‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 104 sur 130 · LA G OU T T E E T L E R II U M A T I S M E · texte numérisé non relu

LA G OU T T E E T L E R II U M A T I S M E

par exemple le rhumatisme musculaire, certaines formes légères de rhumatisme articulaire, certaines névralgies. Une description plus étendue et plus précise que nous trouvons dans le recueil d’Aétius ne laisse place à aucun doute.

Aétius (i), ou l’auteur qu’il cite, commence par une bonne étude de la courbature et du surmenage : les symptômes sont dus à une acrimonie des humeurs, les produits d’une désassimilation, d’une fonte de la graisse et des muscles sous l’influence du mouvement n’étant pas suffisamment éliminés ; le traitement consiste, les premiers jours, en onctions, en frictions, en massages étendus pratiqués par plusieurs aides h la fois. A ces lassitudes provoquées correspondent les lassitudes spontanées, véritables maladies, dues elles aussi à des humeurs nuisibles formées au sein de l'économie.

Il en existe trois variétés : la lassitude dite ulcéreuse détermine au niveau de la peau et des muscles une douleur déchirante qui augmente au moindre mouvement; de plus les urines ont un dépôt particulier, la peau donne au toucher une impression mordicante ; enfin il y a des sueurs anormales parleur couleur et par leur goût. La lassitude tensive atteint surtout les muscles ; il n’y a plus de douleur déchirante, mais un sentiment de pesanteur et de distension, sans tuméfaction appréciable.

En troisième lieu vient la lassitude inflammatoire ; ici nous citons textuellement : « La lassitude inflammatoire, qui vient spontanément et sans fatigue préalable, cause des douleurs si intenses, une telle chaleur des parties enflammées, avec tuméfaction des parties molles, qu’elle ne comporte aucun délai, ni de quelques heures, ni de deux ou trois jours; c’est immédiatement qu’elle détermine une fièvre très forte, à moins qu’on ne prévienne celle-ci par une saignée. Ces malades, en effet, ont le sang très chaud et presque tous réclament une abondante déplétion sanguine, encore chez

(i) Aétius, in Medicæ Arlis Principes, p. 172.

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la plupart la fièvre persiste-t-elle après cette déplétion. Vussi ne faut-il pas tarder, ni retirer peu de sang; il faut saigner bien vite, saigner jusqu’à la défaillance, pourvu <100 rien d’ailleurs 11e s’y oppose. 11 est bon de faire cette opération deux fois le même jour, en sorte que la première fois le sujet ne tombe pas tout à fait en syncope et que la seconde il n’aille pas jusqu’à la défaillance. Que l’on n’ouvre pas la veine ou qu'une hémorragie ne survienne pas spontanément ailleurs et ces malades n’auront à attendre leur salut que de leur bonne fortune ; encore ne seront-ils pas sauvés. Les douleurs sont-elles plus fortes dans la tête et dans le cou, il faut ouvrir la veine humérale ; dans la poitrine, le dos et les reins, la veine interne; si le corps souffre également partout, on choisira la veine médiane (1). »

Telle était, dans ses grandes lignes, la nosologie antique, en fait de maladies articulaires. Il ne fallait pas, semble-til, un grand effort d’érudition pour la retrouver dans des livres que chacun avait alors entre les mains, il ne fallait pas un grand courage pour l’adopter. Et pourtant nous ne pouvons citer parmi les médecins célèbres du seizième siècle que Cardan et Mercado qui aient fait cet effort, aient eu ce courage.

Cardan, il est vrai, ne craignait pas les paradoxes : il se proclamait lui-même ennemi de la magistri et l’on sait

quelles furent les étrangetés de sa carrière; mais il faut reconnaître que l’esprit clinique le plus sage, le bon sens le plus lumineux ont inspiré le commentaire sur les aphorismes. A propos du fameux aphorisme 29, Puer non podagra laborcit antè us uni venereorum , Cardan s’exprime ainsi : « Ce n’est pas une même chose que le morbus articularis et la podagre. Galien aurait mieux fait d’enseigner cela que de reprendre si souvent Hippocrate et sans raison. J’ai vu de

(1) Aétius. Liv. IV, in Mcdicæ Àrtis Principes, t. II, p. iy5 et 176.

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nombreux enfants affectés d’arthritis, je n’en ai pas vu un seul qui eut la podagre et je ne me souviens pas d’en avoir lu un seul exemple cité. Hippocrate disait dans le livre des Affections : La podagre est la plus violente des affections articulaires, la plus longue et la plus rebelle ; et il ajoutait que dans le mal articulaire au contraire la douleur est mobile et passe d’une jointure à l’autre. Il n’en est pas ainsi de la podagre qui passe sans se jeter ainsi de côté et d’autre. Nous avons vu plus haut comment les arthritis surviennent souvent après les fièvres (aph. 3i), ce cpie ne fait pas la podagre, excepté chez ceux qui y sont sujets. En effet, quand l’humeur se résout, ce n’est pas le sang pur des veines, c’est un sang corrompu qui Hue vers les jointures; et cette sorte de pus donne naissance à l’arthritis, non à la podagre. Aussi l’arthritis n’est-elle pas sujette aux retours de la podagre, parce que sa cause matérielle est étrangère à la constitution du sang et par suite n’est pas toujours prête à se porter sur les articulations; le mal articulaire ne revient donc pas sinon après des fièvres, tandis que la podagre a ses retours. Si parfois le mal articulaire revient sans être précédé d’une fièvre, même alors sa cause matérielle est une pituite échauffée, corrompue par la lassitude » (i).

Un peu plus loin (2), Cardan dit de Paul d’Égine et d’Alexandre de Tralles qu’ils ont commis une erreur grossière, pessim'e confuderunt, en confondant l’arthritis et la podagre.

Dans le passage cité plus haut, nous relevons trois idées également justes, également méconnues par les contemporains de Cardan : i° l’arthritis d Hippocrate et de l’auteur des Affections est une maladie fort différente de la podagre, c’est le morbus articularis, notre rhumatisme articulaire aigu ; 20 elle a ce caractère d’être assez fréquente chez les

(1) Hier. Cakda.ni, in Aphor. Hippocr. Comment. Patavii, iG5o, p. 47^-

(2) Ibid., p. 5o8.

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enfants et cet autre, étranger aussi à la podagre, d’être sujette à la généralisation et à la mobilité ; 3° enfin l’arthritis ressemble aux fièvres, elle est le résultat d’une altération septique du sang, tandis que la podagre trouve dans le sang lui-même sa raison d’être, sa cause matérielle. Aujourd’hui encore nous ne saurions mieux opposer l’une à l’autre la fièvre rhumatismale, proche parente des maladies infectieuses, et la goutte qui a dans les modifications chimiques du sang et des humeurs sa cause prochaine.

