‹ La Gono-Réaction: Contribution à l'Étude de la Fixation du Complément dans la BlennorragieChapitre 7 sur 54 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

En 4904, Bordet et Gengou publiaient, dans les Annales de l'Institut Pasteur, un important travail intitulé : « Sur l'existence de substances sensibilisatrices dans. la plupart des sérums antimicrobiens ». Leurs conclusions étaient les suivantes :

1° La production des sensibilisatrices spécifiques par les organismes vaccinés est un fait général. Les sensibilisatrices actives vis-à-vis des microbes les plus divers présentent ce caractère commun de faire absorber l’alexine par les éléments qu’elles impressionnent:

2° La gravité du tie causé aux microbes par l'absorption de l’alexine varie avec l'espèce microbienne considérée.

En 4906, Wassermann et Bruck, dans le Medicin Woschenschrift, faisaient connaître leur méthode modifiant celle de Bordet et Gengou. Je

Nous croyons inutile d’insister sur l'importance de ces deux dates qui sont à la base de tout historique concernant des phénomènes de fixation du’complément. Les rappeler nous semble suffisant.

Dans le courant de l’année 4906, Muller et

Oppenheim utilisant la technique décrite par Wassermann et Bruck, étudient les premiers, le sérum d’un blennorragique. Il s'agissait d’un malade atteint d’arthrite gonococcique. Les auteurs choisirent comme antigène une suspension dans du sérum physiologique de gonocoques provenant de cultures sur gélose au sang. Le système hémolytique comprenait de l’alexine de cobaye, des globules rouges de

ti

bœuf et du sérum hémolytique correspondant. La réaction, contrôlée dans chacun de ses éléments et, d'autre part, faite comparativement à un sérum normaj, fut positive.

Deux mois plus tard, Bruck, employant comme technique celle de Wassermann et comme antigène un extrait aqueux de gonocoques, démontre, dans deux cas de salpingite sur six, la présence d'anticorps spécifiques dans les produits pathologiques pie au niveau des annexes malades.

Il examine, en outre, le sérum d’un malade atteint de blennorragie chronique avec complications irienne et épididymaire et démontre le même fait.

Dans la même année, Muller et Oppenheim étudient des cas d’arthrite, d'épididymite. de prostatite, métrite et endocardite gonococciques et confirment les résultats déjà trouvés par eux quelques mois auparavant.

Toujours en 1906, Bruck et Vannod expérimentant sur des animaux qu’ils soumettent à des injections de nucléoprotéides de gonocoques, trouvent des anticorps spécifiques dans les sérums.

En 4907, Meakins obtient des réactions positives avec des sérums de malades atteints d’arthrites, de prostatites et d'urétrites chroniques. Jungano et Albarran trouvent un résultat semblable dans un cas d'arthrite avec iridocyclite blennorragique.

Vannod étudie les sérums de lapins immunisés par des injections de gonocoques et démontre la présence d'anticorps spécifiques. 11 se sert, comme antigène, d’un extrait aqueux de cultures de gonocoques sur gélose ascite, et comme système hémolytique :

d’alexine de cobaye, de globules rouges de mouton et de sérum hémolytique correspondant.

Wollstein confirme les résultats obtenus par Vannod, mais observe, en outre, que les résultats obtenus avec un antigène meningococcique sont aussi positifs. Il conclut à l'impossibilité de différencier les deux germes par cette méthode.

En 4908, Teague et Torry ajoutent aux travaux des deux auteurs précédents. Ils constatent que, avec un sérum obtenu à l’aide d’une race, la réaction de fixation du complément peut être négative si on expérimente avec un antigène fourni par une autre race. Et ils concluent que les gonocoques sont une famille hétérogène, d’où la nécessité, pour se garder d'interprétations erronées, de se servir d’un antigène polyvalent.

