‹ La glycogénie animaleChapitre 38 sur 53 · MES PROPRES EXPÉRIENCES. — LIEU DE LA DÉCOMPOSITION · texte numérisé non relu

MES PROPRES EXPÉRIENCES. — LIEU DE LA DÉCOMPOSITION

De même que la glycogénie est une fonction permanente du foie, de même la décomposition du sucre constitue un processus ininterrompu des échanges organiques. Cl. Bernard a été amené à cette conclusion par les analyses comparatives qu’il a faites des sangs artériel et veineux et qui lui ont permis de constater que le sang veineux est plus pauvre en sucre que le sang artériel. Il en tira cette conséquence que le sucre subit des décompositions dans les organes irrigués par le sang. Pavy, qui ne trouva aucune différence dans la teneur en sucre des deux sangs, s’appuya précisément sur cette donnée, qu’il considérait comme la preuve la plus certaine de sa manière de voir, pour nier que le sucre se décompose et par suite qu’il s’en forme dans l’organisme vivant. Les analyses de Pavy sont incapables de rien prouver contre la décomposition du sucre dans les parenchymes organiques. Si chaque onde sanguine, en traversant un organe, ne perd qu’une parcelle minime de sucre dans son passage à travers le réseau capillaire, la perte totale ne se montera pas moins à plusieurs centaines de grammes pour les vingt-quatre heures, quoique nos méthodes d’analyse soient impuissantes à déceler ces pertes dans les échantillons de sang soumis à l’examen.

Mais des considérations très simples permettent déjà de démontrer que la décomposition du sucre doit se produire sans interruption. La masse de sang d’un animal forme, comme nous l’avons dit, la treizième partie du corps en poids. Ainsi chez un

chien de 40 kilogrammes, qui a servi à deux de nos expériences, le poids du sang devait être de 3 kilogrammes. Le sang carotidien de ce chien renfermait 0gr,15 de sucre, ce qui faisait pour toute la masse de sang 4gr,5. Même en admettant que le foie ne cède que 0,1 p. 100 de sucre au sang des veines sushépatiques, 18 grammes par heure arriveraiant dans la circulation et il faudrait, dans l’hypothèse d’un arrêt momentané d \ine seule heure dans la décomposition du sucre, que le sang circulant dans le corps en renfermât quatre fois plus qu’il n’en contient en réalité. V uniformité ou les oscillations insignifiantes de la teneur du sang en sucre prouvent indiscutablement que , à mesure de sa formation, le sucre se détruit dans un but d’entretien de l’économie. Les expériences d’isolement du foie fournissent des preuves directes de cette décomposition du sucre. Par l’isolement du foie l’arrivée du sucre dans la circulation est abolie, et il en résulte une prompte diminution de la proportion de sucre dans le sang, qui finalement n’en renferme plus du tout. Bock et Hoffmann (1) ont pratiqué un grand nombre d’expériences d’isolement. Celui-ci s’obtenait de deux manières différentes. La première méthode consistait à lier les artères coeliaque et mésentériques avec les lymphatiques voisins, puis à faire passer un fil autour de la veine porte ; la vessie obturatrice est introduite dans la veine cave immédiatement au-dessus de l’abouchement des veines rénales, puis dilatée par pression d’eau, la veine cave liée au-dessus et au-dessous de l’ouverture qui y a été pratiquée, enfin la veine porte est liée en tirant sur le fil posé préalablement. La seconde méthode consistait à lier l’aorte avec les deux nerfs splanchniques avant la naissance de l’artère cœliaque, à entourer d’un fil de ligature la veine-porte ; la vessie obturatrice est introduite dans la veine cave immédiatement au-dessous de l’abouchement des veines rénales, dilatée par pression d’eau, la veine cave liée immédiatement au-dessus et au-dessous de l’ouverture qui y a été pratiquée, puis encore liée entre le rein et le foie, enfin la veine-porte est liée par traction sur le fil. Après la mort on s’assurait toujours que le cœur

(1) Bock u. Hoffmann, Experimentalstudien über Dicibetes, Berlin, 1874.

ONZIÈME LEÇON

n’avait pu recevoir de sang- du foie pendant l’expérience. La survie des animaux fut variable ; elle fut de deux à cinquante minutes chez ceux traités par la première méthode, et dura jusqu’à quatre-vingt-quinze minutes chez les animaux traités par la seconde méthode. Yoici les résultats de ces expériences :

1° Si on isole le foie entièrement et qu’on lie les artères cœliaque et mésentériques ainsi que les lymphatiques voisins, le sucre disparaît du sang au bout de quarante-cinq minutes.

2° Si on isole le foie et qu’on lie l’aorte avant la naissance de l’artère cœliaque en même temps que le conduit thoracique, au même niveau, le sucre disparaît du sang en quatre-vingts minutes.

