‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 37 sur 130 · O U T T E E T L E HH U M A T 1 S M E · texte numérisé non relu

O U T T E E T L E HH U M A T 1 S M E

fait Je thérapeutique, si peu porté par nature ii copier servilement les anciens, usait volontiers d’un électuaire où il n’entrait pas moins de trente de ces herbes et parmi elles presque toutes celles que nous avons énumérées.

La liste des plantes salutaires aux goutteux, comme aux blessés et aux empoisonnés, s’était allongée par un procédé qui ne laisse aucun cloute sur le caractère peu médical du choix dont elles avaient été l’objet. La similitude du nom, des analogies plus superficielles encore furent des titres à usurper les mêmes vertus et les mêmes usages. Parce qu’une plante dédiée au centaure Chiron avait été considérée comme une panacée, toutes les centaurées reçurent le même privilège ; de même l’aristoloche longue dut partager ses propriétés avec l’aristoloche ronde, mieux encore, la germandrée j)etit chêne appela nécessairement à sa suite clans une même formule l’ivette petit pin. Il ne faut pas hélas ! chercher de raison plus sérieuse à la réputation qu’a cette dernière plante cle guérir la goutte, au surnom qu’elle portait au moyen âge cl ' Iva arlhritica, au sort qui lui est échu de figurer dans la plupart des poudres végétales dites spécifiques.

La thérapeutique des Alexandrins était enseignée, vulgarisée dans une foule cle petits livres, cle manuels décorés des noms d 'Antidotaires, d ' Euporistes, cle Dynanieron , dont on retrouve des fragments dans Celse, clans Scribonius Largus, dans Aétius et surtout clans les ouvrages légitimes ou supposés cle Galien. Aucun cle ces formulaires ne nous est parvenu en entier; il existe bien en manuscrit à l’Escurial et à Venise, un recueil cle médicaments composé par un Alexandrin nommé Ælius Promotus qu’on dit avoir vécu après le grand Pompée, mais nous n’en connaissons que la table des matières (i). Elle nous apprend que le i3o° et dernier chapitre contient les remèdes cle la podagre.

(i) Publiée par R. Briau. Gazelle hebdomadaire, iS'jS, p. 3io.

LA GOUTTE A ALEXANDRIE

En dehors de ces ouvrages qui retenaient encore quelque chose de la réserve et de la dignité médicales, il y avait en Egypte une littérature qui touchait elle aussi aux choses de la thérapeutique et de l’hygiène, mais qui était dépourvue à un rare degré de tout esprit scientifique. Nous voulons parler des rhizotomes et de leurs travaux. T, es rhizotomes ne méritent guère le nom de botanistes : placés entre la médecine qu’ils ignoraient et les superstitions populaires qu'ils rencontraient à chaque pas dans leur recherche des simples, ils se firent les interprètes et les serviteurs de ces superstitions, les agents de ce mysticisme qui restera la marque et la tache de la pensée alexandrine dans tous les efforts qu’elle tentera vers les sciences ou vers la philosophie.

Leur œuvre nous est mieux connue que celle des médecins leurs contemporains. Nous avons dans leur intégrité les poèmes de Nicandre, nous avons quelques fragments d’un curieux poème sur les plantes ; le livre de Cratevas a passé par morceaux dans l’Histoire naturelle de Pline, avec bien d’autres fragments des autres rhizotomes, d’Andréas, d’Iollas et de Niger ; enfin le traité de la matière médicale de Dioscoride est parvenu jusqu’à nous, nous apportant à la fois les notions sérieuses de botanique qu’il tenait de ses devanciers ou qu’il avait acquises lui-même et les fables ridicules empruntées aux pires pratiques de la médecine populaire.

Par leurs recherches, par quelques trouvailles, les herboristes ont servi et encouragé la passion qu’avaient les Alexandrins pour la thérapeutique ; ils ont augmenté, au moins en apparence, les ressources de la matière médicale ; ils ont substitué dans la pharmacopée égyptienne à la flore pharaonique une flore nouvelle empruntée pour une grande part aux pays voisins et même à l’Extrême-Orient. Mais ils ont contribué aussi à introduire et à acclimater en Egypte les mythes, les légendes, toute la magie de la Perse et de la Chaldée, et leurs livres, même celui du savant Dioscoride, sont souillés des mêmes rêveries, des mêmes absurdités.

