RUFUS D'ÉPHÈSE
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qui consume les matières en excès, comme le ferait le feu lui-même, de certaines déterminations articulaires ou autres au cours des fièvres, des éruptions cutanées, des hémorragies, surtout des hémorroïdes dont la guérison est très dangereuse, « à moins qu’on n’élimine insensiblement la surabondance des humeurs, aussi bien par les exercices du corps que d’une autre manière », des gonflements qui coïncident avec la diminution des douleurs, comme il arrive chez certains goutteux ; puis il en vient à l’utilité possible de la goutte articulaire.
« L’arthritis et la podagre remplacent plusieurs autres maux. Les fluxions qui les accompagnent d’habitude sont certes pénibles pour les jointures, mais elles empêchent d’autres affections de survenir. De même quand le flux s’est détourné d’un autre côté, cela donne quelque répit aux articulations, mais il survient alors des fièvres et des pneumonies, et beaucoup sont frappés d’apoplexie. Même après l’emploi des médicaments qui purgent l’humeur et l’évacuent au dehors et qui pour cela inspirent la plus grande confiance, il arrive que si on les abandonne, une autre fluxion revient, ne se porte pas sur les jointures, mais se jette ailleurs et tue sans tarder. »
Et Rufus termine par ces conseils plus faciles à formuler qu’à suivre : « En somme, le médecin doit envisager la maladie présente, sa nature, son siège, la partie du corps où se fait le travail morbide et si cette partie est essentielle à la vie; il doit ajouter à cela la marche de la maladie, les excrétions, leur nature, leur quantité et leurs voies de sortie. S’il considère bien tout cela, il saura ce qu’il faut respecter, ce qu’il faut favoriser, ce qu’il faut détourner. En effet, si la poussée se fait des parties essentielles vers d’autres qui le sont moins, il faut la respecter; on agira de même à l’égard des désordres venus de la profondeur à la surface, des décharges d’humeurs en état de coction, des excrétions bien mûres. Les accidents contraires doivent être combattus tous et partout. S’il ne survient pas de ces
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diversions, il faut les provoquer là où elles seraient le plus utiles, si elles s’y produisaient spontanément. »
L’influence de ces doctrines sur le traitement de la goutte est facile à prévoir : à dix-huit cents ans d’intervalle, Trousseau ne raisonne pas autrement que Rufus qu’il ne connaissait pas. Les accès doivent être respectés une fois venus, mais on doit tout faire pour en empêcher le retour; c’est dire que l’effet de la thérapeutique doit se porter surtout sur la période intercalaire. Aussi bien, est-ce la médication préventive de la goutte qui remplit presque en son entier l’opuscule de Rufus, tel du moins que nous l’avons (i).
Les diverses précautions à prendre y sont discutées isolément et dans l’ordre suivant: exercices, frictions, bains, eaux minérales, fumigations, régime alimentaire, purgations, vomitifs, antidotes, excision des veines, cautérisation, applications locales. Nous ne nous arrêterons qu’à quelques-unes.
Au sujet des bains, Rufus adopte l’opinion, déjà classique de son temps, qu’ils sont nuisibles aux goutteux, et il ne les permet que dans de rares occasions : pour soulager une courbature, pour activer une digestion trop lente ou trop difficile, et aussi quand la fatigue du corps les réclame d’urgence après une pollution nocturne, après un coït. Par contre, il ne voit aucun inconvénient à plonger les malades dans des eaux médicamenteuses, aromatisées avec de la sauge, du laurier, de l’agnus, du myrte ou des feuilles tendres de saule ; dans les eaux chaudes naturelles, qu’elles soient bitumineuses à l’odeur, sulfureuses ou styptiques au goût, ou même dans l’eau de mer, la natation étant un bon exercice pour les jointures.
La purgation chez les goutteux demande aussi de la pru-
(i) Quelques lignes seulement sont consacrées à l'accès lui-même; elles recommandent quelques calmants contre la douleur, un clystère évacuant, la diète durant les premiers jours, un vomitif si l’accès a commencé peu après le repas et enfin la saignée, mais au cas seulement où il y a pléthore sanguine manifeste. — Rufus. Loc. cit., p. 286.
KU FUS D'ÉPIIËSE
dence et de la mesure. Il faut en user deux fois par an, au commencement du printemps et en automne, sous les Pleïades. On n'emploiera pas la scammonée, le tithymale, la bryone, l’euphorbe, ni les baies de Cnide [flaphue gnidium), toutes drogues colliquatives. On aura recours à l’ellébore noir, à la dose de deux drachmes, au polypode, à la même dose, qui, l’un et l’autre, évacuent les deux humeurs en excès, le phlcgme et la bile, et le font avec modération. Mais la meilleure purge est encore le remède à la coloquinte.
Disons quelques mots de l’ellébore et de la coloquinte en raison de la place qu’ils ont tenue longtemps dans la pharmacopée ancienne et dans la thérapeutique de la goutte. Il est probable que les Grecs ont confondu plus d’une fois l'ellébore noir, Ilclleborus niger (Renonc.), et l’ellébore blanc, Veratrum album (colchic.). Leurs racines d’ailleurs se ressemblent, noires à l’extérieur, blanches à l’intérieur. Les auteurs sont encore très divisés au sujet des propriétés particulières à chacune de ces deux plantes. Cependant il paraît résulter des expériences de Pécholier et Redier (i) que l’ellébore blanc, qui contient deux principes actifs, la vératrine et la jervine, augmente toutes les sécrétions, détermine des nausées suivies de vomissements, alimentaires d’abord puis bilieux, et provoque avec une violence extrême la diarrhée, la salivation, la diurèse.
