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venons de dire pourquoi. La physiologie ancienne n’avait pas d’existence propre ; elle n’avait ni matière, ni moyen d'investigation; elle était fille et esclave de la clinique qui l’avait créée de toutes pièces à son usage. Il ne pouvait donc y avoir entre elles de désaccord.
Dans cette œuvre, toute de théorie et presque d’imagination, les Grecs ont eu des trouvailles admirables. L’invention du pneuma, cet élément vital que le sang empruntait à l’air extérieur pour le distribuer partout et le faire servir à la respiration interne des organes, est un coup de génie qui leur permit d’ignorer, sans trop de dommage, le mécanisme anatomique de la circulation et la chimie des échanges respiratoires.
Sans avoir, à beaucoup près, le même mérite, la théorie des catarrhes, c’est-à-dire des migrations du phlegme eut le même succès. Née elle aussi de l’hypothèse pour obéir aux exigences de la clinique, elle rendit pendant plus de deux mille ans un compte suffisant des symptômes, des accidents, des anomalies observées au cours de certaines maladies, de la goutte par exemple. Mais elle ne put survivre à la ruine des fondements anatomiques qu’on lui avait donnés.
Le catarrhe , qui deviendra, par voie de synonymie, le y.aaa<7Tay[J.ô; de quelques-uns (i), de Soranus entre autres (2), la destillatio des Latins, la gutta du moyen âge, le rhumatisme de la Renaissance, la goutte de nos jours au sens étendu du mot, le catarrhe est un flux venu d’en haut, delà tête, c’est une descente du phlegme vers les parties déclives.
Aussi loin que nous puissions remonter dans l’histoire médicale, nous trouvons établie cette croyance que l’encéphale sécrète une sérosité particulière, phlegme des Grecs,
(1) Gei.se. Liv. IV, ch. v.
(2) Soranus, in Cælius Auk. Maladies chroniques.
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L' HUMORISME ANCIEN
pituite des Latins, qui est le résultat d’une véritable dépuration. A l’état normal, cette émonction est presque insensible et se fait par les cavités nasales, buccale et pharyngée ; mais qu’une intempérie survienne, qu’un refroidissement atteigne la tête, l’écoulement augmente : il envahit la trachée-artère, le poumon lui-même et provoque les catarrhes si graves que l’on observe surtout en hiver et surtout chez les vieillards. Tel a été le premier sens du mot catarrhe.
Il y avait, nous l’avons vu, d’autres phlegmes que cette humeur excrémentitielle de l’encéphale : les uns provenaient d’une lésion des solides, d’une fonte des chairs comme on disait; les autres résultaient d’une élaboration vicieuse des aliments dans l’estomac ou dans l’intestin. Ces phlegmes n avaient donc pas leur source dans la tète comme la sécrétion dont ils usurpaient le nom, mais leur sort n’en était guère changé, ni leur rôle. En effet, formés loin de la tète, ils s’y portaient en masse par un mouvement naturel, développaient davantage encore dans cette « métropole du froid « leurs propriétés caractéristiques et devenaient eux aussi la matière d’une catarrhe, d’une fluxion descendante qui se faisait non seulement par les cavités de la tête, du cou ou de la poitrine, mais encore par les divers vaisseaux et par toutes les voies que lui ouvrait la laxité des tissus.
On assignait donc aux fluxions diverses qui constituaient les catarrhes un point de départ unique, la tête, et on en faisait dériver une affection comme la podagre, aussi éloignée par sa nature que par son siège des troubles céphaliques. C’était une conséquence nécessaire des errements que nous relevions tout à l’heure. L’observation superficielle du corps humain, de ses fonctions et de leurs désordres, la clinique en un mot, livrée à scs seules ressources, avait enfanté un véritable roman physiologique, où la tête jouait le premier rôle.
Elle était le centre, la citadelle de l’organisme. Toute force venait de là. La médecine avait appris qu elle commandait aux opérations de la sensibilité, du mouvement et Delpeuch. 3