‹ La glycogénie animaleChapitre 37 sur 53 · MODE · texte numérisé non relu

MODE

d’alimentation.

EXCÉDENT DE SUCRE dans le sang hépatique.

Carotide.

Veine porte

Veines sushépatiques.

Absolu.

Relatif

Jeûne

Féculents

Sucre

Dextrine et sucre.

Viande

Graisse

Voici les conclusions les plus importantes qui découlent de ces expérieures.

1° Le sang qui sort du foie renferme , sans aucune exception, plus de sucre que celui qui y entre. — Dans le cas d’alimentation par le sucre et la dextrine en abondance, il arrive, pendant les premières heures, une si grande quantité de sucre dans le sang de la veine porte, et de là dans le foie, que la production de sucre par cet organe s’en trouve masquée et que même, dans quelques cas isolés, des dosages effectués de deux à deux heures et demie après le dernier repas donnent les mêmes chiffres pour le sucre contenu dans le sang à son entrée dans le foie et à sa sortie de cet organe. Mais si l’on remarque qu’une grande partie du sucre introduit par l’alimentation est retenue dans le foie à l’état de glycogène, on est obligé de reconnaître, malgré l’égalité numérique des quantités de sucre dans le sang à son entrée et à sa sortie, que tout le sucre des veines hépatiques n’est pas d’origine alimentaire, et qu’une partie au moins de ce sucre a été formée par le foie. Au bout de quatre heures, cette surcharge du sang cesse, et la production de sucre dans le foie apparaît nettement dans les chiffres des dosages, le sang hépatique renfermant presque deux fois plus de sucre que celui de la veine porte; en moyenne cet excédent est de 26 à 42 p. 100 dans l’alimentation par le sucre et la dextrine. Dans tous les autres modes d’alimentation, sauf peut-être dans l’alimentation par la viande, la for- Seegen. 1 1

mation de sucre dans le foie paraît être équivalente ; l’excédent de sucre dans le sang hépatique varie toujours dans d’étroites limites, entre 0,111 et 0,114. Ce chilfre est aussi celui des expériences d’abstinence, et il en résulte que la glycogénie persiste uniformément pendant l’abstinence. Dans l’alimentation par la viande seulement, la glycogénie paraît être un peu plus active; l’excédent absolu de sucre dans le sang des veines sus-bépatiques est de 0,141, ce qui fait environ le double p. 100 de la proportion de sucre contenue dans la veine porte.

2° Le sucre formé dans le foie est absolument indépendant du sucre des aliments ainsi que des hydrates de carbone introduits avec les aliments. — C’est ce qui ressort tout d’abord des essais d’alimentation d’où toute trace de sucre ou d’hydrates de carbone était exclue.

3° Le glycogène hépatique ne prend aucune part à la formation du sucre dans le foie. — C’est ce que démontrent : a) les essais d’alimentation qui n’entraînent qu’une formation insignifiante de glycogène, en particulier l’alimentation par les corps gras; b) les essais d’asbtinence, dans lesquels le glycogène s’abaisse rapidement à son minimum et enfin disparaît totalement; c) enfin les essais d’alimentation par les hydrates de carbone, notamment par la fécule. Comme le glycogène ne prend naissance qu’aux dépens d’une partie des hydrates de carbone introduits avec les aliments, la production du sucre serait limitée à la transformation de ce glycogène si celui-ci était réellement la source du sucre, et il ne pourrait sortir du foie un atome de sucre de plus qu’il n’en a été introduit sous forme d’hydrates de carbonne.

4° C'est l'albumine et la graisse qui constituent les matériaux aux dépens desquels le foie fabrique du sucre. — La formation de sucre aux dépens des albuminates est démontrée par les essais d’alimentation par la viande. Chez les animaux nourris exclusivement de viande on notait la proportion de sucre la plus élevée dans le sang des veines sus-hépatiques. La glycogénie aux dépens des corps gras est démontrée : a) par les essais d’alimentation par les corps gras, et b) par les essais d’abstinence. Dans ces deux séries d’observations, lelimi-

DIXIÈME LEÇON

nation d’azote est si faible que la proportion de muscle transformée ne suffirait pas à elle seule à fournir tout le sucre qui du foie passe dans la circulation. Comme dans les essais d’alimentation par les graisses et dans les essais de jeûne, le glycogène se trouve réduit à sa plus simple expression, on ne peut y voir la source du sucre, et il est de toute nécessité d’admettre que du sucre peut se former aux dépens de la graisse.

Il est plus que probable que, dans le jeûne, les deux matériaux de formation, muscle et graisse, contribuent à la glycogénie; mais la plus grande part dans ce phénomène physiologique doit revenir à la graisse, dont plus de 90 p. 100 disparaissent dans l’inanition prolongée et poussée jusqu’à la mort.

Cette transformation plus facile de la graisse en sucre explique probablement la diminution considérable des phénomènes de décomposition des muscles qu’entraîne l’alimentation grasse. Les résultats auxquels m’ont conduit mes expériences ont du reste une portée bien plus grande, car ils nous apprennent que les hydrates de carbone en général peuvent prendre naissance aux dépens des albuminates et de la graisse.

