L A G 0 LJ T T E E T LE K II U M A T I S M E
mandrée chamaedrys, cetle herbe qui a des feuilles semblables à celles du chêne, agaric, courge sauvage que l’on appelle coloquinte, aa 10 drachmes ; opopanax, sagapenum, persil, aristoloche ronde, poivre blanc, aa 5 drachmes; cannelle, épi de nard, myrrhe, polium, safran, aa 4 drachmes. Pilez et tamisez le tout, sauf l’opopanax et le sagapenum que vous écrasez dans un mortier avec du miel aussi liquide que possible et que vous ajoutez au reste avec la quantité de miel nécessaire pour prendre et lier tout cela. Placez le médicament dans un vase de verre. Donnez-le comme nous l’avons dit (i), en proportionnant la dose aux forces du malade et c’est vraiment un remède sacré , et qui justifie le nom qui lui a été donné. »
ce Quand nous voulons le rendre plus efficace encore, en raison du caractère difficile ou de la longueur de la maladie, comme il arrive dans la manie, l’épilepsie, les douleurs chroniques des reins, les attaques trop fortes de goutte, nous ajoutons aux doses ci-dessus 20 drachmes de coloquinte et 3 d’opopanax et de sagapenum. Aussi faut-il tenir ces deux potions préparées d’avance pour avoir sous la main, au moment voulu, celle dont on a besoin. »
L’antidote sacré h la coloquinte devint le modèle d’une série de remèdes purgatifs qui reçurent aussi le nom de /liera, suivi du nom de leur inventeur présumé. De là, un chapitre entier de liieris dans les encyclopédies d’Aétius, de Paul d’Egine et de Myrepse sans parler des Arabes, des Salernitains, d’autres encore, moins anciens. A côté des /liera d’Antioehus et de Rufus, on y trouve celles d’Archigène, de Galien, de Justus, de Logadius, de Théodoret. Toutes renferment de la coloquinte; seuls les autres ingrédients diffèrent un peu : l’aloès, par exemple, entre dans la
(1) « Donner dans trois ou quatre cyallies d’eau miellée un denier ou un demi denier (victoriatus) du médicament, en y ajoutant un demi-denier de castoreum. » Scr. Largus, p. 44-
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composition de l’hiera de Galien. Du reste, ces formules varient suivant l’auteur qui les cite et sous le même nom on en trouve qui ne se ressemblent pas absolument.
Elles ont toutes une origine commune, celle que Scribonius Largus nous a révélée. 11 y avait dans la pharmacopée grecque, au début de l’ère chrétienne ou même un peu plus tôt, un purgatif composé à la coloquinte ; au temps de Tibère, Paccius Antiochus se l’appropria, en modifia un peu la formule et lui donna un nom nouveau. Rufus recueillit le mot hiera et la recette qu’il désignait, et, comme la médecine faite à Rome était volontiers dédaignée par les Alexandrins, on passa sous silence le nom d’Antiochus et son hiera devint l liiera de Rufus. C’est ainsi qu’Archigène, dans une lettre sur la mélancolie, recommandait la même recette, sans la donner comme sienne, et que dans un autre endroit il disait nettement qu’elle était de Rufus. Les auteurs suivants n’en diront pas moins tantôt hiera Archigenis, tantôt hiera Rufi pour désigner un même médicament.
Aétius et Nicolas Mvrepse reproduisent l’un et l’autre ce qu’Archigène dit de l liiera, mais Aétius donne seul cette phrase qui ne peut être que de Rufus et qui confirme le récit de Scribonius : « J’ai trouvé cette recette dans un formulaire qui m'a èlè apporté de Rome : elle y était fort recommandée contre la manie, la mélancolie, la sciatique, la paralysie, les vertiges, le mal comitial, l’alopécie (ou plutôt l’apoplexie). Mais elle ne mentionnait ni l’opopanax, ni le poivre, ni le polium (i) ».
Après les purgatifs, les vomitifs. Les goutteux n’useront pas de l’ellébore blanc : c’est un vomitif puissant, mais c’est parfois un remède détestable et dangereux. R vaut mieux emplover l'oignon de narcisse en décoction, la staphysaigre broyée dans du vin miellé à la dose de i5 grains, ou
(i) Y. dans Medicæ Artis Principes d’IIenri Estienne : Aétius Tetuab.I. scrm. 3, ch. xiv, et Nicolas Mykkpse, sect. XXIII, ch. xx.
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encore la graine de concombre des jardins, Refus répète ici le conseil d’Erasistrate, faire vomir quand la goutte est aux pieds, purger quand elle est aux membres supérieurs.
11 faut vomir souvent, mais après le repas. On prendra à ee repas tous les aliments que l’on voudra et surtout des aliments âcres tels que raiforts, oignons, salaisons, moutarde, ainsi que les légumes, les viandes et les poissons défendus d'ordinaire comme indigestes. Cette pratique singulière était dénommée la drimyphagie. Alors seulement on provoquera le vomissement.