Cardan ne s’était pas contenté de résumer brièvement ses sentiments dans une page de commentaire ; il les avait enseignés et propagés autour de lui. Nous avons sur ce point le témoignage d’un de ses élèves, Taddeo Duno, de Locarno, qui a laissé des lettres médicales dont quelques-unes sont adressées Optinin maximoque medicinæ professori Hieronymo Cardano, præceptori meo colendissimo (i). Deux autres, où il est question de douleurs articulaires, survenues chez une femme de trente ans, ont été écrites, la première pour demander, la seconde pour réfuter l’avis d’un médecin de Corne, Jean-Paul Turriano. L’auteur s’y exprime ainsi (2) : « Je t’ai écrit que le mot grec àpOpT-'.ç est rendu proprement en latin, c’est-à-dire chez les médecins latins, par l’expression articularis morbus , et cela parce que l’arthritis est une affection de toutes les jointures du corps, et que de même les affections particulières des jointures tirent leur nom des régions mêmes qui sont frappées et 11e sont pas appelées en grec àpGprur, ni en latin morbus cirticularis, bien que ce soient des affections articulaires... Ce que l’on dit de l’arthritis ne peut l’être de la podagre, de la sciatique, de la chiragre, ni des autres : car tout differt et les causes et le siège du mal et le choix des remèdes et la nature même des maladies. Ainsi, l’arthritis est due parfois à la surabondance du sang, la po-

(1) Thaddæi Duni locarnensis medici epistolæ médicinales. Tiguri, 1692. Epist. Y.

(2) Ibid. Epist. XII, p. 03-73.

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clagre presque jamais. L’arthritis envahit toutes les jointures du corps, nous l’avons dit et nous le répétons, la podagre ne touche que les seules jointures du pied ou les pieds seuls. Le traitement de l’arthritis ne ressemble pas toujours à celui de la podagre, surtout quand elle est engendrée par l’excès de sang. En outre, l’arthritis n’est pas héréditaire comme est la podagre; enfin, elle guérit quelquefois très facilement, tandis que la podagre n’admet pas de guérison parfaite. ))

« Souviens-toi, je t’en prie, des malades atteints de morbus articularis, si tu en as jamais eu à soigner, ce dont je ne doute pas, et demande-toi si leurs tortures occupaient seulement les pieds, ou les mains et les pieds en même temps, ou ne s’étendaient pas plutôt à toutes les jointures du corps. Ccuxqui souffrent du mal articulaire sont le plus souvent des amateurs de bonne chère, crapulosi, farcis d’humeurs crues, pituiteuses et épaisses, cause habituelle des affections articulaires, et, quand ils sont pris, ils ne peuvent remuer facilement ni les genoux, ni les pieds, ni les bras, ni les mains, ni le cou, ni le dos, ni aucune partie du corps, mais ils gisent cloués au lit, sans bouger. Et c’est là ce que les Grecs et les Latins appellent l’arthritis. »

La lettre, dont nous extrayons ces passages, est datée du mois de juin 1 553 ; elle répond à une épitre médiocre où Turriano soutenait, à grand renfort de citations empruntées à Galien, qu’il importait peu de discuter les noms, puisque les deux affections étaient de même nature et avaient la même cause, une humeur qui pouvait être sanguine, bilieuse ou pituiteuse.

L’élève de Cardan, dans sa vive réplique à son correspondant galénique, a heureusement traduit et développé les doctrines de son maître ; aux raisons données par celui-ci, il ajoute une affirmation plus nette de la curabilité du rhumatisme articulaire, un sentiment plus juste des différences fondamentales qui distinguent l’arthritis de la podagre, cette assertion enfin si exacte, et que nous voyons émise pour la

première fois, que l’arthritis n’est pas héréditaire comme la podagre. Si nous joignons à cela le bref et saisissant tableau clinique qui termine notre citation et qui a devancé de quarante ou cinquante ans la description si justement louée de Baillou, il nous semble que l’on pardonnera volontiers à Thaddée Duno ses opinions contestables sur la genèse du rhumatisme attribué à une pléthore sanguine, opinions presque générales alors, opinions soutenues récemment encore et qui ont eu en ce siècle cette lamentable conséquence, la saisnée à blanc des rhumatisants.

Les pages, si originales, de Cardan et de son élève passèrent presque inaperçues. La critique, si franchement formulée, de Galien et de la manière dont il travestit la pensée hippocratique, parut simple boutade d’un génie inégal et l’on s’empressa de l'oublier. Sennert seul s’est souvenu de Cardan, et Schneider de Thaddée Duno. Mais un esprit tout différent, si éloigné des nouveautés qu’on a pu, à une lecture superficielle, le considérer comme le dernier des scolastiques, Luiz Mereado a précisément émis sur le sujet qui nous occupe les mêmes sentiments que Cardan, dont il ignorait sans doute les commentaires. Il l’a fait pour des raisons tirées de la seule observation et non de la critique des textes, mais son témoignage n’en a que plus d’autorité (i).

Après avoir proposé, au sujet des maladies articulaires considérées en général, des idées que nous aurons à rappeler, il étudie dans un chapitre séparé l’arthritis. Le fait d’une description indépendante n’a pas par lui-même grande signification. D’autres auteurs, Mercuriali par exemple, avaient agi de même, sans réussir à donner à leur arthritis une physionomie propre, à lui trouver d’autre caractère distinctif que la multiplicité des jointures affectées. Mais Mereado ne se borne pas à admettre une espèce morbide nommée ar-

(i) Lud. Mercatus. Operum Tomus II. Frnncfort, 1620. De internorum morborum curationc, lib. IV, p. 43 1.

thritis, il l’oppose à la podagre et à la sciatique et il réunit les éléments d’un diagnostic différentiel. Il les emprunte pour une part à quelques médecins des siècles précédents, mais il est un des premiers qui les ait groupés de manière ;i en établir la valeur nosologique.

L’arthritis est une affection tout autre que la podagre pour les raisons suivantes : i° la podagre exige ces deux conditions pour naître, une faiblesse innée ou acquise des jointures et une petite quantité d’humeurs; l’arthritis, au contraire, demande une plus grande quantité d’humeurs, une moins grande faiblesse préalable des jointures. Dépouillé de la forme que lui donnait la pathologie humorale du temps, forme à laquelle Mercado resta toujours fidèle, cet argument repose sur deux faits cliniques bien observés: dans le rhumatisme articulaire aigu il y a une exsudation séreuse considérable, occupant presque toutes les jointures; on ne saurait donc attribuer ii celles-ci une prédisposition particulière puisqu’elles sont toutes également frappées ; dans la goutte, au contraire, l’épanchement est peu abondant et la lésion n’atteint qu’un petit nombre de jointures, toujours les mêmes ; on est donc amené à chercher à ces articulations une tare héréditaire ou acquise, une faiblesse naturelle qui les prédispose au mal, à l’exclusion des autres. Si le problème n’est pas mieux résolu de nos jours qu’au temps de Mercado, il se pose dans les mêmes termes.

2° Dans l’arthritis, la douleur commence avec le gonflement des parties, dans la podagre elle précède le gonllement. Dans le rhumatisme articulaire aigu en effet les douleurs sont sensiblement proportionnelles à l’abondance de l’épanchement ; dans la goutte, on peut éprouver d’atroces douleurs sans que la vue fasse saisir une tuméfaction notable, et quand celle-ci vient à se produire la souffrance est souvent sur son déclin.

