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certains empoisonnements, soit par leur origine première qui les rattache au fond même de l’homme, à sa constitution native ou à cette seconde nature que lui font ses habitudes et son régime, toutes ces maladies seront tributaires de la thériaque.
M ais la médecine répudie les pratiques des sorciers, même quand elle leur emprunte quelque chose. Elle n’emploiera pas leurs remèdes en applications externes, elle n’entourera pas la préparation des drogues des cérémonies du rituel magique, elle les donnera sous forme de poudres, d’électuaires, de potions ; elle n’usera pas d’amulettes, elle prescrira des antidotes.
Le mot antidote avait dans l’antiquité un sens plus étendu qu’il n’a aujourd’hui. Celse, qui résume fidèlement l’œuvre des Alexandrins, dit ceci : « Les antidotes sont rarement nécessaires : néanmoins ils le sont quelquefois au premier chef, parce qu’ils remédient à des accidents extrêmement graves... Ils sont surtout indiqués contre les poisons introduits dans notre corps par les morsures, les aliments et les boissons (i) ». Galien est à peu de chose près du même sentiment : « Les médicaments qui ne sont pas employés en applications externes, mais administrés à l’intérieur sont nommés par les médecins antidotes. 11 en est trois espèces différentes : les uns sont prescrits contre les poisons mortels, d’autres contre les morsures venimeuses, d’autres encore conviennent dans les maladies qui résultent d’une hygiène vicieuse ; quelques-uns même ont les trois indications comme la thériaque proprement dite, celle d’Andromaque (2) ».
Les paroles de Galien montrent clairement la route qui a mené des thériaques aux antidotes. Le fait que ces derniers sont définis il la fois des médicaments internes et des
(r) Celse. Liv. Y, cli. xvm.
(2) Galien. De anticio lis, liv. I, ch. 1, t. XIV, p. 1.
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remèdes contre les affections désespérées n’a rien qui doive étonner sous la plume d’un ancien : il rappelle l’époque où pour toutes les maladies, bénignes ou graves, on se contentait de prescrire quelque drogue vomitive ou purgative à ingérer une ou deux fois, quelques tisanes plus alimentaires que médicinales et quelques précautions hygiéniques. Pour justifier les médications prolongées, pour justifier surtout l’absorption fréquente d’un médicament quelconque, il n’a pas fallu moins que la notion de l’incurabilité de certaines maladies. Thérapeutique interne a été longtemps synonyme de thérapeutique de désespoir.
Remarquons à ce propos que, dès l’origine, les maladies humorales ont été jugées incurables, non certes que leurs différents épisodes fussent considérés comme fatalement mortels ou comme faits pour durer la vie entière, mais parce que le fond même de la maladie, dont ces épisodes n’étaient que la révélation accidentelle, restait immuable entre deux paroxysmes, parce que la diathèse restait permanente et identique h elle-même sous ses formes cliniques diverses et passagères et qu’on n’espérait pas la modifier. Ajoutons ii cela que les maladies humorales dues au mauvais régime de l’homme avaient toujours été comparées à des empoisonnements, et cela bien avant Celse, bien avant Galien, et l’on comprendra que ces affections incurables et toxiques appartenaient à un double titre au domaine des antidotes et des thériaques.
Quels étaient les agents de cette thérapeutique peu louable dont nous venons de dire les origines lointaines et qui ne laisse pas d’avoir encore ses défenseurs et ses croyants? La question est plus actuelle qu’il ne semble d’abord. La plupart des remèdes héroïques désignés sous les noms d’antidotes ou de thériaques, depuis les plus simples comme l’ennéapharmacum jusqu’aux plus compliqués comme la thériaque d’Andromaque qui contenait substances, ou l’hécatontamigma de Galien qui en contenait cent, étaient formés des éléments suivants :
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i° Des gommes, des aromates et des épices qui assolaient l’homogénéité et la longue conservation du mélange, le rendaient agréable à l'odorat et au goût ;
2° Des narcotiques; l’opium, seul ou associé à la jus- <t ilia me et à la ciguë, était l’élément le plus sérieux des thériaques ; il calmait les souffrances trop vives, procurait le sommeil et préparait ainsi cette tranquillité que promettait l’étiquette de l’une d’elles y aXï)VY) ;
3° Des poudres végétales, qui en étaient pour les anciens la partie essentielle et la raison d’être, car c’étaient leurs propriétés merveilleuses qui triomphaient tout ensemble des venins, des poisons et des humeurs morbides.
Si, laissant de côté les deux premiers éléments constitutifs, on s’arrête au dernier, on est frappé du fait suivant : qu’il s agisse des thériaques proprement dites, des alexipharmaques ou des antidotes de la goutte, ce sont les mêmes noms qui reviennent sans cesse. Si quelques herbes ont acquis dans la suite une spécificité plus étroite, elles n’ont rien eu pendant longtemps qui les distinguât des espèces auxquelles elles étaient associées. Elles guérissaient toutes la podagre au même titre, comme elles guérissaient les morsures de vipères ou les empoisonnements.
Leur nombre était très grand, et cela seul aurait du faire clouter de leur efficacité. Les plus fréquemment conseillées sont : l’aristoloche ronde, la germandrée, l’ivette, la gentiane, la petite centaurée, la rue sauvage, la quintefeuille, le millepertuis, la sauge, l’absinthe, la menthe et bien d'autres dont nous relèverons les noms chemin faisant. Ce sont elles qui ont fourni jusqu'à nos jours les éléments des drogues antigoutteuses les plus vantées. La poudre du duc de Portlancl, si en faveur au siècle dernier, était composée d’aristoloche, de gentiane, de germandrée, de petite centaurée et d’ivette (i). Sydenham lui-même, si sceptique en
(i) Van Swieten. Comment., t. IV, p. 320.