‹ La gorgone (volume 3)Chapitre 3 sur 9 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

'Les complices.

^|. Les dernières pages du livre rouge renfermaient une série de notes particulières que Pierre Cordier y avait réunies dans l'ordre suivant :

« N° 1. — Caboche (Guy-Tanguy), —

— ai —

Breton établi à Marseille, homme sûr et discret , très-influent, etc.. (Voir d'autre part, page ***.) — Il a pour hôtesse à Toulon la mère Bringuebale , sur le quai en face de la Consigne. — Les Bretons, les Ponantais en général , tous les ouvriers du bord. — Arclii-pompe. »

.\os lecteurs savent déjà ce que le capitaine d'armes avait écrit cC autre part sur le compte du quartier-maître de charpentage; ils se rappellent aussi qu'une lettre anonyme avait antérieurement établi de mystérieux rapports entre l'adjudant et l'ouvrier breton.

« N. 2. — Lartigue (Martial), — patron caboteur qui navigue habituellement entre La Ciotat et Marseille. — Il exerce à bord une influence marquée sur tous les gens de son pays, a été plusieurs fois injustement puni, doit la vie à Merval, est l'ami

intime et le futur beau-frère de Caboche (voir d'autre part, page XG, articles d'Héricourt, Paoletta, Gélestin, etc.. p. Mi,f3.) Adroit, bon matelot, rusé, vindicatif, violent parfois, — vaniteux, — à prendre par l'amour-propre autant que par les sentiments du cœur. — Sa famille est présentement à Toulon , chez sa cousine la veuve Toinon, rue iNeuve, n. 2. — Les Provençaux , les chaloupiers, les bàtonistes, etc.. Caisson de la chaloupe.

« N. 3. Mulhausen (Jacob). — Alsacien, brave garçon, bon soldat; — doux, mais entêté. — Il sait lire le français, et l'on peut être sûr qu'il ne fera rien sans consulter Schneider, son intime camarade. iNous avons à bord vingt conscrits de leur pays ; ils adorent Merval. — Mulhausen est sans relations à Toulon , mais Schneider, en sa qualité de domestique , connaît beaucoup

M. Buchard , fournisseur de l'état-major , chez lequel il a placé ses petites économies. — Les Alsaciens et les domestiques des oiliciers, ce qui peut servir suivant le cas. — Buffet de Vojjice du carre.

« N. h- — Ghérinot (Anatole, dit Obélisque). — Parisien, méchant drôle ; — se vante d'avoir été émeutier ; — a failli assassiner Liart ; — a reçu le fouet dix fois depuis un an; — insolent, bavard, ivrogne. — Cybéius a taché de l'enrôler dans sa bande d'espions, mais n'a pu y parvenir. — Il sait lire à merveille. — Son «enre loustic lui a fait acquérir une certaine popularité. — 11 est, du reste, le bien aimé des plus détestables sujets du bord. — C'est un bon instrument pour un mauvais coup.

« Ghérinot est particulièrement connu au café de la \ ictoire, sur le quai en face

de la Palache ; — amant de mademoiselle Zéphyrina, dame du comptoir. — Les bandits Martinat, Triilanchet, etc., et pas mal d'imbécilles. — Poste des malades. »

Quatre lettres anonymes, dans lesquelles Pierre Cordier eut soin de contrefaire son écriture, étaient adressées sous enveloppe, pour chacun de ces quatre hommes, l'une à la mère Bringuebale , l'autre à la veuve Toinon , la troisième à M. Buchard , qui devait la remettre à Schneider, la quatrième à mademoiselle Zéphyrina , ci-devant figurante du théâtre des Funambules, à Paris.

La veille du jour fixé par le préfet maritime pour la réunion du conseil de guerre, Pierre Cordier descendit en ville et mit ses lettres à la poste.

Appelé à déposer comme témoin, il lut spécialement chargé d'escorter les gens de

l'équipage, du débarcadère au tribunal. Il y comptait.

En passant devant le café de la Victoire, Chérinot s'y glissa en fraude ; le capitaine d'armes feignit de ne s'être aperçu de rien; mais un moment après, quand le Parisien reparut dans les rangs , il tenait à la main la lettre du sous officier.

Quand on passa devant la porte de M. Buchard , Schneider demanda la permission d'y entrer : — l'adjudant ne la refusa point.

