‹ La glycogénie animaleChapitre 6 sur 53 · SUCRE DANS LE SANG DE LA VEINE PORTE ET DES VEINES SUS-HÉPA- TIQUES · texte numérisé non relu

SUCRE DANS LE SANG DE LA VEINE PORTE ET DES VEINES SUS-HÉPA- TIQUES

J’ai moi-même compté parmi les partisans les plus zélés de Pavy, parce que son opinion sur l’origine pathologique du sucre dans l’économie paraissait le mieux s’accorder avec l’expérience clinique. Le fait de la coïncidence de symptômes diabétiques avec la présence de faibles quantités de sucre dans l’urine paraissait se concevoir mieux en admettant que l’organisme sain est incapable de produire du sucre. Naturellement je n’avais alors pas douté un instant que les faits sur lesquels Pavy fondait sa théorie ne fussent solidement établis ; en d’autres termes je considérais comme acquis que le foie des animaux vivants ne renferme pas de sucre, et que le sang n’en contient point ou en contient seulement des traces, enfin qu’il en était de même dans tous les départements vasculaires Les expériences ultérieures de Cl. Bernard, mentionnées plus haut, eurent lieu sur le foie vivant. Les résultats qu’elles donnèrent, d’accord avec les observations presque simultanées de Dalton, mirent hors de doute la présence du sucre dans le foie vivant; ma confiance dans la justesse des vues de Pavy fut ébranlée, et je résolus défaire personnellement des expériences sur ce sujet.

CINQUIÈME LEÇON

J’entrepris mes premiers travaux en collaboration avec le Dr Kratschmer ; leur importance alla en croissant, car de nouveaux problèmes venaient sans cesse se rattacher aux faits déjà acquis et il était nécessaire de leur trouver une solution satisfaisante. Je ferai connaître ici les expériences les plus importantes, pour permettre à chacun de vous d’arriver spontanément aux conclusions qu’elle comportent.

Notre premier travail avait pour but de déterminer la nature du sucre hépatique. Evidemment, celle-ci une fois connue, on pouvait dans une certaine mesure pressentir le mode de formation de ce sucre. Si la glycogénie était un phénomène cadavérique et résultait de l’action du ferment hépatique sur le glycogène du foie, on devait s’attendre à constater l’identité du sucre formé dans le foie avec celui obtenu par l’action des autres ferments diastasiques, salive, extrait pancréatique, etc., sur le glycogène.

Des recherches antérieures faites par 0. Nasse lui avaient déjà permis d’affirmer que le sucre contenu dans le foie mort était de la glycose. Musculus et Mering prétendent avoir trouvé dans le foie de la maltose à côté de la glycose. Nous avons varié nos expériences (1) de différentes manières.

1° Du foie de veau frais haché finement est fortement exprimé et le suc obtenu dialysé, la liqueur dialysée, évaporée à siccité, et dans l’extrait alcoolique du résidu le sucre amené à l’état de saccharate de potasse. Ce saccharate se distinguait déjà par son aspect extérieur de celui que nous avions préparé en traitant du glycogène par des ferments. De même que le saccharate obtenu en ajoutant à une solution alcoolique faible de glycose une solution alcoolique de potasse, il formait un enduit léger, semblable à du vernis, sur le fond du vase. Cet enduit, desséché sur de l’acide sulfurique, était dissous dans un peu d’eau, son pouvoir rotatoire et réducteur déterminé et la teneur en sucre établie par la fermentation. C’était bien de la glycose, les trois facteurs concordaient à cet égard ; il n'y avait pas de trace de la présence d’un autre sucre .

(1) Seegen u. Kratschmer, Die Ncitur. des Leberz-uckers. Pflüger's Archiv.,

Bd. XXII.

2° Après nous être assurés par des expériences préalables que la maltose se dialyse très rapidement, tandis qu’il faut plusieurs jours à des quantités appréciables de dextrine pour se dialyser nous fîmes directement une série d’essais sur l’extrait froid du foie après sa dialyse, en le traitant par le réactif cuprique et par la fermentation et déterminant son pouvoir rotatoire, enfin en chauffant au bain-marie une dernière portion avec de l’acide chlorhydrique en vase clos et dosant le sucre dans le liquide contenu dans le tube.4

La proportion de sucre ainsi déterminée n’indiqua jamais une augmentation de celle-ci, il n’y avait donc ni maltose ni dextrine dans la liqueur dialysée. En prenant pour point de départ le pouvoir réducteur de la glycose, on obtint toujours le même chiffre pour la quantité de sucre soit par la réduction soit par le procédé de fermentation, et le pouvoir rotatoire spécifique était compris entre 52 et 54°. Les résultats donnés par les divers procédés de dosage concordaient donc; le sucre expérimenté était de la glycose et il était ainsi surabondamment démontré que le sucre du foie est exclusivement de la glycose.

Ceci étant bien établi, on était autorisé à penser que le sucre du foie ne se forme pas après la mort seulement, pas plus que par une fermentation. Il fallait des expériences directes pour établir définitivement ce fait.

