le contact était prolongé, plus était grande la quantité de sucre formé.

Lorsque l’albumine était cuite et mise ensuite au contact du glycogène, Faction diastasique se manifestait plus tard, mais devenait très énergique au bout de deux jours.

Nos autres expériences furent faites avec des préparations chimiquement pures d’albumine de l’œuf, de caséine et de fibrine.

L’albumine de l’œuf se comporta exactement comme celle du sérum. Sa solution détermina au bout de peu d’heures la transformation du glycogène en sucre. La liqueur de Fehling fut colorée par l’albumine dissoute en violet et il se forma aussitôt un beau précipité rouge d’oxydule de cuivre. La caséine parut insoluble dans l’eau et ne produisit aucun effet sur la solution cuprique. Délayée dans l’eau, il lui fallut plusieurs jours pour faire apparaître des traces de sucre dans la solution glycogénique. Chose singulière, la même caséine, conservée pendant plusieurs mois, acquit une énergie diastasique bien plus grande, qui se manifestait déjà avec une intensité supérieure au bout de douze heures. Pour acquérir des données plus exactes sur le degré de solubilité de la caséine, on versa sur elle de l’eau distillée et on filtra au bout de vingt-quatre heures. L’acide acétique détermina un léger trouble dans le liquide filtré. Celui-ci, mélangé à une solution de glycogène, çxerça une action diastasique, et après vingt-quatre heures de contact, la réaction du sucre fut des plus nettes. On versa une nouvelle quantité d’eau sur la caséine, et on recommença six fois cette opération, en laissant chaque fois l’eau en contact avec la caséine pendant vingt-quatre heures. L’acide acétique ne produisait aucun trouble dans les dernières portions de liquide filtré. En y ajoutant de l’alcool il se formait un léger anneau blanc au point de contact; il y avait donc encore des traces d’albumine dans le liquide ; or la dernière portion filtrée agit encore avec une énergie remarquable sur la solution glycogénique, et au bout de deux jours la liqueur de Fehling y détermina la réaction la plus nette. Il suffit d’avoir fait cet essai une fois pour reconnaître d’une manière indubitable qu’on a affaire ici à un ferment diastasique. L’action de l’eau de lavage de la caséine sur le glycogène se distingue simplement

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de celle de la salive, par exemple, par une action plus lente, tandis que la propriété caractéristique des ferments, celle d’agir à doses excessivement faibles, se présenle précisément, dans le cas de l’eau de lavage de la caséine, de la manière la plus éclatante.

Dans une autre expérience, l’un de ces liquides de lavage, dans lesquels l’alcool ne décelait plus que des traces d’albumine, fut divisé en deux portions égales. On mélangea immédiatement l’une des portions a avec une solution de glycogène. La seconde portion b fut soumise à l’ébullition avant d’être mise en contact avec une solution glycogénique,Dans le liquide a la présence du sucre put être reconnue après vingt- quatre heures, dans la solution b , après trois jours seulement. L’ébullition avait détruit le ferment, mais celui-ci s’était reformé dans la liqueur renfermant des traces d’albumine.

Ni la caséine en supension, ni la solution aqueuse de caséine ne produisent avec la liqueur cuprique alcaline la réaction connue de l’albumine. La réaction de la glycose ressort par cela même d’autant plus belle et plus nette.

La fibrine en suspension dans l’eau est absolument sans action sur une solution de glycogène; on ne réussit pas mieux avec l’eau de lavage de la fibrine. C’est que la fibrine est totalement insoluble dans l’eau, et dans l’eau de lavage filtrée il n’est possible par aucun procédé de déceler même des traces d’albumine. Si à de la fibrine on ajoute une lessive de potasse, on obtient une légère coloration violette de la solution cuprique, mais même cette liqueur alcaline reste sans action sur le glycogène.

Les résultats obtenus avec la fibrine démontrent que X action diastasique est due à un corps albuminoïde soluble dans l'eau.

Ce fait ressort encore d’une autre expérience faite sur la fibrine. A l’occasion de la dissection d’un animal, nous prîmes dans le cœur un caillot fibrineux; il fut soumis à des lavages pendant plusieurs jours, au bout desquels il devint d’un blanc éclatant, et à peu près semblable à la pâte de papier la plus fine.

On y versa une nouvelle quantité d’eau, on filtra après vinglquatre heures et on mit le liquide filtré en contact avec une solution de glycogène. Il se forma du sucre dans l’espace de

dix-huit à vingt-quatre heures. Toutes les eaux de lavage obtenues successivement exercèrent un effet semblable. Mais dans toutes l’alcool permettait de déceler une substance albuminoïde dissoute; la fibrine avait donc entraîné, malgré les lavages, quelque corps albuminoïde soluble, ou bien elle était elle-même encore partiellement soluble et ne perdait sa solubilité complètement que par la dessiccation.