3° L’arthritis ne demande pas quarante jours pour se résoudre comme la podagre. Ici il ne faut pas prendre dans toute sa rigueur ce délai de quarante jours imposé a la

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goutte par Hippocrate : il est trop long ou trop court selon que l’on considère les formes aiguës et récentes ou les formes subaiguës et invétérées cle la maladie. Mais la raison invoquée par Mercado reste juste dans sa généralité. Le rhumatisme articulaire aigu, le seul qui soit désigné sous le nom d’arthritis, a d’ordinaire, et par définition, une évolution rapide ; la podagre reste la podagre dans l’intervalle de ses attaques et quelle que soit la durée de celles-ci.

4° L’arthritis ne revient pas aussi souvent que la podagre. L’argument n’a pas besoin de commentaire : il est d’une évidente vérité.

5° L’arthritis ne laisse rien après elle qui puisse causer une infirmité, in arthritide vero rcidicitus discutilur matériel omnis, quo nihil superest qnod impotentiam articulorum adaugeat. Sur ce point encore l’exactitude du parallèle est absolue. Dans le rhumatisme articulaire aigu la restitutio ad integrum est la règle ; dans la podagre les déformations, les dépôts tophacés, les lésions de diverse nature aboutissant à l impotence sont la suite presque obligée d’accès un peu fréquents.

Les traits distinctifs énumérés par Mercado étaient pour son temps les meilleurs qu’on pût noter pour justifier l’autonomie de l'arthritis. Ils sont tirés non d’un choix arbitraire parmi les symptômes, mais de l’étude de la marche et de l’évolution, c’est-à-dire de ce qui révèle le mieux la nature propre d’une maladie, de ce qui en marque le caractère spécifique. L’auteur complète son œuvre en relevant avec non moins de bonheur les signes particuliers qui font reconnaître les douleurs de la vérole et empêchent qu’on ne les confonde avec celles de l’arthritis.

Ainsi pensaient au cours du xvi° siècle le savant italien et le clinicien espagnol. Pour retrouver une pareille netteté dans la conception de cette entité morbide qu’ils nommaient inor bus arlicutaris ou artliritis, il faut remonter aux livres hippocratiques ou descendre a l’œuvre de l’anglais Cullcn (1776)- Que l’on réunisse en effet 1 es caractères propres à

l’arthritis, énumérés par Cardan, Duno et Mercado, et l’on a une excellente ébauche du rhumatisme articulaire ai<ni

tel que nous le comprenons aujourd’hui. Et pourtant leurs noms sont oubliés. On a pris à la lettre l’affirmation audacieuse de Baillou que l'affection décrite par lui était restée, jusqu’il son livre, anonyme et méconnue.

Nous venons d’esquisser à grands traits la conception que s’était formée des maladies articulaires l’ancienne médecine grecque et que Cardan, Duno et Mercado furent seuls à adopter dans son intégrité. Il nous faut en agir de même avec la médecine que nous nommons néo-latine et qui, née ii Carthage de l’union du méthodisme et de la vieille pathologie humorale, domina en Occident jusqu’à l’invasion des livres byzantins et arabes, et garda encore, durant les règnes d’Avicenne et de Galien, quelque action, inavouée ou inconsciente, sur l’esprit des médecins, sans parler de l’empire qu elle eut toujours sur le peuple dont elle avait inspiré les opinions et dicté le langage, en fait de maladies.

Cardan et Mercado se rattachaient directement aux Asclépiades ; c’est à Théodore Priscien et à Cassius Félix que se rattachent Fernel, Charles Lepois, Félix Plater, Baillou, Rivière, tous ceux qui ont contribué à rétablir sous une forme nouvelle, mais non meilleure, l’espèce morbide qui était jadis l’arthritis et qui est aujourd’hui le rhumatisme. C’est une tache assez ingrate de rechercher et de relever les vestiges d’une tradition obscure, il importe cependant de suivre la marche des idées, même aux heures d’hésitation et de tâtonnements. A voir à quelle cause légère tient parfois le triomphe d’une notion sérieuse, on comprend qu’il ne faut en médecine négliger aucun secours et que l’histoire, la philologie même peuvent avoir leur prix. Une science mieux avertie, une critique plus avisée, chez les médecins du xvi° siècle, eussent évité bien des confusions, bien des erreurs dont, après trois siècles, nous sommes encore embarrassés.

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Sans reprendre dans tous leurs détails les variations de doctrine et les vicissitudes de langage qui ont abouti à la oenèsedu mot goutte, nous rappellerons que, pour les auteurs du v° siècle, les mots desti/latio , catarrhus, remua ne s’appliquaient pas seulement à certaines affections des voies respiratoires, mais que déjà on désignait sous l’un de ces noms devenus synonymes les désordres survenus du côté des viscères, des membres et des jointures, du fait d’une même cause, agissant par les mêmes voies, c’est-à-dire d’une humeur coulant hors de ses voies naturelles, d’une derivatio d’un flux, reumatismus. Cette dernière expression avait servi à dénommer tous les écoulements, même la diarrhée, même l'incontinence d’urine, mais avec le temps sa signification s'était précisée. La médecine latine la réserva aux poussées lluxionnaires et sécrétoires qui étaient l’effet d’un catarrhe, d’une descente, comme on traduira plus tard.

Dans la médecine grecque, le rhumatisme resta une poussée fluxionnaire, surtout sanguine, se portant sur un organe quelconque, peau, viscères ou jointures. A ne considérer que cette dernière localisation, nous voyons Rufus (dans la vieille traduction latine du traité de la goutte) (1) chercher des remèdes ad dolores rheumaticos et ad inflammationcs articulorum. Il ne s’agit nullement dans ces cas de rhumatisme, mais d’une complication de la podagre, d’une fluxion locale, quasi inflammatoire, plus intense que de coutume.

De même encore, Alexandre de Tralles, dans son onzième livre, parle du rhumatisme comme d’un symptôme occasionnel de la podagre, d’un signe de l’humeur sanguine. 11 énumère les précautions à prendre et ajoute : <c Voilà ce qu’il convient de faire pour ceux chez qui le rhumatisme c pcup.aT'.op.éç naît d’une surabondance de l’humeur sanguine » (2).

(1) Rufus. Œuvres, lidit. Darembcrg, p. a85.

(2) Alexandre de Thalles. Loc. cit., p. G34 .

De même enfin Démétrius Pepagomène, emploiera ce même mot pô’jp.aTio-|j,Gt, alors qu’il s’agira des poussées goutteuses qui se portent non seulement sur les mains et les autres jointures, mais encore sur le cerveau, le foie et le cœur (i). Ici les mots fluxion ou poussée traduisent exactement la pensée de l’auteur. Les passages que nous venons de citer et la doctrine qu’ils impliquent n’ont eu du reste aucune part à la genèse de l’entité morbide que nous nommons rhumatisme.