On voit que les anciens, dépourvus d’un vomitif inoflensif et sûr, avaient imaginé le vomissement par indigestion et faisaient ingurgiter au malade le plus d’aliments possible et les plus lourds qu’on pût trouver. Archigène ira jusqu’à dire: « On regarde généralement comme une fête les dîners qu’on prend en vue des vomissements, tant on y mange avec voracité et tant les mets y sont variés (i) ». On ajoutait
ii un repas déjà trop copieux ces aliments âcres dont Rufus parlait tout h l'heure, raifort, roquette, salaisons vieilles, origan vert, oignon, poireau; des farineux, de la ptisane miellée, de la purée de fèves, des viandes grasses. On devait avaler presque sans mâcher. Quant aux boissons, il fallait choisir les vins sucrés, et, quand on était sur le point de vomir, prendre des boissons tiècles en abondance.
Cela ne suffisait pas toujours. Alors on prenait des amandes amères trempées dans du miel, des gâteaux, des graines de pastèque, de la racine de concombre avec du miel; on faisait bouillir un oignon de narcisse dans de l’eau et on coupait son vin avec cette eau-là. Mais le plus souvent on était obligé cl’en venir au procédé qui était à la fois le plus simple et le plus rapide et qui était de chatouiller la luette avec le doigt sec ou enduit d’huile d’iris, ou avec des plumes d’oie. 11 y avait des sujets particulièrement rebelles au
(i) Oribase. Livre VIII, ch i
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vjomissemcnt qu'on était obligé de secouer sur des lits spéciaux, à qui l’on comprimait le ventre jusqu’au résultat souhaité. « Après les vomissements, on se rincera la bouche et on se lavera la figure avec de l’eau vinaigrée ou de l’eau pure : c'est bon pour les dents et dégage la tête (i) ».
Jusqu’ici Ru fus, malgré les apparences, n’a pas abordé la médication interne de la goutte. C’est que pour lui, comme pour tous les anciens, les purgatifs et les vomitifs n’appartenaient pas à cette médication. C’était une intervention rare et passagère, un nettoyage brutal par des agents qui ne faisaient que traverser l’économie, entraînant avec eux les déchets amoncelés et les humeurs nuisibles, mais ne pénétrant pas dans l’intimité des organes pour les modifier, pour les altérer selon l’expression classique. N’étaient regardés comme des remèdes internes, comme des potions, que les seuls médicaments dont on faisait un usage fréquent ou prolongé, dont on attendait une action profonde, une métamorphose de la constitution ou du tempérament.
A ce dernier ordre de prescriptions, Ru fus consacre deux paragraphes dont les titres sont significatifs : potiones quæ per os dantur et de antidotis composites ad podagram, c’est-àdire des antidotes simples et des antidotes composés. Rufus n’a pas une grande confiance dans ce genre de médication. L’opposant aux mesures purement hygiéniques qu’il a énumérées précédemment, il en dit ceci : « Il y a encore d’autres modes de traitement, les médicaments donnés en potions. Je sais que des malades atteints de goutte, de sciatique ou de cette affection qu’on nomme arthritis, ont été débarrassés ainsi et que même chez quelques-uns des concrétions tophacées ont été dissoutes. Mais il ne faut pas espérer que ce soulagement soit rapide et brusque ; il demande un autre temps que cela, parce que la maladie elle-
(i) Ru ils, in O. uba.se. Livre VIII. Voir clans lu meme livre les extraits sur le même sujet d’Archigène et d’Antyllus.
même n’est pas aiguë et ne se laisse pas juguler facilement. Ce qui agit de la sorte, ce sont les décoctions de tussilage, de racine de quintefeuille, de tètes d’immortelle, de meum, de millepertuis, d’ivette petit-pin et de germundrée petitchène; l’agaric est meilleur encore, pris à la dose de 2oboles dans de l’oxymcl. La décoction de cabaret agit de même; elle provoque les urines et soulage rapidement, elle dissout meme les humeurs épaisses et résout les concrétions ».
Arrivant aux antidotes proprement dits, Ru fus continue : « Nous trouvons encore (dans la même catégorie de remèdes) les potions composées : en premier lieu, le diacenlaureum : R. centaurée, gentiane, aristoloche ronde, «a 4 livres; poireau, persil, carvi, scordium, aa 3 livres; miel, 6 livres; mélangez et employez. Puis encore le cliapeganitm : R. gentiane, aristoloche ronde, aa 4 drachmes, germandrée, centaurée, aa i4 drachmes, semences de rue sauvage (peganum harmala), 2 onces; miel, 5 livres; mélangez et employez ». Vient ensuite la formule en escalier que nous avons déjà reproduite, d’autres encore très analogues et cette mention : « V /liera purge bien, donnée chaque mois ». Ici le remède à la coloquinte n’est plus considéré comme une ressource exceptionnelle, mais comme une médication suivie, familière, et, à ce titre, il est placé parmi les antidotes. Remarquons le mot hiera tout court dont se sert Rufus : il confirme ce que nous avons dit plus haut cpie Rufus avait écrit après Paccius Antiochus et qu’il tenait de lui la recette qui devait à tort porter son nom.
Ces compositions hétéroclites 11e portaient pas d’habitude, il importe de le noter, le nom de leur élément le plus actif, ha raison en est facile à deviner. On voulait dissimuler au malade la composition exacte de la drogue qu’on lui faisait ingérer : le nom adopté n’était qu’une étiquette choisie au hasard parmi les noms des composants. Quand Musa vantail les vertus de son antidote, de son spécifique à la bétoine, il avait eu soin d’y introduire de l’ellébore, mais en secret. Il
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