Pierre Cordier chargea Caboche d'une commission insignifiante pour la mère Bringuebale, et ne permit qu'à Lartigue d'aller chez la veuve Toinon, où la famille du quartier-maître apprit de lui les dernières nouvelles de la frégate.

Chérinot, Caboche, Lartigue lurent, re-

lurent et détruisirent les billets qu'ils venaient de recevoir.

Schneider se réserva de remettre le quatrième à Mulhausen , qui , — l'on peut le dire sans plus tarder, — le réduisit en pâte aussitôt qu'il en eut pris connaissance.

Le capitaine d'armes jugea sur les ligures des trois premiers matelots de l'eilet produit par ses mystérieuses communications ; il remarqua d'ailleurs-que Lartigue et Caboche en gardèrent le secret l'un pour l'autre. Piç^re Çordier l'avait prévu.

Les témoins furent introduits dans une salle d^ttente^ jrf^ant les préliminaires de rigueur. «J^v

Le conseil afclevait juger Merval entrait en séance^^

Il était composé d'un contre-amiral,

président, et de sept oilîciers supérieurs

nommés par le roi, assistés d'un capitaine

de corvette, rapporteur, et d'un gretHer choisi parmi les commis d'administralion du port.

Fortanet, le capitaine Durocher, une foule de camarades et d'amis de Merval, l'estimable M. Buchard, la mère Bringuebale, la veuve Toinon, Urbain Lartigue et Paoletta, plusieurs autres membres de leur famille, et foule de curieux se pressaient dans l'étroit espace réservé au public.

Madec était de garde à bord de la Gorgone.

Cécile s'était dévouée à rester auprès de Suzanne; la jeune et pieuse femme s'épuisait en tendres etïbrts pour soutenir son courage ; elles priaient et pleuraient ensemble, tandis que la ville entière s'agitait et ne retentissait que du procès Merval.

Après les premières formalités, le giefiier, sur l'injonction du président , doniut

lecture du procès-verbal d'information et des pièces de la procédure, lesquelles consistaient principalement en une longue plainte du capitaine de vaisseau Liart des Ardannes, commandant la frégate ta Gorgone.

Alors le président ajant ordonné de faire comparaître l'accusé, Merval entra d'un pas ferme, mais sans ati'ectation d'aucun genre. Son extérieur ne trahissait qu'une émotion légitime. Il était grave, calme et résigné. Sa conscience ne lui reprochait rien ; il avait fait le sacrifice de la vie, et ne tenait qu'à défendre son honneur.

Son escorte reçut l'ordre de rester en dvihors de la salle du conseil.

e jeune lieutenant de vaisseau se plaça deLout en face du tribunal, auprès de la sellette d'accusé. — Il avait résolu de dire

la vérité tout entière. — Il répondit avec simplicité aux demandes relatives à ses nom, prénom, âge, profession, demeure et lieu de naissance ; puis, quand on procéda à l'interrogatoire touchant les faits, Merval s'étant peu à peu rendu maître du trouble inséparable de sa position, analysa rapidement les deux ans de campagne , peignit le régime despotique du bord, et rappela, qu'après huit mois d'embarquement, il avait fait tous ses efforts pour quitter la Gorgone , qu'il avait même remis sa démission au major général, mais que cette démission avait été retirée, sans son consentement, par le capitaine de vaisseau Liart des Ardannes.

Le président fit observer à l'accusé que de pareil détails étaient étrangers • ix débat*^.

Adrien avait pour défenseur un jeune

avocat de mérite qui s'était pénétré de tous les détails de l'affaire et qui, demandant aussitôt la parole, prouva que ces déclarations étaient indispensables.

— Elles démontraient clairement, dit-il, que Mer val avait prévu depuis longtemps les dangers dont il était menacé. Après quelques développements, l'avocat insista pour qu'il fut permis à son client de continuer.

Un des juges, usant alors du droit de poser des questions, demanda au jeune officier pourquoi il avait renoncé à reprendre ses démarches de débarquement.

llerval en avoua la cause. 11 parla de JNeslor, et s'échaulfant par degrés, il peignît chaleureusement le dévoûment de son ami, qui s'était sacrifié pour le servir, et qui pendant une année n'avait cessé de soutenir son moral, de l'exhorter à la pa-

tience, et de lui donner l'exemple du zèle, de la subordination, de l'abnégation militaire la plus absolue.

Ces paroles produisirent sur l'auditoire lin effet marqué.