Quant à la théorie latine, Priscien l’a formulée un des premiers : « Tout catarrhe, dit-il, doit être l’objet de soins attentifs, ayant son origine et son principe dans la tète. Un débordement (2), découlant de là par les divers canaux, inonde les régions qu’il atteint et à la longue les affaiblit, pour peu qu’on le néglige. Trois sortes d’affections peuvent en naître : l’une occupe le nez, c’est le coryza ; l’autre occupe la gorge, on l’appelle branchos ; la troisième atteint la poitrine et, quand elle dure longtemps et envahit les poumons, elle provoque une phtisie absolument incurable. Je n’oublie pas non plus que quand ce débordement se précipite et tombe sur les régions inférieures, poussant devant lui la matière morbide déjà entraînée par son propre poids, il lèse souvent les organes vitaux de la région centrale (3), v détermine au passage divers accidents et enfin se jette sur les pieds , endroit condamné d’où il est difficile de le chasser. M ais d’abord c’est le corps tout entier qu’il émeut : une sorte de pesanteur douloureuse saisit toutes les parties du corps, sans fièvre concomitante, par l’action propagée de ce flux descendant. Cette action intéresse d’abord et surtout la tète ; aussi est-ce sur elle et sur les parties voisines et

(1) Demetrius Pepagomène. Loc. cit., p. 20.

(2) Débordement ne rend pas le sens étymologique de derivalio, mais il traduit fidèlement, croyons-nous, la pensée de Priscien et de scs successeurs.

(3) Le texte dit précordiale, mais ce mot avait alors un sens beaucoup moins précis que son sens actuel.

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attenantes que nous dirigerons nos premiers soins ; nous indiquerons ensuite ce qui concerne chacune des parties touchées ou envahies. »

Priscien énumère toutes les prescriptions qui conviennent reuincitizanü : onctions chaudes sur le corps et sur la tête, repos absolu, diète sévère, purgation. « Lorsque par ces moyens la maladie se sera humanisée, j’insisterai sur les mêmes onctions, imitant les exercices de la palestre et frottant les régions inférieures avec plus d’énergie. Le flux, reumatismus, rappelé ainsi des parties supérieures abandonne celles de ces régions qu’il inquiétait et qu’il n’aurait pu atteindre sans péril, et le caractère bénin de la maladie nous permet de repousser les secours de la médecine interne » (i).

Ainsi s’exprime Priscien; Cassius Félix, son compatriote et son contemporain, écrit de son côté : cc On dit qu’il y a rhume remua toutes les fois qu’un afflux abondant d’humeur fait brusquement et sans cause préalable gonfler une partie du corps. Les Grecs disent réuni alice dialhesis, c’est-à-dire affection rhumatique. C’est une affection fréquente, surtout au niveau des jointures , par exemple au genou, au coude, aux clavicules, à l’union de la mâchoire et de la tempe, audevant de l’oreille, quelquefois même à la face où les yeux se trouvent tout à coup fermés par une énorme tuméfaction » (2).

Cælius Aurelianus n’ajoute rien à ces notions. Le chapitre de catarrho de 1 Esculapius (3) ne fait que résumer ce qu’avait dit Soranus dans le traité des maladies chroniques (livre II, ch. VII), où il est parlé des seuls catarrhes qui occupent les voies respiratoires, et où l’on relève cette seule phrase intéressante : « Le catarrhe bronchique se distingue du rhuma-

(1) Th. Priscien. Liv. II, ch. xx. Ed. Rose, p. i58.

(2) Cassius Félix. Ch. xxm, ad reuma, p. 3g.

(3) Ce chapitre a gardé plus que les autres la forme interrogative que lui avait donnée 1 auteur du Liber responsionurn.

Delfeuch. 29

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Usine Je la poitrine , a rheumatismo thoracis par ce fait que, les autres signes étant communs, la douleur paraît siéger dans la partie même du thorax que l’on croit affectée. » Remarque qui se rapporte sans doute à notre pleurodynie.

On le voit, les troubles morbides que Priscien et Cassius Félix rattachaient au catarrhe, au rhume, au rhumatisme étaient décrits en dehors des maladies articulaires, comme n’appartenant pas au même domaine qu’elles. La ligne de démarcation est bien tracée : la podagre, l’arthritis et la sciatique sont des affections limitées aux seules jointures; au contraire, la diathèse rhumatique des Grecs n’est pas nécessairement et exclusivement articulaire. Nous retrouverons cette distinction sous la plume de Fernel, de Baillouet de Rivière ; elle ne disparaîtra qu’après les travaux de Cullen et de Bouillaud.

Quelle place occupait le rhumatisme ainsi compris dans la nosologie du moyen âge ? Pour s’en rendre compte, il suffit de se rappeler ce que nous avons dit du mot goutte et de sa large acception. Goutte était le synonyme populaire de catarrhe, de destination, de rhumatisme ; c’était le terme m générique sous lequel variétés, de types plu principaux.

1° 11 y eut la goutte

suffisamment. Les médecins de l’Occident, pour des raisons assez connues, eurent moins souvent que leurs confrères orientaux l’occasion de l’observer et de la traiter, aussi occupe-t-elle dans leurs livres, dans leurs formulaires, une place moins exubérante que dans les manuels d’origine byzantine.

2° Il y eut la goutte arthritique. Nous l’avons montré par mainte citation empruntée aux médecins africains, aux maîtres de Salerne, aux auteurs inconnus dont les fragments remplissent les manuscrits du moyen âge, la goutte arthritique, sous sa forme aigue, mobile, fébrile, répondait aux variétés les plus nettes de notre rhumatisme articulaire

se groupaient un grand nombre de ; ou moins légitimes, dont voici les

podagre que ce dernier mot définit

LE U IIUMA TI SME AVANT BAI LEO U

aigu ; sous ses formes chronique, noueuse, déformante, ulcéreuse, elle embrassait à la fois, sans qu’on puisse trop blâmer cette confnsion, les cas de goutte chronique avec déformations tophacées et les arthropathies diverses que nous réunissons sous l’étiquette provisoire de rhumatisme chronique ;

3° La goutte sciatique était mise encore au nombre des affections articulaires, regardée qu’elle était comme une arthrite de la hanche, mais on savait déjà que les douleurs pouvaient gagner la cuisse, la jambe et le pied ; on devait apprendre bientôt que les lésions siégeaient moins dans la jointure coxo-fémorale que dans le nerf sciatique, in nervo lato.

Enfin, et ce fut là le mérite propre de la pathologie de ces âges, il y eut autant d’espèces de goutte qu’il y avait d’affections catarrhales capables de se succéder, de se substituer l une à l’autre, passibles d’une médication unique, issues des mêmes erreurs de l’hygiène individuelle. Nous avons mentionné en leur lieu la goutte migraine et la goutte paralytique, la goutte rose et la goutte caduque , la goutte sereine et la goutte à Vaine , quelques autres encore dont le groupement sous une appellation commune constituait la première et curieuse ébauche de cette disposition générale que nous appelons encore la diathèse goutteuse, que beaucoup désignent sous le nom d’arthritisme.