En 4940, Watabiki, dans un travail détaillé, étudie les sérums de 6 blennorragiques en même temps qu'un sérum normal et des sérums de malades atteints d’autres affections. Il prépare lui-même son antigène en faisant, dans de l’eau distillée, des émulsions de cultures de 24 à 48 heures sur gélose au sang. Il chauffe ces émulsions à 60° pendant une demi-heure, puis les centrifuge. Il obtient ainsi un li-

. quide clair qu’il n'utilise que le dixième jour après la

mise en culture. Le système hémolytique est composé de complément de cobaye, globules rouges de chèvre et sérum hémolytique correspondant. Il utilise la technique décrite par Wassermann et obtient les résultats suivants : sur 4 cas chroniques, 3 résultats positifs ; sur 2 cas aigus, 2 résultats négatifs. I termine par ces conclusions : Le sérum normal donne

LAURE une hémolyse totale ; dans les ca$ chroniques, les résultats sont habituellement positifs. Les sérums de malades atteints d’autres aïïections donnent des résultats négatifs. |

Cappeli se servant comme antigène de «Gonargin» et de «l’Arthigon » pratique 65 séro-réactions. Dans cinquante cas, il s'agissait de malades atteints de blennorragie avec ou sans complications ; les 15 autres étaient des sujets atteints d’affections cutanées banales et n'ayant aucune trace de blennorragie. Il conclut de ses expériences que la réaction de la fixation du complément dans la blennorragie a une valeur spécifique douteuse et inconstante.

Define, dans ses recherches sur la vaccinothérapie et la sérothérapie de la blennorragie, recherche la réaction de fixation du complément avant et après la cure. Il obtient les résultats suivants : Dans une première série, avant la cure : sur 46 cas, 13 réactions positives, 5 douteuses, 28 négatives ; après la cure, 41 réactions positives, 5 douteuses.

Dans une deuxième série, -avant la cure : sur 40 ças, 13 réactions positives, 4 douteuses, 23 négatives; après la cure, 37 réactions positives, 3 douteuses.

Ciuffo, avec un antigène préparé par lui et du vaccin Welcome, expérimente dans de nombreux cas, avec des résultats peu nets et même contradictoires.

Dembska étudie les sérums de 100 malades atteints d’affections gynécologiques. Il utilise, comme antigène, une suspension de gonocoques vivants dans une solution physiologique et conclut comme suit : Dans les affections initiales de la blennorragie,

telles que uréthrite, vaginite, bartholinite, la réaction est très faiblement positive ; elle est positive quand les annexes et le péritoiné sont atteints, enfin fortement positive dans les cas de généralisations. D'autre part, la réaction croit en positivité pour atteindre son maximum vers la deuxième ou troisième semaine.

Merkurief, en se servant d’un antigène spécial à base d’antiformine obtient les résultats suivants : Sur 3 cas d'urétrite antérieure, 1 réaction positive Sur 14 cas — totale, 13 Sur 13 Cas — compliquée 11 —

Par contre, les résultats sont négatifs avec les sérums d'individus sains. ne

Foix et Salin rapportent plusieurs séries de réaction, chacune d'elles comportant, en outre des malades suspects, un nombre égal de témoins. Ils se servent comme antigène, soit d’une émulsion de cultures chauffées, soit à son défaut de vaccin de Wright au gonocoque.

Ils obtiennent :

Dans 8 cas d'urétrite simple, 8 positifs.

Dans 2 cas — compliquée, 2 positifs.

Dans 1 cas — compliquée d’orchi-épididymite, 1 cas positif.

Dans 6 cas de périmétro-salpingite, 6 ti

Dans 8 cas de rhumatisme blennoôrragique, 7 positifs, 1 douteux.

Dans 9 cas d’arthrite, 9 positifs.

Par contre, dans 8 cas de rhumatisme déformant, 8 négatifs ; de même, dans un cas d’arthrite syphilitique et un cas d’arthrite probablement tuberculeuse.

Et ils concluent qu'il est aisé, par la recherche de la réaction de fixation, de rattacher à son origine une arthrite, une salpingite, etc., cliniquement douteuse.