Cl. Bernard (1) abandonna à elle-même de la fibrine du sang pendant les chaleurs de l’été : au bout de peu de jours une portion de la fibrine, selon lui, se serait dissoute, et la solution aurait acquis la faculté de transformer de l’empois d’amidon en sucre. Cl. Bernard considère le ferment formé comme un produit de décomposition. Pour lui il en est de même du ferment salivaire, et il affirme que la salive est d’autant plus active qu’elle a été sécrétée dans des conditions pathologiques plus sérieuses, c’est-à-dire que la décomposition de quelqu’un de ses éléments et en particulier du mucus buccal a été plus intense.

Ces vues sont contredites par les faits suivants : la salive parotidienne, prise directement dans la parotide, possède une action diastasique extrêmement énergique ; l’extrait pancréatique frais possède un pouvoir saccharifiant non moins énergique.

Pour nos essais avec les tissus de divers organes nous nous servions d’animaux mis à mort ; en admettant même que la décomposition aurait commencé, dans le cerveau par exemple, quelques heures après la mort, et qu’ainsi fût né l’élément diastasique, on ne pourrait en dire autant des substances albuminoïdes chimiquement pures, telles que l’albumine du sérum, l’albumine du sang ou la caséine ; or ces principes, mélangés avec de l’eau ou dissous dans celle-ci, provoquent, à la température ordinaire des appartements, la transformation la plus nette du glycogène en sucre. Au contraire la fibrine chimiquement pure et totalement insoluble n’a pas exercé cette action diastasique, même après un contact prolongé pendant plusieurs jours avec le glycogène.

Yoici en résumé les résultats de nos expériences :

(1) Loc. cit.

DEUXIÈME LEÇON

Les tissus albuminoïdes, ainsi que les corps albuminoïdes solubles totalement ou partiellement dans l’eau, possèdent la faculté, par un contact plus ou moins prolongé avec le glycogène, d’exercer une action saccharifiante. L’ébullition de la liqueur renfermant un corps albuminoïde suspend momentanément cette action diastasique ; celle-ci reprend au bout de deux à trois jours. Il suffit de traces d'albumine pour obtenir une action saccharifiante .

Qualitativement l’action des corps albuminoïdes en question est identique à celle de la salive et de l’extrait pancréatique. En revanche, ces substances présentent une différence essentielle au point de vue de la quantité , et par suite de la rapidité de l’action diastasique. Ainsi dans une solution de glycogène mise en contact avec de la salive et de l’exrait pancréatique on trouve du sucre après quelques minutes déjà, tandis que pour les substances albuminoïdes une à deux heures au moins sont nécessaires; les eaux de lavage de la caséine et les albuminates soumis à l’ébullition ne deviennent actifs qu’après un ou deux jours, et la quantité de glycose formée est toujours infiniment plus petite qu’avec la salive et l’extrait pancréatique.

Des bactéries interviennent-elles dans faction diastasique? c’est ce qu’apprendra l’avenir. D’après Wortmann (1), les bactéries sécrètent un ferment diastasique, et Maly lui-même rapporte l’action diastasique qui se développe dans l’intestin grêle à des bactéries.

D’après Nâgeli, les Schizomycètes sécrètent un ferment particulièrement énergique.

Kratschmer trouva qu’une solution de glycogène, conservée dans un tube d’essai, fermé avec un bouchon de ouate, ne réduisait par la liqueur cuprique, tandis qu’une solution semblable, contenue dans un vase ouvert, ne tarde pas à renfermer des quantités manifestes de sucre. Une goutte de cette solution fourmillait de bactéries.

Pick (2) a fait des expériences directes sur l’action saccharifiante des bactéries ; il inocula des solutions stérilisées de gly-

(1) Maly' s Jahrbücher , 1882.

(2) Wiener klin. Wochenschrift , 1889.

cogène avec des cultures pures de diverses espèces de bactéries et les abandonna après occlusion à la ouate ; or ces solutions ne tardèrent pas à présenter une action réductrice. Celle-ci différait d’intensité selon le bacille employé; le pouvoir réducteur était surtout énergique avec les bacilles blanc et vert-jaune de l’air. Le sucre formé était de la maltose. Ces expériences démontrent clairement « qu’il existe des microorganismes qui possèdent la faculté de provoquer la formation du sucre dans des solutions de glycogène. » Quant à la question de savoir si l’action diastasique de divers organes, de diverses humeurs ou des corps albuminoïdes doit être rapportée à des bactéries, des expériences nouvelles, faites d’après un plan tout différent, pourront seules la résoudre.