Le capitaine Durocher et Fortanet se serrèrent la main, en échangeant un regard d'enthousiasme. Urbain Lartigue et Paoletta étaient frappés d'admiration. Dans la partie de l'enceinte réservée au public, tous les cœurs , — hormis un seul , — battaient pour Merval , qui parla bientôt ^e r&spionnage du bord.

Pour la seconde fois, le président crut devoir inviter le prévenu à rentrer dans là question; pour la seconde fois, l'avocal allait faire observer que l'expostî de ces faits était nécessaire, lorsque Merval l'en empêcha.

— J'en ai dit asse/., je crois, s'écria-l-*!.

pour faire connaître mes opinions sur un sujet dont iM. le président m'interdit de poursuivre l'examen. Il suffît que MM. les juges puissent apprécier la situation d'esprit dans laquelle je me trouvais, lorsque le capitaine d'armes vint me prévenir qu'un voleur s'était glissé dans ma chambre. Un voleur \... Si j'avais cru que ce fût un voleur, je n'aurais certes pas quitté mon banc de quart !

Merval ne fut plus interrompu , pas même lorsqu'il répéta incidemment qu'il avait toujours soupçonné Gybélus d'être l'espion en titre du commandant Liart.

Après un fragment de récit conforme c * tout point à la plus stricte vérité :

— Je fus surpris, messieurs, dit-il, de me voir accusé de trois graves délits : — de manquement au service du quart, de vjOiCnces envers un subalterne et de pro-

pos séditieux, lorsqu'au contraire je me considérais comme porteur d'une plainte fondée. En voyant que le coupable, l'espion, ou si vous aimez mieux, le voleur, voleur avec effraction et résistance à main armée, échappait à toute punition , tandis que moi j'étais menacé, traité d'insolent, et cruellement outragé par le ton sarcastique du commandant, je fus transporté de colère Et qui de vous ,

messieurs les juges, ne l'eût pas été comme moi?...

Vous êtes officiers de marine,

messieurs, mettez-vous à ma place, et la main sur le cœur, prononcez!... Lac' gnité du corps dont vous faites partie été? Il atteinte; ma dignité personnelle étrii compromise! Veuillez remarquer surtoûl que deux ans de tortuies avaient j^récédé

les dernières insultes de M. le comm^tii- VI. A

dant Liart. Les témoins constateront l'exactitude de ce que j'avance !

Plusieurs questions du président furent suivies de réponses catégoriques ; mais à la dernière, Merval s'écria :

— Qui a porté le premier coup ? je ne le sais que par le procès-verbal ; l'audition des témoins vous éclairera sur le fait matériel. Quant à moi, je réponds qu'une épée et qu'un poignard me menaçaient déjà, quand j'ai frappé. J'étais dans le cas de légitime défense. Un subordonné doitil donc se laisser traiter comme un esclave?... Parce qu'on est ollicier, officier français , cesse-t-on d'être un citoyen libre? ISon, c'est absurde. Il existe des bornes morales à l'autorité du chef sur ses subalternes, et ces bornes une fois franchies ^" .'•ubalterne et le chef disparaissent, deux lomnios se'trouvent en présence, l'agres-

seur et l'attaqué. Ce dernier c'était moi C'est donc moi qui devrais être la partie plaignante, M. Liart des Ardannes l'accusé. Je n'ai pas été blessé , la lame de l'épée n'a qu'effleuré mes vêtements, j'en conviens ! mais encore une fois, cette épée était dirigée sur moi ! Et qui levait le poignard, n'attendant qu'un signe pour en faire usage? — Le nègre Cybélus, qui m'avait frappé d'un coup de couteau trois heures auparavant, l'infâme espion origine de la querelle, le domestique, leséïde, le bravo du commandant. — Il était aposté dans la pièce voisine.... Ce fait seul me ju.stiûe.

Le défeiibeur se bâta de faire observer que Liart, contre l'usage, était armé, quoiqu'il ne fût pas sorti de sa chambre ; il insista sur ce que Cybélus était cachéf un poignard à la main, derrière le rideai

de la galerie; il dit en propres termes que Merval avait été attiré dans un guetapens, avec le dessein prémédité de le ^conduire où il était, c'est-à-dire au conseil de guerre.

— Si M. Jacques Liart dit des Avdeinnes, poursuivit l'avocat, n'a pas osé commettre le meurtre, c'est qu'il a craint d'être accusé d'homicide, et que, d'ailleurs, il comptait déjà sur une condamnation. La lettre-morte nous condamne en etfet ; mais le conseil de guerre ne se rendra pas complice d'un assassmat juridique bassement prémédité...