En 49414, Schwartz et Mac Neil se proposent d'étudier la réaction au point de vue de ses applications pratiques possibles. Ils se servent comme antigène, d’un mélange de plusieurs races de gonocoques ; la technique est celle du sérum chauffé.

Leurs constatations sont les suivantes : l'emploi d’un antigène polyvalent est nécessaire ; la réaction de fixation du complément est négative dans l’urétrite antérieure simple aiguë; tous les cas traités par vaccin donnent une réaction fortement positive ; une réaction positive révèle très vraisemblablement l’existence dans le corps d’un foyer de gonocoques récemment en activité ; il semble que l'élimination des anticorps gonococciques est très rapide.

. En partant de ces constatations, ils concluent qu'une réaction positive, chez un homme ou une femme cliniquement guéris, indique, malgré tout, que les sujets sont encore porteurs-de germes. Une réaction positive, chez une femme, doit retarder toute intervention gynécologique et recommande la prophylaxie de l’ophtalmie purulente des nouveauxnés. Elle permet de diagnostiquer le rhumatisme blennorragique des autres affections similaires et d'appliquer ainsi un traitement étiologique convenable.

O'Neil se sert comme antigène d’un mélange de cultures provenant de malades divers; il étudie 324 sérums et reconnaît à la réaction une grande valeur

pratique, particulièrement dans le diagnostic différentiel des endocardites, arthrites et affections oculaires.

En 4942, Gardner et Glowes concluent aussi à une valeur pratique de la réaction, particulièrement en ce qui concerne la détermination de la guérison. Buzzi, au contraire, trouve des résultats variés.

Fontana, en se servant comme antigène du vaccin de Bruck, observe 68 p. 0/0 de résultats positifs dans les complications viscérales et articulaires de la blennorragie, mais il signale 6 cas relatifs à des sujets atteints de manifestätions blennorragiques étendues aux muqueuses utérine et urétrale, ainsi qu'aux organes génitaux internes, qui donnèrent des résultats négatifs.

En 4943, Sommer en se servant comme antigène de l’Arthigon, remarque que la réaction manque quelquefois.

Finkelstein et Gerschun recherchent la réaction de fixation, dans 34 cas d'urétrite aiguë et 88 d'urétrite chronique simple ou compliquée. Sur les, 34 cas, 8 réactions positives, soit 23.5 p. °/.. Sur les 88 cas, 88 réactions positives, soit 100 p. °/..

En 494%, J. Colmer et P. Brown expérimentent sur 92 cas, se décomposant en 74 cas avec diagnostic bactériologique positif et 18 indemnes d'infection blennorragique.

Ils se servent de cinq antigènes gonococciques, l'un constitué par un filtrat de cultures, le second par une émulsion de cultures dans dé l’eau physiologique chauffée une heure à 60°, le troisième par une suspension de gonocoques, additionnée de 1 p. * de

phénol, le quatrième est un extrait alcoolique, le cinquième est préparé suivant la méthode de Besredka. En outre, ils emploient en même temps des filtrats Berkefeld de cultures de streptocoques, de staphylocoques, de pseudo-diphtériques, de micrococcus catarrhalis, de méningocoques isolés chez des malades à infections mixtes. l

Dans 23 cas d’urétrite aiguë (hommes), 12 positifs, 11 négatifs.

Dans 29 cas d’urétrite chronique (hommes). 19 positifs, 10 négatifs.

Dans 6 cas d’arthrites, 5 positifs.’ négatifs.

Dans 6 cas d'infection, probablement gonococcique de la femme, 4 positifs, L négatif

Dans 10 cas de vaginite aiguë des fillettes, 5 positifs, 5 négatifs.

Enfin, dans 19, contrôles indemnes de blennorragie, 1 positif, 18 négatifs.

Dans les cas d’urétrite chronique, ces auteurs ont obtenu une réaction positive dans 9 p. °/ des cas, avec les antigènes à streptocoques, staphylocoques, etc etoipD L/savécile micrococcus catarrhalis.