Si large que fût le cadre de ce système nosologique, il restait encore, en dehors de ses limites, quelques affections douloureuses sans localisation bien définie, qui occupaient les jointures, mais intéressaient aussi les muscles, les membranes fibreuses, les nerfs et les os. Nous avons vu que les médecins grecs s’étaient heurtés à la même difficulté et l’avaient adroitement tournée en créant de toutes pièces l’entité lassitude spontanée. Nos médecins latins agirent plus simplement encore : après avoir défini, à l’aide d’une épithète précise, chacun des types de goutte les plus faciles a reconnaître et à classer, ils laissèrent les autres sans place

déterminée parmi les maladies goutteuses; ils furent incerhr vendis, inverti nominis. On dit, pour les désigner, goutte, descente (i), catarrhe, destination tout court, on dit de même rhumatisme, les deux premières expressions étant laissées au vulgaire, les dernières seules étant acceptées des médecins. Or, parmi ces destinations simples et ces rhumatismes, nous reconnaîtrions aujourd’hui, comme nous l’avons fait plus haut dans le groupe des lassitudes, beaucoup des affections que nous nommons rhumatismales, celles qui atteignent surtout les muscles, les aponévroses, le périoste, frappés au même titre sinon au même degré que les jointures, celles aussi auxquelles on ne peut assigner un siège précis et que nous nommons vagues pour cette raison.

Un flux, un débordement, une inondation, l’envahissement d’une région du corps par une humeur légère, mobile, incolore, insipide ou légèrement salée, telle était la lésion matérielle qui servait d’explication commune et comme de lien à ces diverses affections.

À défaut de textes plus développés et comparables à ceux qui émanent de l’école africaine, les courts fragments extraits des manuscrits latins du moyen âge nous ont montré la persistance de ces idées, et l’histoire du mot goutte nous a prouvé combien était répandu le système humoral que nous venons de résumer. Mais, à l’apparition des livres arabes et byzantins, les médecins les plus érudits abandonnèrent h la foule la doctrine latine et les formes de langage qu’elle avait revêtues.

Cependant-, au cours même du xvi° siècle, un certain nombre de médecins gardaient encore quelques souvenirs des traditions occidentales. Qu’on ouvre par exemple un

(i) Nous avons cité deux lignes de Paracelse où, sous le nom de defluxus et d 'arthi'itis, il fait certainement allusion à notre rhumatisme articulaire, car pour lui ces affections sont dues à un tartre « qui passe, qui court d’un lieu à l'autre, à la façon des tempêtes de l’Océan. »

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petit livre d'un médecin de Bordeaux, Pierre Pichot: cet opuscule, imprimé en 1677, a cc titre explicite : de rhumatismo, catarrho , variisque e cerebro destiUationibus et. horuni curatione libellas. On y voit l’auteur faire, à la mode ancienne, du mot rhumatisme un synonyme exact de catarrhe et implicitement de goutte, trouver, dans ce rhumatisme descendu de la tète, l’origine d’une foule d’affections, et, entre autres, de douleurs articulaires et d’arthritis quand il atteint le cou, les épaules, les muscles du dos ou l’ensemble des jointures : tous méfaits qui le font s’écrier : Hujus tantæ morborum ilicidos causa est !

Le petit livre de Pichot n’eut sans doute pas grand retentissement, ni grande action. Tel qu’il est cependant, il nous aide à comprendre l’état d’esprit de médecins plus illustres, les raisons, conscientes ou non, qui leur suggérèrent telle ou telle doctrine dont on leur a fait honneur comme d’une création. Cela est vrai de Fernel, plus vrai encore de Baillou.

S’il nous fallait fixer une date précise aux commencements de la médecine moderne et à la fin du moyen âge médical, c’est dans l’enseignement de Fernel que nous la prendrions il eut en effet la liberté d’esprit d’un Paracelse sans en avoir l’ignorance et la stérile agitation. Précisément, à propos d’un cas de goutte, il écrit dans une lettre datée de 1550, ces lignes aussi claires, aussi courageuses que les diatribes les plus vantées de l’alchimiste : « Je 11e me suis jamais laissé détourner de la recherche personnelle par l’autorité des anciens et pourtant il n’en est aucun parmi leurs écrivains, si médiocre soit-il, que je n’aie lu ; mais, je puis le dire, je dois moins h cette lecture qu’à mes propres observations (1). ))

Le chapitre consacré à l’arthritis ne dément pas trop ces

(1) Johannis Fernelii Ambiani universa medicina. Genève, 1679, p. 679.

belles paroles : il atteste à la fois l’érudition de fauteur et son indépendance. En voici les principaux passages (i ).

« L’arthritis est une douleur des jointures revenant par intervalles. Des douleurs diverses peuvent occuper les membres : les unes affectent les membranes osseuses, les muscles, les nerfs ou les régions intermédiaires (entre deux jointures): ainsi ont coutume défaire la vérole et la simple dest'Ulatio . Les autres siègent uniquement dans les articulations ; elles y tombent et y restent fixées. Les dernières seules sont comprises sous le nom d’arthritis. »

Fernel donne ailleurs cette définition de la destillatio : « chute sur les parties sous-jacentes d’une humeur superflue tombant de la tête. Ce mot a une signification étendue chez les modernes ; chez les anciens il désignait seulement les catarrhes qui se portent sur la gorge. »

L observation est juste à cela près que les modernes, les junior es sont plus anciens que ne le croyait Fernel, qui se borne à reproduire ici les enseignements de la médecine néo-latine, la doctrine de Priscien.

Abordant l’étude des affections proprement articulaires, groupées sous le nom d’arthritis, il en énumère les diverses variétés, chiragre, podagre, arthritis de l’épaule, des genoux et des coudes, et y joint par égard pour la tradition la sciatique, dont il donne cette excellente description : « La sciatique, la plus violente de ces affections, siège non pas dans l’articulation de la tète du fémur avec l’os de la hanche, mais plus profondément au sommet de la fesse, à l’endroit où les nerfs venus des lombes et du sacrum pénètrent dans la cuisse. Il y a une douleur atroce qui n’occupe pas seulement la hanche, mais se prolonge dans la cuisse, dans la jambe, jusqu’à l’extrémité du pied, partout enfin où s’étend le nerf descendu de la hanche affectée ». Il est juste de rappeler que ces lignes ont été écrites deux siècles avant le mémoire célèbre de Cotugno.

(i) Fernel. Pathologie. Liv. VI, ch. xvm.