TROISIÈME LEÇON

FORMATION DE SUCRE DANS LE TURE DIGESTIF, LA BOUCHE, l’eSTOMAC ET L’iNTESTIN GRÊLE. NATURE DU SUCRE FORMÉ.

Avant d’étudier la glycogénie telle quelle se présente dans l’économie indépendamment de l’alimentation, nous devons rechercher ce que deviennent le sucre ou les hydrates de carbone, voisins du sucre, introduits avec les aliments.

Les hydrates de carbone les plus importants qui servent dans l’alimentation sont le sucre de canne et la farine. Les opinions sont très divergentes quant à la digestion du sucre dans l’estomac. Maly(l) affirme qu’il n’y est pas altéré. PourHoppe- Seyier (2), il ne se transforme pas ou se convertit très lentement en sucre interverti. D’après des recherches approfondies de Leube, le suc gastrique serait capable d’intervertir le sucre de canne. H. -T. Brown et J. Héron (3) ont trouvé dans l’intestin, et spécialement dans les plaques de Payer, un ferment susceptible d’intervertir le sucre de canne. Quant à la fécule, la salive commence déjà sa transformation en sucre, c’est-à-dire en maltose. Mais les aliments séjournent trop peu de temps dans la bouche pour que cette action de la salive soit bien appréciable. D’après les recherches si étendues de Brücke (4), la fécule est transformée par la digestion gastrique principalement en érythrodextrine. De sucre il n’y avait jpoint ou seulement des traces. La formation du sucre commencerait seulement dans

(1) Maly, Chemie der Verdauungssüfte. Hermanris Hcmdbuch der Physiologie.

(2) Hoppe-Seyler, Physiologische Chemie, 1881.

(3) Loc. cit.

(4) Brücke, Studien über die Kohlehydrate. Sitzungsberichte der Akademie der Wîssenschciften, Bd LXY.

l’intestin grêle sons l’influence du suc pancréatique. D’après Hoppe-Seyler, la fécule pas plus qu’aucune espèce de sucre ne saurait être digérée par le suc gastrique. Le suc pancréatique le transformerait rapidement en achroodextrine et en sucre. Ellenberger et Hofmeister (1) ont fait des expériences nombreuses sur la digestion stomacale chez des chevaux et des chiens. Us trouvaient déjà une proportion notable de sucre dans l’estomac, et celle-ci était de 2 à 3 p. 100 au moins si la recherche en était faite dans les premières heures qui suivaient l’ingestion des aliments. H. Goldschmidt (2) est arrivé à des résultats absolument semblables.

J’ai entrepris moi-même une série d’expériences sur des chiens que je nourrissais avec du sucre de canne, des pommes de terre, du riz et de la galette de fécule. Les animaux étant sacrifiés, on ouvrait largement leur abdomen; l’estomac et l’intestin étaient liés séparément, puis incisés, et le contenu déversé dans des récipients distincts; ces organçs étaient lavés à plusieurs reprises par un jet d’eau distillée, puis les eaux de lavage réunies au contenu de l’estomac et de l’intestin; enfin, on analysait les matériaux recueillis.

A. Alimentation par le sucre de canne. — I. — L’animal ingère pendant sept jours 100 grammes de sucre de canne par jour. Il est sacrifié deux heures après le dernier repas.

1° Le contenu de l’estomac étendu par les eaux de lavage occupe 500 centimètres cubes; le saccharimètre donne 7 p. 100 de sucre (évalué en glycose); la liqueur de Fehling 0,337 p. 100 de sucre ; après ébullition avec l’acide sulfurique la proportion atteint 5 p. 100.

2° Dans l’intestin grêle 0sr,280 de sucre.

IL — L’animal prend 100 grammes de sucre par jour pendant huit jours. Après ingestion d’une dernière dose de 84 grammes de sucre, il est sacrifié.

1° Contenu de l’estomac modérément acide; par le saccharimètre 8,7 p. 100 de sucre, par réduction 0,13 p. 100.

2° Le contenu de l’intestin grêle renferme 0,117 p. 100 de sucre, et 0,102 p. 100 après ébullition avec l’acide chlorhydrique.

III. — L’animal est nourri pendant huit jours à raison de 100 grammes

(1) Archiv f. wiss. u. pr. Thierheilk ., Bd VIII u. Bd XII.

(2) Die Magenverdauung des Pferdes. Zeitschr. f. physiolog. Chemie. Bd X.

TROISIÈME LEÇON

de sucre par jour; on le met à mort 3 heures plus tard après ingestion d’une dernière dose de 70 grammes de sucre.

Ie Estomac plein, contenu acide; au saccharimètre 10,7 p. 100 de sucre, par réduction 0,3 p. 100.