Il y avait donc lieu avant tout de rechercher si le foie extrait de l’animal vivant renfermait ou non du sucre. Nos expériences (1) portèrent sur des chiens, des lapins et des cobayes. Les chiens étaient nourris exclusivement soit avec de la viande, soit avec du pain, ou ils furent soumis à un jeûne absolu pendant trois fois vingt-quatre heures. On les mettait à mort en leur versant une solution de cyanure de potassium dans le pharynx. Ils tombaient au bout d’une minute à une minute et demie ; on les saisissait à ce moment, on les couchait sur la table d’expérience, et pendant que le cœur se contractait encore avec énergie, on excisait rapidement le foie. On en pe-

(1) Seegen u. Kratschmer, TJeber Zuckerbildmg in der Leber, 1 u. 11. Pfliiger’s Archiv, Bd. XXII u. XXIV.

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sait un fragment qu’on plongeait ensuite dans de l’eau bouillante tenue toute prête. Toutes ces opérations prenaient de deux à trois minutes. Les lapins étaient liés sur la table tout vivants, et une longue incision faite sur la ligne blanche, sans qu’on observât de la résistance ou un cri de douleur de la part de ces animaux; le foie était attiré vivement au dehors, une portion de l’organe enlevée et plongée dans de l’eau bouillante. Tout cela s’accomplissait en quelques secondes. Pour ne pas perdre de temps en pesées, nous avions, pour nos expériences sur les lapins, pris les précautions suivantes : un grand flacon renfermant environ 3/4 de litre d’eau est fermé par un bouchon en caoutchouc percé d’une ouverture; dans ce bouchon s’engage un tube de verre courbé à angle droit. Un court tube de gutta-percha fait communiquer ce flacon avec un autre ; celuici renferme un tube en U contenant du chlorure de calcium. Les deux flacons sont pesés avant l’expérience. Nous nous étions assurés que lorsque l’eau du premier flacon avait bouilli pendant vingt à trente minutes, le poids de l’appareil n’avait pas changé; la vapeur d’eau qui se dégageait du premier flacon était simplement absorbée par le second. L’eau du premier vase est donc soumise à l’ébullition, le bouchon légèrement soulevé et la portion de foie introduite dans le flacon après avoir été coupée en très petits morceaux ou simplement écrasée entre les doigts lorsque le parenchyme est très mou ; puis on bouche. Après avoir laissé bouillir le tissu pendant dix à quinze minutes, on éloigne le feu, et on pèse l’appareil. La différence des poids donne celui du fragment de foie.

Le foie cuit est ensuite broyé dans le mortier, la bouillie obtenue replongée dans l’eau chaude et soumise à une nouvelle ébullition de dix minutes. On filtre le décocté sur un morceau de toile; on exprime fortement, on râcle le résidu, on le broie avec de l’eau, puis on l’introduit de nouveau dans de l’eau chaude et après un moment d’ébullition on filtre, et on répète l’opération jusqu’à ce que le foie ne renferme plus de trace de sucre ni de glycogène. Les divers décoctés sont réunis, réduits par évaporation à un petit volume qu’on mesure ; une portion en est additionnée de dix volumes d’alcool à 93 p . 1 00 , puis la liqueur

alcoolique filtrée, évaporée jusqu’à disparition de l’odeur d’alcool; enfin on y dose le sucre par le titrage au moyen de la liqueur de Fehling. Une série nombreuse cT expériences a toujours et sans exception donné ce résultat , qu’un fragment de foie enlevé sur un animal vivant renferme 0,5 à 0,6 p. 100 de sucre . Ce chiffre est plus élevé que ceux obtenus par Cl. Bernard, Dalton etPavy dans leurs expériences sur les animaux vivants. Bernard avait trouvé 0,2 à 0,3 p. 100, Dalton 0,2 à 0,4 p. 100, Pavy 0,05 p. 100 seulement; les différences s’expliquent par la précaution que nous avons prise d’épuiser le foie totalement. Cl. Bernard dit qu’il a fait bouillir le foie, l’a broyé dans un mortier, puis a dosé le sucre dans le décocté. Dalton, après avoir filtré ce premier décocté, en a fait un second. Pavy a tout simplement filtré le décocté primitif sur de la mousseline sans s’occuper de la bouillie de foie. Evidemment par ces divers procédés une portion seulement du sucre a été extraite de l’organe. Nous avons au contraire soumis le tissu hépatique à des ébullitions innombrables, puis chaque fois exprimé la bouillie en continuant ainsi jusqu’à ce que nous ayons acquis la certitude, par l’essai des liquides, que le foie ne contenait plus de sucre. Notre chiffre donne donc la teneur co?nplète du foie en sucre.

Dans le foie extrait du corps de l’animal la proportion de sucre s’accroît sans interruption et de 0,4 à 0,5 p. 100 s’élève graduellement au chiffre de 3 p. 100. Dans nos expériences nous coupions en morceaux les foies enlevés sur des chiens, nous pesions ces morceaux et en examinions un immédiatement, un autre au bout de deux à trois minutes, puis d’autres au bout d’une heure, de vingt-quatre, de quarante-huit heures et au delà. La proportion de sucre obtenue dans le premier essai fut de 0,5 à 0,6 p. 100, à peu près comme dans le foie enlevé sur l’animal vivant. Dans le tableau suivant on peut suivre l’augmentation graduelle de la quantité de sucre constatée dans les fragments examinés successivement ; l’expérience a porté sur les foies de cinq chiens.

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