‹ La goutte et le rhumatismeChapitre 40 sur 130 · LA GOUT T H A 11 O M R · texte numérisé non relu

LA GOUT T H A 11 O M R

L’extrême fréquence de la goutte à Rome est une notion banale, sur laquelle il serait oiseux d’insister, tant les preuves en abondent dans la littérature ancienne. Il est d’un intérêt plus grand de rechercher à quelle époque cette maladie s’est montrée en Italie, ou du moins y a pris une notable extension. A-t-elle attendu, pour naître et pour grandir, la dépravation qui a marqué les dernières années de la liberté et le règne des premiers Césars, ou, au contraire, existait-elle depuis très longtemps et s’estelle accrue seulement alors dans une mesure que l’hérédité et la persistance des mêmes causes suffisent à expliquer?

Pour Pline l’Ancien, la réponse est simple. Elle est telle qu’on pouvait l’attendre de son patriotisme étroit. « La goutte, dit-il, était rare, non seulement du temps de nos pères et de nos aïeux, mais même aussi de nos jours ; en effet c'est la une maladie étrangère : si elle eût anciennement régné en Italie, elle aurait un nom latin (i) ». Dans sa pensée il en est de la podagre comme de la médecine, des lettres et des arts : c’est une importation grecque, une conséquence éloignée de la conquête de l’Achaïe.

L’opinion de Pline n’est pas dépourvue de vérité et la raison qu’il en donne est judicieuse. Il se trompe seulement

(i) Pline. Ilist. nat. Trad. Littré, liv. XXVI, ch. lxiv.

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sut1 2 3 4 le temps de l’invasion des mœurs et des maladies grecques en Italie. Il oublie que bien avant lui, avant même le triomphe de Mummius, Ennius s’avouait goutteux (i), et qu’un personnage de Plaute traitait de podagres des témoins trop lents à son gré (2), ce qui prouve que le mot podagrosus était déjà entré dans la langue commune et déjà compris de tous.

Enfin, au temps du vieux Caton, la goutte frappait déjà les hommes d’Etat. O11 lit en ellêt dans Plutarque: «Les Romains avaient choisi pour envoyer en Bithynie trois ambassadeurs dont l’un était goutteux, l’autre avait été trépané et le troisième passait pour fou. Caton dit en plaisantant que les Romains envoyaient une ambassade qui n’avait ni pieds, ni tète, ni cœur (3)». Il esterai que dans son de agricullura où la médecine, humaine ou animale, tient une grande place, Caton ne parle pas de la goutte, mais la raison en est simple. Le régime sévère qu’il imposait à sa familia laissait à la goutte peu de chances de survenir. Par contre, il observait souvent chez ceux qu’il traitait à sa guise le rhumatisme articulaire aigu contre lequel il ordonnait son remède favori, le chou. Yeritm morbum articularium nul/a res tam purgat ejuam brassica erada (4).

La remarque de Pline que la podagre n’a pas de nom latin est juste et mérite d’être retenue. Elle prouve que les Romains ont ignoré la podagre, le mot et la chose, jusqu’au jour où ils ont connu la civilisation grecque et en ont adopté les errements. Mais cette transformation des mœurs ne s’est pas faite au temps de Pline, loin de là ; elle s’est laite trois siècles auparavant. Ce n’est même pas le sac de Corinthe qui en marque la date, c’est la prise de Tarente 272 avant J. -CL). Au temps de Caton, les Romains con-

(1) Ennius. Fragm. Poct. roman. Éd. Bælirens, p. 132.

(2) Plaute, in Pnul, III, 1, 29. Éd. Teubner. Leipzig, l’asc, v.

(3) Plutarque. Vie de Caton, $ i3.

(4) Caton. De agricultura, CLVII. Édit. Teubner, p. Si.

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