Il y a plus de vingt-cinq ans que j’ai établi pour la première fois la formation d’hydrates de carbone et en particulier de sucre aux dépens des substances albuminoïdes, et cela en publiant (1) des cas de diabète à forme grave caractérisés par une abondante excrétion de sucre chez des individus nourris exclusivement de viande. Ce fait a été corroboré depuis par un nombre énorme d’observations cliniques. Von Mering et Külz en ont fait la vérification directe en ne donnant à manger à des diabétiques exactement surveillés que de la viande, et ils ont observé une glycosurie assez abondante. Plus récemment Von Mering, à la suite de son intéressante découverte des propriétés diabétogènes de la phloridzine, a eu l’occasion de constater sur des animaux, dont tout le glycogène avait disparu sous l’influence du jeûne et de la phloridzine,

(i) Seegen, Beitràge zur Casuistik der Meliturie. Virchow's Archiv , Bd XXI,

que de nouvelles doses de phloridzine étaient capables de les rendre diabétiques à un si haut degré que l’excrétion du sucre atteignît 19 p. 100 (1). Von Mering conclut de là que le sucre s’est formé uniquement aux dépens de l’albumine, tous les hydrates de carbone de l’économie ayant disparu et la graisse ne pouvant donner naissance, selon von Mering, qu’à une faible quantité de sucre, aux dépens de sa glycérine.

Les résultats de mes recherches contredisent cette manière de voir, car j’ai démontré que les acides gras ainsi que les savons peuvent fournir du sucre. La glycogénie chez l’animal rendu diabétique par la phloridzine peut donc s’accomplir soit aux dépens des albuminates, soit aux dépens de la graisse. Au point de vue des albuminates, envisagés comme source de sucre, des observations faites chez les diabétiques atteints de la forme grave de la maladie sont indiscutablement bien plus probantes que celles concernant le diabète artificiel provoqué par la phloridzine. En effet dans le diabète, et spécialement dans la forme grave, la graisse du corps est réduite à un minimum, et si l’économie continue à produire de' sucre avec un régime exclusivement animal, ce sucre ne peut se former qu’aux dépens des albuminoïdes.

L’accroissement, démontré par moi, du sucre dans le foie, en présence de peptone, établit expérimentalement la possibilité de la formation d’hydrates de carbone aux dépens des albuminoïdes. Mes essais d’alimentation à la viande maigre prouvent que cette formation d’hydrates de carbone se fait réellement d’une façon permanente et sur une vaste échelle. Je nourris huit animaux, pendant huit à dix jours chacun, exclusivement avec de la viande maigre; ces animaux ne perdirent pas de leur poids et par conséquent ne cédèrent aucun des éléments de leur corps; dès lors les quantités considérables de sucre que contenait leur sang et qui dépassent de beaucoup le sucre excrété par l’urine, dans le diabète naturel ou artificiel en. cas d’alimentation par la viande, ne

(1) Yon Mering, Ueber Diabètes mellitus. Verhandl. des VL Congresses fur innere Medicin , 1887.

DIXIÈME LEÇON

peuvent s’être formées qu'aux dépens de la viande introduite, par conséquent , pour la plus grande partie du moins , aux dépens d’albuminates.

La formation du sucre aux dépens de la graisse est plus solidement établie que le mode de formation aux dépens des albuminates, et cela par la voie expérimentale et par les essais d’alimentation. Les différences données par le dosage du sucre dans le foie laissé en contact avec de la graisse et du sang maintenu vivant et dans le fragment témoin sont beaucoup plus considérables que dans les expériences semblables faites avec la peptone. Dans les expériences d’alimentation, en particulier dans l'abstinence et le régime gras, on peut avoir des données à peu près précises sur la décomposition des tissus azotés et déterminer par là avec certitude et en chiffres la quantité de graisse qui prend part à la glycogénie.

De plus j’ai établi expérimentalement que la formation du sucre au moyen de graisse ne se fait pas seulement aux dépens de la glycérine, que les acides gras ainsi que les graisses neutres peuvent engendrer du sucre ; les essais d’alimentation sont venus corrober ces résultats, car si la glycérine seule servait à la formation du sucre, on ne pourrait plus se rendre compte de la production d’une partie du sucre qui prend naissance dans le jeûne et dans le régime gras. Les intéressantes observations de Munk (1) font ressortir toute l’importance des acides gras à cet égard. Cet auteur amena des chiens, par l’administration de viande et de graisse en quantité donnée, à un certain état d’équilibre quant aux azotés, et montra que les animaux se maintiennent dans cet état d’équilibre lorsqu’au lieu de graisse on leur donne les acides gras retirés de cette graisse, la dose de viande restant invariable. Il en résulte que ce sont les acides gras qui forment en réalité les matériaux nécessaires à la conservation de l’énergie vitale, c’est-à-dire que c’est à leurs dépens que se forme le sucre, la source même de l’énergie.

(1) Munk, Du Bois-Reymontfs Archiv, 1879 u. 1883.

Si l’on tient compte des observations relatives aux végétaux mentionnées plus haut, il ne sera plus douteux pour personne que la formation d'hydrates de carbone aux dépens de la graisse dans l’économie animale ainsi que dans la plante constitue l'un des processus normaux des échanges organiques.

ONZIÈME LEÇON

Page 1