2° Contenu de l’intestin grêle avec 1,25 p. 100 de sucre par réduction, 1,14 p. 100 après ébullition avec l’acide chlorhydrique.

Après filtration du contenu sur du noir animal, le dosage donne, par déviation (à gauche) du plan de polarisation 0,5 p. 100, par réduction 0,85 p. 100 de sucre.

IV. — L’animal reçoit pendant 7 jours 100 grammes de sucre par jour. Quatre heures après ingestion d’une dernière dose de 80 grammes de sucre, il est sacrifié. Une circonstance imprévue ne permet d’examiner le contenu de l’intestin et de l’estomac qu’au bout de 24 heures. Les deux liquides-sont très acides.

1° Contenu de l’estomac : rien par le saccharimètre ; par réduction 0,12, après ébullition avec un acide 0,3 p. 100 de sucre.

2° Contenu de l’intestin : traces impondérables de sucre.

V. — L’animal est mis à mort après ingestion d’une dernière quantité de 100 grammes de sucre. Contenu de l’estomac faiblement acide; au bout de 24 heures très acide. Pas de traces de réduction, réaction énergique de biuret. Contenu intestinal examiné au bout de 24 heures, très acide, réaction très minime.

Ces expériences nous apprennent : a. Que l'estomac est capable d’ intervertir le sucre ; à côté d’une grande quantité de sucre de canne se trouve toujours une proportion notable de sucre doué du pouvoir réducteur. Ce|qu’ilya de particulier, c’est que dans les trois expériences où du sucre a été trouvé, il y en avait toujours environ 0,30 p. 100 réduisant la liqueur cuprique. En se rappelant que l’estomac absorbe certainement du sucre, ce chiffre minime en apparence plaide également en faveur d’une inversion énergique.

b. Le contenu de l’intestin grêle ne renferme pas de sucre de canne, car dans les expériences II et III le contenu filtré après ébullition avec un acide n’est pas plus riche en sucre qu’avant. (La petite différence observée ne dépasse pas les limites des erreurs d’observation.) S’il y avait là du sucre de canne, celui-ci serait interverti par l’ébullition avec un acide et après ébullition la proportion de sucre donnée par le dosage deviendrait plus grande. Le sucre contenu dans l’intestin grêle est du sucre interverti, car la liqueur filtrée sur le noir animal (exp. III)

Seegen. 3

donne 0,5 p. 100 de sucre au saccharimètre (déviation à gauche) et 0,8 p. 100 en employant les liqueurs titrées.

L’absence de sucre de canne dans l’intestin grêle démontre que l’inversion du sucre se passe tout entière dans ï estomac et que le sucre réducteur qui en résulte est absorbé à mesure de sa formation.

c. Vingt-quatre heures après la mort et probablement plus tôt il n’existe plus de sucre dans l’estomac et il n’y en a que des traces dans l’intestin. Le contenu de l’estomac et de l’intestin grêle est très acide, le sucre s’est converti en acide lactique. Probablement cette transformation se produit déjà beaucoup plus tôt; c’est pourquoi on a conseillé de faire rapidement l’examen du contenu de l’estomac et de l’intestin de l’animal sacrifié, si l’on veut obtenir une notion exacte en ce qui concerne le sucre.

J’ai fait deux expériences pour savoir si le sang de la veine porte contient du sucre de canne. Le sucre y fut dosé par un procédé approprié, puis 20 centimètres cubes de la liqueur destinée au dosage furent chauffés pendant douze heures avec 4 centimètres cubes d’acide chlorhydrique à 10 p. 100 dans un tube fermé à la lampe ; on fit un nouveau dosage du liquide extrait du tube et préalablement neutralisé. La proportion de sucre fut trouvée identique dans les deux cas.

ireïïvDÉRT™rp j Proportion de sucre dans le sang de la veine porte

1 iJAi LnlLINtjli. j lll»l nr* / 14 • i

f — dans la liqueur chauffée avec I acide.

2e Expérience.

( Proportion de sucre dans le sang de la veine porte. . . . ( — dans la liqueur chauffée avec l’acide.

L’analyse ne permet donc pas de constater la présence de sucre de canne. Cependant je nourris plusieurs chiens avec du sucre de canne (1), puis après un jeûne de deux jours je leur donnai en une fois 100 à 120 grammes du même sucre. On recueillit l’urine et on y dosa le sucre par le saccharimètre, par la fermentation et par les liqueurs titrées, et l’on reconnut que l’urine renfermait à la fois du sucre de canne et du sucre interverti. L’excrétion de sucre constituait 2 à 4 p. 100 de la totalité ingérée et le sucre de canne entrait pour environ 1 /4 à 1 /3 dans la quan-

(1) Seegen, Ueber Zucker im Harn bei Rohrzuckerfütterung. Pflüger's Archiv, Bd. XXXVII.