I c><) 1. A G 0 U T T E E T L E II II U M A T I S M E

Ce sont les vertus merveilleuses des simples qui sont le sujet principal des poèmes de Xicandre. Dans ses thériaques, il énumère les herbes qui préservent ou guérissent des morsures, et, parmi les trois premières que loue ce contemporain d’IIéraclide, on rencontre précisément l’aristoloche et le trèfle bitumineux qui entraient dans la composition de l’ennéapharmacum, prototype et modèle de tous les antidotes, ce qui confirme ce que nous avons dit de l’origine extramédicale de ces drogues spécifiques. L’autre plante était « l'herbe du centaure Chiron », c’est-à-dire une centaurée, mais les caractères décrits par Nicandre ne conviennent à aucune des plantes connues sous ce nom.

Dans les alexipharmaqiies , une trentaine de vers sont consacrés à l’éphémère de Colchide, mais il n’y est considéré <{ue comme un poison redoutable. Nous reviendrons sur ce passage quand nous résumerons l’histoire du colchique d’automne.

Le poëme anonyme « Sur les plantes », qu’on a quelquefois et ii tort attribué à Ru fus, n’a d’autre prétention que d’être l’interprète fidèle de la crédulité populaire. Les fragments qui nous en restent célèbrent les propriétés delà camomille, du nerprun, de l’armoise, de la verveine, de la sauge, de la grande centaurée et de quelques autres herbes. Chose pour nous plus intéressante, on y lit pour la première fois le mot d’hermodacte, de doigt d’Hermès, appliqué à la quintefeuille, et cette mention, nous le verrons, nous donne l’origine, le sens et la valeur de ce terme si controversé.

Les œuvres des rhizotomes de profession, d’Andréas, de Cratevas, d’Iollas et d’autres ont passé, avons-nous dit, presque tout entières dans les livres que Pline l’Ancien a consacrés à la matière médicale. Ces livres sont, sans aucun doute, les plus mauvais de tous. C’est le triomphe de l’empirisme, au mauvais sens du mot, sans méthode, sans contrôle, sans jugement. L’auteur accepte les renseignements de toutes mains, au hasard de ses lectures, car il paraît n’avoir guère choisi les livres qu’il a compilés. On

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s’est étonné de 11e pas voir figurer dans son index les noms d’auteurs éminents qui avaient certainement écrit avant lui, tels qu’Athénée, Rufus et Dioscoride. On a cherché des explications plausibles : il n’v en a pas d’autre que le hasard qui n'a pas fait tomber leurs ouvrages sous sa main. Ce n’est pas qu’il les ait dédaignés, car il avait la prétention de tout lire et soutenait qu’il n’y avait si méchant livre dont on ne pût extraire quelque chose.

Il fournit, il est vrai, des armes contre lui-même, car de son énorme travail, où la goutte est nommée dans près de cent chapitres nous ne pouvons presque rien tirer, ou du moins rien de bon. C’est un tissu de fables et d’insanités qui, par malheur, ont été trop souvent accueillies à cause du rang et de la célébrité de leur auteur ; rien n’a contribué davantage à décrier la médecine antique.

L Histoire naturelle contient une liste interminable de remèdes contre la goutte tirés des plantes, des animaux et des minéraux. Quelquefois Pline nomme ses auteurs, quand ce sont des Italiens : « Lycus de Naples donne l’arroche en application avec le miel, le vinaigre et le nitre (1) ». « Le Cydnus, fleuve de Cilicie, guérit la goutte, comme il appert d’une lettre de Cassius de Parme à M. Antoine (2). » Les eaux du Cydnus étaient renommées pour leur fraîcheur; c’est ce qui avait donné lieu à l’opinion très ancienne qu’elles étaient bonnes pour la podagre : Yitruve, Strabon, Rufus rapportent le même fait. Mais il est curieux de le voir mentionné dans une lettre adressée h Antoine : le Cydnus devait lui porter, avec Cléopâtre et sa galère dorée, tout autre chose qu’une cure ou un régime de goutteux.

Mais, ce que Pline aime surtout, ce qu’il énumère sans indication de source, ce sont les remèdes populaires, inconnus ou méprisés des médecins, ces remèdes fussent-ils

(1) Jlist. liât., liv. XX, ch. lxxxiii.

(2) Ilist, nat., liv. XXX, ch. vin.

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