Minkowski (1) a fait un grand nombre d’expériences sur des oies auxquelles on enleva le foie complètement. Les oies survécurent à cette mutilation pendant plus de vingt heures, puis périrent dans le collapsus. On constata que le sang des animaux ainsi traités était entièrement privé de sucre au bout de peu de temps.

J’ai fait trois essais sur l’isolement du foie, en me servant de chiens curarisés. Yoici comment je procédai : après avoir pris du sang dans une carotide, j’ouvris l’avant-dernier espace intercostal gauche, je pratiquai la respiration artificielle et j’engageai un fil de ligature autour de l’aorte. J’ouvris ensuite l’espace intercostal situé entre la sixième et la septième côtes à droite et engageai de même un fil de ligature autour de la veine cave. Tout d’abord, pour conserver la plus grande masse possible de sang dans la partie supérieure du corps, je tirai énergiquement sur le fil de ligature de l’aorte, puis je serrai ferme la ligature de la veine cave. La respiration artificielle était maintenue parfaitement uniforme par un soufflet mis en mouvement au moyen d’une petite machine à vapeur. Pour être renseigné sur l’état de l’animal atout instant de l’expérience, la tension du sang était enregistrée de la manière ordinaire, et l’on prit le second échantillon de sang de la carotide lorsque la tension sanguine se fut abaissée à 40 millimètres de mercure. Dans la troisième expérience, on examina même un troisième échantillon de sang.

(1) Minkowski, Ueber denEinfluss der Leberexstirpation auf den Stoffwechsel. Archiv f. experim. Pathol., Bd XXI.

Expérience I.

Chien pesant 7 kilogrammes, non alimenté. On lui tire d’abord 41 centimètres cubes de sang de la carotide, puis on lie l’aorte et la veine cave. Au bout de soixante-dix minutes, on prend sur l’animal presque mourant un nouvel échantillon de sang carotidien qui ne coule que lentement et à la fin goutte à goutte; j’obtiens en tout 32 centimètres cubes de sang.

Le premier échantillon renfermait 0,146 p. 100 de sucre. Le second sang délayé et filtré (70 centimètres cubes) ne décolorait pas le moins du monde la liqueur de Fehling. J’en employai 25 centimètres cubes pour 1 centimètre cube de solution, et le mélange resta invariablement bleu. Au fond du vase se voyait enduit presque imperceptible d’oxydule de cuivre. Je réduisis les 37 centimètres cubes restants à 19 centimètres cubes et j’obtins dès lors la plus belle réduction. Il fallut en employer 1 4 centimètres cubes pour 1 centimètre cube de solution cuprique, ce qui représente 0,04 p . 100. J’ai donné tous ces détails pour faire voir combien il est facile de se tromper lorsqu’on a affaire à de très petites quantités de sucre, et comment il peut arriver, lorsqu’on opère sur un petit volume de sang, que le sucre qu’il contient échappe à l’analyse et qu’on déclare ce sang dépourvu de sucre.

Expérience IL

Chien de 8 kilogrammes, nourri exclusivement de viande pendant deux jours.

Sang de la carotide, 43 centimètres cubes ; contient 0,136 p. 100 de sucre. Aorte et veine cave liées. La tension sanguine s’abaisse très rapidement, et au bout de trente minutes n’est plus que de 40 millimètres. L’animal est presque mourant, le sang ne s’écoule que goutte à goutte de la carotide. On exprime le cœur avec la main introduite dans la cavité thoracique, et on recueille ainsi 29 centimètres cubes de sang. Dosage du sucre 0,067

ONZIÈME LEÇON

Expérience III.

Chien de 14kg,3. Le sang de la carotide recueilli en premier lieu (45 centimètres cubes) renferme 0,230 p. 100 de sucre. L’analyse fut répétée trois fois, parce que cette forte proportion de sucre dans le sang carotidien, qui dépassait tout ce que j’avais vu jusqu’alors, me faisait craindre une erreur. Mais les résultats de toutes ces analyses concordèrent exactement. La tension sanguine était de 140 millimètres.

Aorte et veine cave liées. La tension du sang diminue graduellement et après quarante minutes n’est plus que de 84 millimètres. On tire du sang de la carotide (53 centimètres cubes), il coule en jet. La teneur en sucre est de 0,16 p. 100.

Au bout de soixante minutes l’animal est mourant. Tension sanguine 20 millimètres. Le sang de la carotide coule goutte à goutte; on exprime le cœur. On obtient en tout 28 centimètres cubes de sang renfermant 0,12 p. 100 de sucre :

Le petit tableau ci-dessous résume ces résultats :

Nos D’ORDRE des expériences.

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