TROISIÈME LEÇON

tité éliminée. Ces essais prouvent catégoriquement que du sucre de canne doit pénétrer dans le sang de la veine porte. La contradiction apparente des résultats obtenus dans ces expériences avec ceux de l’analyse directe du sang de la veine-porte s’explique, comme l’a déjà montré Fliigge, par cette circonstance que la proportion de sucre qui passe dans le sang de la veine porte est trop faible pour être déterminée par nos moyens de dosage. Ainsi, par exemple, dans la première expérience d’alimentation par le sucre de canne (1) furent ingérés 520 grammes de sucre de canne et excrétés 15 grammes de sucre de canne et de sucre interverti, soit par jour environ 3 grammes de sucre, dont environ les 3/4 sont du sucre interverti. Il pénètre donc journellement dans la veine porte 0gl’,6 à 0gr,8 de sucre de canne, qui est entraîné dans la circulation. En admettant même qu’il ne passe que 200 litres de sang dans la veine porte dans les vingt-quatre heures, la proportion de sucre de canne dissoute dans ce sang s’exprimerait à peine par une 4e décimale et l’on conçoit qu’une quantité si minime ne soit pas dosable. Il est permis de supposer cependant qu’à un moment donné, lorsque l’absorption de sucre de canne est à son maximum d’activité, la proportion s’en élève assez pour devenir appréciable à l’analyse; c’est ce qui fait probablement que des chimistes, comme Drosdorff (2), aient pu déceler du sucre de canne dans le sang de la veine porte.

B. Alimentation par la fécule. — I. — L’animal, nourri pendant 8 jours avec 200 grammes par jour de galette de fécule, est sacrifié 13 heures après avoir mangé. L’estomac renferme encore 100 grammes de fécule; le contenu de l’estomac, très acide, ne réduit pas le réactif cuprique. Le contenu de l’intestin est faiblement acide; étendu, il occupe un volume de 73 centimètres cubes, puis on le filtre ;

Pour 1 c. c. de solution cuprique on emploie 1 ,2 c. c. de liquide filtré. / ~ 0,83p. 100

— 2 — — 2,5 — ) de sucre.

10 centimètres cubes sont chauffés pendant 12 heures dans le tube fermé à la lampe avec 2 centimètres cubes d’une solution d’acide chlorhydrique à 10 p. 100, après quoi on filtre; la liqueur filtrée, très limpide,

(1) Loc. cil.

(2) Zeitschrift f. physiolog. Chemie, Bd. I.

d’un jaune pâle, est neutralisée et étendue juqu’à occuper un volume de 30 centimètres cubes;

Pour 1 c. c. de solution cuprique on emploie 3,3 c. c. de liquide filtré. / = 0,90 p. 100

— 2 — — 6,8 — j de sucre.

Ainsi avant et après ébullition avec l’acide chlorhydrique, le contenu intestinal renferme à peu près les mêmes proportions de sucre.

Le sang de la veine porte, renfermait 0,156 p. 100 de sucre, après avoir été chauffé avec l’acide chlorhydrique 0,148 p. 100.

II. — Un chien nourri pendant 7 jours avec des pommes de terre est mis à mort 3 heures et demie après avoir ingéré une dernière fois 150 grammes de purée de pommes de terre.

Estomac plein de pommes de terre; on étend le contenu, on l’agite, on lave par irrigation l’estomac et on filtre. La liqueur filtrée est très acide. Elle est colorée en rouge bordeaux par la solution d’iodure de potassium iodurée, en violet par l’eau iodurée, et troublée par l’alcool. Elle réduit à peine le réactif cuprique, en ne produisant qu’un faible enduit d’oxydule de cuivre sur les parois du tube d’essai; réaction intense de biuret.

Soumise à l’ébullition avec l’acide chlorhydrique pendant quelques minutes, elle fournit 0,3 p. de sucre.

On filtre le contenu de l’intestin. La liqueur obtenue est fortement colorée par la bile et faiblement acide. L’alcool y détermine un précipité blanc abondant.

La solution d’iodure de potassium iodurée la colore en jaune faible; traitée par la solution de Fehling, elle fournit 0,66 p. 100 de sucre, et après avoir été chauffée dans un tube fermé à la lampe avec de l’acide chlorhydrique 0,87 p. 100 de sucre.

40 centimètres çubes de la liqueur filtrée furent traités par 400 centimètres cubes d’alcool absolu, puis séparés du précipité par filtration.

Le liquide obtenu donne par réduction 0,52 p. 100 de sucre, et après avoir été chauffé avec de l’acide chlorhydrique 0,45 p. 100.