Le président interrompit le défeîiseur de Merval, l'admonesta sévèrement, et lui retira la parole, en ajoutant :

— Du reste , monsieur, le moment de plaider n'est pas venu.

Quelque^ sourds murmures se firent

entendre, mais la soenace de faire immédiatement évacuer la salle, rétablit le plus profond silence.

L'avocat ne répliqua rien ; l'on introduisit le premier témoin.

Les témoins, tant à charge qu'à décharge, étaient au nombre d'environ vingtcinq. Cependant, comme le commandant avait été obligé de citer, sur sa plainte, non-seulement le capitaine d'armes, Montoire, le docteur Blaye, Cybélus et quelques autres agents de sa police secrète, mais encore la capitaine de corvette, Phylon, ^estor, Caboche et Lartigue, il n'y avait guère de distinction légale à établir entre les uns et les autres. L'accusé invoquait, d'ailleurs, le témoignage des mêmes individus, à peu d'exceptions près.

Toutefois, jNestor avait désigné en outrc M. d'Héricourt et plusieurs sous-otli-

ciers que le rapporteur ajouta sur la liste des témoins; — mais par un sentiment de réserve facile à comprendre, il ne parla ni de Suzanne, ni de sa mère, ni même de Paoletta. Elles n'avaient du reste vu et entendu que fort peu de chose, car au moment de la scène principale elles étaient assises sur le banc de quart de tribord.

En résumé, Schneider et Gybélus avaient seuls qualités bien tranchées, l'un comme serviteur de l'accusé , l'autre comme domestique de la partie plaignante.

A défaut de classification propre aux débats, le président suivit le même ordre qui avait déjà été adopté par le rapporteur pour l'instruction de Taffaire, c'està-dire, l'ordre hiérarchique.

Le capitaine de corvette fut le premier «rjpelé.

Sa déposition devait être d'un grand

poids; il était le seul oilicier supérietir de la marine qui dût être entendu, et tous les juges le tenaient en estime singulière. Le président l'ayant invité à raconter les faits, il prit la parole.

On a vu le capitaine Rivelles, brave et habile dans les occasions les plus périlleuses, pendant l'incendie, pendant la tempête d'Alger, on l'a vu timide jusqu'à la faiblesse vis-à-vis du commandant. Fortanet se demandait lequel de ces deux caractères prévaudrait en présencedu conseil. Rivelles oserait-il accuser Liart, pour justifier Merval? — Kivelles se ferait-il un ennemi mortel de son chef direct? — Si I« mari de Cécile eût mieux connu le vie officier, il n'aurait pas douté un seul ir». tant. Au risque de compromettre la fir j sa carrière, Rivelles donna hautementt^; s les torts au commandant Liart.

— En àme et conscience, sur l'honneur, dit-il, je crois que Cybélus faisait office d'espion.

Cette déclaration inattendue fit sensation, et même un certain étonnement s'ensuivit. L'on semblait se demander pourquoi le capitaine de corvette lui-même avait si sévèrement réprimandé l'accusé, lorsque celui ci avait proclamé le même fait à bord. Rivelles alla au-devant de la question :

— A bord, dit-il,j'étaisolRcier en second; ici, messieurs les juges, je suis un simple témoin qui ne doit rien vous déguiser, j Le rapporteur, avec l'autorisation du "sident, fit répéter par le capitaine iijy elles les paroles que Merval avait pront ées dans le carré. Il fit aussi constater les murmures de l'équipage.

jiAiterrogé sur la scène qui s'était passée

dans la chambre du conseil, le témoin déclara n'avoir point vu qui avait porté le premier coup.

— Au bruit, dit-il, je nie précipitai dans l'escalier, quand j'arrivai la porteétaitouverte,M. de Merval tenait au collet le commandant, qui de la main gauche le repoussait et de la droite brandissait son épée. Je les séparai, tandis que le factionnaire et plusieurs hommes de garde désarmaient le nègre Cybélus.

Rivelles ne s'entintpas là, il lit succinctement l'analyse des antécédents de Merval, raconta comment, étant élève à bord de la corvette d'instruction, il avait sao é la vie à Nestor Laviolais, et profitant l'intérêt que ce récit faisait naître chez les juges, il parla de la conduite du y .ne ofiicier pendant l'incendie, de sa subordination accoutumée , de son zèle pou, !e

service , et des actions d'éclat qui lui avaient valu son avancement en grade.

