LES ASCLÉPIADES. LE R HUM ATI S. ME ARTICULAIRE AIGU
La théorie hippocratique de la goutte n’est qu’un épisode isolé dans l’histoire de cette affection. Les Asclépiades du cinquième et du quatrième siècles semblent l’ignorer et leur silence ne laisse pas d’étonner un peu ; il porte à soupçonner qu’Hippocrate n’eut peut-être pas parmi eux l’autorité que l’on s’est plu à lui accorder. Ils s’attachent, plus qu’il ne l’avait fait, à l’analyse clinique des symptômes et se contentent, en fait de théorie, du vieux système humoral que nous avons exposé. Mais la publication sous le seul nom d’Hippocrate de la vaste encyclopédie, où son oeuvre propre n’occupe qu’une place restreinte, a fait rapporter au seul fils d’Héraclide des sentiments et des doctrines qu’il n’eût pas avoués, qui appartenaient à des maîtres inconnus des écoles de Cnide et de Cos, et qu’il est juste de leur restituer.
Deux des ouvrages contenus dans la collection hippocratique traitent de la goutte : le deuxième livre des Prédictions ou deuxième prorrhètique et le livre des Affections. Ils ne portent aucun nom : seuls les renseignements que l’on peut tirer de leur contenu nous donnent quelque lumière sur les opinions et sur le caractère de ceux qui les ont écrits.
Le Deuxième prorrhètique, comme son nom l’indique, concerne l’art de prévoir la marche et l’issue de certaines maladies. L’auteur n’a pas la prétention, chère aux Asclé-
piades de Cos, de deviner à certains signes, sans aucun renseignement émané du patient ou de sa famille, tout le passé et tout l’avenir. Il ne dit pas avec le Pronostic : « le meilleur médecin me paraît être celui qui sait connaître d’avance. Pénétrant et exposant au préalable, près des malades, le présent, le passé et l’avenir de leurs maladies, expliquant ce qu’ils omettent, il gagne leur confiance (i) ». Il dit simplement : « Pour moi je ne ferai point de telles divinations, mais j’écris les signes par lesquels on doit conjecturer, parmi les malades, quels guériront et quels mourront, quels guériront et quels mourront en peu ou en beaucoup de temps (2) ».
Cela paraît bien dirigé contre l’école de Cos, mais la phrase suivante est plus explicite encore. « Quant à ceux dont on cite les prédictions pour leur exactitude, les uns, j’ai conversé avec eux, les autres, j’ai parlé avec leurs enfants et leurs disciples ; d’autres, j’ai pris leurs écrits ; de sorte que c’est connaissant bien ce que chacun d’eux pensait, et n’ayant trouvé nulle part cette exactitude, que j’ai essayé d’écrire ceci » (3).
Aucun doute n’est possible : c’est toute une école qui est incriminée ici, et le système qu’on y condamne c’est la fameuse xpavota qui était l’orgueil des cliniciens de Cos et la marque des œuvres sorties de leurs mains. Les termes mêmes dont use l’auteur conviennent absolument à une école de caractère familial comme était celle des Asclépiacles et portent à penser qu’il a eu entre les mains les Prénotions coaques, le Premier prorrhétique, qui justifient l’un et l’autre toutes ses critiques, et le Pronostic beaucoup plus réservé ; qu’il s’est entretenu avec Hippocrate lui-même ou quelqu’un de ses parents ; qu’il était pour les maîtres de
(1) Hippocmate. Éd. Littré, t. Il, p. ni.
(2) Ibid., t. IX, p. 9.
(3) Ibid., p. ai.