SCENE m
M- BOUCHER, THÉRÈSE, en toilette de ville.
THERESE. Elle entre vivement et très gaie.
Bonjour, ma tante.
M™" BOUCHER, se retourua-t et froidement.
Bonjour, Thérèse.
THÉRÈSE, toute à sa joie et sans remarquer l'hiimcur de M"'"= Boucher.
Grande nouvelle î... Devinez...
M'»^ BOUCHER, toujours revêche.
Les repus ne sont pas faits pour les vieilles gens.
Thérèse, encore enjouée.
C'est fait, c'est convenu ! Et cette fois c'est irrévocable, mes débuts sont fixés I
M™" BOUCHER, défiante.
Ah! Et quand?
THERESE, soudain attristée et rendue moins forte par le doute de sa tante, se dégante lentement.
' Dans trois semaines; on répète demain.
M'"^ BOUCHER, intéressée.
Toujours cette pièce tirée du roman de Théophile Gautier?
THERESE, redevonue joyeuse, prenant une pose.
Oui, je fais mademoiselle de Maupin.
M"* BOUCHER, la détaillant, rapidement, du regard, avec complaisance, et fixant les jambes.
C'est pien ce rôle. Il y a un travesti... Franchement, ce n'est pas
trop tôt, ma mignonne. (Elle l'embrasse. —
Après cette câiinerie.) Ecoutc, Thérèse, il y a un an que je prépare, moi, cette viefoire qui doit être la tienne. Depuis le jour où laissant ta vie excentrique et bohémienne, abandonnant ta « pûsta »
tu es fenue, il y a dix mois, me temanter une hospitalité que je t'ai faite large... tepuis le jour où je t'ai recueillie au prix de mes faibles économies, j'ai mis en œuvre tout ce qui pouvait assurer ton avenir. Amis et relations, j'ai frappé à toutes les portes. Grâce à ma persévérance, aux leçons que je t'ai fait donner, tu as été remarquée, appréciée, engagée.
Tu es même, aujourd'hui, une célébrité... une grande actrice inconnue...
Mais cela ne suffit pas pour le succès définitif. As-tu réfléchi que le public reste étranger aux compinaisons de coulisses, aux intrigues, aux sympathies intimes... Travailles-tu? Il faut gorricher ton accent et tes attitudes, parfoisbaroques,enunmot es-tu brôte
pour risquerles chances d'untel tébut?
(A Thérèse qui s'est assise, un peu gênée, mal à l'aise
sous ce discours.; Je ne te le cache pas, une défaite amènerait ici la débâcle. Tout craque ici, ma fille; tu es, je crois, une ponne carte, mais il faut que tu sortes, sinon, avec regret, tame!... bonsoir...
je serai obligée de passer la main.
THÉRÈSE, avec amertume, comme devinant la pensée de M""^ Boucher, puis avec enthousiasme, s'inspirant de son propre sentiment.
Vous avez été bonne pour moi, ma tante, je le reconnais et vous remercie... Mais soyez sans tourment, je vous rendrai vos services. (Elle se
dresse et va vers M™" Boucher.) Je réuSSirai I..,
Oui, je le sens, je réussirai!... Les étrangetés, même, que vous craignez en moi, me sont favorables. Ce rôle de mademoiselle de Maupin n'est-il pas étrange et ne semble-t-il pas fait exprès pour moi? Ah! matante, si vous saviez comme je l'aime, ce rôle, et comme je le ferai aimer!., (s'exaitant) en liéros cliamieur et trou-
blant, en amante passionnée I... Pourquoi, pourquoi douter?... (Avec fièvre
et certitude.) Je triompherai I...
M"' BOUCHER, avec affection, railleuse un peu.
L'enthousiasme te va pien, vraiment, et tu es cholie ainsi... Tes amoureux vont venir et te trouveront adorable, certainement. (Avec une caresse
et un geste d'encouragement.) Petit chat SaU- Vage ! (Elle s'en va vers une porte de côté ; se retournant, insinuante.) Là, vois-tu, est la fortune autant que dans ton rôle. (S'en
allant de nouveau.) Réfléchis... mol, je
vais m'habiller. (eiic sort.)