‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 117 sur 130 · LA GOUT T E E T L E B II U M A T I S M E · texte numérisé non relu

LA GOUT T E E T L E B II U M A T I S M E

lin grammatiste peut faire une faute d’orthographe, un médecin peut ordonner de travers. Cela arrive aussi dans les choses de la nature. Pour ce qui est de l’art, certaines choses sont bien faites et en vue de quelque chose ; les autres sont mal faites, mais l’art n’en a pas moins agi dans un but pour cela : seulement il a échoué. Il en est de même des choses de la nature et les monstres ne sont que des erreurs commises dans la poursuite d’une fin ».

Ainsi les œuvres de l’intelligence et de la volonté humaines doivent être assimilées, dans leur mécanisme et dans leur exécution, aux actes instinctifs des animaux, à ces phénomènes obscurs qui se passent dans le corps de tous les êtres vivants et qui tendent à leur entretien et à leur préservation, à ces faits plus troublants encore qui nous révèlent chez les plantes un pouvoir analogue de défense et d’adaptation. Où git la différence? Aristote l’indique d’un mot: « Il est absurde de ne pas croire qu’une chose a été faite en vue d’une certaine fin, parce qu’on ne voit pas l’agent la délibérer... Cela devient évident si l’on considère quelqu’un qui est son propre médecin. La nature n’agit pas autrement. Elle est donc une cause agissant pour une fin ».

Il faut, sans aucun doute, voir dans ces lignes une allusion ;» l’axiome hippocratique et nous souvenir de ce dernier pour mieux suivre le raisonnement d’Aristote. L’organisme., sans avoir rien appris, guérit ses propres maladies ; faut-il lui refuser la poursuite d’un but déterminé parce que nous ne le voyons pas réfléchir et délibérer? Non, car nous devrions agir de même à l’égard d’un médecin qui se soignerait lui-même. Tout se passe alors en effet comme s’il était traité par un autre et le résultat est le même ; la seule différence est que l’on ne peut saisir les pensées dirigeantes et les motifs d’agir, ou plus simplement, comme dit Aristote, la délibération. Ce médecin paraît procéder d’instinct comme l’organisme abandonné à lui-même, comme les animaux, comme les plantes.

On le voit, Aristote et Galien lui-même, qui devait pousser

CONCEPTION ANTIQUE DE LA GOUTTE

si loin l’abus des causes finales, quand ils parlent de la nature et de son action prévoyante, n’émettent pas l’hypothèse d’un pouvoir extérieur à l’humanité : ils voient dans des phénomènes logiquement enchaînés et qui nous semblent, h nous autres hommes, supposer intelligence et réflexion, la mise en jeu d’une force inhérente à tous les êtres organisés. Rappelant tout ce qu’il a écrit dans son livre de Y Utilité des parties, Galien ajoute : « 11 n’est pas étonnant qu’IIippocrate écrive (dans le traité de l’aliment): la nature suffit en tout et à tout; lui qui a dit ailleurs: les natures sont les médecins de leurs maladies. Si la nature a tout façonné pour le salut de l’être vivant, elle doit être, c’est une conclusion nécessaire, la première h guérir ses maladies en expulsant les humeurs nuisibles ou par une profusion de sueurs, ou par l’urine, ou par le ventre, ou par le vomissement. L’on voit souvent ce travail se faire par une force inhérente à l'organisme et le gouvernant et qu’IIippoerate a coutume d’appeler nature. 11 dit que cette nature est sans maître, sans leçons et que, néanmoins, elle fait le nécessaire. Nous en avons le spectacle évident sous les yeux ; mais comment cela se fait, il est au-dessus de nous de le comprendre, et nous ne pouvons faire mieux que d’admirer (i) ».

Galien revient souvent sur cet effort spontané de l’organisme vers la guérison et il en cite encore, comme une preuve et un exemple, les crises favorables qui surviennent au cours des maladies par rétention des déchets excrémentitiels. « C’est attribuer, dit-il, quelque raisonnement et quelque intelligence à la nature que de dire simplement qu’elle rejette des parties nobles sur les parties plus humbles tout ce qu’il y a en elle d’inassimilé ; il est visible pourtant que les crises heureuses qu’on voit au cours des maladies sont l’effet de quelque force semblable (2) ». Et Galien, sans

(1) Galien. Édit. Kuhn, t. XV, p. 3io.

(2) Id., t. VIII, p. 23.

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