III. — Un chien nourri pendant 7 jours avec de la galette de pommes de terre est sacrifié 7 heures et demie après l’ingestion d’une dernière quantité de 150 grammes de galette.

L’estomac renferme de la pomme de terre en abondance, et le contenu en est très acide. Traces de réduction de la liqueur cuprique; après ébullition avec l’acide chlorhydrique pendant quelques minutes le dosage donne 0,05 p. 100 de sucre; le contenu de l’intestin délayé et amené à un volume de 140 centimètres cubes est filtré, et la liqueur filtrée donne avëc l’alcool un précipité blanc abondant.

La solution d’iodure de potassium iodurée la colore en jaune faible; traitée par la liqueur de Fehling, elle donne 1,08 p. 100 de sucre, et après avoir été chauffée avec de l’acide chlorhydrique en vase clos 1,3 p. 100.

TROISIÈME LEÇON

On précipite 50 centimètres cubes de la liqueur par 500 centimètres cubes d’alcool absolu, et on filtre. Après filtration, on fait évaporer à siccité, on redissout et on filtre. Le produit obtenu, dosé par la liqueur de Fehling, donne 1 p. [100 de sucre, et le même chiffre après avoir été chauffée en tube fermé avec de l’acide chlorhydrique.

Le sang de la veine porte renferme 0,210 p. 100 de sucre et une quantité égale après avoir été chauffé en vase clos avec de l’acide chlorhydrique.

IV. — Un chien nourri pendant 4 jours avec des pommes de terre est sacrifié douze heures après avoir mangé pour la dernière fois. Contenu de l’estomac très acide, pas de pommes de terre visible à l’œil nu. La solution d’iodure de potassium iodurée détermine une coloration rouge bordeaux, l’alcool produit un trouble; avec la liqueur de Fehling, réaction intense de biuret et réduction insignifiante ; après ébullition avec l’acide chlorhydrique, réduction également faible et réaction de biuret nette.

Traité par la solution d’iodure de potassium iodurée, le contenu de l’intestin se colore en jaune faible; la liqueur filtrée traitée par la liqueur de Fehling fournit 0,4 p. 100 de sucre; après qu’elle a été chauffée avec de l’acidé chlorhydrique dans un tube fermé à la lampe 0,5 p. 100.

On précipite 50 centimètres cubes de la liqueur par 500 centimètres cubes d’alcool absolu et après filtration on obtient avec la liqueur de Fehling 0,2 p. 100 de sucre, après traitement par l’acide chlorhydrique en vase clos 0,17 p. 100; le sang de- la veine porte renferme 0,102 p. 100 de sucre, et après traitement à l’acide chlorhydrique en tube fermé

Le liquide retiré du tube, quoique très exactement neutralisé, décolore la liqueur de Fehling, sans produire de dépôt. Le moment exact de la fin de la réaction ne put être rigoureusement précisé ; il fallut prendre la moyenne de plusieurs essais pour le déterminer de la manière la plus approximative possible.

Y. — Un chien nourri pendant quelques jours avec du riz fut sacrifié quatre heures après avoir ingéré la dernière dose de riz. Le contenu de l’estomac possède une réaction modérément acide. Avec la liqueur de Fehling on obtient une réaction énergique de biuret et à peine des traces de réduction. La réduction est beaucoup plus intense après ébullition du contenu stomacal avec de l’acide chlorhydrique.

Traité par la liqueur de Fehling, le contenu de l’intestin grêle fournit 1,04 p. 100 de sucre, et après avoir été chauffé avec de l’acide chlorhydrique dans un tube fermé à la lampe 1,8 p. 100.

On précipite 50 centimètres cubes de la liqueur par 500 centimètres cubes d’alcool absolu et on filtre.

Le liquide filtré rencerme 1 p. 100 de sucre et après avoir été chauffé avec de l’acide chlorhydrique 0,95 p. 100.

Les expériences d’Ellenberger et de Hofmeister me déterminèrent à examiner le contenu stomacal de plusieurs chiens nourris avec de la fécule deux heures à deux heures et demie après l’ingestion des aliments. Je trouvai dans ce contenu, dans trois de mes expériences, O61', 3 à 0gr,4 et dans une autre expérience Ggr,92 de sucre. Je m’étais servi d’un extrait alcoolique du contenu de l’estomac obtenu de la manière suivante ; ce contenu partiellement filtré, additionné de dix volumes d’alcool absolu, avait été évaporé pour chasser l’alcool, et le résidu repris par l’eau. Pour déterminer la nature du sucre, on prit une portion mesurée de la solution et on la chauffa avec de l’acide, dans un tube fermé à la lampe, pendant huit à dix heures. La proportion de sucre obtenue fut toujours beaucoup plus grande que celle donnée par la solution primitive. Ainsi dans un essai on trouva lgr,25 de sucre au lieu de 0gr,92, dans un autre 0gr,61 au lieu de 0gr,42, dans un troisième 0gr,533 au lieu de 0gr,290.