C. Bruhns essaye la réaction de fixation dans 140 cas de gonococcie (132 hommes, 7 femmes, 1 enfant). A titre de contrôle, ilexamine 32 sujets n'ayant jamais eu de blennorragie. Tandis que chez ces derniers la réaction est négative dans tous les cas, elle est trouvée positive 7 fois Sur 46 épididymites ; 8 fois sur 66 cas d’urétrite postérieure et prostatite et 1 fois sur 13 cas d’arthrite. La proportion des cas positifs a donc\été de 11:8 p:°}..

En 4945, Irons et Nicoll, avec un antigène

Site

polyvalent et le contrôle de sérums témoins, observent les résultats suivants :

Dans 14 cas de métastase gonococcique (arthrite iritis, etc.) : 10 cas fortement positifs, 3 modérément positifs et 1 négatif.

Dans 22 cas d’arthrite aiguë : 13 fortement positifs, 6 modérément positifs et 3 négatifs.

Dans 29 cas de vaginite gonococcique : 12 positifs, 15 négatifs et 2 douteux.

Dans 21 cas de contrôle : 19 négatifs, 2 faiblement positifs.

Ils concluent :: Une réaction fortement ou modérément positive, obtenue avec un contrôle opportun, révèle une infection blennorragique aiguë ou d’existence récente. |

Une réaction faiblement positive a une valeur très limitée.

Une réaction peut, dans le cours de l'infection, de positive, devenir négative et inversement. Si bien, qu'on ne doit pas prendre en considération l’interprétation d’un résultat négatif dans un cas suspect.

La réaction peut devenir négative, même s'il existe encore des gonocoques dans le corps. Si bien qu'une seule réaction négative doit être interprétée avec circonspection soit pour le diagnostic, soit pour la cure.

En 49149, Maderna, dans un important travail, expose tout au long ses recherches. Il se sert d’un antigène préparé par l’Institut Sérothérapique Milanais, constitué par une solution d'acide phénique à 5 p. °., contenant en suspension par centimètre cube 20 millions de gonocoques morts. La technique em-

y DAC

ployée est celle de Wassermann, avec titrage préalable de l’antigène.

Les résultats sont les suivants :

— Urétrite blennorragique aigué antérieure : 65 cas: 55 positifs du 6° au 12° jour ; les 10 autres négatifs deviennent positifs au 12° jour.

Après 20 jours de traitement par santal et lavage, les résultats sont devenus : 40 positifs, 6 négatifs, 19 douteux.

— Urétrite blennorragique aiguë totale : 40 cas : 8. positifs du 6° au 15° jour; 3 le deviennent dans la suite ; 3 restent toujours négatifs.

— Urétrite blennorragique antérieure et totale subaiguë : 60 cas : 40 sont positifs, 7 douteux, 13 négatifs.

— Urétrite blennorragique chronique : 110 cas : 80 positifs, 30 négatifs. |

— Complications blennorragiques :

Epididymite, sur 80 cas, 56 positifs, 24 négatifs.

Cowpérite, sur Aer USETE LS Prostatite, sur AS OPA RE CRE Arthrite, sur Éd Ne 1 —

L'auteur conclut :

Dans l’urétrite blennorragique aiguë ou subaigué, la réaction peut manquer dans toute la période d’infection (8 p. 0/0).

Elle ne devient positive que du 6° au 10° jour de linfection, rarement plus tard. Dans les cas d’urétrite chronique, la séroréaction est constante. Dans les complications, elle est positive dans la majorité des

cas. Elle est négative chez les sujets indemnes.

Il est impossible de dégager de cet historique que nous avons essayé de faire aussi complet que possible, une conclusion nette relativement à la valeur diagnostique de la fixation du complément dans la blennorragie.

Nous apportons notre modeste contribution à cette étude par l'observation de 72 gono-réactions.

Page 1