LE RHUMATISME AVANT BAILLOU

Vient ensuite l'étude des causes. La cause prochaine et continente de l’arthritis n’est pas une simple dyscrasie sans lésion matérielle, c’est une humeur contre nature qui infiltre les ligaments, les membranes péri-articulaires et les tendons, ne pénétrant que rarement entre les deux extrémités osseuses. Cette humeur, et nous touchons ici au passage le plus hardi de ce chapitre, n’est pas aussi variée qu'on l’enseigne; elle n’est jamais sanguine ni bilieuse, ni mélancolique ; elle est uniquement pituiteuse ou séreuse. « C’est à tort que l'on admet deux variétés d'arthritis d’après la nature de l’humeur, l une chaude, l’autre froide ; toute arthritis est froide provenant d’une humeur froide. Si l’on observe parfois, surtout dans la podagre et la chiragre, de la rougeur ou de la chaleur, cela ne tient pas à l’essence même de la maladie, mais à la violence de la douleur qui appelle la rougeur, la chaleur et quelquefois la fièvre ». (i)

On ne pouvait condamner l’humorisme galénique avec plus de franchise. Aussi jamais assertion nouvelle ne suscita pareil tumulte dans les esprits. Rien ne prouve mieux l’autorité attachée à la parole de Fernel et le respect gardé à sa mémoire, que les controverses interminables soulevées par les courtes phrases que nous venons de relever. Pendant cent ans et plus, en quelque pays que ce soit, on ne dira rien de la goutte, du rhumatisme ou des catarrhes sans rappeler et sans discuter, sous une forme identique dans sa monotonie, une doctrine dont son auteur avait dit avec quelque assurance: « Tel est, fondé sur le raisonnement et sur l’expérience, mon sentiment sur la cause continente de l’arthritis ».

Partout même éloge de l’homme, de sa science et de son éloquence ; partout même regret de ne pouvoir souscrire à ce qu’on regarde comme une véritable hérésie. On aurait peine à comprendre une émotion si vive, tant les raisons des deux parties paraissent futiles, si on ne réfléchissait que ces

(i) Fehnel. Loc. cil., p. 57G.

raisons servaient surtout à masquer ce qui était le fond du débat, ce qui en expliquait la violence et la durée. En réalité, l’affirmation que la cause de l’arthritis était une et non multiple, qu’il n’y avait qu’une humeur peccante et non quatre, avait seule déchaîné la guerre. C’était pour ou contre l’humorisme classique que l’on se battait : de là l’importance historique du fragment cité.

Un autre passage, d’une portée plus restreinte, bien qu’il ait provoqué d’aussi ardentes polémiques, intéresse plus directement l’histoire de la goutte et du rhumatisme, c’est le suivant : « On donne avec raison comme cause antécédente h l’arthritis l’afflux cl’humeur dans des jointures affaiblies, mais la source de cette humeur, le chemin suivi par elle, c’est ce qu’on ne paraît pas avoir recherché avec soin. Cette ignorance fait qu’on a renoncé jusqu’ici à traiter la douleur articulaire, la croyant incurable ; aussi l’appelle-t-on l’opprobre des médecins. On se trompe quand on fait venir des viscères intérieurs l’humeur qui envahit les jointures... L’arthritis a sa source dans la tète d’où une humeur pituiteuse et ténue découle dans les articulations. Ce n’est pas le cerveau cependant qui est l’origine de l’arthritis, ni ses ventricules intérieurs, réservoirs où s’amassent les superfluités pituiteuses (celles-ci s’écoulent au dehors par les narines, ou tombent par le palais soit dans la trachée et les poumons, soit dans l’estomac et les régions intérieures), mais ce sont les parties extérieures de la tète, situées au dehors du crâne qui sont le point de départ de l’humeur superflue qui en découle en parcourant sous la peau ta surface du corps ». Fernel avait déjà exposé dans un chapitre précédent (Livre Y, chap. IV) cette pathogénie commune à l’arthritis et aux destinations, et s’était étonné qu’aucun ancien n’eût découvert la distinction qu’il marque entre les catarrhes venus de l’intérieur de la tête, selon le mode vulgairement admis, et les catarrhes venus des régions extracrâniennes.

Si nous laissons de côté ce qui concerne le nombre et la

LE RH UMA T [SME A VA N T B A IL LO U /, 5y

nature des humeurs morbides, on relève dans le système de Fernel deux éléments qui reparaîtront à peine modifiés dans les écrits de ses successeurs et contribueront pour leur part à l’édification de notre rhumatisme. D’une part, toutes les douleurs de jointures ne sont pas comprises dans le groupe des arthritis, celles qui frappent en même temps les os, les muscles et les parties fibreuses sont rattachées à la destination, au catarrhe, au rhumatisme, tous mots synonymes, comme nous l’avons montré. D’autre part, la périphérie du corps, ce qu’on appelait l’habitus extérieur, acquiert l’im-

i portance et le rôle d’un organe essentiel. C’est le lieu de passage, de refuge et d’arrêt de l’humeur séreuse dont le

(débordement cause tant de malheurs.

La conception cl’un débordement d’humeur envahissant les parties extérieures et superficielles était ancienne : les médecins du xvi° siècle s’emparèrent de l’idée et abusèrent de la métaphore. Rondelet (i), parlant des fluxions qui se portent des viscères intérieurs sur des régions moins nobles, a cette phrase : « C’est comme le débordement des fleuves hors de leur lit, lorsqu’à la suite d’abondantes pluies ils ne peuvent contenir la masse de leurs eaux qui inonde et couvre les régions voisines ».

Mercado (2), étudiant les caractères communs des diverses maladies articulaires dans un chapitre où il fait preuve d’un éclectisme raredeson temps, nous montre l’humeur morbide venue de la tête, du foie, de l’intestin on d’ailleurs, empruntant toutes les voies ouvertes, trou de la nuque, tunique des tendons, espaces sous-cutanés, cavité des veines, pour se Jeter sur un seul endroit. « Mais, plus fréquemment, les douleurs naissent d’un consensus, d’une participation du corps entier. Aussi sont-ce les douleurs articulaires (c’està-dire l’arthritis) plutôt que la podagre ou la sciatique qui sont ainsi éveillées. Comme on l’a dit, ce mode de fluxion

(1) Rondelet. Methodus curandi morbos. Liv. III, ch. lxxxi.

(2) L. Mercado. T. IV, p. 434-

est le débordement d’une rivière, l’inondation des cavités articulaires et des parties voisines. Et comme le corps tout entier est affecté de plénitude et présente les mêmes désordres du côté des veines, presque toutes les articulations sont atteintes du même mal, ainsi que les parties environnantes ». Mercado ajoute que l’issue de l’humeur hors des veines se fait par diapédèse ou par anastomose (c’est-à-dire par effraction, mot à mot par un trou), et qu’en dehors de l’épanchement intra-articulaire, le gonflement veineux et l’exsudât sorti des vaisseaux contribuent pour leur part à la tuméfaction locale. Ce sont là de judicieuses observations qui complètent heureusement la description de l’arthritis que nous avons citée plus haut.

Les fragments des livres de Fernel et de Mercado que nous avons rapprochés et reproduits contenaient en germe trois théories de la goutte et des maladies articulaires qui naquirent vers le même temps en Lorraine, en Suisse et en France, celles de Charles Lepois, de Félix Plater et de Guillaume Bâillon. On connaît mal, on juge mal surtoutcette dernière si on l’isole des deux autres passées sous silence.