Voici les résultats de ces expériences :

a . Dans l’alimentation par les hydrates de carbone (galette de fécule, pommes de terre et riz) on trouve dans le contenu de l’estomac de l’érythrodextrine et du sucre. Dans les premières heures qui suivent l’ingestion des aliments, la proportion de sucre est assez notable. Au bout de six à huit heures il n’y en a plus que des traces. On ne peut se prononcer exactement sur la nature de ce sucre. L’excédent qu’on observe après l’ébullition avec un acide pourrait n’être qu’apparent, en admettant que le sucre formé primitivement ne présente qu’un faible pouvoir réducteur ; mais on peut aussi supposer que l’alcool n’a pas précipité toute la dextrine et que par l’ébullition avec un acide celle-ci s’est transformée en sucre. Pour résoudre la question il faut des recherches nouvelles et étendues, en opérant sur des contenus d’estomac riches en sucre.

b . U intestin grêle renferme de la dextrine. C’est ce qui ressort de l’augmentation de la proportion de sucre dans le contenu après l’avoir chauffé avec un acide. La proportion de dextrine se comporte d’une manière variable à l’égard de celle du sucre ; elle est presque nulle dans l’alimentation par la fécule, elle

TROISIÈME LEÇON

forme les 1/5 à 1/3 de la proportion du sucre dans l’alimentation par les pommes de terre, et elle l’égale presque dans l’alimentation par le riz. Gela tient probablement à la période de la digestion à laquelle l’examen de contenu intestinal a été fait. Gomme la dextrine formée rie se colore pas par la solution d’iodure de potassium iodurée, c’est sans doute de l'arthroo dextrine , comme l’a déjà constaté Brücke.

c. Le résultat le plus important de ces recherches, c'est que le sucre trouvé dans l’intestin grêle est du sucre de raisin ou glycose. Dans toutes nos expériences le liquide filtré, après précipitation de la dextrine par l’alcool, renfermait une variété de sucre dont le pouvoir réducteur n’augmentait pas après qu’on l’eût chauffé avec de l’acide chlorhydrique en vase clos. La proportion de sucre était après ce qu’elle était avant, ou bien légèrement moindre comme dans les expériences II, IV et V, mais cette différence ne dépassait guère les limites des erreurs d’observation.

Quant à la question de savoir comment et par quels voies et moyens la fécule se transforme en glycose, de nouvelles recherches sont nécessaires pour l’élucider. L’amidon se transformerait-il d’ahord en maltose et celle-ci, sous l’influence de la sécrétion intestinale, en glycose? H. T. Brown et J. Héron (1) ont fait des recherches intéressantes à cet égard, comme nous l’avons dit plus haut. Ils ont fait digérer de l’amidon avec de l’infusion de pancréas, et ont trouvé après un contact prolongé 55,5 parties de maltose pour 32,7 de glycose; puis ils ont fait digérer de la maltose avec de l’infusion de pancréas et au bout de seize heures ont constaté la formation de 16,2 p. 100 de glycose. Ils obtinrent des effets bien plus énergiques en faisant agir des fragments d’intestin sur de l’empois d’amidon et surtout sur une solution de maltose. Ainsi 100 centimètres cubes d’une solution de maltose à 3 p. 100 furent mis digérer pendant seize heures à 40° avec 5 grammes d’intestin sec renfermant des plaques de Payer; la transformation de la maltose en glycose était complète. Si cette transformation s’opérait de la

(1) Loc. cit.

même manière dans le corps vivant, on devrait, dans une expérience ou une autre, trouver de la maltose non encore entièrement transformée dans l’intestin grêle, ce qui ne s’est jamais vérifié dans nos expériences.

cl. Dans quelques expériences j’ai dosé le sucre directement dans le sang de la veine porte et dans le sang chauffé avec de l’acide chlorhydrique pendant douze heures en vase clos. Dans les deux essais I et III, la proportion de sucre trouvée fut exactement la même, dans l’essai VI au contraire cette proportion fut 0,102 p, 100 pour le sang de la veine porte et 0,130 p . 100 pour le même sang chauffé avec l’acide chlorhydrique. Ces expériences, en trop petit nombre, il est vrai, donneraient donc ce résultat, que le sucre contenu dans le sang de la veine porte est de la glycose, que de plus ce même sang, dans quelques essais, renfermait de la dextrine, comme le démontre sa transformation en sucre. Les résultats négatifs ne peuvent être absolument interprétés en faveur d’une absence de la dextrine, attendu que des quantités minimes de ce corps ne sauraient guère être déterminées, lors de la transformation en sucre, par nos moyens analytiques imparfaits. Il suffit donc d’un seul résultat positif pour démontrer la possibilité de l’absorption de dextrine.