Rivelles , modeste comme tous les gens de grand cœur, s'effaçait entièrement devant iMerval : — Merval avait ?auvé la frégate devant Alger; sans l'ancre à jet de la chaloupe , la Gorgone se serait totalement perdue, et le brave lieutenant de vaisseau ne siégerait pas sur la sellette d'accusé. Rivelles parlait du sauvetage de Lartigue. ..

Et dans l'auditoire le vieil Urbain et Paoletta pleuraient.

— Brave ! vieux brave ! murmura Forlanet ému d'admiration ; s'il parlait pour lui, il ne saurait pas en dire la moitié tant.

La mère Bringuebale et la veuve Toinon gesticulaient faute de mieux, et s'adressaient ainsi à M. Buchard, qui, i^alan-

ittomo ma un poco ladronc , s'attendrissait véritablement.

Un des spectateurs fronça les sourcils , hocha la tête et pensa :

— Tant pis pour le commandant Liart !

Quant à Merval , il était pénétré de la plus vive reconnaissance ; car il n'ignorait point que, par sa franchise, Rivelles se plaçait dans les plus fâcheuses conditions auprès du commandant.

En effet, bien qu'avec la plus pariiiitc mesure , le vieil officier supérieur venait de démontrer que le prévenu et son défenseur n'exagéraient en rien , et que S régime du bord reposait bien réellenièiil sur l'arbitraire, la teiTeur, l'espionnage, la délation.

Liart n'était pas homme à pardonrer un tel aveu. '

Après avoir déposé , le capitaine c t;,c;or-

vette lui autorisé à rester dans l'auditoire.

Phylon fut introduit, prêta serment, et , ayant satisfait aux questions de forme, il ne tarda pas à dire :

— Il y avait près de deux ans que je m'étais posé un problème dont la solution se présente maintenant à moi aussi évidente qu'un axiome : je me demandais comment M. le capitaine de vaisseau Liart pouvait si bien connaître ce que je calculais ; il savait tout ; le but de mes opérations, les moyens que j'employais, la tendance de mes travaux mathématiques, statiijliques et autres, je m'en étais fréquem-

ent aperi^u. Or, messieurs les juges, je ^*>^' ussais comme absurde l'hypothèse qu'il pût deviner : mes soupçons se porlèreï donc sur mes collègues , que j'accusai indiscrétion ; mais je commettais une grav^ erreur, car il me manquait une

donnée. Cette donnée , je la tiens , je la possède , je suis absolument sûr de sa valeur : Cybctus était notre espion , je l'établis et je le prouve...

— Très-bien ! monsieur, interrompit le président, yeuillez passer aux ftuts qui concernent Taccusé.

* Phylon , quoiqu'au regret d'être interrompu , se rendit d'assez bonne grâce aux injonctions du président, et raconta dans son langage technique la scène du carré ; quant à celle de la chambre du conseil , il ne fournit que des renseignements assez vagues. Mais il avait à cœur de réparer se*^ torts imaginaires envers Mer val, dont il P' bien l'éloge le plus arithmétique, géi^^iètrique et trigonométrique qui ait jaÂiais été prononcé de mémoire d'algébrislc -'

Plusieurs fois son jargon scienj^fiq^ie dérida l'assistance, le tribunal, le prési-

dent» et même le prévenu, surpris de trouver en lui un défenseur si ardent

La déposition de Phjlon-Binôme était cependant de nature à servir puissamment la défense. Par sa bizarrerie, elle avait fait impression sur les juges, et sa forme singulière ne l'empêchait pas d'être d'une logique triomphante. Il est constant que les membres du conseil furent forcés d'admettre comme positifs les faits les plus monstrueux. Cybélus une fois démasqué, tout l'odieux système de Liart était mis à découvert , ce qui contribuait nécessairement à atténuer les torts de Merval.

Après Phylon, Nestor fut appelé. Nestor a> . tout vu, tout entendu, depuis le moment où Merval était entré chez le commandant, jusqu'à son arrestation par le uie de corvette. Nestor avait un cara'"' semi-officiel, en sa qualité d'offi-

cier de quart ; Nestor enfin était l'ami intime de l'accusé; l'accusé lui-même, Rivelles et Phylon venaient de proclamer ce dernier fait à diverses reprises.

L'attention de l'auditoire redoubla quand le nouveau témoin fut introduit dans l'enceinte.

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