L'ÉCOLE STOÏCIEN ME OU PNEUMATIQUE
La phrase oii il est parlé du pneuma, celle qui concerne les parties dépourvues de chair, suffisent à prouver l’origine de cette théorie, nous le montrerons dans un instant, en les rapprochant d’extraits empruntés à des auteurs franchement pneumatiques. Ainsi, comme Virgile pour la naissance du méthodisme, Sénèque nous donne pour l’apparition du pneumatisme, un point de repère précieux. Athénée a établi au plus tard son système sous le règne de Claude ou sous celui de Néron. On ne saurait, d’autre part, reporter plus avant son innovation, puisqu’il fut le maître d’Agathinus et Agathinus celui d’Archigène qui vivait sous Trajan.
Le plus savant et le plus illustre des pneumatiques fut Archigène. On le juge volontiers sur la foi de Galien qui a fait de ses traités sur le pouls, de son livre sur les lieux affectés, une réfutation éloquente, passionnée, spirituelle. Mais on oublie qu’il s’agit le plus souvent d’une querelle de mots, que Galien défend pultôt contre Archigène la langue grecque que la médecine et qu’il regrette, en propres termes, de voir atteint de la manie des définitions obscures ou inutiles un pareil homme d’ailleurs plein de sens et de mérite (i).
Cependant, ses ouvrages, qu’on sait avoir été très nombreux ont péri et des fragments qui nous ont été conservés, sous son nom, par Oribase et Aétius, aucun ne paraît concerner la goutte. Cela est vrai, mais nous croyons et nous espérons prouver que plusieurs des paragraphes du douzième livre d’Aétius, donnés sans indication de source, sans nom d’auteur, doivent être restitués à Archigène, celuici notamment :
« La podagre et 1 arthritis sont des affections très voisines l’une de l’autre ; elles n’ont entre elles aucune diffé-
(i) Galien. T. Mil, p. 642 cl G98 et passim.
LA GOUTTE ET LE II Jl U M ATI S AIE
rence spécifique, mais seulement, une différence de sièffe; Toutes les deux comportent une faiblesse permanente des jointures compliquée de fluxion. Aux pieds, on nomme le mal podagre ; dans une jointure des hanches, sciatique; quand un grand nombre d’articulations sont prises, on l’appelle arthritis. 11 arrive parfois que la maladie survient brusquement, frappant toutes les jointures avec la même violence; cela se voit d’habitude chez ceux qui abandonnent d’un même coup leurs exercices accoutumés pour vivre dans la mollesse, mais, le plus souvent, la fluxion se produit sourdement et peu à peu. Chez quelques-uns, la douleur commence par l’articulation du gros orteil, chez d’autres, par l’extrémité du talon, chez d’autres encore, par la voûte du pied, et cela quand le pied a été blessé par la chaussure, par la marche, ou a subi quelque accident analogue. Après avoir commencé par les pieds, le mal se transporte peu à peu aux genoux, aux jointures de la cuisse et des hanches, puis aux mains, frappant une à une les articulations; quand il en est ainsi, l’affection est dite arthritis ; quand la maladie atteint son plus haut degré, les vertèbres, les jointures des côtes, les mâchoires deviennent douloureuses, quelquefois même le nez; enfin, il n’y a pas d’articulation qui ne puisse être affectée » (1).
Nous croyons cette page d’Archigène pour les raisons suivantes : la description de la sciatique dans le même recueil est placée sous le nom du célèbre pneumatique, or elle se termine par une énumération des causes de cette affection presque identique, dans le fond et dans la forme, au paragraphe étiologique qui suit la description de la podagre et de l’arthritis. L’étude de la sciatique est empruntée presque tout entière à Archigène ; il est naturel qu’Aétius lui ait pris aussi ce qui concerne la podagre, puisqu’ils pen-
(t) Aétius. Douzième livre. Texte grec publié pour la première fois par Coslomiris. Paris, 1892, p. 00.