Von Mering (1) de son côté a constaté que le sérum de la veine porte, soumis à l’ébullition avec de l’acide sulfurique à 2 p. 100 pendant deux heures au bain salé, présenta un pouvoir réducteur supérieur de 25 p. 100 à ce qu’il était avant : il pense que le sang de la veine porte renferme de l’achroodextrine.

Bleile (2) trouva une fois dans F alimentation par la dextrine une proportion de sucre de 0,375 p. 100 dans le sang de la veine porte. Par l’ébullition avec l’acide chlorhydrique dilué cette proportion s’éleva à 0,500. Dans d’autres essais l’ébullition avec un acide ne modifia en rien la proportion de sucre. Il faut en conclure que la dextrine passe parfois dans le sang.

(1) Von Mering, Ueber die Abzugswege des Zuckers aus der Darmhôhle. Du Bois-Reymond' s Archiv , 1 877.

(2) Bleile, Ueber den Zuckergehcilt des Blutes. Du Bois-Reymond' s Archiv ,

TROISIÈME LEÇON

Ici se présente la question de savoir ce que deviennent ulté rieurement les hydrates de carbone transformés en sucre. Von Mering et Bleile ont fait des expériences remarquables à cet égard .

Von Mering (1) a démontré que le sucre des aliments ne passe pas dans le cliyle. Il recueillit le chyle du canal thoracique qu’on laissa s’écouler pendant quatre heures et demie après avoir alimenté l’animal avec 1 00 grammes de glycose et 1 00 grammes de fécule ; il obtint ainsi 3-50 centimètres cubes de chyle renfermant 0sr,454 de sucre; dans une deuxième expérience dans laquelle on avait donné 150 grammes de glycose, le chyle recueilli dans les trois heures qui suivirent le repas était de 150 centimètres cubes et renfermait 0gr,131 de sucre. Après alimentation avec de la viande et cinq jours de jeûne on trouva dans le chyle la même proportion de sucre.

Bleile (2) nourrit des chiens avec du sucre de canne et de la dextrine et trouva dans le sang de la veine porte notablement plus de sucre que dans le sang irriguant l’intestin. L’excédent moyen de sucre dans le sang de la veine porte fut de 70 milligrammes par 100 centimètres cubes. Etant donnée la puissance du courant sanguin dans le système de la veine porte, on conçoit que par ce moyen des quantités notables de sucre puissent être rapidement enlevés à l’intestin. Une portiôn de ce sucre apparaît dans le système artériel. Bleile examina le sang de la carotide immédiatement avant alimentation par la dextrine et pendant les quatre heures qui suivirent; il constata que la proportion de sucre s’élevait pendant les deux à trois premières heures pour devenir ensuite stationnaire, quoique les intestins renfermassent encore des quantités notables de sucre, qui passaient régulièrement dans la circulation. Il constata de plus que l’augmentation de la proportion de sucre dans le sang artériel était extrêmement faible comparativement aux niasses considérables de sucre qui pendant le même temps disparaissaient de l’intestin. Ainsi, tandis que dans une expérience, par exemple, 82 grammes de glycose disparurent de l’intestin dans l’espace de quatre heures et demie l’accroissement dans le

(1) Loc cit.

(2) Loc Cit.

système artériel fut à peine de 1/2 gramme. Il n’est pas absurde de penser qu’une partie du sucre se transforme dans l’estomac et dans l’intestin en acide lactique. Cependant les résultats obtenus par les physiologistes sont contradictoires, et même ceux des observateurs qui ont réussi à trouver de l’acide lactique dans l’intestin n’en ont trouvé que des quantités minimes. Le sucre, dans son passage de l’intestin au cœur, doit donc être fixé d’une autre manière; Bleile de son côté conclut que la plus grande partie du sucre venant de la veine porte doit se trouver retenue dans le foie soiis une forme quelconque .

Mes essais d’alimentation ont été faits non seulement avec du sucre de canne et de la dextrine, mais encore avec des pommes de terre et du riz, c’est-à-dire avec des substances tenant un rang important parmi les aliments carbo-hydratés. Comme Bleile, j’ai constaté que dans l’alimentation par le sucre et par la dextrine le sang de la veine porte est beaucoup plus riche en sucre que le sang de la carotide. C’est ce que feront le mieux ressortir les chiffres du tableau suivant :

Alimentation par le sucre et par la dextrine.

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