L’ouvrage de Charles Lepois est intitulé : « Livre d’observations et de consultations choisies sur les maladies méconnues et les affections contre nature, simples ou accompagnées de fièvre, dont la cause continente est une inondation séreuse, un débordement, etc. » Ce débordement, cette inondation que l’auteur désigne indifféremment sous les noms de dilu oies, à' illu vies ou de col/nvies serosa est l’origine d’un grand nombre d’affections de la tète, du thorax ou du ventre ; c’est aussi la source des affections de l'habitus extérieur, et par lit il faut entendre les parties sous-cutanées, les muscles, les tendons et les jointures. Aussi l’arthritis est-elle la matière principale d’une des sections du livre (i).

(i) Caroli Pisonis. Selectiorum observatlonum et consiliorum... liber singularis, etc. Leydc, 1733, scct. V, ch. x et 11.

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LE RHUMATISME AVANT BAILLOU /,5q

Le professeur de Pont-à-Mousson comprend sous le nom d’arthritis les seules affections articulaires qui soient sujettes à des retours fréquents et réguliers, s’écartant ainsi et de la tradition antique et de l’enseignement de Mercado pour se ranger à l’avis de Fernel. Les autres affections, et en particulier notre rhumatisme articulaire aigu, ne sont pour lui que « des douleurs analogues à l’arthritis ». « Les douleurs arthritiques, écrit-il, sont dues au seul sérum ou substance aqueuse mêlée dans les veines, et surtout dans les artères, h l’un et à l’autre sang; ce sérum, quifluedans les jointures, émane des veines et des artères du corps entier, mais surtout de celles de la tète... La tète est en effet le bassin, le château d’eau chargé de distribuer sans cesse l eau aux parties qui réclament cette irrigation ».

Que ce sérum aqueux, qui rappelle de très près la pituite séreuse de Fernel, vienne à s’accroître du fait d’un mauvais régime ou d’une dyscrasie de la rate, qui en est pour Charles Lepois la cause première; qu’il vienne il s’amasser par la suppression de ses évacuations naturelles et l’on verra se produire la plénitude séreuse, cette inondation qui est une chose possible, fréquente même, bien que dans les écoles on n’en fasse que rarement mention ou jamais.

C’est la corruption de ce sérum accumulé dans les vaisseaux qui est la cause des fièvres ; c’est son débordement qui est l’origine des maladies arthritiques. Ici, Lepois se souvient manifestement des propres paroles de Mercado : ce qui niera que ce sérum grossi et surabondant ne puisse, de lui-même et à la façon des inondations d’un fleuve débordé hors de son lit, sortir des vaisseaux par diapédèse ou par anastomose ? »

La même pathogénie convient aux douleurs arthritiques et a celles que Lepois n’ose désigner ainsi et qu’il laisse innommées. La description qu’il donne de ces dernières ne permet pas de méconnaître notre rhumatisme articulaire. Quelques personnes, des adolescents surtout « voient leur santé traversée par des fièvres à type continu, s’ajoutant à des douleurs articulaires d’une atrocité extrême, qui ne revien-

LA GOUTTE E T L E H 11 U M ATI S M E

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ncnt pas périodiquement chaque année deux ou trois fois, comme chez ceux dont nous avons parlé précédemment, mais se montrent une ou deux fois seulement dans la vie. Aussi ne peut-on dire ici arthritis, car une hirondelle ne fait pas le printemps ».

L’auteur cite en exemple deux jeunes gens atteints d’une affection remarquable par les douleurs intenses, l’extension ii toutes les jointures, le gonflement passager de celles-ci, la persistance de la fièvre jusqu’au 28e jour, la rareté des récidives et le bénéfice retiré de la saignée.

Vient ensuite une courte mention des douleurs externes des membres et de tout le corps. « Ce ne sont pas seulement les jointures, c’est aussi la continuité des membres, le thorax et tout l’habitus extérieur qui souffrent d’une descente abondante d’humeur aqueuse sans autre symptôme notable que celui-ci : l’invasion de la douleur, la crainte seule de celle-ci déterminent une certaine difficulté du mouvement dans les parties souffrantes. Par horreur, par peur de la douleur, qu’ils le veuillent ou non, les malades s’interdisent tout mouvement. On peut entendre chaque jour des malades accuser une douleur subite de l’un ou de l’autre bras, de l’épaule ou de la poitrine, succédant d’ordinaire à de la roideur du cou. D’autres, dans leur fièvre, clament que leurs cuisses ou leurs bras sont écrasés par le pilon, et, si l’on vient chez eux tous à examiner les régions souffrantes, on ne les trouve différentes de leur état normal ni par la couleur, ni par le volume, ni par l’apparence extérieure. »

Ces intéressantes notions cliniques sont malheureusement perdues dans la masse des hypothèses illusoires; aussi, malgré la mention de quelques observations sérieuses et même de quelques ouvertures de cadavres, ne pouvons-nous souscrire aux éloges de Boerrhave qui place Charles Lepois au premier rang des cliniciens de son temps, recommandant aux élèves de lire nuit et jour, de relire dix fois son livre pour qu’il pénètre leur esprit des plus beaux et des plus solides enseignements de la sagesse médicale!

Les ressemblances sont grandes entre le livre de Charles Lepois, publié en 1608, et le chapitre que Félix Plater a j consacré aux douleurs de Y Habitus corporis dans sa Pratique médicale, publiée en i6o3 (1). L’espace de cinq ans qui les sépare et, par suite, la connaissance que Lepois a pu avoir de l’ouvrage de Plater en sont une explication toute naturelle, mais il est possible aussi qu’ils aient puisé, chacun de leur côté, aux mêmes sources et que le développe- | ment logique de la doctrine de Fernel les ait conduits séparément h des conclusions voisines, car c’est aussi à Fernel que le médecin de Bâle a le plus emprunté.

Il avait, on le sait, proposé et adopté pour son compte une classification nouvelle et toute physiologique des maladies, qu’il divisait en trois grandes classes : les lésions fonctionnelles, les douleurs et les vices corporels, ceux-ci comprenant les affections qui déforment le corps humain et les troubles de l’excrétion. Parmi les affections de la seconde classe sont les douleurs de Y habitus, c’est-à-dire des parties situées entre la peau et les régions internes du corps ; il en est trois variétés qui siègent au niveau des parties molles, au niveau des jointures ou au niveau des os.

Les douleurs qui affectent surtout les parties molles sont nommées défluxions, destinations, catarrhes, à cause de leur origine; ce sont, entre autres, le torticolis, la pleurodynie, le lumbago. Remarquons que les noms de défluxion et de catarrhe (Plater aurait pu ajouter le nom de rhumatisme) sont réservés ici à des affections lésant la continuité des membres et non leurs extrémités articulaires. Le sens habituel de ces expressions, nous le savons, était plus étendu; elles désignaient aussi des svndromes où l’élément articulaire entrait pour une part. Il est vrai que l’auteur lui-même

(1) Le second volume où se trouve ce chapitre fut publié en iGo3 ; le premier l’avait été en 1G02.

Félix Plater. Praxcos mcdicæ tomi très, 4° édit. Bâle, 1786, t. II, p. 5o3 et suiv.

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renvoie au paragraphe des maladies des jointures ce qu’il a à dire des douleurs des parties molles situées autour des articulations, de l’épaule ou de la hanche, par exemple, et dues comme les autres à une défluxion.

