AVEC DES ÉLÉMENTS DE CORPS GRAS
DIFFÉRENCE des proportions de sucre.
Nature de l’élément.
Sucre
Absolue.
Relative
Glycérine.
Savon
Acides gras
Ainsi, en traitant le foie par les éléments des corps gras, glycérine et savons, la formation de sucre s’est trouvée notablement accrue. Dans un seul essai (XVIII) avec un acide gras l’augmentation a été très faible. Mais il faut remarquer que
NEUVIÈME LEÇON
l’acide n’a conservé sa fluidité qu’aussi longtemps que la température du bain d’air s’est trouvée assez haute. Quoi qu’il en soit, les essais faits avec la glycérine et les acides gras saponifiés mettent hors de doute que ces deux éléments des corps gras prennent part à la formation du sucre.
Nous ne savons rien sur cette transformation des graisses en sucre. De toute façon il est certain qu’une grande quantité d’oxygène est nécessaire même si tout le carbone n’est pas oxydé. Ce qui prouve déjà que des phénomènes d’oxydation puissants ont lieu dans le foie, c’est que le sang qui sort du foie ne renferme presque pas d’oxygène (1), tandis que le sang veineux est en général encore assez chargé de ce gaz.
La formation de sucre aux dépens de la graisse s’harmonise si peu avec les données acquises dans les laboratoires qu’elle est niée d’emblée par les physiologistes et les chimistes ; on se borne à douter des faits qui la prouvent, tout au plus admeton pour la glycérine la possibilité de fournir du sucre. La transformation des acides gras en sucre ne cadre pas avec la théorie, et on rejette comme étant en désaccord avec elle la possibilité même pour le foie d’opérer ce que nous ne pouvons accomplir dans nos laboratoires. Mais ce n’est pas le seul fait de ce genre, car le règne végétal nous en offre de nombreux exemples. Sachs (2) le premier a démontré que lors de la germination de semences huileuses il se forme de l’amidon et du sucre aux dépens de la graisse. « Ce fait absolument nouveau, me semble- t-il », dit Sachs, « est très surprenant tant au point de vue chimique que physiologique ». Aujourd’hui il est admis par tous les botanistes, et il est mis en évidence par une expérience classique très simple et très jolie. On fait germer une graine oléagineuse dans l’obscurité, puis on teint les cotylédons en bleu foncé au moyen de teinture d’iode. Le corps gras de la graine a disparu et dans la pousse, spécialement dans les cotylédons, de l’amidon est venu s’accumuler. Le professeur Wiesner a attiré mon attention sur une autre expé-
(1) G. Kempner, Du Bois-Reymond' s Archiv, 1884.
(2) Sachs. IJeber Bildung von Stcirke bei der Keimung fetthaltiger Samen. Botanisehe Zeitung, 1859.
rience très intéressante, qui met en évidence la manière dont la graisse se transforme en sucre dans la germination des graines oléagineuses et présente une grande importance à cause de son analogie avec des processus similaires dans l’organisme animal. Si l’on fait germer des semences riches en fécule sous une cloche renversée sur le mercure, on n’observe aucune modification dans le volume du gaz, tandis que par la germination de graines oléagineuses on observe une réduction du volume gazeux accusée par l’ascension de la colonne mercurielle. Cette diminution du volume gazeux correspond à l’absorption de l’oxygène nécessaire pour la transformation de la graisse.
De plus il a été prouvé expérimentalement que dans la germination des graisses oléagineuses ce n’est pas seulement une petite portion de la graine, celle par exemple qui correspondrait à la glycérine, qui se trouve transformée en hydrates de carbone, mais c’est presque toute la matière grasse de la graine qui disparaît pour se retrouver dans la pousse sous forme d’hydrates de carbone. Peters (1) a montré que, dans des plants obtenus de 1000 graines de citrouille renfermant 136 grammes, d’huile, la proportion d’huile s’était abaissée à 12 grammes, et qu’à la place de l’huile s’étaient formés de la fécule, de la gomme, du sucre et de la cellulose.
Des expériences semblables ont été faites par Boussingault(2), Planta et autres botanistes, qui ont prouvé, balance en main, la transformation des graisses en hydrates de carbone.
Dans nos classifications du monde organique nous avons divisé les êtres en animaux et en plantes et établi des lignes de démarcation artificielles ainsi que dans beaucoup d’autres branches de nos connaissances. Si nous faisons un moment abstraction de ces barrières, nous ne trouverons plus extraordinaire qu’une fonction chimique, inhérente à la cellule végétale, puisse être accomplie, chez les animaux des classes supérieures, par les cellules d’un organe déterminé, et le fait établi par moi , de la faculté que possède la cellule hépatique de transformer les corps gras en sucre, ne semblera plus étrange .
(1) Peters, Landesversuchsst., 1861, Bd III.
(2) Boussiiigault, Compt. rend. Acad, des sc., 1864, t. LVIII.
DIXIEME LEÇON