L’ellébore noir, au contraire, qui a été considéré par les uns comme dépourvu d’action, par les autres comme un purgatif énergique, ne parait avoir aucune influence sur les sécrétions, qu’il s’agisse de la salive, de l’urine ou de la bile ; il ne cause aucune diarrhée et n’est émétique que d’une façon très inconstante ; mais, en revanche, dans certains cas que l’on ne peut prévoir, il a une action véritablement foudroyante. Dans les expériences de Pécholier et
(i) Péchoukk et Reuiek, in Gazette hebdomadaire, 1881, p. 265 cl suiv.
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LA GOUTTE ET LE Il II U M ATI SME
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Redier, il a entraîné la mort chez le chien, après quelques convulsions, et cela sans aucun signe prémonitoire d’intoxication. C’est donc un agent qui est à la fois infidèle et dangereux.
Ces résultats expérimentaux pourraient expliquer les désastres de l’elléborisme, tels qu’ils sont relatés dans les Epidémies , la précaution que prenaient les malades de faire leur testament avant d’ingérer cette drogue, comme nous l’apprend Ctésias et enfin l’habitude qu’avait Agathinus, « scrupuleux en toute chose » (i) d’essayer d’abord le remède sur le chien avant de le donner à l’homme.
La coloquinte n’est pas comme l’ellébore tombée en désuétude. Elle entre dans la composition de certaines pilules laxatives et de quelques drogues antigoutteuses. Elle était dans l’antiquité l’élément principal d’une préparation fameuse, l’Antidote sacré de Rufus, tep à 'Pouçiou àrcfêo ~o;, dont voici la formule : R. partie intérieure de la coloquinte 20 drachmes, agaric, germandrée chamaedrys, a a io dr., opopanax et sagapenum, aa 8 drachmes, persil, aristoloche ronde, poivre blanc, aa 5 drachmes; cannelle, épi de nard, myrrhe, safran, polium, aa 4 drachmes ; miel en quantité suffisante pour pouvoir mêler le tout ensemble (2).
Le purgatif à la coloquinte, malgré son nom d’Antidote sacré de Rufus, n’était pas dû au médecin d’Ephèse qui n’avait fait que le recueillir, le louer et le répandre, et qui, du reste, n’en revendique nulle part la paternité. L histoire de cette drogue, qui ne différait des thériaques que par l’adjonction de la coloquinte et par quelques changements dans le nombre, le choix et la dose des autres ingrédients, est curieuse à rapporter. Nous l’empruntons à Scribonius Largus (3).
(1) ArchigÈne, in Oriba.se, L. II, p. i5S.
Ctésias, ibid., p. 18:?.
(9) Rufus, in Oribase, t. II, p. 27 4 •
(3) Scribonius Largus. Loc. cit., p. 4 1 •
HU FUS D'ÉPllÈSE
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« Contre la douleur de côté, qu’elle s’accompagne ou non de fièvre, il y a une formule merveilleuse, connue certes déjà pour ses bons effets, mais surtout fameuse par l’usage qu’en a fait Paccius Antiochus, élève de Philonides de Catane. Il s’en fit, en effet, de gros revenus, en raison des succès répétés qu’il lui dut dans les affections les plus difficiles. Cette formule, il ne la donna de son vivant il personne, mais en mourant il la légua par testament h l’empereur Tibère ; elle fut placée dans les bibliothèques publiques et vint ainsi entre nos mains. Nous n’avions jamais pu la lui arracher, bien que prêts à tout faire pour la connaître. Il s’enfermait pour l’exécuter, ne se confiait pour cela à aucun des siens et faisait même, pour mieux tromper son entourage, piler plus de drogues qu’elle n’en contient. Nous sûmes plus tard, et il l’avoue lui-même dans son écrit, qu’il ne l’avait pas inventée, mais qu’une expérience scrupuleuse lui en avait mieux appris les indications, les associations convenables et le mode d’emploi. Aussi, à la formule ancienne, connue avant lui, lit-il subir des changements portant sur les doses qu’il augmenta ou diminua et même sur le choix des substances composantes. »
« Il lui donna le nom d’Antidote sacré, à' /liera, pour deux raisons : pour ne pas en révéler la nature en disant le vrai nom — quelques-uns, en effet, l’appellent irapâ parce qu’elle est amère, d’autres Z'.z •/.cac/.jvOîsc^ — et aussi pour qu’un nom aussi pompeux la lit valoir. « Suit l’énumération des affections contre lesquelles Y /liera est souveraine ; nous y relevons ceci : « donnée dans de l’eau miellée et suivant les forces du malade, elle est bonne pour la maladie articulaire que l’on nomme àpQpitiç, pour les douleurs vertébrales ou lombaires. Elle réussit de même contre la podagre, détermine, grâce à l’évacuation, un soulagement immédiat et écarte toute inquiétude pour l’avenir. Ceux qui prennent ce médicament guérissent deux fois plus vite qu’ils ne le faisaient auparavant. » Yoici la formule de Paccius Antiochus, un peu différente de celle de Rufus : R. Lavande, marrube, ger-