Viennent ensuite les douleurs qui occupent les jointures : elles sont dites arthritis ou douleur articulaire. L’arthritis est générale quand elle atteint un grand nombre d’articulations, elle est partielle quand elle se limite à quelquesunes.

La troisième variété est celle des douleurs osseuses, qu’elles frappent les os de la tète ou ceux des autres régions. Les exemples qu’en donne Plater sont empruntés surtout à la symptomatologie de la vérole.

Distinguer ainsi les maladies par leur siège sans tenir compte de leur nature, de leur cause ou de leur marche, devait conduire à une description confuse. Celle de Plater est obscure, incomplète et dispersée. Une page, cependant, mérite d’ètre reproduite, surtout pour ce qui y est dit des tophus de la podagre: « Le plus souvent, une douleur intense se montre au niveau de la jointure ou des jointures affectées. Fixée au début dans la hanche ou l’omoplate, elle devient mobile et s’étend d’un coté par le jarret et la jambe jusqu’au pied, de l’autre jusque dans le bras. Dans toutes les variétés, le mal est exaspéré par le mouvement de la jointure et par le contact, excepté dans la douleur de l’omoplate ou de la hanche, à moins que les parties extérieures ne soient envahies. Ces douleurs surprennent quelquefois le malade d’une façon soudaine et imprévue. »

« Le plus souvent, une tuméfaction accompagnée de quelque rongeur, de chaleur et parfois de battements, survient tantôt plus tôt, tantôt plus tard, dans la podagre et dans la chiragre, quelquefois aussi ces signes se montrent dans la gonagre, dans l’arthritis, surtout au niveau de quelques jointures non entourées de parties molles. D’autres fois, il n’y a pas de rougeur manifeste et la tuméfaction ressemble à de l’œdème. Dans la douleur de la hanche ou de l’épaule,

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:i cause de l’épaisseur des chairs, c’est à peine s’il apparaît rien de tel, ou si l’on remarque quelque gonflement ».

(( Avec le temps, dans la podagre et la chiragre, il se développe des nodosités au niveau des entrenœuds des doigts, des pieds et des mains. Elles s’ouvrent et il en sort tantôt une matière fluide, blanche, épaisse; tantôt une matière ressemblant à du plâtre ou à de la craie, solide, blanche et ■ friable; souvent aussi, elle durcit et sort sous forme de tophus et de calculs plus ou moins nombreux et plus ou moins irréguliers. Si ces concrétions, non expulsées, s’accroissent encore, elles immobilisent la jointure qui ne peut plus bouger qu’avec peine ou ne peut plus bouger du tout. J’ai vu quelquefois des tophus de cette sorte étendus du coude jusqu’au carpe et faisant corps en quelque manière, développés chez un goutteux, et, après leur rupture, laisser sourdre une sorte de bouillie blanche. Chez un autre goutteux, j’ai vu des productions semblables se montrer h l’oreille et v persister. Que dis-je, chez un marchand atteint de la podagre, dont il était depuis longtemps et cruellement tourmenté, j’ai vu sortir de tout le corps par des fistules une semblable matière plâtreuse concrétée en tophus au niveau des orifices, et cela au point que les paupières mêmes n’étaient pas épargnées ».

« Une fièvre continue suit de près l’invasion de la douleur, presque toujours dans l’arthrite généralisée, souvent dans la podagre, la chiragre et la gonagre, quelquefois dans la douleur de la hanche ou de l’omoplate. Le malade est saisi d’un frisson que la chaleur suit de près. Ce qui fait que les malades ont soif, sont agités, que le pouls est plus rapide et que les urines rougissent (i) ».

La cause matérielle de ces affections est une humeur dite pituiteuse par la plupart, séreuse par quelques-uns, mais « comme la pituite aqueuse, seule espèce qui puisse se ré-

(i) Loc. cit., p. 597.

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(j / Ibid., p, üo5.

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DELPEÜCH. — Lu Goutte et le Rhumatisme.

Planche VII.

V VXTVM BALLONI CEBNI5 SV B IMAGEN^, CVIVS PRÆ,£TA*rTI tNTGBKIO HOC WOBILITATVÜ OPV^T.

jZispar Vshc fecit 16^ 5 Sacohus jCf>£<t.a,rt > J2> . J^T. P ,

Georges CARRE et C. N AUD, Éditeurs.

LE RHUMATISME AVANT BAILLOU

elle fine au niveau des jointures, peut y engendrer parfois cette variété d’arthritis que quelques-uns ont nommé arthritis chaude, parce qu'elle est accompagnée de fièvre et qu’elle présente, au niveau des articulations, tous les caractères de l’inflammation. Ce sang, chargé d’une sérosité excréinentitielle et de produits ichoreux, devenu à la fois plus impur et plus fluide, en même temps que se montre le plus souvent un certain degré de fièvre, fièvre assez douce (l’arthritis dite chaude ne commence pas sans un peu de fièvre, fehricula ), ce sang se déchargeant sur les jointures, comme il le fait d’autres fois ailleurs, y provoque l’arthritis (i) ».

Le pronostic marque aussi une différence très nette entre l’arthritis proprement dite et les affections articulaires. « Les défluxions qui envahissent l’habitus extérieur, quoiqu’elles soient très fréquentes et occupent plusieurs régions à la fois, y provoquant des malaises plus ou moins pénibles et plus ou moins rapprochés, et qu’elles surgissent ou reviennent quelquefois pour la moindre cause, ne sont pas très dangereuses, à moins qu’elles ne tombent sur les organes internes, le diaphragme surtout, ou sur tout autre où elles deviennent périlleuses ; on en guérit avec moins de peine que des douleurs articulaires. Mais pour ce qui est des douleurs articulaires, ce sont de toutes les plus rebelles, et quand elles surviennent, elles persistent longtemps et récidivent facilement. Parmi elles, cependant, l’arthritis générale, quoiqu’elle soit la plus pénible et n’aille pas sans quelque péril, en raison des accidents qui suivent le transport de la douleur sur divers points, n’est pas aussi fréquente que les formes partielles de la maladie, revient plus rarement ou plus tard, ou même ne revient plus jamais (2) ».

Les idées de Plater et de Lepois, quoique rejetées dans l’ombre par celles de Baillou, ne seront pas tout à fait ou-

(1) lbicl., p. G 1 2 .

(2) Ibid., p. 619.

Dei.peuch.

/iGG LA GOUTTE ET LE RHUMATISME

bliécs. Elles reviendront à la mémoire de Fr. Hoffmann qui intitulera le chapitre consacré au rhumatisme : Des douleurs el. des spasmes des parties externes (i); elles seront pour quelque chose dans l’extension abusive donnée au sens du mot rhumatisme, qui finira par comprendre toutes les douleurs de l’habitus externe, depuis celles du scorbut, de la vérole et de l’empoisonnement par le plomb jusqu’à celles qu’on attribuera aux vents, aux vers et à quelques autres causes aussi sérieuses.

(i) Fr. Hoffmann. T. II, p. 817.

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